MO-ETT-ET DT INI^O TI Q.VIT - Q.VI • NON - HIC
AMAT - /DORAE - DNM • IHM
XPM - ET • DITTRVIT • OPERA ITT A TIT'AATIEMA MARANATHA- VTQ.VID • 1NTEMPITERNVM -
Sa traduction littérale serait alors la suivante :
« Au nom de Dieu, moi » (sous-entendu : je dis, j’écris ce qui suit) :
« Ici (moi), Mellebaudis, débiteur et serviteur de Jésus-Christ, j’ai institué pour moi cette petite caverne où repose (quoique) indigne ma sépulture que j’ai faite au nom du Seigneur Jésus-Christ, lequel j’ai aimé, auquel j’ai cru. Il est vraiment digne de confesser le Dieu vivant dont la gloire est grande. En Lui, la paix, la foi, la charité. Lui-même est Dieu et homme, et Dieu est en lui. Si quelqu’un n’aime pas adorer ici le Seigneur Jésus-Christ, et détruit cet ouvrage (cette œuvre, ce monument), qu’il soit anathème, MARANATHA (mot tiré du syriaque : maranatha qui signifie Dominus venit) jusque dans l’éternité. »
Cette page d’épigraphie est digne de commentaires et d’explications, car elle n’a, croyons-nous, d’analogue dans aucune inscription signalée jusqu’ici.
Nous y trouvons trois idées fort distinctes : une dédicace, une profession de foi très vigoureusement accentuée et un anathème.
La dédicace commence par une phrase ou formule magistrale qui préside aux deux autres idées, et est ainsi conçue : « Au nom de Dieu, moi. » C’est au nom de Dieu que Mellebaudis se pose fièrement pour faire connaître qu’il est propriétaire de cette memoria (comme nous l’avons vu par l’inscription du linteau),
(l’assemblage du linteau couvrait la pierre après EC\0-)
(môme observation.)
(peut-être y a-t-il sur les deux A un petit trait dénotant deux accusatifs.) (même observation que plus haut.)
(I’m et Ve sont enlevés par le trou de la seconde serrure.)
j um et cujus ont été enlevés par le frottement du pêne de la première | serrure, et après cujus existe le trou de la première serrure, défaut de pierre à l’endroit du blanc, au milieu du mot MÀC\HÀ .
de cette speluncola (ainsi que l’indique le texte même), et qu’il a choisi ce lieu pour lui servir de sépulture. Après cette fierté fort légitime, puisqu’elle repose sur Dieu lui-même, IH DEI NOMINI « Au nom de Dieu », Mellebaudis s’humilie avec ce sentiment intime et profond qui doit animer tout vrai chrétien, en se reconnaissant ,< débiteur et serviteur de Jésus-Christ » : RE Vf ET fERVVf IHM XRO, et en se disant « indigne » : INDIQHI ; puis il répète que c’est au nom du Seigneur Jésus-Christ qu’il a choisi cette caverne pour sa sépulture : fEPVtJVRA MEA Q.VEM CECI IN NOMENI DNI IHM XPÏ.
Ici paraît ou plutôt se développe, avec une intention certainement bien marquée, que nous rechercherons, sa profession de foi déjà nettement affirmée par les lignes précédentes.
C’est « au nom du Seigneur Jésus-Christ , dit-il, de ce Jésus-Christ que j’ai aimé, auquel j’ai cru, que j’ai choisi ce lieu pour ma sépulture. Ce Seigneur Jésus-Christ, ajoute-t-il, est digne d’être confessé Dieu vivant, dont la gloire est grande; en Lui la paix, la foi, la charité ; Lui-même est Dieu et homme, et Dieu est en Lui. » Ce n’est plus l’humilité seulement qui se manifeste par ces phrases, mais bien ce qui en est forcément la conséquence, c’est-à-dire l’amour pour Jésus-Christ et la confiance en lui ; c’est aussi l’affirmation des dogmes de l’Incarnation et de la Rédemption, d’après lesquels le fils de Dieu s’est fait homme pour racheter le monde perdu par le péché originel, et, quoique Dieu fait homme, est Dieu comme son Père. Mellebaudis affirme donc ici avec la plus grande vigueur qu’il croit à ces dogmes discutés et méconnus par les Ariens, les Pélagiens, les Semi-Pélagiens, les Eusébiens, etc.
Cette même affirmation de Jésus-Christ Dieu -homme et rédempteur se retrouve dans l’inscription précédente où il est question du Dieu vivant qui enlève la mort étrangère, car on ne peut appliquer ce passage qu’à Jésus-Christ même, qui est, comme nous l’avons déjà dit, Dieu vivant en ce sens qu’il nous a rendu la vie en nous rachetant par sa mort. Remarquons aussi, en passant, que l’inscription où il s’agit du Dieu vivant qui enlève la mort fait face à celle où il est dit qu e déjà les choses vont de mal en pis et que la fin des temps ' approche, et que l’une est le complément de l’autre en ce que la première parle de Jésus-Christ rédempteur et la seconde de la fin du monde, et qu’en un mot toutes deux rappellent Dieu infini, éternel, et l’homme fini qui relève de Dieu seul.
A la suite de la dédicace et de la profession de foi qui l’accompagne, se lit un anathème fort intéressant :
SI - CtVIP Q.VI • NON * HIC • AMAT - ADORARE - DNhD ilfT- XPM~- ET - DIfTRVIT • OPERA • IJTA
f 1T * ANATHEMA
L’auteur de cet anathème, Mellebaudis sans doute, en menaçant ceux qui,
non seulement n’aimeraient pas Dieu ici HIC, niais détruiraient aussi cette œuvre OPERA IfTA, semble vouloir dire que, pour arriver à détruire le monument, il faut vraiment ne pas aimer adorer Dieu.
On rencontre, il est vrai, des anathèmes sur les sépultures particulières, ainsi que dans les chartes, mais celle-ci est la seule dans laquelle il soit question d’adorer Dieu.
Pourquoi cette obligation d’adorer Dieu ici HIC? Qu’est-ce donc que ce HIC, ce monument qu’il appelle œuvre , OPERA, et pourquoi Pappelle-t-il ainsi et non memoria ou speluncola, comme il le faisait ailleurs? Pourquoi considère-t-il aussi comme faute méritant un si grand anathème la destruction de ce monument? Telles sont les questions que nous suggère cette formule de malédiction et auxquelles nous allons essayer de répondre, en cherchant toutefois à découvrir les raisons qui ont déterminé Mellebaudis à la formuler ainsi.
On ne peut, ce nous semble, faire obligation d’adorer Dieu dans un monument, à moins qu’il ne recèle Dieu lui-même, c’est-à-dire Jésus-Christ sous les espèces eucharistiques, ou les reliques de ses saints, et non parce qu’il contiendrait les restes d’un bon chrétien quelconque, voire même d’un prêtre fervent. Mais il est manifeste que si le saint Sacrifice de la Messe pouvait s’y célébrer sur le petit autel, la Sainte Eucharistie ne pouvait y demeurer en permanence ; et nous savons aussi que la dépouille mortelle de Mellebaudis devait y reposer. Il fallait donc qu’il se trouvât en ce lieu quelque autre chose de saint qui réclamât des honneurs auxquels se joignait l’adoration de Dieu. Ne pourrions-nous pas croire que ce quelque chose était les reliques des QCXII martyrs mentionnés sur l’inscription de 1 ’arcosolium? Nous le pensons, car il est de foi que les reliques des martyrs sont saintes, qu’elles peuvent et doivent être honorées, et qu’en leur rendant un culte on rend adoration à Dieu même.
