TRANSLATIONS DES OSSEMENTS FAITES A DIVERSES ÉPOQUES
Il est facile de conclure, de tout ce que nous avons dit jusqu’ici, que des translations d’ossements humains ont eu lieu, et qu’elles ont été opérées à diverses reprises ; mais il est vraiment malaisé de les distinguer entre elles et d’indiquer d’une manière précise les époques auxquelles on les a faites. Nous essayerons cependant de jeter un peu de clarté au milieu de ces ténèbres, car il est de la plus haute importance de connaître à fond l’histoire de ce précieux édifice.
I. Première époque. — Translations faites après l’achèvement de la construction. — On ne peut mettre en doute qu’il y ait eu des translations dans l’Hypogée aussitôt après sa construction, puisque les inscriptions de V arcosolium en mentionnent au moins deux (i) ; mais il importe de savoir qui elles concernent, pourquoi et comment elles ont eu lieu, et quel est celui qui a pris soin de les faire. C’est ce que nous allons essayer de démontrer.
Il est certain que ce sont des ossements de martyrs qui ont été l’objet de ces translations, puisque les inscriptions le disent clairement et que les noms : de Champ -des -Martyrs, de Chiron- Martyrs et de Chemin - des - Martyrs, affectés aux lieux où s’élevait le monument qui les recélait, ne laissent aucun doute à ce sujet. Nous pouvons aussi affirmer que les ossements transférés n’ont pas appartenu à des martyrs étrangers au pays, comme l’ont avancé quelques savants, mais bien à des martyrs donl le sang a
(1) Voir le chapitre XI, § i, n° 2.
été versé sur le lieu même où s’élevait l’Hypogée. En effet, si ces ossements eussent été ceux de martyrs étrangers qu’on eût voulu exposer à la vénération des fidèles, pourquoi aurait-on choisi pour cela un lieu aride, situé hors de la ville; pourquoi aurait-on construit un oratoire sans extérieur, taillé dans le rocher et grossièrement façonné, tandis qu’à cette époque il existait dans la ville même, ainsi que le prouvent l’histoire, la tradition et les recherches archéologiques, plusieurs églises ou chapelles, maintenant détruites ou remplacées par d’autres (i)? Il était au contraire tout naturel d’ériger un monument sur le lieu même où ces martyrs avaient reçu la mort en haine de la foi, et d’y déposer leurs reliques afin de les exposer à la vénération des chrétiens, et de perpétuer le souvenir d’un si grand événement. N’est-ce pas ainsi, du reste, que l’on a agi presque partout où des martyrs avaient arrosé le sol de leur sang ?
En admettant, comme nous le faisons, que les ossements dont il est ici question soient ceux de chrétiens martyrisés sur le lieu même où se trouve l’Hypogée, et qu’ils aient été l’objet de deux ou de plusieurs translations, cherchons pourquoi et comment elles ont été faites. Nous avons vu, au chapitre VI, qu’il existait une tranchée proche de l’édifice, reconnue sans ossements au moment de son déblaiement, qui paraissait aussi avoir servi de première sépulture à nos martyrs ; n’est-il pas évident qu’il eût été difficile, vu sa grandeur, de la vider en une seule fois, et que cela eût motivé les diverses translations mentionnées par les inscriptions ? Cela est possible, mais nous penchons à admettre une autre interprétation. II est en effet croyable que le translateur de ces saintes reliques, ayant connu par la tradition l’endroit où elles reposaient, se sera assuré par lui-même de leur existence avant de mettre la main à la construction de l’Hypogée, et que, les ayant trouvées, il les aura enlevées et mises en dépôt dans une chapelle quelconque, jusqu’au jour où le monument aura été achevé. Dans ce cas, les deux translations s’expliqueraient, car l’une concernerait le transfert des ossements de la fosse à l’endroit choisi comme dépôt, et l’autre celui du dépôt à l’Hypogée. On pourrait aussi supposer que l’inventeur, informé également par la tradition de l’endroit où se trouvaient les restes des martyrs dont les noms sont arrivés jusqu’à nous par les inscriptions (2), ait recherché d’abord les ossements de ces derniers, puis ceux de tous les autres, et que cette opération se soit faite en plusieurs fois ; dans ce cas
(1) Elles avaient pour noms : Saint-Pierre (maintenant la cathédrale), Saint-Paul (détruite), Nolre-Dame-la-Grande, Notre- Dame-l’Ancienne (détruite), Sainte-Marie-hors-des-Murs (maintenant Sainte-Radegonde), Saint-Hilaire, Saint-Hilaire-de-la-Celle, Sainte-Croix (détruite).
(2) « Hilarius , Sosthanos , Acnanus, Lanpritus, Vaprigatus, Helarius, Martinius... »
aussi, les deux translations seraient motivées. Mais nous nous arrêtons plus volontiers à notre seconde conjecture.
