VNQYE. AD IPSO. PRO. DICTA
19 lettres.
6 lettres
MIS. QYI.
REMIANT. ANNUIS.
OU INNOXI.
13 lettres.
Le mot dictamis , terminé sur la troisième ligne, présente un sens suffisamment clair. Quant au mot remiant pour remeant , est-il si nécessairement synonyme de recedunt et ne marquerait-il pas tout simplement l’affluence peut-être périodique, le flux et le reflux de visiteurs, de pèlerins vers le même lieu, peut-être vers la croix, le Staurus , qui devait s’élever à peu de distance du petit monument de Mellebaude (2) et que rappelait la croix monogramma tique de l’architrave ?
Les parties de la troisième ligne non couvertes de lettres montrent assez clairement que la matière manquait pour la remplir et que, sous toutes réserves pour le dernier mot qui testera toujours douteux, il finit s’en tenir a cette lecture, sans demandera des textes analogues des suppléments que rien ne semble exiger , puisque sans eux l’inscription offre un sens complet, et que les larges lacunes qui séparent les mots de la dernière ligne semblent au contraire positivement exclure toute addition. Ces détails ont leur importance ; mais enfin ce ne sont que des détails. Voici maintenant 1 hypothèse que je soumets à votie appréciation.
(1) Le seeondjambage de la lettre N sert de montant à la lettre T, qui n’occupe, par conséquent, que la place de la moitié de la barre du haut.
(2) Nous n’avons aucun renseignement historique sur l’abbé Mellebaude, et nous ne savons sur lui que ce que nous apprennent les inscriptions gravées sur le linteau de la porte de la crypte, et sur un des supports de ce linteau. Les restes des inscriptions peintes de la crypte ne font plus aucune mention de cet abbé, peut-être déjà décédé quand elles ont été appliquées
Les inscriptions gravées sur un des montants où s’appuyait le linteau affectent une disposition remarquable. Sur le montant de gauche, en effet, l’inscription principale, qui n’est autre que le testament religieux de Mellebaude, est flanquée par uneautre de moindre importance, de bien moindre dimension, en caractères beaucoup plus petits. Cette seconde inscription ne contienl que des généralités : sllfa et Sl-inicio et finis — quoniam quotidie pejus et pejus , etc. Cette disposition, remarquableassurément, n’aurait-elle pas été observée aussi sur le linteau, et, outre ‘'inscription principale, n’y aurait-il pas eu, sur un étroit bandeau de la pierre, soit en saillie, soit en retraite, une inscription secondaire moins importante, de caractères peut-être plus réduits et dontles éléments, suppléant à l’insuffisance du nombre des lettres de l’inscription piincipale, auraient rétabli la symétrie et ramené la croix monogrannnatique à occuper à peu près exactement le milieu des deux inscriptions accolées? C’est ce qu’il m’a semblé, Mon-
sieui Je Commandeur. Cette hypothèse aurait l’avantage et de s’accorder avec votre indication générale et de s appuyer sur l’analogie avec la disposition de la principale inscription lapidaire du monument. — ( Voir pl. vi de l’album du R. P. de la Croix.)
La seconde observation, que je prends la liberté de vous présenter, me paraît encore plus importante. Elle est relative aux inscriptions successivement peintes sur l’arcosolium. Me permettriez-vous d’appeler de l’explication présentée par M. l’abbé Duchesne, explication à laquelle votre adhésion semble donner le caractère d’une décision définitive ? Aussi bien, les raisons dont M. Duchesne appuie son opinion me semblent reposer sur certains lapsus mémorisé.