La présence des reliques de martyrs dans ce monument étant admise, on comprend facilement que Mellebaudis ne se soit pas servi ici du mot speluncola, puisqu’il l’avait employé dans un autre passage de l’inscription en parlant de sa sépulture. Quant au mot memoria qui figure sur le linteau, dont la signification est la même que celle de confessio, c’est-à-dire : monument élevé sur le lieu où les martyrs ont confessé leur foi, il aurait pu l’employer, puisque le monument recélait les restes des martyrs ; mais nous croyons qu’il lui a préféré celui d’« œuvre », OPERA , parce que ce monument était non seulement une memoria ou confessio de martyrs, mais aussi sa dernière demeure, et surtout parce qu il en avait fait une œuvre véritable par l’ameublement, la sculpture, la peinture et la décoration.
Il est facile maintenant de comprendre pourquoi Mellebaudis a menacé d’un anathème si vigoureux, dont tous les mots sont choisis, ceux qui détruiraient ce monument.
Nous voyons, après le mot ANATHEMA, celui de MARANATHA qui vient, comme nous l’avons dit, de deux mots syriaques : MARAN ATHÀ, qui signifient : Dominas venit (ut docet Gangius) (i). Ce mot composé a sans doute été placé pour donner plus de force à l’anathème, car c’est une menace de la venue du Seigneur en cas d’infraction au respect réclamé.
Mellebaudis ne se contente pas de fortifier sa menace par le mot MARAHATHA, il fait encore courir les résultats de l’anathème jusque dans l’éternité : VTQ.VID IN TEMPITERNVM. Mais on peut croire que cette dernière ligne n’a pas été gravée en même temps que le reste de l’inscription, car la gravure de ses lettres est beaucoup moins soignée que celle de l’inscription elle-même. Ne peut-on pas croire alors que l’auteur de l’inscription a tenu à y faire ajouter ce complément de phrase pour donner encore plus de force à sa menace? Quoi qu’il en soit, cet anathème est fort important et demande que nous lui consacrions encore quelques lignes. Ce n’est certainement pas Mellebaudis qui est l’inventeur de sa formule, car nous en trouvons une presque identique dans la première Épître de saint Paul aux Corinthiens (cap. XVI, v. 22) : « Si quis non amat Dominum nostrum J esum-Christum, sit anathema, Maran Atha ; » et quelques conciles, tel que celui de lolède en 589, ont reproduit dans leurs actes ces mêmes menaces d’anathèmes. Nous retrouvons aussi cet Anathema Maranatha : en 566, dans une charte de Saint- Germain de Paris en faveur de Sainte-Croix et de Saint-Vincent (aujourd’hui Saint-Germain-des-Prés, à Paris): « ... super se adesse sentiat judicium et sit anathema Maranatha (2); » en 627, dans une lettre de donation à Théodile Dodon, abbé de Saint-Denis: « ... ut ille maledictus in inferno inferiori, et anathema et maranatha, percussus cum Juda cruciandus descendat (et oh) peccatum quod admittit, in films et in domo sua crudelissima plaga (desæviat : sint) leprosi pro hujus culpa (et) a Deo percussi, ut non sit qui inhabitet in domo ejus et insuper duplicem satisfactionem fisco exsolvat (3); » en 675, dans un codicille de saint Amand : « ...si quis vero contradicere... ipse sustineat, et sit anathema Maranatha, quod est perditio in adventu Domini nostri J esu-Christi(p() ; » en 986, dans la bulle donnée par Jean XV, à l’abbé de Saint-Pierre au ciel d or, à Pavie : «... omnes maledictiones quce in veteri et nova continentur lege ventant super eum, a celesti sede perculsi que , anathema maranatha (5); » en 1 1 y , dans une charte de Robaldus, archevêque de Milan: « ...Si quis autem hoc privilegium violare m ahquo presumpserit... sit anathema maranatha et pereat cum Saule et Jonatha, necpartem habeat cum XRO Domino qui pro nohis peccatoribus crucijixus est in (Sol gotha (6). »
(1) Labbe. {Coll. 1157.)
(2) Diplomata, Chartes , t. I, p. 128.
(3) Mabillon. De re diplomatica , L. II, c. VII, n° XII.
(4) Diplomata , Chartes , t. II, p. 166.
(5) Me>- Barbier de Montaull. Bulletin monumental , 5e série, t. VIII, 46e de la collection, p. 625-626.
(6) Historiés patries monumenta, t. XIII. Frisi, t. II, p. 53.
7° Inscription du seuil de la porte (PL VI). — Nous voici en présence d’une inscription tout à fait originale et jusqu’ici unique en son genre pour son époque :
C,RAMA ((RVMO ANA ~AyCAX PIX
Elle est gravée sur une pierre, maintenant encore monolithe, qui sert de seuil et supporte les jambages de la porte. Nous l’avons signalée à la sagacité des épigraphistes, dans la réunion des Sociétés savantes, à la Sorbonne, le 2 avril 1880; M. Adrien de Longpérier, seul (1), croyons-nous, en a cherché le sens et l’a publié dans le Journal des savants (mars 1881, p. 144).
Voici textuellement ce que nous lisons dans cette Revue : « Il paraît probable que ce sens a été cherché sans qu’on se fût bien rendu compte de la place occupée par ces deux lignes de caractères. En effet, le seuil d’une porte, à ce qu’il semble de prime abord, doit offrir une formule de salutation ; et, dans une crypte renfermant la dépouille de martyrs, cette formule doit être religieuse. Nous divisons donc les deux lignes par un trait vertical; et le premier groupe nous a donné ana grama.
» C’est un avertissement. Nous savons que nous avons le droit de changer l’ordre des caractères qui suivent.
» La tâche devient très facile ; car les deux syllabes cax pix révèlent clairement la présence du mot pax. Le reste, presque mécaniquement interverti, fournit xri.cvm vo.ag ; et la phrase entière se prononcera : pax xri cvm vo bis ag at. Il semble fort présumable que le dernier mot n'a été introduit là que pour prêter un G au groupe grvmo, mis en pendant de grama, afin d’embarrasser un instant le visiteur.
» Si l’on prenait le parti d’employer la lettre r une seconde fois, ce qui n’est pas fort régulier , sans être interdit par l’art des anagrammes, on pourrait lire gra vo cvm, gratia vobiscum, suivant l’expression de saint Paul ( Ad Timoth., IV, 22) ».
Avant de formuler un jugement sur cette interprétation, qu’il nous soit permis de reproduire ici ce que nous écrivions le 28 février 1880, au sujet de cette inscription, dans le manuscrit qui nous servit à la Sorbonne, le 2 avril de la même année, d’après lequel fut imprimé notre mémoire dans la Revue des Sociétés savantes (1881, 7e série, t. IV, p. 2 54), et qui nous a été remis après l’impression (2) :
« Celle (l’inscription) du seuil de la porte a été signalée depuis quelque temps à la sagacité des épigraphistes ; la voici :
((RAMA (jRVMO ANA ~ A y CA X PIX
(1) Tout ce paragraphe était écrit avant, la mort de l’illustre académicien.
(2) Ce manuscri\est annoté en tête par M. le secrétaire, et en marge par les ouvriers typographes. Il comporte le passage dont il est question, couvert de crayon bleu, parce qu’il n’a été ni lu ni imprimé, par suite des conseils de quelques savants émérites qui trouvaient ma détermination trop neuve et trop hardie. Ce manuscrit est maintenant déposé aux archives de la Société des Antiquaires de l’Ouest, auxquelles il appartient.