Quant à l’inventeur de ces saintes reliques et à l’auteur de leurs translations, qui sont vraisemblablement le même personnage, nous sommes porté à croire que ce fut Mellebaudis, cet abbas propriétaire de l’édifice qu’il aima à appeler sa speluncolci, dans laquelle il voulait être enterre et dont il aurait, peut-être aussi, dicté les inscriptions et dirigé la construction. Mais, demandera-t-on, qu’était ce Mellebaudis, abbas? Ici encore il nous faut, pour répondre, rester dans la sphère des hypothèses. Il se pourrait pourtant que ce personnage fût le même que Merobaudus qui, dans quelques manuscrits, est écrit Merobaudis (i), et dont parle Grégoire de Tours au second livre des miracles de saint Martin. Voici ce qu’il en dit : « Un certain Merobaudus de la cité de » Poitiers (2), pendant qu’il travaillait à sa besogne, fut frappé d'une très cruelle cécité » par le pouvoir du malin esprit. Voyant qu'il demeurait depuis cinq ans dans cette infir- » mité, il vint au saint temple du bienheureux Martin, et là se donnant avec assiduité à la )> prière, le lendemain de la sainte fete , pendant qu il se tenait debout aux pieds du » bienheureux Martin, il lui apparut tout à coup comme une lumière brillante qui » l’entourait, et aussitôt, ses yeux étant ouverts, il aperçut toutes choses. Il se fit aussi-
» tôt clerc dans le même lieu, et, guéri, se retira (3). »
Le R. P. Dom Chamard semble admettre, quoique fort discrètement (4), que Merobaudus, miraculé de saint Martin, pourrait être notre Mellebaudis ; nous partageons entièrement son opinion pour les raisons suivantes : i° le nom de Merobaudus est, comme nous l’avons dit, écrit Merobaudis dans certains manuscrits qui ne furent sans doute pas ceux qui servirent à l’impression, mais l’orthographe qui se rapproche de celle de Mellebaudis se trouve dans quelques-uns : cela suffit pour montrer qu’il y a doute sur l’orthographe de ce nom ; 20 le Merobaudus de saint Martin était de Poitiers « ex pago Pictaviensi », travaillant à sa besogne « laborans in opéré » (ce qui semble dire un artisan, et plutôt un homme qu’un enfant), se fit
clerc aussitôt guéri « qui continua factus in eodem loco » (reçut, sans doute
(1) Patrologie latine de Migne. T. LXXI. Écrits de Grégoire de Tours. Miracles de saint Martin. L. II, c. xv, p. 947. Note au bas de la page.
(2) Auguste Longnon. Géographie de la Gaule au VIe siècle. Chap. n, § II, p. 9.
(3) « Merobaudus quidam ex pago Pictaviensi , dum esset laborans in opéré , cæcitate pessima , insidiatore imminente, percussus » est Qui cum per sex annos male agens in hac infirmitate duraret, advenit ad sanctum templum beati Martini , ibique assidue ora- » tioni incumbens , in crastina die de sancta festivitate , dum ad pedes beati Martini staret, subito visum est ei, circa se tanquam coï ruscatio resplenderet ; et statim , apertis oculis, cuncta prospexit. Qui continuo clericus factus in eodem loco , sanus abscessit. » Grégoire de Tours. Miracles de saint Martin , 1. II, c. xv. Édition de Migne.
(4) «... Quel est ce Merobaudus si plein de foi et de ferveur, qui revient à Poitiers revêtu de l’habit monastique? Serait-il » devenu l’un des premiers moines chapelains et le premier ou le second abbé de Sainte-Radegonde de Poitiers? Et faut-il l’iden- » tifîer avec le Mellebaudis abbas dont le précieux Hypogée des Dunes, à Poitiers, nous a dévoilé l’existence? Mais laissons au » R. P. de la Croix, à qui la science archéologique doit cette importante découverte, la tâche d’éclaircir ce problème. » (Dom Chamard. Hist. ecclés du Poitou , vol. II, c. xvn, p. 306-307.)
après instruction suffisante, le sacerdoce), et se retira guéri « sanns abscessit » (probablement aussi en sa cité). De plus, le deuxième livre des miracles de saint Martin fut écrit par Grégoire de Tours, de l’an 577 à 581 (1) ; 50 notre Mellebaudis habitant Poitiers, y sera probablement mort et aura sans doute été enterré dans l’Hypogée, comme il le demandait sur l’une des inscriptions de sa memoria ; il était abbas, et serait peut-être celui dont les restes étaient mis avec un si grand soin dans le sarcophage n° 2, dont il sera question au paragraphe m de ce chapitre ; dans ce cas, il serait mort fort âgé. Ajoutons que, s’il est l’auteur des nombreuses inscriptions de son monument, qui sont rédigées dans le latin le plus barbare qu’il soit possible de rencontrer, on peut croire qu’il n’a fait des études ecclésiastiques qu’étant déjà fort avancé en âge.