Dans un article publié le 15 juillet 1885 par la Revue Poitevine et Saintongeaise , après une discussion fort intéressante, le savant professeur est amené à préciser les deux conclusions suivantes : 1“ les dates contenues dans la première ligne palimpseste ne sont que « les dates festivales des saints dont les reliques étaient dans l’autel ; » 2° les 72 martyrs, dont il est parlé dans le texte superposé, s’identifient assez naturellement avec les 72 soldats du groupe des saints Chrysantheet Darie. Je me permets, Monsieur le Commandeur, de remettre sous vos yeux le texte même decette seconde conclusion : « La passion des saints Chrysantheet
sur des parties de mur qui paraissent avoir été construites après coup. Aucun souvenir de Mellebaude n’est resté attaché au sol qui recouvrait sa memoria. Aucune terre voisine ne paraît avoir gardé le nom de champ de Mellebaude, de Baud, de Baudeluche ou même simplement de l’Abbé. Seule, la désignatiun de Ghiron-Martyr a traversé les âges et est arrivée inaltérée jusqu’à nous, avec celle du Chemin des Martyrs attachée au vieux chemin creux qui fut probablement ouvert au vu® siècle dans la pièce du Ghiron-Martyr, pour accéder à l'hypogée et au lieu où furent découverts les restes des suppliciés.
Ge nom de Mellebaude, qui ne figure sur aucune liste de dignitaires ecclésiastiques de l’époque Mérovingienne, que nous trouvons seulement une fois, dans Grégoire de Tours, appliqué à un Poitevin guéri de cécité au tombeau de saint Martin, était cependant assez commun vers le vii° siècle, avec quelques variantes dans son orthographe, particularité commune à un nombre assez considérable de noms de cette époque. Ainsi les légendes de divers tiers de sou d’or et de deniers d’argent des vit® et vin® siècles nous offrent comme noms de Monétaires : Mallobaudis, Crovio ; Mallcbodius, Salliaco ; Marobaude à Saint- Maixent ou Saint-Maxence. Racio S. Max. — Sco Maxentio, etc.
Feu M. le vicomte de Ponton d’Amécourt, qui a recueilli et étudié avec tant de zèle et de bonheur les monnaies mérovingiennes, s’est même demandé si notre abbé Mellebaude n’avait pas été à la fois abbé et monétaire à Saint-Maixent, et si le mot monetusdn lambeau de l’inscription peinte au fond de la crypte n’était pas une abréviation de Monetarius. (Voir pl. xi et xn.) — Quel que soit mon goût pour la numismatique mérovingienne, je ne saurais aller jusqu’à cette interprétation. Monetus est pour moi monitus (averti) et me semble l’indice d’une révélation qui aurait fait découvrir les restes des martyrs des Dunes.
Darie, comme aussi les inscriptions consacrées dans leur sanctuaire romain, par le pape Damase, nous les montrent en rapports étroits avec d’autres martyrs, Claudius, Hilaria, Jason, Maur, et tout un groupe de soldats au nombre de soixante-douze,, juste le nombre des martyrs de notre inscription. Si les traditions poitevines et gallo-romaines sont muettes sur un groupe de soixante-douze martyrs, au moins nous en trouvons un à Rome, et cela précisément dans le même sanctuaire que deux saints dont les pignora sont certainement venus à Tours à la lin du sixième siècle et dont l'anniversaire paraît être marqué dans notre inscription elle-même. » Ce sont ces deux conclusions qui me paraissent fort discutables, l’une parce qu’elle isole la première ligne palimpseste et rend ainsi la seconde ligne inintelligible, de l’aveu même de notre contradicteur, l’autre pour des raisons que je voudrais exposer avec quelque développement.