)> Personne jusqu’ici n en a trouvé le sens, mais on pourrait peut-être y parvenir, si l’on y voyait une anagramme, comme sembleraient l’indiquer les deux mots ANA ((RAMA, ANA suivi d’un petit s renversé placé en interligne et renvoyant au premier mot ((RAMA de la ligne supérieure (?). L’inventeur de cette ingénieuse interprétation lirait alors l'inscription de la manière suivante : AHA-ÇRAMA (anagramme), A-((RVM (champ), CA-RVM (cher jPI-0 (au pieux). Toutes les lettres seraient ainsi employées d’une manière symétrique et signifieraient : Champ cher aux personnes pieuses. N’oublions pas que, d’après de nombreuses observations , les soixante-douqe martyrs auraient été sacrifiés sur ce champ qui porte encore les noms de Champ des Martyrs et de Chiron-Martyrs. »
D’accord, comme on le voit, et sans nous être entendu avec l’éminent membre de l’Institut sur le point essentiel qui est de reconnaître en cette inscription le moL ANA((RAMA, et par là même sur le mode de lecture, nous indiquerons la marche que nous avons suivie et les raisons qui nous guident pour maintenir notre détermination: A-((RVM, CA-RVM, PI-0.
En examinant attentivement la photographie de l’inscription, qui n’est que la reproduction fidèle des lettres gravées elles-mêmes, on remarque que celles placées à la fin des trois dernières syllabes offrent des particularités étranges; en effet, la seconde lettre de la première syllabe n’a la forme ni d’un Y, ni d’un u^tXov minuscule, ni d’un yap.p.a minuscule ; et, du reste, que viendraient faire dans la composition de cette inscription des lettres grecques, puisqu’elle est de même date que toutes les autres inscriptions du monument dans lesquelles on ne voit aucune lettre grecque, si ce n’est IV (alfa) et IV (oméga) qui font partie des monogrammes?
Par suite de ces observations, nous nous déterminons à ne voir, à la fin de chacune de ces trois dernières syllabes, que des signes et non des lettres. Nous croyons aussi qu’ils ontété mis pour faciliter au visiteur la lecture de l’anagramme, et non pour l’embarrasser ; car, de même que IV renversé, placé en interligne après la syllabe ANA de la seconde ligne, est un signe qui renvoie le lecteur à la ligne supérieure pour y trouver le complément du mot dont il n’a que la première syllabe, de même le signe qui suit l’A de l’antépénultième syllabe, et que l’on a pris pour un Y ou pour un V (u), renvoie, pour trouver la fin du mot C(RVM, à la ligne supérieure; de même aussi, les deux signes, dont la forme se rapproche de celle de l’X, placés à la fin des deux dernières syllabes, renvoient à la ligne supérieure pour trouver le complément des mots CA-RVM, PI-0, dont on n’a que la première syllabe.
11 semble donc que, dès le début de la lecture de l’anagramme, son auteur ait voulu indiquer au visiteur la marche fort simple qu’il avait à suivre pour en comprendre le sens. N’oublions pas, du reste, que, si Mellebaudis a tenu à faire preuve d’un peu de science en cette circonstance, il voulait néanmoins être compris;
c’est ce qui ressort des traductions en latin des quelques lettres grecques ou hébraïques qu’il avait employées, comme on le voit, dans les monogrammes et dans l’EMMANVHE(.
Nous maintenons, par là même, dans son intégrité, la lecture de cette inscription telle qu’elle se trouve dans notre manuscrit du 28 février, et telle qu’on la lit à la page précédente.
Ajoutons aussi que celle de M. de Longpérier, quoique fort ingénieuse et très complète, ne nous paraît pas acceptable, parce que, d’une part, il a fallu, pour la formuler, considérer comme un v (u) ce qui n’est qu’un signe de convention jouant le même rôle que le petit s précédent, et donner double emploi à I’r contenu dans le mot (jRVMO, sous peine de rendre inutiles ses trois dernières lettres, ce qui paraît étrange ; d’autre part, toutes les inscriptions lapidaires de ce monument semblent bien avoir eu le même auteur, et dénotent une si grande simplicité mêlée à une si profonde ignorance de la langue latine, qu’il paraîtrait surprenant que ce même auteur ait pu se livrer à des tours d’esprit aussi complets que ceux qui lui sont prêtés si charitablement par M. de Longpérier.
Quoi qu’il en soit de ces considérations et de ces observations au sujet de cette inscription, elle n’en demeure pas moins fort intéressante, vu surtout l’époque à laquelle elle a été faite; car le monument qui la renferme ne semble pas postérieur à la fin du vie siècle.
8” Inscription sur une pierre jadis moulurée ( PI. XI). La pierre sur laquelle se lit l’inscription suivante est monolithe et semble avoir été encadrée par une moulure saillante, dont il ne reste malheureusement plus que des vestiges; en étudiant l’emploi des matériaux anciens du monument et sa restitution, nous n’avons pu lui trouver de place que dans la partie laissée libre à l’intérieur entre la courbe de la voûte et le linteau de la porte, ou plutôt au-dessus du linteau de la porte, à l’extérieur sous le vestibule, comme on le voit PI. XXII. (Élévation sur l’entrée.)
t EMMA t NVHEL NV Blf EVM Ys
Placée jadis là où nous venons de le dire, cette inscription était la première chose qui frappait les visiteurs avant de mettre le pied dans l’intérieur du monument, et qui leur rappelait Notre-Seigneur Jésus-Christ, c’est-à-dire : Dieu avec nous : NVBIfCVM DEVf .
Ici encore, nous remarquons que, pour la troisième fois, l’auteur de ces inscriptions a pris soin de donner la traduction latine de celles qu’il écrivait d’abord en langue étrangère ; c’est ainsi que nous avons vu la traduction en latin de I’A (alfa) inscrit sur les deux dormants de la porte.
Une inscription liturgique identique à celle-ci, gravée sur une ancienne croix pectorale, a été publiée dans le ‘Bullettino de M. de Rossi, 1 86 j , p. 11.
90 Inscription de la grande marche (PL VII). — Cette inscription décorait la marche qui séparait en deux l’intérieurde l’Hypogée et changeait le niveau de son aire ; elle formait la bordure supérieure et inférieure de l’intéressante ornementation que nous avons décrite au chapitre IX, parag. VI, n° 3. La voici :
HOMO f ClVb'-f,lvORIATVR-DEO'fEMH,EMMliiS®J«®Kt.â;-*!SW W »If,H0RAT f ME^VREfT-EHIM IHMAtEf'ACTI.S' • HVMEtLf ■ CONfEf/IO • QjAM'IN BO HIV fVPERVi'C^ORIACIO
« Homme! i Celui qui se glorifie d’être semblable à Dieu ignore . t
car mieux vaut une humble confession dans les méfaits, qu’une superbe glorification dans les bonnes œuvres. »
11 semble fort difficile de reconstituer dans son entier cette inscription, attendu que des leLtres de sa première ligne ont été coupées pour fournir une feuillure aux couvercles de sépulture qui lui sont postérieurs, et que ce qu’il en reste est fort peu de chose; de plus, il nous a été impossible, jusqu’ici, de retrouver le texte de l’Ecriture ou des saints Pères auquel ce premier membre de phrase a sans doute été emprunté. La même difficulté n’existe heureusement pas pour la seconde ligne ou second membre de phrase, car nous le retrouvons intégralement, malgré de légères variantes, dans le Liber scintillarum de Defensor (cap. VIII, de Confessione) (1). Voici comment ce texte, attribué par Defensor à saint Basile, est formulé :
« Melior enim est in malis factis pura confessio, quam in bonis operibus superba gloriat.io. »
Saint Bernard emploie aussi ce texte, sans en donner la provenance, dans le passage suivant d’un de ses sermons (de septem donis Spiritus Sancti) : « Qaod » a Domino evidenter ostenditur, ubi Publicanus et Pharisœus in exemplum adducuntur,
» sicut quidam sapiens ait : Melior est in malis factis humilis confessio, quam in bonis
» FACTIS SUPERBA GLORIATIO. ))
De ce qu’il reste de cette inscription, il est facile de voir qu’elle prêchait, à ceux qui la lisaient, 1 humilité et la confession. Aussi n’est-ce pas sans raison qu’elle avait été inscrite sur la marche de l’autel, au pied de laquelle le prêtre devait se tenir et s’humilier avant de célébrer le saint Sacrifice de la Messe.
io° Inscriptions sur la face d’une châsse (PL VIII).
