‹ Monographie de l'hypogée-martyrium de PoitiersChapitre 19 sur 43 · INSCRIPTIONS LAPIDAIRES · texte numérisé non relu

INSCRIPTIONS LAPIDAIRES

4° Inscription du linteau de la porte (PL VI).

On lit sur la face extérieure du linteau de la porte l’inscription suivante, composée de trois lignes au centre desquelles existe une croix à sixbranches en relief.

+ Me MORIA • MEI^E BAM • ÀBBL REVM • XPT' HIC est

DEVOTI VENIVFT VHQ.VE ADIPTO PRODICTz'orce

anim Q.VI i| REMIANT ANH uatim

« La mémoire à Mellebaudis, abbé (ABBI pour abbati), débiteur du Christ, est ici. Les dévots viennent de toute part (VHQ.VE pour undiqué) à lui le Christ (ADIPfO pour ad ipsum) pour l’entretien intime de leurs âmes, et ils y reviennent (REMIANT pour remeant) annuellement. »

Telles sont les restitutions et la traduction que nous avons données à la Sorbonne, dans la séance du 2 avril 1880, et qui ont été imprimées dans le Bulletin des Antiquaires de l Ouest (1) et dans la Revue des Sociétés savantes (2) ; mais une étude plus approfondie de cette inscription nous engage à modifier l’une de ces restitutions, ainsi qu’une partie de la traduction, et de les formuler ainsi :

+ Memm • MEt^E - B ADI • ÂBBI • REVM ■ XPL HIC est

DEVOTI VENIVFT ^®j^VNCtVE ADIPTO PRODICTz'

Mb Q.VI li REMIANT ANNaaft'm

« La mémoire à Mellebaudis, abbé, débiteur du Christ, est ici. Les dévots viennent de toute part à Lui pour les offrandes, et ils reviennent annuellement. »

(1) Bulletin de la Société des Antiquaires de l’Ouest. Tome II de la deuxième série, années 1878-1879.

() Revue des Sociétés savantes des départements , septième série, tome IV, année 1881.

Nous remplaçons, comme on le voit, les mots DlCT ione anitAV par celui de DICTIMIf (pour victimis, victimes, pris dans le sens d’offrandes), parce que, d’une part, le mot dictio (entretien intime, Quintilien), paraît beaucoup trop relevé pour se trouver au milieu d’une latinité qui dénote une très basse époque, et que, de l’autre, un certain ordre, qui semble mis à dessein dans l’agencement de ces lignes par le graveur, se verrait dérangé par nos premières adjonctions de syllabes. En effet, il paraît évident : i° que la première ligne, qui renferme un sens complet, était plus longue que les deux autres; 20 que le mot DEVOTI n’avait nul besoin d’être précédé d’un autre, puisque ce sujet détermine d’une manière très nette, sans qualificatif, la phrase qui le suit, et qu’on serait fort embarrassé d’en trouver un qui puisse aider d’une manière logique le verbe lui-même ; ÿ que, si la syllabe mis de la troisième ligne avait été précédée de quelques autres lettres, cette même ligne aurait commencé sous la croix initiale de la première sans aucune raison, puisqu’une place considérable restait au graveur entre le Q.VI et le pied de la croix en relief.

Quant à la restitution du mot KWAuatim dont nous ne lisons sur la pierre que ANN, 011 ne voit pas comment compléter le mot auquel ces trois lettres appartiennent autrement que comme nous l’avons fait; mais il est probable qu’il était gravé en abrégé ou avec des lettres liées, suivant l’usage de l’époque de l’inscription dont il fait partie, car, autrement, il aurait allongé démesurément celte ligne, tandis qu’on aurait pu le graver plus près du mot REMIANT.

Faisons aussi remarquer que, si nous avons traduit littéralement MEMORIA MEREBAVDI ABBI (abbati) par la mémoire à Mellebaudis plutôt que de Mellebaudis, c’est que les mots Mellebaudi abbati sont au datif, et non au génitif. En effet, abbas, au nominatif, fait au génitif abbatis, au datif abbati, et d’après le passage suivant de l’inscription du jambage de la porte : HIC MEREBAMf REVf ET fERVVf IHM XPO INIfTITVI « ici (moi) Mellebaudis débiteur et serviteur à Jésus-Christ, j’ai institué... », MEREBAMf est au nominatif et fait au génitif Mellebaudis et au datif Mellebaudi, comme Radegundis, Radegundis, Radegundi (1), Monegundis, Monegundis, Monegundi (2), Ragondis, Ragondis, Ragondi (}), Orontis, Orontis, Oronti (4). Nous reviendrons plus loin sur l’emploi des datifs au lieu des génitifs et sur les époques pendant lesquelles cette particularité se rencontre.

Voyons maintenant quelle doit être la signification réelle de cette inscription. Il appert nettement du texte même que ce monument est la « mémoire » appartenant à Mellebaudis et que les personnes pieuses y reviennent chaque année pour y déposer leurs offrandes; nous pouvons aussi supposer que par offrandes il s’agit

(1) Grégoire de Tours, Vie de sainte Radegonde.