Quand M. Duchesne parle du «groupe» de 72 martyrs, il doit commettre quelque confusion, éprouver quelque défaillance de mémoire. C’est que j’ai beau chercher dans mes souvenirs, parcourir les diverses hagiographies, consulter même les martyrologes auxquels nous renvoie le savant professeur : je ne trouve nulle part trace d’un groupe précis de 72 martyrs à Rome. J’en rencontre un seul à Syrmium. Les martyrologes de saint Adon et d’Usuard, qui datent du neuvième siècle, ainsi que les actes des saints Chrysanthe et Darie, écrits par Métaphraste, ne parlent que de 70 soldats convertis d’abord, puis martyrisés : septuaginta milites, dit, à plusieurs reprises, avec une sorte d’insistance, le texte latin, imaxiam azpcmàmu, dit le texte grec. {A et. Sanct. die 25 oct.) Encore ces actes, rédigés au dixième siècle, ne sont-ils pas à l’abri de tout soupçon d’inexactitude, puisqu’ils fixent la date du martyre des saints Chrysanthe et Darie cà l’an 282 sous Numérien, date qui est contestée par Haronius et Lenain de Tillemont et reculée par ce dernier au moins jusqu’à l’année 256. Aussi est-on moins surpris de trouver ces actes, sur le point particulier qui nous intéresse, en contradiction avec le martyrologe hiéronymieii, où on lit, à la date du 12 Août :
Il Idus Aug. — Roture, natalis sanctorum Chrysanthi et Dariat et qui eum eis passisunt Claudii, Elartre, Jasunis, Mauri et militum octoginta sex.
Ainsi donc les soldats qui ont souffert avec les saints Chrysanthe et Darie sont au nombre de 70, si on s’en rapporte aux actes de la passion de ces deux saints martyrs ; ils sont au nombre de 86, si on préfère s’en référer au martyrologe liiéronymien. Que signifie alors cette mention du même martyrologe que nous oppose M. Duchesne et qui sert de base à toute son argumentation, mention ainsi formulée :
III. K al. decemb. Romœ in cymeterio Tlirasonis , nat. : Saturnini, Chrysanthi et Dariœ, Mauri, et aliorum LXXL /, quorum nomina habentur in libro vitre.
Une formule indécise ne peut être opposée à un texte précis, et, pour ainsi dire, décisif. Or, il résulte d’un texte même du martyrologe hiéronymien que les soldats martyrisés avec Chrysanthe et Darie étaient 86, et de tous les autres documents qu’ils n’étaient pas au nombre de 72. Par conséquent les 72 Saints quorum nomina habentur in Libro vitre, dont il est
fait mention à la date du 29 novembre, ne peuvent être confondus avec eux. Ce que nous savons de la longue passion du vieux Saturnin, martyrisé enfin en 303 dans la persécution de Maximien, nous donne une idée des conditions dans lesquelles ces soixante-douze saints
innommés ont été réunis.
Le cimetière de Thrason, où les corps de Chrysanthe et de Darie ne purent être placés que longtemps après leur mort, sans doute à la suite de la révélation qui les fit découvrir, au témoignage de Grégoire de Tours, ce cimetière, dis-je, n’existait pas au commencement du ive siècle. Son emplacement faisait alors partie d’une petite propriété située sur la voie Salaria et appartenant à Thrason, riche romain, qui avait généreusement soutenu de ses biens les chrétiens persécutés par Maximien, et notamment le vieux Saturnin et les soldats Papias et Maurus. Après leur martyre sur la voie Momentané, Thrason, aidé du prêtre Jean, recueillit leurs restes et ceux de divers autres martyrs et saints personnages , plus tard il leur donna la sépulture sur son petit domaine, et lui-même dut être inhumé dans ce cimetière qu'il avait créé et qui prit son nom. Cf . pièces annexées , ;i° 2. Voir aussi Baronius sous
Vannée 303.