La pierre dont nous avons sous les yeux la représentation en héliogravure, et qui servait de face à une des châsses de la première construction du monument, n’est certainement pas entière, puisque deux de ses morceaux diffèrent en lon-
(I) Patrologie latine de Migne (T. 88. Venant» Forlmati opéra et aliorum , p. 619). - Ce Defensor était moine de Ligugé, en Poitou, vers la fin du vne siècle, et saint Basile écrivait au iv° siècle.
gueur ; mais les extrémités de la partie haute ne semblent pas avoir été raccourcies, et le morceau du bas, joint au petit moellon, atteint la longueur delà précédente. Tout porte donc à croire que nous possédons cette face dans toute sa longueur, et, par conséquent, que le titulus lui-même est dans son entier et qu’il ne manque à son inscription que quelques lettres malheureusement disparues.
Etudions avec soin les trois inscriptions qui se lisent sur la face de cette châsse ou capsa.
La première se compose de noms propres placés à gauche des têtes de chaque personnage, dans l’ordre suivant :
mïev; • iohanni; ■ nai\ • ra^vel
Nous n’avons pas à nous en occuper, l’ayant déjà fait au chapitre IX, paragraphe VI, n° 5, de cet ouvrage.
La seconde renferme aussi des noms propres, mais d’un intérêt plus grand que ceux de la précédente. Le commencement de la ligne a été enlevé, comme on le voit, par le pic ou la laie du tailleur de pierre, qui a brutalement fait disparaître la moulure en relief servant d’encadrement à la face de cette grande boîte ; la fin est extrêmement fruste, parce qu’elle est inscrite sur un morceau que nous avons retrouvé à l’état de moellon et que les agents chimiques ont vigoureusement attaqué. Voici cette inscription telle qu’elle apparaît :
mUMIf-fCi ■ ACNAH1 ■ bAÇITI • iARKjSI • ffit^iWI • MATINII ' IWSHICBHElja»
A première vue, l’on prendrait pour un D une portion de lettre qui précède IMI S ; mais, en examinant avec attention, il paraît plus que probable que ce prétendu 1) est la partie supérieure d’un R.
Ce ne peut être un D, car cette lettre mise en avant de IMIf ferait DIMIf, pour dimissi, et dimissi, étant un nominatif pluriel, ferait également voir dans Kl un nominatif semblable ; mais, étant admis que ces deux mots soient à ce cas, on ne s’expliquerait pas qu’ils fussent suivis de noms propres au génitif singulier, puisque la phrase n’aurait aucun sens : il faut donc abandonner la supposition d’un t>.
Voyons alors ce que donnerait un R.
L’R qui précéderait IMIf formerait RIMLf ; ajoutant un P en tête de ce mot, nous aurions PRIMLf, et, en supposant la syllabe IH gravée en petites lettres ou en lettres liées avant ce mot, nous lirions : IN PRIMIf, formule identique à celle qui se trouve dans l’inscription murale de V arcosolium de gauche. Cette similitude de formule, jointe à la possibilité qu’avait le graveur d’inscrire les trois lettres I, N, P, en tête du titulus, puisque la place existe, nous engagent à admettre la
restitution IN PRIMIf au commencement de la phrase à laquelle nous donnerons alors l’interprétation suivante :
in pRIMIf . HIC . reliq.. ou tout autre mot offrant le même sens.
u foui d’abord ( pour voici) « ici » « les restes »
...Kl . ACNANI . tAÆITI . .
« de saint)) « Acnanus » (de saint sous-entendu) « Lanpritus '>
. 'ARICiH . KQW1 .
(de saint sous-entendu) « Vaprigatus » de ( saint sous-entendu) « Helarius » . MATINII .
(de saint sous-entendu) « Martinius » (il manque probablement un nom propre à la suite). .
11 reste sur le petit moellon, entre HIC et les, trois jambages qui précèdent Et^, la place pour une ou plusieurs lettres. Que pouvait-il y avoir là d’écrit? Que faire de ces trois jambages? Nous n’osons nous lancer ici dans aucune restitution, quoique le Et. placé vers la fin de l’inscription donnât à penser que ces deux lettres pouvaient appartenir au mot Mellebaudis et que, dans ce cas, le sens de la phrase entière pouvait être celui-ci : « Voici les restes des saints Acnanus, Lanpritus, Vaprigatus, Helarius, Martinius..., que Mellebaudis a placés ici. » Nous préférons laisser à notre illustre maître, M. le commandeur de Rossi, le soin de restituer cette phrase et celle qui la suit, avec l’habileté surprenante dont il nous a donné de si nombreuses et de si intéressantes preuves.
Malgré les vraies difficultés d’interprétation que présente cette inscription, nous y trouvons cependant matière à quelques observations importantes. Ainsi, parmi les noms propres, il en est qui semblent barbares, ce sont ceux de fMITVf et de ViRIC\AVf; les autres paraissent bien latins et se trouvent parmi les noms des Gaules. De plus, au nombre de ces derniers se trouve un ACNANVf, que l’on pourrait prendre pour saint Agnan ou Aignan, évêque d’Orléans, qui mourut en 453, mais le nom latin de cet évêque est Anianus , et non Acnanus; il en est aussi un autre, celui de MÆvTINIV.f, qu’il ne faut pas confondre avec Martinus ; quant à l’E dans KfÆdV.S', il a certainement été mis à dessein, puisque, dans une inscription du même monument, celle de Y arcosolium, nous lisons HI \arius : cette différence d’E et d’I doit être volontaire , puisque Hilaire joint à Sosthène fait partie de Y arcosolium qui a trait à ces deux saints, tandis que Hélaire est englobé dans une autre série de saints que mentionne la boîte ou châsse d’un autre arcosolium que le précédent. C’est donc à tort, croyonsnous, que l’on considère généralement le nom propre //zlarius comme étant le même que celui d’ffelarius.
La troisième inscription de la face de cette châsse gravée sous la précé-
dente est tellement fruste, qu’il nous paraît téméraire d’en entreprendre la restitution et l’interprétation; grand nombre de lettres et de mots ont disparu, et ce qui reste aura bien de la peine, croyons-nous, a être complété. Espérons toutefois ce résultat important, car cette phrase, savamment interprétée, jetterait certainement une vive lumière sur l’ensemble des inscriptions de ce précieux monument.
1 1° Inscription sur la face d'une autre châsse (PL VIII). — La face de la seconde châsse est encore moins complète que celle de la précédente et par là même ne nous donne qu’un petit fragment d’inscription que voici :
i HIC IN NOMENI DÏÏT LIS B»
« i Ici, au nom du Seigneur... »
Il contient si peu de mots qu’on ne peut, tout au plus, en tirer qu’une simple conjecture presque gratuite ; ce serait de voir à la suite de DNI le mot cessi dont nous n’avons que LIS, et de traduire ainsi : « Ici, au nom du Seigneur, j’ai cédé (pour j’ai déposé, ou j’ai placé)..., » et la fin de la phrase donnerait ce sens : les restes des martyrs dont les noms ne sont pas connus.
Si nous nous permettons de formuler aussi timidement cette conjecture, c’est, que la pierre inscrite qui nous occupe semble, comme la précédente, avoir servi de face à une châsse et, comme nous le prouverons plus loin, l’Hypogée avait trois arcosolium dont chacun devait abriter une châsse ; ainsi, le premier possède encore sa châsse sous l’inscription d’Hilaire et de Sostène, et les deux autres sont vides; mais nous avons deux faces de châsses sculptées et inscrites qui pouvaient les remplir, l’une avec cinq noms que nous avons donnés plus haut et l’autre sans noms, dont nous parlons. C’est ce qui nous ferait croire que la première châsse renfermait les ossements d’Hilaire et de Sostène, la seconde ceux des martyrs dont les noms étaient connus, et la troisième ceux des autres martyrs dont on ne connaissait pas les noms. N’oublions pas que les restes des 72 martyrs mentionnés dans notre palimpseste n ont pu être recueillis et translatés que longtemps après l’époque de leur supplice.