Comme on le voit, de grands points de similitude existent entre ces deux personnages, et l’époque à laquelle l’auteur des miracles de saint Martin écrivit son second livre, où il est fait mention de Merobaudus, est de peu antérieure à celle qu’assignent à notre monument les études des croix (2), les observations épigraphiques et paléographiques (5), ainsi que l’analyse des événements qui ont eu lieu à Poitiers, de l’an 59} à l’an 613 (4). Nous penchons donc à ne voir que le même homme sous ces deux noms différents, et nous admettrions volontiers, avec notre savant bénédictin, que Mellebaudis abbas a pu être un des premiers abbés de la communauté d’hommes fondée à Poitiers par sainte Radegonde pour le service de la chapelle de Sainte-Croix, maintenant détruite, qu’elle avait bâtie et fondée (5). Mais, encore une fois, nous n’émettons ici qu’une opinion, puisque nous n’avons aucune des preuves nécessaires pour établir une certitude.
II. Seconde époque. — Translations faites après l’achèvement de la restauration. — Comme nous l’avons prouvé dans le paragraphe ni du chapitre précédent, les fosses désignées sur le plan par les nos 5, 6, 9, 10, 12, 13 et 14 (PI. II) furent creusées en même temps qu’on travaillait à la restauration du monument, et tout porte à croire qu’on ne les a pas couvertes sans y avoir mis préalablement les ossements qu’elles devaient contenir. Nous savons aussi par le rapport des médecins, dressé à l’ouverture de ces sépultures, que la plupart de ces fosses renfermaient chacune les restes incomplets de plusieurs personnes. Nous pouvons donc conclure qu’ils y furent mis par translation. Mais à qui avaient appartenu ces ossements; d’où les a-t-on rap-
(1) G. Monod. Études critiques sur les sources de l'histoire mérovingienne. 1872, p. 44.
(2) Voir chap. X, parag. iv.
(3) Voir chap. XII, parag. m.
(4) Voir chap. XV.
(5) Si l’on en croit Dufour, Mellebaudis n’aurait pas été le premier abbé de Sainte-Croix; du moins, il désigne Arnegisile comme ayant rempli ce poste le premier. (Hist. générale de Poitou, 1. I, ch. ri, p. 170.)
portés; pourquoi les avoir déposés dans ces fosses, et à quelle époque ce transfert eut-il lieu ? Telles sont les questions qui se présentent naturellement et auxquelles, nous l’avouons, nous ne pouvons répondre qu’en restant dans le champ des conjectures.
Nous écarterons d’abord la pensée, qu’eurent un grand nombre de visiteurs et même quelques savants, de considérer ces ossements, déposés en désordre dans toutes les fosses, ainsi que dans les gros sarcophages, comme les restes des soixante-douze martyrs placés d’abord dans les châsses ou capsa des arcosolium et dispersés ensuite par les infidèles dans un moment de troubles religieux. En effet, d’une part, des bijoux mérovingiens étaient mêlés aux ossements de deux de ces fosses, tandis que l’exécution des martyrs n’a pu avoir lieu que pendant une des dernières persécutions, c’est-à-dire vers la fin du uie siècle; et de l’autre, les gros sarcophages nos i, 3 et 4, dans lesquels les ossements avaient été mis, avec un désordre égal à celui qui présida aux aménagements des fosses, sont de dates plus récentes que les fosses ellesmêmes, comme nous le prouverons dans le paragraphe ni. Nous repoussons donc cette supposition gratuite et même invraisemblable, pour nous arrêter aux conjectures suivantes, qui nous paraissent les plus admissibles. Ces ossements seraient ceux de quelques proches de Mellebaudis abbas, propriétaire du monument, ou des personnes pieuses ( devoti veniunt, comme le dit l’inscription du linteau), qui auraient tenu à être placées, après leur mort, dans l’édifice élevé sur le lieu même où soixante-douze chrétiens (1) avaient versé leur sang pour Noire-Seigneur Jésus-Christ, et dans lequel reposaient jadis leurs reliques vénérées.
On s’explique aussi qu’il ait été impossible de déposer dans ce Martyrium des corps avant qu’ils aient été entièrement réduits à l’état de squelettes, car, autrement, son accès fût devenu très difficile pendant plusieurs années ; il est donc plausible que les corps aient été mis d’abord, et jusqu’à entière consomption, dans un cimetière chrétien quelconque, puis apportés dans l’Hypogée; et cette observation s’applique à toutes les autres translations dont nous aurons à parler dans la suite de ce chapitre. 1 1 est également croyable que la translation de ces ossements eut lieu à une même époque, puisqu’un même désordre apparaissait dans l’agencement de chaque fosse au moment de son ouverture, comme le constate le rapport des médecins, et que cette époque fut celle de la restauration du monument que nous rechercherons plus loin.