Ainsi, nous nous trouvons en présence des restes : 1° de Thrason, confesseur du 4e siècle, décédé après la fin des persécutions et dont le martyrologe hiéronyinien rapporte la mort au 10 décembre; 2° de Saturnin, terrassier d’origine africaine, longtemps employé par force aux travaux des thermes dé Dioclétien; 3” de Sisinnius, diacre romain, martyrisé avec Saturnin ; 4° de Chrysanthe et de Darie, martyrisés, d’après Adon, Usuard et les actes de Métaphraste, sousNumérien en 282, mais plutôt sous Valérien, vers 256, d’après les observations critiques
de Baronius et de Lenain de Tillemont; 5° de Maurus, probablement l’un des deux soldats martyrisés avec Saturnin ; 6“ enfin de 72 corps saints non qualifiés ni comme martyrs ni comme soldats, et appartenant sans doute, de même que ceux des saints nommés, à diverses époques, à diverses provenances, à différentes catégories. Aussi ne forment-ils pas un groupe, aussi la’ thèse d’un groupe de 72 martyrs romains mise en avant par les adversaires du système des 72 martyrs de Poitiers, pèche-t-elle par la base, puisqu’on ne connaît à Home
aucun groupe de 72 martyrs. .
Les reliques de saint Chrysanthe et de sainte Darie devaient servir à Poitiers, le 22 janvier (1) 1096, à une consécration bien plus solennelle, celle de l’autel du matin (2) de l’église del’abbaye de Montierneufet de la dédicace de l’église elle-même, parle pape Urbain II, venu en Poitou pour y publier la première Croisade. Urbain était assisté dans cette double cérémonie par les archevêques de Bordeaux, de Lyon et de Pise et par lesévêques de Poitiers, de Seigny et d Albano, ces deux derniers cardinaux. Permettez-moi de joindre à cette lettre une gravure de la belle inscription qui monument* encore, dans l’église de Montierneul, ce grand événement de l’histoire ecclésiastique de notre cité, et la partie peu connue de la chronique du moine Martin,
(1) El non .e 27, comme l'indique “nds dans réglise de l’abbaye de Cluny, alors
(*) C'est a“ssi ma„lm ^*2 Letbaud de“nt abbé de MonUerneuf en 1096.
gouvernée par saint Hugues, dont un nev > ’ 3
historiographe (le l’abbaye, qui donne les curieux détails de cette consécration. (, Foir pièces annexées , n° 3, et fac-similé de V inscription qui est il la suite.
A-t-il été encore suffisamment remarqué sur le bas-relief des deux suppliciés découvert dans l’hypogée (a-t-on même jamais remarqué ?), que l’un des deux martyrs paraît avoir subi un supplice que les martyrologes signalent bien rarement ? Le patient avait les talons percés, une courroie était passée dans l’affreuse blessure, et on traînait alors la victime avec violence. C’est ainsi qu’ont souffert, en Egypte, avant de périr par le glaive, les saints martyrs Philémon et Apollone dont il est lait mention dans le martyrologe romain au 8e jour de mars. Ce détail a son importance, à mon avis, et a, au moins, la valeur d’un argument négatif contre la thèse des martyrs romains. Nous reviendrons sur ce bas-relief.
Encore une remarque en passant. Ce que M. Duchesne appelle « l'anomalie véritablement singulière de deux dates groupées dans la même formule, séparées seulement par un et et exprimées suivant deux notations différentes, l’une par le quantième du mois, l’autre par l’ancien comprit romain » (V. pl. X), cette anomalie existe-t-elle et les trois dates exprimées n’appartiennent-elles pas au cornput romain, resté le comprit habituel des inscriptions et de la liturgie ? 11 s’agit, vo ;s le comprenez, de la première ligne palimpseste. Lesdeux lignes conservées du texte primitif, et qui n’ont pas été recouvertes, constatent un premier fait avec sa date. C’est la Sainte Dédicace soit du petit monument, soit de reliques apportées, car plusieurs textes nous montrent le mot dedicatio appliqué simplement à des reliques. Elle a lieu, le 30 juillet, au nom de Dieu, cest-a-dire de la sainte Trinité : quod hic in di nomeni inprimis sca dedicatio ingressa est [Il k. ajustas.