Mais n’anticipons pas davantage sur 1 un des chapitres suivants de cette monographie, et revenons à nos inscriptions.
12° Inscription sur un fragment de pierre sculptée (PL VIII). — En examinant attentivement le fragment de sculpture sur lequel se trouve gra\ée la petite inscription qui va nous occuper, on constate qu’il faisait partie d une statue aussi grossièrement dessinée et sculptée que le bas-relief représentant deux personnes attachées à des croix, dont il est question au chapitre IX, parag. vi , n° 7. En effet, le haut des cuisses liées par une corde à un rondin est reconnaissable, ainsi que les bras couverts de plumes pliés au
coude et se rejoignant sur le ventre; on distingue aussi les mains réunies tenant le pied d’une croix, et la croix placée sur la poitrine jadis décorée de verre cloisonné. II ne manque à cette statue, fort grotesque, que les épaules, le cou, la tête, le bas des jambes et le socle sur lequel reposait le rondin. C’est sur une bande sculptée dans le genre d’un titulus , placée à la naissance des épaules au bas du cou, que se lit l’inscription suivante :
t HIC - STS- YYMION « Ici, Saint Simeon »
Si nous restituons avec certitude le T dans STS, sans avoir pourtant retrouvé la barre transversale du T et celle qui surmontait STS, comme abréviation, c’est, cpie, d’une part, la haste d’une lettre est très apparente entre les deux S, et si proche de ces lettres et à même distance de chacune d elles qu on ne peut la compléter autrement que par la barre transversale d un T; de l’autre, lisant STS , il y avait certainement la petite barre au-dessus de cette abréviation de Sanctus, comme cela se voit dans tous les autres mots abrégés des inscriptions de ce même monument.
Ceci dit, examinons quel peut être le Siméon dont il est ici question, puisque nous sommes en présence d’une statue, et non d’un reliquaire.
De prime abord, on penserait qu’on a voulu rappeler le vieillard Siméon, et que cette inscription aurait trait à quelque statue de ce saint; mais l’étude approfondie que nous avons faite de l’Hypogée ainsi que les résultats de nos recherches dans les ouvrages hagiographiques nous détournent de cette idée. Nous croyons, au contraire, qu’il s’agit de saint Siméon, disciple du Sauveur, dont il était le cousin germain selon la chair, qui fut évêque de Jérusalem après la mort de saint Jacques le Mineur, son frère, et qui mourut martyr sous Trajan, à l’âge de cent vingt ans, par le supplice de la croix (i). 11 est à croire, en effet, que Mellebaudis, organisateur et propriétaire de l’Hypogée, lui, dont 1 amour pour Notre-Seigneur Jésus-Christ se manifeste dans toutes les inscriptions de son monument, aura tenu à rappeler les souvenirs du cousin germain du Sauveur et sa mort par le supplice de la croix. N’est-il pas aussi croyable qu il ait aimé à rapprocher ce crucifiement de celui des deux personnes attachées à leurs croix, dont il avait dirigé le bas-relief que nous a-\ons décrit et qui représente probablement Hilaire et Sostène, chefs de cette légion héroïque des 72 martyrs signalés sur une des inscriptions? Pénétré de ces considérations, nous sommes porté à admettre que le Siméon dont il est question dans cette inscription HIC -STS "XYMION est cet évêque de Jérusalem,
(1) Migne. Dictionnaire hagiographique. Tome XLI de l’Encyclopédie théologique.
cousin de Notre-Seigneur, et que l'inscription désignait ce personnage représenté par cette statue.
i)° Fragments d’inscriptions mutilées. — 11 existe aussi deux fragments d’inscriptions, mais elles sont tellement incomplètes et si difficiles à commenter, que nous n’avons pas cru devoir les reproduire en grand. Nous nous bornerons donc à les mentionner. L’une est gravée en creux sur le cou d’une figure humaine horriblement mutilée qui forme la face d’un des chapiteaux des petites colonnettes du sanctuaire ; on y lit : V et la boucle supérieure d’un B, ou d’un R ou d’un P (PI. VII) ; il manque une lettre à cette ligne et peut-être une autre ligne composée jadis de trois lettres. L’autre, aussi gravée en creux, faisait partie, croyons-nous, du bas-relief représentant deux hommes attachés à des croix, et du personnage dont les cuisses sont liées à un tronc d’arbre et qui porte l’inscription déjà citée : i HIC >fTf-fYMION ; il n’en reste que DNPHA et à l'A se trouve liée la boucle supérieure d’un R (PI. XII).
II. — Inscriptions de deux époques. — Avant de formuler quelques observations épigraphiques et paléographiques sur les douze inscriptions que nous venons de décrire et de commenter, il est indispensable de faire remarquer qu’elles sont d’époques différentes, et d’en donner la preuve et le classement.
Le palimpseste mural des inscriptions placées au fond de V arcosolium de gauche ne laisse aucun doute qu’elles ne soient d’époques différentes. Il en est de même de l’inscription murale qu’on lit à droite de la fenestella, puisqu’elle est peinte sur une couche de couleur sous laquelle se trouvent les restes d’une autre inscription plus ancienne. Mais il est à propos de noter que les lettres qui composent celte inscription : IN)I NOMINI MONETVf Nf, les M, en particulier, sont semblables à celles employées dans l’inscription superposée de V arcosolium dont nous venons de parler. Des inscriptions de deux époques sont donc incontestables, et ces deux époques paraissent peu éloignées l’une de l’autre, car, à part les M, les autres lettres n’offrent presque aucune différence.
L’inscription murale primitive de V arcosolium est de même date que toutes les inscriptions lapidaires de l’édifice, à en juger, du moins, par la forme des lettres, par les formules employées, par les fautes de grammaire, par les lettres liées et par les abréviations. 11 y a cependant une exception à faire pour l’inscription qui se voit sur l’extrémité droite de la grande marche J (PI. VII). Cette partie de la marche a certainement été cassée lors de l’introduction du gros sarcophage n° 2 (PI. II) dans l 'arcosolium de droite près de l’autel; elle a été refaite, à en juger par la nature de la pierre qui n’est pas la même, et parles coups de pince qui se voient encore sur le seuil de la porte. Ces coups de pince ne peuvent s’expliquer que par l’introduction du gros sarcophage dans le monument, et la taille ainsi que la
forme de ce sarcophage dénotent clairement un travail de date postérieure à celle de la première construction de l’édifice.
Ces observations nous amènent aux conclusions suivantes : i° les inscriptions murales sont de deux époques très rapprochées entre elles ; 2° toutes les inscriptions lapidaires ont été faites en même temps que les inscriptions murales de la première époque ; y le complément de l’inscription gravée sur la marche est postérieur aux inscriptions murales de la seconde époque ; mais l’artiste auquel a été confié le soin de remplacer le morceau cassé s’est si bien acquitté de sa tâche, qu’il n’existe aucune différence entre les lettres de l’ancienne partie et celles de la nouvelle ; nous assimilons donc ce complément d’inscription à sa partie principale.
111. — Observations épigraphiques et paléographiques. — Les douze inscriptions que nous avons décrites au paragraphe Ier de ce chapitre offrent des particularités si importantes pour l’épigraphie et la paléographie qu’il nous semble nécessaire de les examiner sous ces différents aspects. Nous disons « différents », parce que les sciences épigraphiques et paléographiques, quoique se complétant, n’ont pas le même objet : la première étudie les formules employées dans les inscriptions, tandis que la seconde s’attache aux caractères eux-mêmes, à leurs formes, à l’orthographe, aux abréviations des mots et aux lettres liées.
i° Epigraphie. — Les formules employées dans ces inscriptions ne sont certainement pas sans précédent, comme nous allons le voir, mais elles offrent des particularités intéressantes qui nous donneront un excellent appoint pour reconnaître, du moins d’une manière approximative, la date du monument.
