‹ Monographie de l'Hotel-de-ville de Lyon. Restauré sous l'administration de M. M. Vaïsse et Chevreau, senateurs. Accompagnée d'un texte historique et descriptifChapitre 5 sur 43 · NOTICE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

NOTICE HISTORIQUE

« De par le Roi, « Très-chèrs et bien-amez — Ayant sceu comme vous vous proposez de faire construire et

« édifier de nouveau un Hostel commun en nostre ville de Lyon, au lieu de celuy qui y est

« à présent, lequel ne se trouve pas assez grand, ni assez commode dans une ville de cette

considération et si peuplée, nous avons bien voulu vous faire cette lettre par ladvis de la Royne « régente, nostre très-honorée Dame et Mère, pour vous témoigner comme nous approuvons et « louons entièrement vostre dessein, et que nous serons très-aises que vous fassiez, au plus-tôt, « mettre la main à un ouvrage, qui contribuera à l’embellissement et à la commodité publique de « vostre dite ville. Et nous remettant à vostre bonne conduite accoustumée de ce que nous « pourrions vous dire plus particulièrement sur ce sujet, nous ne vous ferons la présente plus

« longue ny plus expresse.

« Donné à Paris, le VIII may 1646

« Signé : LOUIS.

« Er plus bas : LETELLIER. »

Nous avons suivi pas à pas, au moyen des pièces conservées aux Archives de la ville de Lyon, les premières démarches relatives à la construction de son Hôtel-de-Ville, et nous avons conduit le

Consulat jusqu'au moment où il a vendu son ancien Hôtel, obtenu la lettre de cachet qui lui

était nécessaire, et fait faire à Lyon des plans à son architecte voyer, Simon Maupin, et peut-être

à d’autres architectes, pour être présentés à Mgrs le marquis de Villeroy et l'abbé d'Ainay, sans le

patronage et l'avis desquels il ne voulait rien faire.

Maupin partait pour Paris, avec ses dessins, dans les derniers jours du mois de mars, et il n’en revenait qu'à la fin d'avril; c’est dans ce court intervalle que l'architecte Le Mercier livra les siens, probablement rapportés par Maupin, et quelques jours plus tard, dans les premiers jours du mois de mai, que Désargues envoya ses dessins au Consulat.

Il est bien difficile aujourd’hui et lorsque les pièces originales, à l'exception d’un très-petit nombre seulement, ont toutes disparu, de se rendre exactement compte de la part de chacun de ces trois artistes dans la conception du projet qui a été définitivement adopté et exécuté.

Dans le court intervalle du séjour de Maupin à Paris, il semble difficile d'admettre que Le Mercier et Dés:

rgues aient pu faire autre chose que des esquisses; pour le premier, la chose n'est pas douteuse; mais en présence de la sympathie si marquée du Consulat pour le second, et de sa qualité

de lyonnais, on peut suppos

r d’un autre côté qu'il avait pu être prévenu assez longtemps d'avance

pour pouvoir se préparer; d’ailleurs la lettre de remerciements que le Consulat lui envoie semble

indiquer qu'il a livré un travail d’une cer

aine importance et qui ne pouvait pas être fait dans lespace d’un mois.

Tout le monde apprécie l’incontestable mérite de l’édifice dont nous nous occupons; c’est un de ces rares monuments sur lesquels la critique a peu de prise, au point de vue de l’ampleur des

masses et du pittoresque des lignes; sa popularité n’est pas purement locale, et sa réputation est

assez étendue pour nous avoir engagé à en publier la monographie; mais si les proportions générales en sont excellentes, il n’en est pas tout à fait de même de certains détails dont l’exécution laisse beaucoup à désirer.

La distribution générale n’a pas toujours été bien entendue, et la construction proprement dite,

surtout celle des maçonneries et de la pierre de taille a été faite sur beaucoup de points avec une véritable négligence.

L'argent, du reste, à dû manquer souvent pour l'exécution définitive de cette grande entreprise, peut-être un peu colossale pour les finances de la ville, et cela a pu motiver quelques imperfections; mais ne pourrait-on pas expliquer encore les défaillances que nous remarquons dans les détails de l'œuvre par la difiiculté que pouvait éprouver Simon Maupin, à bien interpréter un ensemble qui pouvait, jusqu'à un certain point, lui avoir été imposé, et à bien reproduire des formes dont il n'avait pas été le premier inventeur ?

Quoi qu'il en soit, sa part dans cette œuvre a toujours été considérable, et celle-ci est restée sous son nom; il nous parait donc utile, avant de passer À la suite de cette histoire, de dire ce que nous avons pu apprendre de la vie de cet architecte.

Le lieu et la date de la naissance de Simon Maupin sont inconnus. Le plus ancien travail que l’on ait de lui est un plan gravé de Lyon, très-bien fait et fort intéressant, qui porte la date de 1625. Il fut appelé aux fonctions de voyer de la ville le 9 juin 1637, en concurrence et survivance du sieur Néry (Néris) de Quibly qui, par suite de son âge et du mauvais état de sa santé, ne pouvait

plus vaquer aussi assidüment aux fonctions de sa charge. Les sieurs de Quibly et Maupin devaient

partager par moitié les « gaiges taxations et esmolumens » appartenant à la charge, et nous trouvons à la date du 31 décembre de la même année, un mandat pour Simon Maupin, de 7; livres, pour ses gaiges ordinaires de trois mois échus. Maupin jouissait donc d'un traitement de 300 livres par an, qui devait être la moitié du traitement réel, puisque de Quibly vivait certainement encore.

Les fonctions de voyer étaient alors fort honorables, fort recherchées et très-étendues; au XVI siècle elles avaient conféré la noblesse personnelle, et réunissaient beaucoup plus d'attributions que celles des voyers de nos jours.

Nous aurons à reparler plus d’une fois de Simon Maupin, dans le cours de cette histoire; mais nous devons mentionner ici tous les faits qui le concernent personnellement, quoique étrangers à cette dernière.

Ainsi nous trouvons une délibération du 3o juin 1650, par laquelle le Consulat accepte la proposition qui lui est faite par Simon Maupin, en raison de son âge et de sa santé, de lui accorder pour son fils, Ennemond Maupin, en état de le pouvoir seconder et soulager, la survivance de sa charge avec pouvoir de l’exercer, concurremment avec lui, sans que ce soit pour la ville une augmentation de traitement.

Plus tard, le 24 mars 1654, le Consulat charge Simon Maupin, « architecte et ingénieur du Roy, » de dresser les plans et devis des travaux à exécuter pour le rétablissement de l'ancienne digue, construite le long de la rive gauche du Rhône, en face du bastion Saint-Clair, afin de ramener dans son lit le fleuve qui s’écartait sans cesse des murailles de la ville pour se jeter vers le Dauphiné.

Le 27 décembre 1659, Maupin fut nommé intendant des digues et travaux faits sur le Rhône, en considération non-seulement du zèle et de l’activité déployés par cet ingénieur, mais « aussy du bon mesnage (économie) et bénéfices que le dit sieur Maupin À procurés à la dicte ville durant les dicts travaux. »

Le 10 décembre 1661, nous trouvons aux archives la démission « pure et simple » faite par

Maupin de sa charge de voyer de la ville, laquelle démission est bientôt après, le 3 janvier suivant, suivie de celle d’Ennemond son fils, pourvu en concurrence et survivance du même office. Quelles

ont été les causes de ces deux démissions presque simultanées? Nul ne le sait, mais n’y faudrait-il

pas voir le résultat de critiques plus ou moins vives qui auraient été faites sur les travaux dirigés

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