Les deux lignes palimpsestes qui suivaient et qui ont été retrouvées intactes, sans autre mot douteux que le nom propre qui précède Sostanos, monumentaient un second fait, mais avec cette particularité qu’il s’était reproduit à trois jours différents, dont deux consécutifs; savoir les ii, met xiv des calendes de janvier, ce qui fait des jours de décembre. Ce fait, c’est l’entrée de corps saints dans le petit caveau funéraire: ingressio scorum hic est, et pour deux de ces saints, DimhilQ ) et Sostanos, l’entrée s’est faite solennellement, au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et dmhil sostanos ingressas sunt in nomeni dni (U.
(1) Le H. P. C. de la Croix a trouvé, dans la sacristie de l’Église de l’ancienne abbaye de Nouaillé, deux cadres où sont réu-
[lme parait clair d’abord, malgré l’absence d’exemples complètement similaires, que la formule et quod.facit decemb. signifie que ces trois jours calendaires de janvier, prblie, III ei a/f, appartiennent au mois de décembre. Le sens complet de l’inscription serait donc : la dédicace a eu heu le 3 des calendes d’août el l’entrée des corps saints a eu lieu successivement les n, m et xiv des calendes de janvier, c’est-à-dire dans le mois dedécembre. Qu’il y ait donc trace anormale et singulière de deux formules, car les mots et quodfac.it appelaient des quantièmes précis, les 31, 30 et 19, en les plaçant clans l’ordre de la notation calendaire; qu’on y trouve encore, si l’on veut, d’autres incorrections, tant que l’on voudra : toujours est-il que la lecture susdite a l’avantage appréciable de rendre l’inscription entière fort intelligible; et qu’elle ne demande pas l’addition arbitraire du sigle kl au mot decemb. Ces irrégularités, d'ailleurs, ne viennent-elles pas de ce que l’épigraphiste a tenu àremplir sa ligue avec la seule indication des dates, de ce qu’il a voulu lui donner le même nombre de lettres qu'à la précédente, de ce qu’il a cherché pour son texte des rimes, un rythme si l’on veut, des répétitions de mots, quelques eflets de Style: In Di nomini, innomeni Dm — agustas, jcmuarias — ingressa est mgressas sunt... sortes d’effets rendus plus piquants pour nous par les bizarreries, les barbaries grammaticales ?
Voilà, Monsieur le Commandeur, les observations principales que m’a suggérées une lecture attentive soit et sui tout de votre allocution de février 1886, adressée à l’Académie pontificale
d’archéologie, soit même despolémiques multiples et contradictoires soulevées depuis plusieurs
années autoui de la découverte du P. de la Croix. La question n’est pas épuisée, je reconnais qu’il reste encore bien des obscurités.
Que des pignora des SS. Chrysanthe et Darie aient pu être déposés dans le sarcophage de Mellebaude, de même que des eulogies apportées des sanctuaires de la Palestine, comme vous l’avez conclu de l’inscription : Emmanuhel — nobiscum Deus,]e n’ai garde d’y contredire, quoique rienne le prouve, et je reconnais avec M. l’abbé Duchesne qu’il était facile à Mellebaude de se procurer de ces pieux objets; mais je conteste que ces pignora aient quelque rapport justifié avec les martyrs, au nombre de 72, mentionnés à la fin de la seconde ligne du texte superposé.
Ces mots martherum nomiro lxxii sont même tout ce que je puis voir de clair dans les restes de ce texte. S’agit-il, à la ligne supérieure, d’un martyr du nom d’IIélaire, comme le veut le P. de la Croix, ou bien de la bienheureuse Vierge Marie, Mère de Notre-Seigneur, ari matris dni ? A la ligne inférieure, est-il question du xme jour de novembre ou de 13 jours de novembre? Que signifient les lettres vdiar? Seraient-elles l’abrégé de vdiarum (nundinarum), mot auquel manquerait l’initiale N détruite avec le reste du commencement de la ligne, et marquerait-elle ce cycle de 13 jours de réunions religieuses et commerciales qui existèrent jusqu’en 1347, sur le terrain de l’hypogée? au mois d’octobre, il est vrai. Cette date résumerait-elle,
nies des reliques, épaves de son ancien trésor. Dans le nombre, deux fragments d’ossements portent le nom de saint Sosthènes, et d’autres la mention de plusieurs martyrs innommés. Ces reliques n’ont-elles rien de commun avec le Sostanos et les autres martyrs de l’inscription de l’hypogée ?Nouaillé possédait dès le septième siècle un petit établissement religieux.