(2) Id. De gloria confess ., c. XXIV.

(3) Inscription sur une épée. Collections deM. Oct. de Rochebrune. Niort, Clouzol, 1880.

(4) Inscription de Saintes. Audiat. Bulletin Monumental , 1881. Citée p. 53 de ce travail.

non seulement d’ex-voto, mais de prières, de demandes et de grâces spirituelles. En effet, le mot memorici ne peut être pris ici dans le sens de tombeau quelconque indiqué par M. le C. de Rossi, d’après une description de Rome de la fin du IVe siècle (i); car le monument lui-même renfermait des ossements de martyrs, comme en font foi les inscriptions déjà citées, et il n est pas croyable qu il soit venu à la pensée de Mellebaudis d’inviter les personnes pieuses à déposer des offrandes sur sa tombe et à le prier, tandis que la memoria, qu’il avait choisie pour sa sépulture, renfermai I les restes ou reliques de martyrs. Nous sommes donc fondé à croire que le mot memoria s’applique uniquement ici à la cella ou chambre souterraine (hypogée) des martyrs, et que Mellebaudis a simplement entendu signifier que cette memoria était sa propriété et qu’il l’avait choisie pour son lieu de sépulture. Ce qui nous confirme aussi dans cette opinion, c’est que l’Hypogée lui-même, comme nous le prouverons plus loin, était déjà entièrement arrangé et meublé en martyrium avant que les restes de l’abbé y eussent été déposés.

5° Inscriptions sur les dormants de la porte (PL VI).

Au moment où le pèlerin descendait les marches de ce sanctuaire vénéré, il avait en face de lui l’inscription du linteau dont il vient d’être question, et deux autres qui se trouvaient sur les faces intérieures des dormants de la porte,

l’une à droite et l’autre à gauche.

Celle de droite est très fruste et même incomplète; voici ce qu’il en reste :

AI/AETu + IHICIO ET flHi; QJAM Q.VID

avn>

qvod

TIDIÆ PEIVT ET PE1VT

(pour initium.)

(pour quoniam.)

(pour quotidien.)

QVIa jPA fms AD pROPIN Q.1AT. .

IIVT-D

(1) Marligny. Dict. des Ant. Chrét. Confession. Martyrium. Memoria.

« *f" Alfa et ut le commencement et la fin. Parce que toutes choses vont chaque jour de mal en pis, voilà que déjà la fin (des temps) approche. »

Les deux lignes qui suivent AÆPROPlNGtWT manquent ; elles ont été enlevées pour donner passage à la clef de la seconde serrure mise, sans aucun doute, à l’époque d’une restauration du monument; et des quatre lignes qui suivent, il ne reste que quelques lettres d’après lesquelles il paraît presque impossible de reconstituer la fin de la phrase.

Faisons remarquer, en passant, que déjà au ive siècle, puis au VIe, on était dans l’attente de la fin du monde; c’est ce que prouve péremptoirement, d’après Sulpice-Sévère, Grégoire de Tours et des inscriptions, notre savant épigraphiste chrétien des Gaules, M. Edmond Le Blanl : « En Gaule, dit-il, comme ailleurs, l’attente de la fin du monde pesait comme un avertissement sévère sur la société croulante. Saint Martin annonçait que l’Antéchrist, ce dernier roi de la terre, était déjà né et régnerait dès qu’il aurait l’àge viril. Cette conviction apparaît sur les marbres. Une épitaphe de Reims parle du jour prochain où viendra le Seigneur... » (i).

L’inscription de gauche (en entrant) est encore plus incomplète et plus fruste que la précédente. Le haut et les bras delà croix n’existent plus, mais le bas de la haste, ainsi que l’A (alfa), et 1’® (oméga), se voient encore; on lit ensuite :

(pour vitalis.)

(la queue du Q. existe.)

(manquent une ou deux lettres avant À(J.)

(place pour une lettre après 1 S .)

(place pour une ou deux lettres après le Cet pour un jambage de ce qui parait être un V.) (place pour trois lettres, l’une avant 1 A et les deux autres après le P.)

(place pour deux lettres illisibles après 1 À.)

(place pour une lettre avant le V et pour deux après l’I.)

(place pour deux ou trois lettres avant l’H et pour une après.)

(rien après le point.)

(défaut de pierre après l’£.)

(place pour quelques lettres avant l’I.)

(morceau manquant donnant place à trois lignes.)

AR (place pour deux ou trois lettres après 1 R-)

bVL (rien après le point.)

ERIT (place pour une lettre avant 1 E.)

(1) Edmond Le Blant. Manuel d'Épigraphie chrétienne. Paris, Didier, 1869, p. 167.

(2) Le morceau de pierre qui renferme les fragments de ces quatre lignes n’a été retrouvé dans les décombres qu’après qu’on eut fait les photographies, dans le moment où l'on disposait des terres de déblai.

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