Voyons, maintenant, si le désordre dans lequel semblent placés les osse-
(1) « Hilarius, Soslhanos, Acnanus , Lanpritus, Vaprigatus , Helarius , Martinius... »
ments dans les losses est fortuit ou calculé, et si d’intéressants renseignements n’en sortiraient pas. Pour cela, consultons le rapport des médecins et extrayons-en ce qui pourrait être de nature à diminuer nos difficultés. Il v est dit : la fosse n° ç renfermait le squelette complet d’un enfant; celle n° 6 les restes de deux enfants et d’un adulte ; les espaces n" 7, compris entre les sarcophages nos 1 et 2 et le rocher, les restes incomplets de deux squelettes d’adultes (1); celle n° 9, les restes de quatre enfants et d’un adulte; celle n° 10, le squelette bien conservé d’un enfant; celle 110 12, les restes de trois enfants; celle 11“ ij, les restes d’un enfant et d’un adulte, celle enfin n° 14, les restes de sept enfants. En résumant cette nomenclature : deux fosses contenaient chacune deux squelettes complets d’enfants; chacune des autres, les restes d’un ou de plusieurs enfants et d’un adulte, ou ceux d’un ou de plusieurs enfants sans adultes, et les espaces n° 7, ceux de deux adultes. Qu’en conclure? Nous croyons qu’il faut considérer cette bizarre distribution d’ossements comme due au hasard, plutôt qu’à une combinaison préméditée, et penser que ces ossements avaient appartenu à deux familles composées de cinq adultes et de dix-neuf enfants. Quoi qu’il en soit, les restes de ces vingt-quatre personnes ont été apportés dans les fosses par translations, comme le prouvent leurs ossemenls incomplets; les translations se sont faites à la même époque, puisqu’elles offrent les mêmes particularités, et il paraît impossible de voir en ces ossements ceux des soixante-douze martyrs, ainsi que nous l’avons démontré.
Avant de clore ce paragraphe, il est à propos de décrire quelques-uns des bijoux qui se trouvaient mêlés aux ossemenls contenus dans les fosses inscrites sous les nos 6 et 9, et dont nous n’avons dit qu’un mot (2), car ils offrent un intérêt particulier en ce qu’ils sont datés par les débris humains qui les accompagnaient et que nous savons appartenir aux secondes translations, c’est-à-dire à l’époque mérovingienne. La planche XVIII les reproduit tous en grandeur naturelle. Ils se composent de deux pendants d’oreille en fil de cuivre, de trois fibules en bronze ancées, de même forme, mais ornées de dessins différents, et d’un bracelet; nous penchons pour ne voir en ce dernier objet qu’un bracelet et non un collier, parce que, ayant passé au tamis tout ce que recélaient ces losses, aucune perle n’a pu échapper, et que celles qui ont été retrouvées ne suffisent pas pour reconstituer un collier.
Ce bracelet se compose de vingt-cinq perles de nature, de formes et de grosseur différentes. La plus forte est en succin, ou ambre de couleur jaune
(1) Ces restes proviennent, croyons-nous, de fosses qui ont été dérangées au moment où l’on introduisit les gros sarcophages n03 1 et 2 dans le monument; on les a, sans doute, placés entre le rocher et ces sarcophages, parce que ces endroits étaient cachés par les murs qui, assis sur leurs couvercles, formaient les fonds des arcosolinm.
(2) Voir à l’Appendice : Dépôt de pièces notariées.
de miel un peu rougeâtre, a la forme d’une olive et semble altérée par des matières organiques ou par des produits ammoniacaux, comme le fit judicieusement remarquer M. de Cessac, qui assistait au dépouillement des fosses (i); les deux voisines, de plus grandes dimensions que les suivantes, sont en verre translucide, mais de couleurs et de formes variées : l’une est fortement aplatie, lisse et blanchâtre ; l’autre, bleuâtre, un peu plus sphérique que la précédente, est couverte de petites entailles parallèles à son trou, faites de droite sur gauche et de gauche sur droite, et qui se rencontrent à leurs sommets; trois, allongées et aplaties sur quatre faces, sont en poterie fine avec vernis couleur lie de vin et semées de petits points jaunes en émail; trois autres, à peu près rondes, polies, sont en terre rouge, dite samienne, et semblent avoir été faites avec quelques tessons de poteries gallo-romaines, extraits peut-être de la nécropole païenne, comme les verroteries qui servirent à la décoration intérieure du monument; les autres, enfin, géminées ou simples, sont d’un blanc laiteux opaque, ou d’un bleu pâle également opaque, les premières en terre fine comme les trois carrées, mais vernissées de blanc, et les secondes en pâte de verre (2).
Il n’est pas sans intérêt de faire remarquer que des pendants d’oreille et un collier composé de perles d’ambre, de terre cuite, fine et vernissée, de verre et de pâte de verre, semblables à ceux que nous venons de décrire, ont été trouvés par l’abbé Cochet dans des sépultures mérovingiennes à Loudinières(}). La méthode et le soin qu’apporta ce regretté savant à ses fouilles, ainsi qu’aux rédactions des ouvrages qu’il nous a laissés, ne permettent aucun doute sur ses déterminations et ses classifications. Nos bijoux confirment donc la classification des pendants d’oreille et des perles qu’il cite, en 'même temps que les nôtres se trouvent classés par les siens.