ainsi que je l’ai supposé ailleurs, la clôture de la découverte des corps des martyrs, comme le chilïi e 72 le nombre exact des corps retrouvés ? Autant de questions sur lesquelles je prends la liberté de consulter votre expérience.
Encore une supposition à propos des inscriptions de Farcosolium: j’admets qu’elle ne manque pas d’une certaine hardiesse; elle trouvera du moins une excuse dans sa brièveté. Si je ne me trompe, le texte nouveau résumait, en deux lignes, le nombre précis des martyrs dont on avait dû retrouver les restes, et le jour ou la série de jours où l’introd uction de ces restes dans l’hypogée devait être célébrée collectivement, tandis que, dans le texte palimpseste, leur entrée ou du moins leur découverte successive paraîtrait avoir été inscrite mois par mois, peutêtre même jour par jour, à en juger par les quelques mots saisis sur la. fresque en décomposition, lors du lavage qui a achevé de détruire le texte superposé. (Cf. pl. x.)C'est qu’un motif impérieux avait imposé ce changement, cette abréviation du texte primitif. Si les lignes del’inscription peinte sur la partie du mur qui s appuyait contie la couche calcaue, assez mince, du terrain traversé par la fouille du petit caveau, paraissaient ne pas soufli 11 de 1 humidité, il en allait tout autrement des lignes supérieures qui ont du disparaître après 1 effondrement de la couverture et surtout des lignes inférieures qui se délayaient rapidement sur des parois saturées d’humidité, par suite de la fraîcheur des terres spongieuses qu’elles soutenaient. Il n’y avait donc place que pour un résumé très succinct, en tète duquel l’épigraphiste voulut peutêtre affirmer, contre l’hérésie des JNestoriens, le culte de Marie, la reine des martyrs, la sainte Mère de Dieu. 11 me paraît bien difficile de lire, avec le P. de la Croix, marthiris Dni, en comparant le premier de ces mots avec le martkeru de la ligne suivante. Le caractère qui suit les lettres ari, n’est-il pas plutôt I’e final de marie qu’une petite croix?
On fait, à la thèse des martyrs locaux, une difficulté du silence de la tradition écrite, et, dit-on, même orale. Une simpleremarque me paraît répondre suffisamment a cette objection. M. l’abbé Duchesne voit dans novemb. (lies XHI l’indication de la fête de saint Amand, l’apôtre et le thaumaturge du Kouergue, ou de celle de saint Brice, le successeur de saint Martin sur le siège épiscopal de Tours, tombant l’une et l’autre le 13 novembre. INous devons au martyrologe biéronymien la mention de la consécration à Poitiers, le 15 janvier, d une basilique en l'honneur de saint Amand. Tout souvenir de l’existence, dans notre ville, de cet ancien temple est entièrement effacé. Son emplacement est ignoré, et le nom de saint Alliance ou Amand n’est resté attaché à aucun point de la ville. Cette consécration pourtant, comme toutes celles qui sont mentionnées dans les martyrologes mérovingiens, dut avoir un grand retentissement. Elle dut valoir, sans doute, à Poitiers des visites royales et lui attirer un grand concours. C’est probablement dans cette solennité [in hac festivitate) que Fortunat prononça le panégyrique des miracles du saint pontife, imprimé dans ses œuvres sous le titre inexact de Vita sancti Amancii. Si toute trace de cet événement accompli au sixième siècle, la période de l’ère mérovingienne la plus éclairée par l'histoire, a disparu à Poitiers, comment s’étonner que le souvenirde Mellebaude, de sa crypte et de ses martyrs, n’ait pas été conservé dans les textes si rares, si laconiques, qui nous parlent de Poitiers, soit antérieurement à l’épis-
copat desamtHi [aire, soit postérieurementàcelui d’Ansoald, contemporain de Dagobert? Qu’on me pardonne de rappeler une fois de plus que, sans être bien explicite, la tradition populaire n est pas absolument muette sur les martyrs, et que leur souvenir s’est perpétué jusqu’à nos jouis sous le nom de Chiron-Martyr , resté attaché au terrain que séparait de remplacement de 1 hypogée, une paitie du grand chemin allant de Saint-Cyprien et de Saint-Saturnin à la vallée de Vaudouzil, à Montbernage et à Buxerolles, partie connue encore sous le nom de Chemin des Martyrs [V . pièces annexées , n° V).