Nous remarquons d’abord l’adverbe HIC employé cinq fois :
Q.V0D HIC dans l’inscription murale de l’arcosolium,
HIC EXT sur le linteau de la porte,
HIC MEffEBAVDIf sur le jambage droit de la porte,
HIC IN N0MEN1 DNI sur la face d’une châsse,
HIC fîf LOTION sur une statue.
Cet adverbe se retrouve dans plusieurs inscriptions signalées parM. Edmond Le Blant dans son Manuel d’épigraphie chrétienne, mais il n’entre pas dans la composition de leurs phrases de la même façon que dans les nôtres, comme on peut s’en assurer par les exemples suivants, cités par lui, p. 22-2}, 31-^2 : hic jacet, hic pavsat, hic qviescit, hic REQViEsciT. De plus, ce savant a soin d’indiquer que l’emploi de cet adverbe apparaît dès le début du ve siècle et se retrouve dans des inscriptions des années 469, 47J et 488.
D’après ces observations précises, il semblerait possible de considérer nos inscriptions comme faites pendant le Ve siècle ; mais la présence de qvod, dans 1 une d’elles : Q.V0D HIC, nous engage à en reculer la date, parce que ce qvod rentre
dans les expressions qvod facit, qui n’étaient certainement pas en usage pendant le ve siècle, comme nous allons le voir.
Deux QyOD f'ACIT et un Q.V0D HIC se voient dans l’inscription murale de l’ arcosolium. Cette formule est signalée par le savant épigraphiste chrétien des Gaules (i), sur plusieurs épitaphes, comme indiquant une date ; et il a soin de faire remarquer que « c’est une locution de bas temps, comme l’attestent et la » date des diplômes (2), et le style des inscriptions qui la présentent (3) ». Nous avons nous-même parcouru un recueil de chartes et de diplômes mérovingiens, publié en 1848 par l’École des Chartes (4), et nous y avons rencontré les expressions : quod fecit et quod ficit, dans des pièces de 558, 670 et 677. Elles se lisent également, et ceci nous importe, dans le passage suivant de la vie de sainte Radegonde, écrite par Baudonivie (chap. XXVI) : «... quarta fena mane primo idus augustus. Quod fecit idem mensis dies xm, clausi sunt ejus oculi (5). » Nous pouvons donc en conclure que nos inscriptions 11e remontent pas au delà du commencement du vie siècle, et qu’à la fin de ce siècle la formule quod fecit était employée à Poitiers.
Deux formules, qui paraissent à première vue à peu près semblables, sont reproduites chacune trois fois : la première, IH CI NOMINI ou NOMENI « au nom de Dieu », sur l’inscription murale de l’ arcosolium (ire époque), sur le mur de fond à droite de la fenestella (2rae époque), et sur la pierre servant de jambage à la porte; la seconde, IN NOMENI DNI « au nom du Seigneur », sur l’inscription murale de Varcosolium (1™ époque), sur le jambage de la porte et sur la face d’une châsse. Il existe entre elles une vraie différence, en ce que l’une parle de Dieu et l’autre du Seigneur Jésus-Christ, et c’est sans doute pour cela que leur auteur les a fait figurer toutes deux dans le même monument et sur les mêmes inscriptions. On pourrait croire aussi qu’il a tenu à affirmer la divinité de Jésus-Christ contre les hérétiques de son époque. Ces deux formules ne peuvent servir à dater notre monument, car on les rencontre dans les inscriptions dès la période constantinienne, ainsi que dans les chartes mérovingiennes et carlovingiennes.
Les dates : . . . DECEMBERI DIAE III ET XIIII K IANVARIAf..., qui se lisent sur l’ancienne inscription de V arcosolium, sont d’une numération insolite, comme nous l’avons fait remarquer (ch. XII, parag. 1, n° 6 ). Il estincroyable, en effet, de n’avoir pas remplacé par des Ides le jour de décembre, puisque la date qui suit est exprimée en Calendes. Tout le mondesaitque la numération par Ides, Nones, Calendes, estcelle
(1) M. Edmond Le Blant. Manuel d’Épigr. chrét. des Gaules , p. 51.
(2) Note de ‘l’auteur : « Celte formule ne se montre dans nos chartes qu’à compter de 531 (Pardessus, Diplom., t. I, p. 80). »
(3) Icon. chrét. des Gaules , nos 322, 324, 325, 325 A, 330, 585 A et 659 A. L’inscription 533 A, seule de l’espèce qui soit datée, appartient à l’an 643 ou 690. »
(4) Diplomata et Chartes Merovingicæ cetatis in archiva Franciæ asservata. Paris, Kœppelin, 1848.
(5) Sainte Radegonde mourut en 587.
des Romains, qu’elle s’est maintenue en Gaule jusqu’au commencement du vu6 siècle et que, pendant la période mérovingienne, on s’est également servi de la numération par jour du mois, ainsi que de la formule sub die ; mais il n’y a pas d’exemple, croyons-nous, pendant le cours de ces siècles, dans les inscriptions murales et lapidaires, ainsi que dans les chartes, de deux dates qui se suivent, exprimées en numération différente. Nous ne pouvons donc, ce nous semble, attribuer celte anomalie qu’à l’époque de très basse latinité pendant laquelle cette inscription a été faite.
Les expressions fCA DEDICATIO et MEMORIA se retrouvent depuis les premiers siècles chrétiens jusqu’au vne inclusivement; elles ne peuvent donc indiquer un siècle en particulier. La malédiction formulée par ces mois : fl
QVIf Q.VI . ANATHEMA MARANATHA est dans le même cas , puisqu’on en voit
d’analogues et de semblables depuis le icr siècle jusqu’au vu', comme nous l’avons fait remarquer plus haut.
Il n’en est pas de même de l’inscription du seuil de la porte : ((RAMA (jRVMO ANA~Ay CAX PIX; elle constitue un anagramme et est jusqu’ici , nous le pensons, seule de son espèce. Malgré sa singularité, on peut, sans témérité, la considérer comme du vi'ou du vne siècle; car les premières inscriptions dans lesquelles se voient les tours d’esprit sont celles de saint Fortunat, évêque de Poitiers (565-609), qui se plaisait souvent, comme le prouvent ses écrits, à les formuler en acrostiches; et de l’acrostiche à l’anagramme il n’y a qu’un pas, puisque l’un et l’autre réclament la même tournure d’esprit de la parL de leur auteur.
Quant à la formule : IN DI N0MIN1 E(jO, empreinte d’ une fierté toute franque, et qui commence la superbe page d’épigraphie gravée sur le jambage de la porte, elle est, jusqu’ici, unique en son genre, et semble bien rentrer dans la catégorie des formules mérovingiennes. De plus, toute cette page elle-même ne trouve d’analogue dans aucun des recueils d’épigraphie chrétienne, comme nous l’avons dit en la commentant dans lechapitreXIl (parag. ier, n"6); elle gagnera donc encore en importance si nous parvenons à dater le monument, comme nous espérons le faire, à l’aide de nombreuses observations.
2° Paléographie. — L’éminent auteur du Manuel d'épigraphie chrétienne, M. Ed. Le Blant, a pris soin de mentionner dans cet ouvrage les lettres de formes irrégulières employées dans des inscriptions datées. Nous ne croyons pouvoir mieux faire que de nous servir de ces précieux renseignements pour connaître la date de nos inscriptions, et de les mentionner dans le cours de notre analyse au fur et à mesure que des lettres datées se présenteront. Nous avons aussi dressé douze alphabets avec les lettres de chaque inscription, afin de rendre notre étude intelligible et pratique ; mais il est important que le lecteur ait sous les yeux la planche XVI.