III. Troisième époque. — Translations faites dans les quatre gros sarcophages et dans le petit. — Une étude attentive et minutieuse des sarcophages inscrits sous les nos 1, 2, 3, 4 (PI. Il et XIV) a fourni des observations importantes en ce qu’elles permettent de reconnaître qu’ils ont été introduits successivement dans l’Hypogée et à des époques postérieures à celle de sa restauration ; nous mentionnerons donc tous les détails qu’ils comportent, parce qu’ils sont de nature à appuyer notre assertion; nous les classerons aussi dans une même catégorie ou époque, quoique réellement distincts, afin de mettre le plus de clarté possible dans les divisions de ce chapitre.
La forme et les dimensions des auges de ces quatre sarcophages sont à
(1) L’observation de M. de Cessac paraît solidement appuyée par l’intéressant travail qu’il a publié sur l’ambre en France, dans le Bulletin monumental (n° 4, 1874).
(2) Tous ces objets sont déposés au musée des Antiquaires de l’Ouest et font partie de la collection de PHypogée-Martyrium.
(3) La Normandie souterraine, par l’abbé Cochet (pl. VII, n°* 38 et 39).
peu près les mêmes, comme on le voit sur la planche XIV; elles se rapprochent aussi tellement de celles employées pendant les siècles suivants, qu’elles ne dénotent aucune différence d’âge entre elles; nous ne les décrirons donc pas.
Il n’en est pas de même de la forme de leurs couvercles et de la taille qu’ont reçue les auges elles-mêmes, c’est, pourquoi nous en donnerons une analyse complète.
Les faces extérieures de l’auge du sarcophage n° 2 sont piquées à la pointe, de droite sur gauche, et les arêtes des quatre angles ont reçu une ciselure ; son couvercle, légèrement bombé, est taillé de la même façon que l’auge, mais sans ciselure.
Les faces extérieures de l’auge du sarcophage n° 1 sont également piquées à la pointe, de droite sur gauche, et quelques traits allongés, faits aussi à la pointe, mais de gauche sur droite, semblent avoir été mis avec intention pour rompre la monotonie que présentaient les faces piquées ; les arêtes des angles verticaux ont aussi reçu des ciselures, ainsi que les arêtes horizontales extérieures qui bordent la partie évidée ; son couvercle, un peu plus bombé que le précédent, est taillé comme l’auge, mais sans ciselures.
Les faces extérieures du sarcophage n° 4 ne sont pas piquées comme les précédentes, mais layées de gauche sur droite, et semées de quelques traits allongés faits également avec le pic, mais de droite sur gauche; aucune de ses arêtes n’est ciselée; son couvercle, au lieu d’être arrondi, possède une arête dont les faces latérales sont couvertes de hachures faites avec la pointe du pic, en forme d’arêtes de poisson, et quelques traits allongés sont jetés au hasard transversalement aux hachures, comme sur les faces de l’auge; on n’y voit pas non plus de ciselures.
Le fond de l’auge du sarcophage n° 3 possède, à l’endroit des pieds, un trou qui le traverse entièrement; ses faces extérieures, sans ciselures aucunes, sont couvertes de hachures, faites avec la pointe du pic, qui s’entre-croisent de gauche sur droite et de droite sur gauche ; le dessous de son couvercle est évidé concavement, et le dessus, avec arête bien prononcée, mais rabattue par une ciselure régulière, se trouve bordé de ciselures semblables, et les faces comprises entre ces ciselures sont couvertes de hachures soigneusement faites en forme d’arêtes de poisson.