Ce n’est pas que je puisse admettre, malgré tout mon respect pour les savants éminents et autorisés qui ont soutenu cette these, que Mellebaude eût aménagé ce caveau si exigu et si modeste pour y placer à demeure, avec sa sépulture, les restes de 72 martyrs locaux. Non seulement rien dans les inscriptions gravées de l’hypogée n’autorise à le supposer ; mais cette hypothèse me paraît inadmissible. Comment et depuis quel temps Mellebaude aurait-il eu ces reliques en sa possession, avant de faire le caveau ? Et à supposer qu’il les ait eues, comment ne les eût-il pas plutôt transportées dans un des cimetières chrétiens de la ville, pour y reposer près d’elles, plus à l'abri de toutes violations et de toutes rapines que sur le plateau désert des Dunes, dans un terrain qui, d’après la loi romaine, ne pouvait être dans le commerce? Si les restes des martyrs y avaient été exhumés avant la construction du caveau, n’auraient-ils pas été réclamés par l’autorité royale et attribués, de gré ou de force, aux pourvoyeurs de reliques de l’abbaye de Saint-Denys ?
Leur présence dans le sol fut la raison d’être du choix de l’emplacement de la sépulture de Mellebaude, comme elle était la raison d’être du concours des fidèles qui se portaient sur ce point et venaient périodiquement y chercher des remèdes à leurs maux, pro dictamis. La crypte ne reçut plus tard ces restes qu’accidentellement et temporairement, quia juxta erat monumentum.
Mais enfin quels pouvaient être ces martyrs, sur l’âge et les souffrances desquels ne restaient, paraît-il, que des souvenirs assez vagues? Les traditions locales, les anciennes pratiques religieuses, les monuments 1 i turgiques et même d’anciens édifices sacrés de la cité ne disent-ils donc rien qui puisse servir de base sinon à une certitude absolue, du moins à une forte probabilité ?
Vers la fin du deuxième siècle, alors que, selon l’expression de saint Grégoire de Tours, les places publiques de Lyon ruisselaient du sang des martyrs chrétiens, dont le nombre et les noms sont restés inconnus, à l’exception de ceux des Pothin, des lrénée et de quelques-uns de leurs compagnons que leur dignité dans l’ordre ecclésiastique avait fait inscrire dans les fastes de l’Eglise de Lyon, vers ce même temps, dis-je, à Poitiers, au bord du Clain, tombait le jeune Simplicien sous les coups de son père lui-même, Justinus, gouverneur de la cité, membre d’une famille consulaire de Rome. Jusqu’à nos jours, on a pu voir le lieu de son martyre, le trou où, selon la tradition, avait roulé sa tète ; et jusqu’à la Révolution, une église paroissiale de Poitiers s’élevait près du plan qui porte encore son nom, et les reliques étaient conservées dans le trésor de la cathédrale. {Foir pièces annexées , n° Il .)