Nous suivrons l’ordre alphabétique.
Les A sont de quatre formes : avec barre transversale horizontale, avec barre transversale de gauche sur droite, avec barre transversale de droite sur gauche, avec petite barre transversale réunissant en tête les deux jambages extérieurs.
Les B sont tous de même forme, hormis un de la 6e inscription.
Les C sont ronds, carrés, et quelques-uns ont leurs petits crochets un peu au-dessus et au-dessous des extrémités de leur haste. 11 est à remarquer que ces trois formes distinctes de C sont employées dans la même inscription n° 4. Notons aussi que, d’après le Manuel : « le C carré paraît en 506, 534011 60 9, 568, 573? 602, 643 ou 690? »
Les D sont de quatre formes et toutes quatre sont employées dans l’inscription murale de première époque n" 1; l’un d’eux est même minuscule et assez bizarre. Ceux des nos 2 et 3 (2e époque) ont leurs boucles n’aboutissant pas aux extrémités de leur haste. Il est dit à ce sujet dans 1 e Manuel : «d’après les marbres datés, les B, les E, les F, les P, les R dont la haste dépasse les membres transversaux se montrent en 485 ou 508, 502, 520, 547, 563, 600, 646 et 676? » N’oublions pas cette observation pour les lettres mentionnées ici, et dont nous n’avons pas encore parlé.
Les E sont : carrés, lunaires et quelquefois avec la haste dépassant les petits crochets; et dans les inscriptions nos 4 et 8, ils sont indistinctement lunaires et carrés : « le C carré, dit 1 e Manuel, paraît en 506, 534 ou 609, 568, 573 ? 602, 643 ou 690; » « le C lunaire, en 527, 545 ou 605, 666 ou 667, 676. »
Les F n’affectent que la forme ordinaire.
Les G sont généralement en faucille de deux espèces : l’une d’elles se voit sur l’inscription (jVHDERA/MNOfVM... reproduite au bas de la planche XVIII et est considérée comme du vi° siècle. Notons, en passant, que dans CiYNDERA/MNèfVM... : i° les G et les M sont pareils à ceux employés dans gvmmaredvs cité par M. Ed. Le Blant (Ins. Chr. des Gaules , n° 577, et planche n” 456); 2° le D est minuscule et semblable à celui de notre inscription n° t ; 30 les O sont en losange et, d’après le Manuel, ceux de cette forme sont : « aprèset vers 587, en 628 ou 629, 643 ou 690, 687. » Nous pouvons donc conclure que les G en faucille sont de même date que les O en losange, et que ces deux inscriptions peuvent ou doivent être classées entre les années 587 et , 687, à moins que nous puissions prouver, ce qui ne paraît pas probable, que nos douze inscriptions, qui comportent des G et des O semblables, soient antérieures ou postérieures à ces deux dates.
Les H sont presque toutes régulières et semblables, à part cependant quelques-unes dont la traverse est inclinée sur la gauche, et deux autres qui l’ont légèrement ondulée.
Tous les 1 sont, à bien peu de chose près, semblables.
Nous n’avons qu’un K qui est employé comme sigle, et non comme lettre simple ; nous y reviendrons plus loin.
Tous les L se rapprochent par leur forme du 1 (lambda) grec ; mais on sait qu’ils ont conservé cette forme pendant les ive, ve, vie et vif siècles.
Les M sont très variés, quelques-uns même fleuris ; mais ceux des inscriptions murales nos 2 et 5 (de seconde époque) diffèrent essentiellement des autres en ce que les branches intérieures se croisent et atteignent les extrémités des barres verticales.
La plupart des N ont la forme régulière, à part cependant quelques-uns dont la diagonale n’atteint pas l’extrémité des hastes. D’après le Manuel (p. 42), ces derniers se trouvent : « en 472, 492, 506, 515, 528 et au delà. »
Les O sont de toutes formes ; depuis ceux entièrement ronds, jusqu’aux cruciformes ou en losange, simples ou fleuris. L’inscription 11° 4 en a de trois espèces très distinctes ; quant à celui si bizarre è, qui figure dans l’inscription n° il est de seconde époque, et le Manuel, mentionnant les semblables, dit: « l’O, après et vers 587, en 628 ou 629, 643 ou 670, 687. »
Tous les P, sauf un de la 50 inscription, sont pareils.
Les Q sont très variés: les uns ont la queue à droite (nos 1, 4 et 6), d’autres à gauche (n° 5) et quelques-uns se trouvent majuscules et minuscules dans les mêmes inscriptions (nos 1, 4 et 9).
Tous les R, quoique dissemblables, se rapprochent assez de la forme
ordinaire.
Les S offrent toutes les variétés possibles ; il en est même deux qui sont fleuris, et qui se voient dans des inscriptions où il en existe de forme assez classique.
Tous les T sont semblables, à l’exception d’un, dont la barre transversale coupe la haste au-dessous de son extrémité supérieure (n° 4) ; dans les autres inscriptions, ils ont la forme ordinaire.
Les V ne diffèrent guère entre eux, à part quelques-uns qui ont le pied formé par la rencontre des deux jambages placés en diagonale.
Les X sont assez régulièrement faits; un cependant est fleuri, et se trouve dans l’inscription n° 4, dans laquelle il en existe d’ordinaires.
Le seul Y qui se voie dans les douze inscriptions a la forme ordinaire.
Notons, en terminant cette analyse, que les inscriptions' murales des deux époques sont écrites sur des lignes tracées à la couleur, et que presque toutes les lettres touchent, par le haut et par le bas, ces mêmes lignes.
Faisons aussi remarquer la cause pour laquelle on rencontre des lettres fleuries à côté de lettres correctes dans les mêmes inscriptions ; car ce renseigne-
ment rendra plus circonspects , dans leurs observations épigraphiques , quelques archéologues qui tirent de singulières conséquences des lettres fleuries qu’ils rencontrent. Si l’on fait attention à nos douze inscriptions, on verra que les lettres fleuries ne se trouvent que dans celles portant les nos 4 et 9. Dans les inscriptions du jambage (n° 4), toutes les lettres fleuries sont aux extrémités droites des lignes qui aboutissent au battant de la porte, et cela s’explique : car le sculpteur, pour graver les extrémités des lignes, avait la main gauche, tenant le ciseau, appuyée sur le battant de la porte et par là même un peu élevée audessus de la partie destinée à la gravure, tandis que son coude reposait sur le plat du jambage ; il maniait alors son instrument avec beaucoup plus de facilité que lorsqu’il avait le bras et la main sur le même plan que la partie à graver. De même les lettres fleuries de l’inscription n° 9 de la grande marche se trouvent également toutes sur la ligne du bas, et non sur celle du haut ; c’est que le graveur, ayant le vide devant la marche, avait toute liberté de baisser le coude gauche et de laisser la main qui guidait le ciseau plus en hauteur que le coude, position infiniment plus commode pour manier à son gré l’outil, que lorsque le bras et la main sont sur le même plan. Ces lettres fleuries ne peuvent donc apporter aucun appoint aux recherches que nous faisons pour connaître les dates du monument.
Mais revenons à nos alphabets, et disons qu’il résulte de la supputation des lettres datées par le Manuel, qui se rencontrent dans nos inscriptions, qu elles ont été peintes ou gravées vers la fin du vie siècle, ou dans le courant du vu8, en prenant comme dates extrêmes celles jusqu’ici révélées par des dates connues : 587 et 687.
Les points qui séparent la plupart des mots, dans les inscriptions peintes des deux époques, sont faits comme de petites virgules, à l’exception de ceux employés entre les lignes resserrées qui ne laissent place qu’à des lettres de moindre dimension. Dans les inscriptions lapidaires, au contraire, les points sont tous ronds dans quelques-unes et en forme de virgule dans d’autres.