Comme on le voit, ces quatre sarcophages sont dissemblables, et les particularités qu’ils présentent feraient croire qu’ils sont d époques différentes, quoique fort rapprochées entre elles. La place qu’ils occupent dans 1 Hypogée appuierait aussi cette opinion (PI. II). En effet, le sarcophage n° 2 occupe l 'arcosolium de droite, près de l’autel, laissé libre pour la châsse mutilée dont la face sculptée servit de couverture à l’une des fosses précitées de seconde époque ; cette place
esl bien celle qui demandait à être remplie la première, et le sarcophage qui l’occupe est le plus grossièrement façonné des quatre, celui qui paraît aussi le plus ancien. — Le sarcophage n° i meuble l’autre arcosolium de droite, dans l’avantsanctuaire, laissé vide par suite de la destruction de la châsse qui le remplissait primitivement; sa taille de pierre ainsi que sa forme sont aussi un peu moins grossièrement travaillées que celles du précédent. Rappelons, en passant, qu’il recouvre deux fosses (nos 5 et 6) de seconde époque. — Le sarcophage n° 4 garnit, dans F avant-sanctuaire, le murde gauche, et est enchâssé jusqu’à fleur des bords de son auge dans Faire ; il paraît, de plus, fort différent des deux précédents par sa forme et sa taille de pierre qui semblent beaucoup plus soignées. — Le sarcophage n" Tj a pris place près de celui dont nous venons de parler, et, comme lui, se trouve presque entièrement enfoncé dans le sol ; sa présence gênait l’accès du sanctuaire, et ferait penser qu’il fut introduit le dernier dans l’Hypogée; il est de plus à remarquer que la façon dont il est travaillé indique une date plus récente que les trois autres. En le comparant aussi avec ceux, à peu près tous semblables, qui faisaient partie des sépultures chrétiennes trouvées autour de ce précieux monument, avec l’un d’eux dessiné au bas de la planche XIV (n" } 8), on constate qu’il leur est de beaucoup antérieur(i). — Quant au petit sarcophage d’enfant n° 1 1 (PI. II), contigu au gros sarcophage n° 2, il paraît avoir été mis après les quatre que nous venons de décrire ; sa forme et sa taille sont peu soignées ; il avait pour couvercle un morceau sculpté provenant d’une des châsses primitives qui, lors des aménagements de la restauration (2e époque), servait à une des fosses du sanctuaire et fut remplacé par une simple pierre plate. On croirait aussi qu’il a été placé peu de temps après celui proche duquel il se trouve.
Après avoir fait observer que ces cinq sarcophages ont été introduits dans l’Hypogée postérieurement à sa restitution, il est à propos d’indiquer ce qu’ils renfermaient. C’est ce que nous allons faire en suivant l’ordre d’ancienneté apparente, mais en laissant de côté le petit sarcophage n° n qui, lors des fouilles, a été inconsidérément vidé par les ouvriers.
Le sarcophage n° 2 renfermait le squelette seul d’un homme d’environ soixante-dix ans, presque entier, puisqu’il n’y manquait qu’une vertèbre, et reconstitué avec le plus grand soin, comme le prouve le rapport des médecins (2).
Le sarcophage n° 1 contenait les ossements mêlés d’un homme, d’une femme et d’un enfant.
Le sarcophage n°4 recélait les restes plus ou moins complets de deux enfants, d’un adulte et d’un adolescent.
(1) Ce sarcophage, n°38de la nécropole chrétienne, est conservé et prendra place dans la chapelle qui sera bâtie au-dessus de l’Hypogée, afin de servir de type et de terme de comparaison. Il est également conservé afin de recevoir ma dépouille mortelle.
(2) Nous reproduisons ici les renseignements fournis par le rapport des médecins qui se trouve au chapitre IV, ainsi que dans les pièces de l’Appendice.
Le sarcophage n" ^ possédait les ossements de trois adultes.
Il ressort avec évidence, du désordre qui régnait dans l’assemblage des ossements que renfermaient ces trois derniers sarcophages et du grand nombre d’os qui manquaient, qu’ils y ont été apportés après consomption complète de leurs chairs, c’est-à-dire par translation. Nous pourrions, croyons-nous, voir en ces restes ceux de quelques proches de Mellebaudis, ou de fervents chrétiens que l’on aurait rapportés, longtemps après leur mort, dans ce sanctuaire vénéré. Quant au squelette de ce vieillard presque entier et mis avec le plus grand soin dans le sarcophage n° 2, ne serait-il pas celui de Mellebaudis? Nous le pensons. On l’aurait alors rapporté en ce lieu après entière réduction des chairs, et placé avec un soin extrême, dans la crainte d’encourir les malédictions formulées par ce pieux abbé sur la belle inscription du jambage de la porte. Il est, de plus, évident qu’aucun de ces sarcophages n’a pu recevoir les restes humains qu’ils renfermaient aussitôt après la mort de leurs sujets, car ils n’étaient doublés ni de bois, ni de plomb, et leurs couvercles n’adhéraient pas aux auges ; autrement, il fût devenu impossible, pendant plusieurs années, de pénétrer à l’intérieur du précieux édifice.
Nous croyons donc pouvoir conclure avec quelque certitude, de ces nombreuses observations, que les ossements dont nous venons de parler ont été apportés dans ces sarcophages par translations successives et postérieures aux translations de la seconde époque.
IV. Quatrième époque. — Sépultures qui entouraient l’Hypogée. — C’est ici le lieu de parler des trente-sept sépultures qui entouraient l’Hypogée, bien que nous l’ayons déjà fait au chapitre V, car elles sont de dates postérieures à celles des diverses translations que nous venons de décrire. Comme on le voit sur la planche XIII, il existait entre elles des différences notables: les unes se composaient de sarcophages en pierre de forme trapézoïdale, isolés ou agglomérés et orientés ; d’autres faites dans le rocher, de dimensions variées, étaient simples ou géminées, orientées ou désorientées. Mais, avant de tirer quelques conclusions de ces modes dissemblables de sépultures, il est à propos de reproduire les notes prises sur place au moment où s’opérèrent les fouilles ; les voici donc textuellement (1) :
N° 16. — Fosse taillée dans le rocher. Long., imio; Iarg., om8o; prof., om8o. Sans ossements, remblayée de terre, sans couvercle; a pu contenir jadis un petit sarcophage d’enfant en pierre.
