‹ Monographie de l'Hotel-de-ville de Lyon. Restauré sous l'administration de M. M. Vaïsse et Chevreau, senateurs. Accompagnée d'un texte historique et descriptifChapitre 23 sur 43 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

Certes, Lyon était déjà riche du commerce des soieries, dont le monde entier était tributaire, mais l'Etat le savait et sans cesse il puisait dans ses caisses. Nous devons donc admirer sans réserve la ferme volonté et la persévérance habile de ces magistrats consulaires, qui, au prix des sacrifices les plus considérables et avec des peines infinies, ont su conduire à bonne fin l’édifice que nous

admirons aujourd'hui et qui sera pour longtemps la gloire architecturale de la cité.

CAP IPRE "DR OTSIRENINE

EUX ANS s'étaient à peine écoulés depuis son achèvement, lorsqu'un événement affreux faillit anéantir le bel édifice, et peu s’en fallut que cette œuvre, qui avait

coûté À ceux qui l'avaient dirigée tant de soins et tant de peines et grevé les finances 5 P El

municipales d’une si grosse dépense, ne disparüt complètement. Un incendie formidable se déclara à lépoque où nous reprenons ce récit, et comme rien ne peut mieux faire juger les dangers courus par le monument et la nature des secours qui lui furent apportés que la relation pathétique qui en fut faite, et qui se trouve dans les annales consulaires, nous allons reproduire en son entier la délibération du 17 septembre 1674 dans laquelle elle est mentionnée.

« Le jeudy, treiziesme du dit mois de septembre, entre midy et une heure, ayant paru une « fumée extraordinaire au dessus du couvert de la grand salle du dit Hostel commun, laquelle « fut aperçeue par quelques officiers et domestiques logez dans le dit Hostel. Chacun se disposait

moistre la cause, lorsqu'elle éclata malheureusement par une grande flamme,

« à en aller rec

« qui suivit cette fumée et qui s’éleva audessus du dit couvert, et entre celuy du grand escalier « et le dosme de l'horloge, du costé de vent (c'est-à-dire du côté du sud). Cette flamme, rendue « plus ardente par les plombs, bois, ardoises et autres matières combustibles qu’elle trouva dans « son chemin, d'autant plus susceptibles du feu qu'il y avoit plus d'un mois qu’il n’avoit pli et que

e, produisit d’abord un si grand

« les chaleurs du mois d’aoust en avoient augmenté la sécher

incendie, que le grand couvert de la grand’salle, ainsy que la voulte canne d'icelle et toutes ses

ce

« peintures, comme aussy le couvert du pavillon joignant, du dit costé de vent, furent en très peu de « temps enlevez et consumez, nonobstant le grand secours qui arriva de toutes parts, tant de celle

« des maçons, charpentiers et autres ouvriers qui y furent incessamment appelez par les soings et ordre

des dits sieurs échevins et officiers qui y accoururent, que par le concours d’un grand nombre « d'habitans de toutes sortes de qualitez, sexe et age, qui travaillèrent, au péril mesme de leur « vie, à arrester cet incendie et à sauver ce qui se pouvoit de ce magnifique édifice. Ce qui ne

« put empescher que les flammes s’estant attachées à un degré de bois par lequel on montoit

« en dedans du dosme jusques à la chambre de l'horloge, elles n’y montassent aus

en sorte

« qu'après avoir embrasé le plancher de la dite chambre, le dit horloge tomba en plusieurs pièces, « et, ensuite, les poutres qui en soutenoient les cloches ayant esté pareillement consumées, elles « tombèrent par les mesmes ouvertures par lesquelles on les avoit fait passer en les eslevant, ce « qui ne se peut faire sans un grand ébranlement des voultes du dit dosme.

« Après quoy le vent ayant changé et tourné, ces flammes dévorantes furent portées avec une

« rapidité inconcevable du costé de bise (du côté du nord), où elles détruisirent et consumèrent

« en moins d'un quart d'heure la charpente et le couvert des deux pavillons du dit costé, estant,

« tant sur la chambre des Portraits que sur celle du Consulat, et, attaquant avec la mesme vitesse « l’aisle joignant, elles auroient bruslé tout le reste du dit couvert et possible (probablement) les « bastimens au dessoubs, si l’on n'eût, avec une promptitude qui les prévint, coupé et séparé le « dit couvert audessus des archives, et par ce moyen, arresté le cours de ce terrible incendie, qui « saffoiblit faute de matière et néantmoins dura encore pendant la nuit, et, nonobstant tous les « grands soings et le bon ordre qu'on y apporta, descendit sur les planchers, mesme sur celui de « la dite salle des Portraits et brusla la moitié du grand tableau du plafond de la dite salle, à « quoy toutefois se réduisirent et terminèrent ses plus grands progrès, bien que les deux ou trois « jours suivants aient tousjours tenu un chacun dans lalarme et dans la crainte. Mais, grâces à « Dieu, elles sont entièrement cessées par la vigilance et application des dits sieurs et par ce grand « ordre et secours continuel qu’ils y ont donné et qu'ils continuent d'y donner pour la conservation

« des bastimens du dit Hostel, exposez à l’injure du temps par la destruction des couverts, pour

« le restablissement desquels, ainsy que pour sauver les plombs et les autres restes de ce triste « incendie, ils ont pris les résolutions convenables, comme aussy pour récompenser ce grand

« nombre d'ouvriers et de pauvres habitans qui ont contribué au dit secours; faire conduire et

traiter dans les hôpitaux les blessez, assister les veufves et enfans des morts, enlever les terrains

« et pourvoir à toutes les choses nécessaires et convenables dans une si funeste et si embarrassante

con] oncture. »

L'épouvantable catastrophe dont nous venons de rapporter le récit, avait anéanti le Consulat, qui avait vu disparaître en quelques heures une partie des remarquables ouvrages qu’il avait eu tant de peine à conduire à bonne fin et qui lui avaient coûté tant d'efforts de toute nature. Aussi en fut-il attéré et ne prit-il pas de suite les mesures nécessaires pour une restauration sérieuse des dégâts qui avaient eu lieu; il se contenta seulement de pourvoir aux travaux les plus urgents pour mettre l'édifice à l’abri des intempéries au moment où la mauvaise saison approchait, et il ne fit rien que du provisoire (1).

Ce ne fut que plus de deux ans après, le 17 décembre 1677, que le Consulat, inquiet au sujet du beffroi de l’'Hôtel-de-Ville, en provoqua la visite qui fut faite par Paul Bertaud (2), voyer de la ville, Claude Chana et Thomas Blanchet, architectes, assistés de Philibert La Combe, maître maçon de la ville.

s combles de l'Hôtel-de-Ville, qui fut fait

(1) La reconnaissance e 28 février 1687, par le voyer de la ville, Paul Bertaud, en présence de deux

Echevins, nous montre que ceux du grand escalier, de la grande salle, du pavillon nord et de l'aile au nord à la suite, jusqu'au-delà des Archives,

étaient alors couverts en tuiles creuses. Cela indique en même temps que les charpentes de cette partie de l'édifice, probablement les seules qui eussent

été incendies, n'avaient été refaites qu'à faible inclinaison et simplement pour mettre l'édifice à l'abri. (2) Paul Bertaud avait succédé, le 18 août 1676, à Ferdinand Seguin, voyer de la ville, lequel avait remplacé Ennemond Maupin, fils de Simon Maupin,

démissionnaire.

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