On remarque aussi, à la fin des première et deuxième lignes de 1 inscription murale de X arcosolium (PI. IX et X), un ou deux traits partant de la ligne basse et se développant de gauche sur droite vers celle du haut ; leurs extrémités supérieures se terminent par un petit crochet en forme d’accent grave. Il est évident qu’on les a placés à la fin de ces lignes pour meubler les parties laissées sans écriture ; mais pourquoi, dira-t-on, n’en voit-on pas de semblables aux extrémités des lignes suivantes ? C’est, croyons-nous, parce que les premières lignes renfermaient des dates plus importantes que les autres et qu on a tenu à les isoler pour les mettre le plus possible en relief.
Il est également intéressant de signaler les fautes d’orthographe et les
irrégularités grammaticales qui se trouvent en grand nombre dans ces inscriptions ; car elles feront connaître l’état de décadence de la langue latine à l’époque à laquelle fut construit notre monument. En voici donc le tableau :
Substitution du B en V, dans LVPERVA, pour superba (Grande Marche. PI. VII).
Substitution de l’E en I, dans DLPTRVIT, pour destruit (Jamb. PL VI) ; REMIANT, pour remeant (Linteau. PI. VI) ; IN NOMENI UNI, pour in nomine Dni (Arcosolium. PI. IX) et (Jambage. PL VI) ; NOMIRVM, pour numerum (Arcosolium, 2e ép. PL IX).
Substitution de l’I en E, dans CONfETIRI, pour confiteri (Jamb. PL VI) ; LEDIT, pour fides (Id.) DEO VETAIJf, pour vitalis (Dormant. PL VI); HVMElJf, pour humilis (Grande Marche. PL VII) ; IN NOMENI DNI, pour in nomine Dni (Arcosolium, ire ép. PL IX) et (Jamb. PL VI).
— Substitution de LU en O, dans IfPEtVNCOtA, pour ispeluncula (Jambage. PL VI ) ; NOMIRVM, pour numerum (Arcosol. 2e ép. PL IX.)
— Mots dans lesquels manquent une ou plusieurs lettres ; dans DOMNI, pour Domini (Arcosol. 2e ép. PL IX); h(xVSTKS, pour Augustas (Arcosol. ire ép. PL IX); VNG(VE, pour undique (Linteau. PL VI); QVIAM, pour quoniam (Dormant. PL VI); MATHEVT, pour Matthœus (Châsse. PL VIII).
— Confusion des cas ; dans HIV fOTTANOT INCRETTAT TVNT, pour grinessi sunt (Arcos. ire ép. PL IX) ; INbTTTVI IJ’PELVNCOLA IfTA, pour spelunculam istam (Jamb. PL VI); DtfTRVIT OPERA UTA, pour operam istam (id. PL VI); DEO VETAlJf, pour Deo vitali (Dormant. PL VI); TINE CAVfA PECCATA, pour peccati (Dormant. PL VI); OVIT CAORIATVR, pour qui (Grande Marche. PL VII) ; ET TERVVT ■ IHM • X'P°0 , pour Jesu Christi ou in Jesu Christo (Jamb. PL VI) ; MEMORIA MEIJEBAVDI ABBI, pour Mellebaudis abbatis (Linteau. PL VI).
— Mot de basse latinité; dans : VTQVID, pour usque (Jamb. PL VI).
— Mot impropre au sens de la phrase; dans : DEDICATIO IN((REffA ETT, pour facta est (Arcos. ire ép. PL IX).
— Mots dans lesquels des lettres sont ajoutées ; dans INbTITVI, pour institui (Jamb. PL VI) ; IJ’PÊLVNCOLA, pour speluncula (Id. PL VI).
— Orthographe incorrecte de mots; dans : MÀRTHERVM, pour martyrum (Arcos. 2e ép. PL IX); RAfAEI,, pour Raphaël (Châsse. PL VIII).
— Changements de lettres dans les mots ; dans : INCREfflO TCORVM, pour ingressio (Arcos. ire ép. PL IX); INC,RETTAT TVNT, pour ingressi sunt (id.) ; CAORIACIO, pou rgloriatio (Grande Marche. PL VII).
— Mots abrégés ou sigles ; dans : DT, pour Deus (Jamb. PL VI; répété trois fois); DI, pour Dei (Arcos. ire ép. PL IX) ; Id. (Mur de fond. 2e ép. PL XI) ; DNI, pour Domini ( Arcos. ire ép. PL IX) ; Id. Châsse. PL VIII; DNLIHM 'XPI, pour Domini Jesu Christi (Jamb. PL VI); DNM’IHM’XPM, pour Dominum Jesum Christum (Jamb. PL \ I);IND, pour in Dei (J amb . PL VI); XP1, pour Christi (Linteau, PL VI); TCI, pour
sancti (Châsse. PI. \ III) ; PT, pour sanctus (Statue, PI. VIII) ; fCORVM, pour sanctorum (Arcos. ire ép. PI. IX); ABBI, pour abbati (Linteau, PI. VI) ; K, pour calendas (Arcos. i™ ép. PI. IX).
De semblables irrégularités grammaticales et des fautes d’orthographe identiques à celles que nous venons de signaler ont été rencontrées dans d’autres inscriptions que les nôtres ; mais il ne paraît pas inutile d’examiner ce qu’en ont dit nos maîtres en paléographie, de faire même quelques rapprochements et de mentionner plusieurs particularités. Le Manuel d’Epigraphie Chrétienne fait judicieusement remarquer que, dès le ve siècle, les solécismes et la confusion des cas apparaissent fréquemment dans les inscriptions (i), que les u sont changés en o, les b en v, les e en i et les i en e (2) ; il appuie ces assertions par de nombreux exemples. Ajoutons aussi que ces irrégularités se rencontrent également dans les chartes dès 527 et se multiplient jusqu’à 710 inclusivement, comme le prouve le recueil publié en 1848 par l’École des Chartes))). On trouve également quelques mots de très basse latinité employés dans nos inscriptions : increscere, entre autres, dans le Chronicon Fredegarii, cité par Du Cange.
Il paraît superflu de faire la nomenclature des lettres liées et des abréviations ou sigles que fournissent nos inscriptions, car la planche XVII les résume toutes. Nous en mentionnerons cependant quelques-unes à cause de leur rareté. Ainsi, nous remarquons, parmi les lettres liées, un P et un R représentés par R, combinaison unique jusqu’à ce jour ; puis au nombre des abréviations : SIS qui signifie sanctus et se voit sur le fragment de statue (PL VI 1 1), et S abréviation de Calendas; tous deux sont rares, puisqu’ils ne sont signalés par aucun recueil épigraphique, non plus que par le Dictionnaire des Antiquités Chrétiennes de Martigny. Nous connaissons pourtant un exemple de cette dernière abréviation ; elle se trouve sur une inscription du Musée de Saintes qui a été reproduite, malheureusement, en capitales ordinaires par M. Louis Audiat dans son Épigraphie Santone (4).
Quant aux noms de : MEIAEBAVDIf, de IANPRITVf et de VAPRIC(ATVf, vraiment étrangers à la Gaule, en ayant déjà parlé, nous nous bornerons à rappeler qu’ils semblent d’origine germanique.
Il ressort, comme on le voit, de ces nombreuses observations paléographiques, que ces douze inscriptions ont été rédigées, peintes et sculptées à une époque où la langue latine était en pleine décadence, c’est-à-dire pendant les vie ou vne siècles ; mais nous ne pouvons dater d’après elles, d’une manière un peu précise, le monument qui les renferme.
(1) Manuel..., par E. Le Blant, p 193.
(2) Id. p. 196.
(3) Diplomata et chartce Merovingicce cetatis inarchivo Franciœ asservata. Paris, Kœppelin.
(4) Cette inscription se trouve au Musée lapidaire de Saintes.