N° 17. — Fosse taillée dans le rocher. Long., im7o; larg., imio; prof., om8o. Renfermait quelques ossements. Remblayée par de la terre, sans couvercle.
(1) Les numéros commencent à 16, parce que les fosses et les sarcophages de l’Hypogée sont indiqués par les 15 premiers.
N° 18. — Fosse taillée dans le rocher. Long., im/o; larg., o"’9o; prof.,o“8o. Contenait quelques ossements, sans couvercle; remblayée par de la terre.
Nos 19 et 20. — Fosses taillées dans le rocher, de dimensions différentes, sans séparation, sans ossements, sans couvercles et remblayées par de la terre. Semblent avoir jadis contenu deux sarcophages en pierre : l’un ayant appartenu à une personne de taille ordinaire, l’autre à un enfant.
N°s2i et 22. — Fosses taillées dans le rocher. Long., 2m2o; larg., im2o; prof., om8o, sans couvercles. Les deux squelettes étaient en place et recouverts de terre ; l’absence de clous fei’ait croire qu’il n’y avait pas eu de cercueils en bois.
Nos 23 et 24. — En tout semblables aux deux précédentes, hormis la longueur et la largeur qui étaient plus grandes.
N0 2 5- — Fosse taillée dans le rocher. Long., 2m2o; larg., im2o; prof., om8o. Sans couvercle, désorientée, avec les ossements en place recouverts de terre et sans clous.
N° 26. — Sarcophage en pierre, de forme trapézoïdale, sans couvercle (1). Long., im70; larg., om50 et omi8; prof., omjy, parois, o^oô ; épaisseur du fond, om07 . Contenait le squelette et était remblayé par de la terre.
N°27. — Sarcophage d’enfant, en pierre, de forme trapézoïdale, sans couvercle. Long., im2 5 ; larg., on'55 et o"’i4; prof., om25; parois, omio. Ossements intacts, recouverts de terre.
N° 28. — Sarcophage en pierre, de forme trapézoïdale, sans couvercle. Long., 1 m8 5 ; larg., om5o et ora2o; prof., omj8; parois, omio, Ossements intacts, recouverts de terre.
N° 29. — Sarcophage en tout semblable au précédent.
N° jo. — Fosse taillée dans le rocher, désorientée, sans couvercle, avec les ossements en place, sans clous, et remblayée par de la terre. Long. 2 m.; larg., om8o; prof. ,om4o.
Nos2i,32, jj. — Trois sarcophages en pierre, de forme trapézoïdale, sans couvercles, orientés, accolés ensemble, de mêmes dimensions, avec ossements en place, mais remblayés parde la terre. Long., im8o ; larg., o-j 5 et om20 ; prof., om38; parois, omo8. Ils semblent avoir été faits en même temps. Au fond de celui portant le n° j 1 se trouvait, près du cubitus droit du squelette, un petit bronze de Constance IL Nous sommes porté à croire que cette monnaie avait d’abord été perdue dans la couche supérieure de la terre de remblai, et sera descendue au moment où les terrassiers vidèrent l’auge avec leur pioche. Nous l’avons néanmoins dessinée de grandeur naturelle, au bas de la planche XIII.
(1) Les dimensions des sarcophages sont prises à l’intérieur.
N° 54. — Fosse taillée dans le rocher, désorientée, sans couvercle, avec ossements, sans clous et remblayée par de la terre. Long., 2 m.; larg., 1 m.; prof.,om40. Elle est moins profonde que la suivante, l’a coupée en partie ; nous croyons donc qu’elle lui est postérieure.
N0^. — Fosse taillée dans le rocher, orientée, sans couvercle, avec ossements, sans la tête, sans clous et remblayée par de la terre. Long., 2 m.; larg., om6o; prof., om50.
N° 36. — Sarcophage en pierre, de forme trapézoïdale, sans couvercle, avec ossements en place, mais remblayé. Long., 1 m8 5 ; larg., o"'5o et om2o; prof., on'38; parois, omio. .
N° 37. — Sarcophage en pierre, de forme trapézoïdale. Long., i”’8o; larg., on’55 et om2o; prof., o"'45 ; parois, omo8 ; épaisseur du fond, omij. Avec couvercle plat en pierre. Long., 2mio; larg., o"’78 et om42; épaiss., omi2. Contenait deux squelettes, dont un en place, et l’autre rapporté sans ordre sur le premier. Celui-ci provenait-il d’une translation volontaire ou fortuite, nous ne le savons ; mais nous pensons que, probablement, les violateurs de ce cimetière auront pu mettre ce second squelette dans ce sarcophage, après l’avoir retiré d’un de ceux dont ils avaient besoin comme auge, et qui manquent en effet aux nos jcp, 40, 41, 51 et 52. Ce sarcophage avait son couvercle, parce qu’étant surmonté de o”40 de terre, il ne gênait pas la culture.
N° 58. — Sarcophage en pierre, de forme trapézoïdale, sans couvercle, avec ossements, remblayé par de la terre. Long., in’9o; larg., om5 5 ; haut., om4o; épaisseur, o"'o8. C’est celui que nous avons dessiné sur la planche XIV, afin de servir de terme de comparaison avec ceux de l'intérieur de l’Hypogée.
Nos 39, 40, 41. — Grande fosse, taillée dans le rocher, sans ossements. Long., 2m6o; larg., 2 ”70 et im8o; prof., om90. Elle semble avoir contenu trois sarcophages en pierre qui ont été enlevés.
!\J° 42 . — Sarcophage en pierre, brisé, sans couvercle, de forme trapézoïdale, avec ossements, remblayé par de la terre. Long., im6o; larg., omjo et omi5; hauteur inconnue, puisqu’il n’en restait que om| j.
N° 45 . — Fosse taillée dans le rocher, sans couvercle, avec ossements, sans clous, remblayée par de la terre. Long., 2ra5o; larg., 1 m.; prof., o“6o.
N° 44. — Semblable à la précédente.
N° 45. — Semblable aux deux précédentes, sauf la largeur qui est de 1 m. 50 centim.
N° 46. — Fosse d’enfant taillée dans le rocher, avec feuillure et couvercle en pierre plate, ossements, sans clous. Long. on’8o; larg., on'30 et om2o; hauteur du fond au couvercle, om)o. Elle n’était pas dérangée, parce que 25 centimètres de terre la recouvraient.
N° 47. — Sarcophage en pierre, de forme trapézoïdale, sans couvercle, avec ossements, remblayé avec de la terre. Long., im8o; larg., ora45 etomi8; haut., o”^.
Nos 48, 49, 50, 51, 52. — Grande fosse irrégulière taillée dans le rocher, ayant contenu cinq sarcophages de forme trapézoïdale, dont deux ont été enlevés. Les plus petits semblent avoir servi à des enfants ; ils étaient sans couvercle, avec les ossements, remblayés avec de la terre. Long., 1 '"7 5 ; larg., on'5o et om2o; haut., o Le plus grand avait: long., 2 m.; larg., o"’6o et om2j ; haut., o"^.
En résumant les notes que nous venons de donner sur les trente-sept sépultures de cette petite nécropole chrétienne, nous constatons : i° qu’il y avait eu vingt-deux sarcophages en pierre du même genre que celui inscrit sous le n° 38; qu’ils étaient orientés et sans couvercle, à l’exception d’un seul; 20 que douze corps avaient été placés sans cercueils dans des fosses taillées dans le rocher, orientées, et que tous les couvercles manquaient ; Ÿ que trois fosses, également taillées dans le rocher et sans couvercle, n’étaient pas orientées.
Nous pouvons, ce semble, tirer les conclusions suivantes :
i° Il n’y a pas eu de translations, mais simplement des inhumations faites aussitôt après la mort, à l’exception, cependant, d’un second corps apporté dans le sarcophage n° 37, qui en possédait déjà un autre.
20 Presque toutes ces sépultures semblent dater d’une même période, d’environ un demi-siècle postérieure aux translations de troisième époque faites dans l’Hypogée, si l’on en juge, du moins, par la similitude de tous les sarcophages en pierre.
Ÿ Le mode de sépulture, dans les sarcophages en pierre, était employé conjointement à celui des fosses taillées dans le rocher et sans cercueils.
40 Trois sépultures non orientées paraissent être postérieures aux autres, du moins d’après celle portant le n° 34, qui chevauche sur celle inscrite sous le n° 35.
50 Si tous les couvercles manquent, sauf deux, c’est qu’ils affleuraient presque le sol et gênaient les travaux d’agriculture qui furent pratiqués dans cet endroit au commencement de ce siècle.
Ajoutons enfin que tout porte à croire que ces trente-sept sépultures sont celles de fervents chrétiens qui ont tenu à reposer dans le sol qu’avaient arrosé de leur sang les 72 martyrs mentionnés parles inscriptions et la tradition orale et écrite; dans ce sol, contigu à la nécropole romano-gauloise, dans lequel aucun païen n’avait été déposé, comme l’ont prouvé les fouilles, et auprès de cette chapelle où avaient été recueillis les restes de ces généreux confesseurs de
leur foi. Ne voyons-nous pas, du reste, que, pendant les premiers siècles de l’Eglise, les chrétiens aimaient à reposer, après leur mort, près des sanctuaires élevés à la mémoire des saints et illustres martyrs et confesseurs, et que cet usage s’est perpétué, du moins en France, jusqu’à la révolution de 1793, en ce sens que, jusqu’à cette époque, on se faisait enterrer dans les églises et dans les cimetières qui les entouraient toujours alors ?