Or, je le demande, Simplicien a-t-il pu être une victime isolée ? Le père qui a condamné son
fils comme chrétien, a-t-il dûépargner ceux qui avaient rendu ce fils chrétien et lui avaient inspiré, pour affirmer sa foi, le courage de résister, avec la grâce divine, aux instances et à la fureur de son bourreau ?
Je ne suis pas éloigné de voir dans les martyrs des Dunes les victimes de cette fureur, et le nouveau genre de supplice, peut-être de crucifixion, avec les mains liées derrière le dos, avec la poitrine ouverte, et les talons percés, comme sur les figures de l’OEdipe de l’antiquité, que nous revèle le bas-relief des deux martyrs, mais seulement pour un de ces martyrs, cet ensemble de particularités caractéristiques que n’offre la représentation ou le récit d’aucune autre passion connue, de ces particularités que le sculpteur a du demander, soit a la tradition, soit à l’état des corps des suppliciés, lors de leur découverte sur le plateau des Dunes, ne serait-il pas le témoignage du raffinement de cruauté de ce Justinus Simplicius que de nouvelles découvertes épigraphiques feront peut-être retrouver un jour loin de Poitiers, qu’il dut fuir après ce sanglant exploit (1) ?
Le sang versé à Poitiers par le jeune Simplicien aurait-il été une semence de martyrs destinée à germer à Rome dans la famille Simplicia, sous l’empire d’Alexandre Sévère ?
Simplicius quoquc senator cum uxorc sua et sexaginta octo de familia sua , quorum capita suspcnsa sunt per diversas portas urbis , ad exemplum christianorum. (Martyrologe romain, 1 0 mai.)
Poitiers aurait-il, presque seul parmi nos cités de l’Ouest de la France, traversé sans persécution l’ère des Dioclétien, des Maximien et des Licinius dont les monnaies se retrouvent si nombreuses sur le sol duPoitou ? Ce qui est certain, c’est que la foi chrétienne était fortement implantée dès lors sur ce sol. Témoin les sarcophages chrétiens de Poitiers, de Loudun, de Civaux, de Rom, d’Antigny. Dès 332, le Poitou donne un évêque à la capitale des Gaules du ive siècle : saint Maximin, qui devait avoir l’honneur, de recevoir comme hôte saint Athanase exilé. Avant 355, un autre Poitevin, encore plus célèbre, occupe le siège épiscopal de Poitiers et en fait le boulevard de la catholicité dans les Gaules, le phare de la vérité, près duquel viendra s’éclairer le grand thaumaturge saint Martin.
Quoi qu’il en soit, le silence des historiens, annalistes, hagiographes, ne saurait être aussi décisif qu’on l’insinue. Ne savons-nous pas qu’il y a des légions de martyrs dont les noms sont connus de Dieu seul? Quorum nomina habentur in libro vitre (2).
Je le répète, les trois bouts de ligne du texte superposé offrent un sens trop incomplet, trop peu défini pour que je puisse présenter l’explication que j ’ai donnée plus haut, autrement que comme une probabilité. Deux points, cependant, me paraissent incontestables : c’est d’abord l'impossibilité d’identifier les martyrs romains du groupe de saint Chrysanthe et de sainte
(1) Justinus (ou Justus, selon Bouchet) dut être à Poitiers un des prédécesseurs ou des plus proches successeurs de Gensor Pavius, consul désigné, délégué de l’Empereur pour le gouvernement de la province d’Aquitaine (legatus Augusti proprætore provinc. Aquitan.), que la Cité des Pictons voulut honorer en votant pour la sépulture de sa femme des funérailles, un emplacement, une statue, un monument public. — (Inscription sur marbre blanc du Musée de la Société des Antiquaires de l’Ouest.)
(2) Cf. Grégoire de Tours. — Veniente persecutione, talia ibidem diabolus bellaper tyrannum exercuit, et tanta ibi multitudo christianorum ob confessionem dominici nominis est jugulata, ut per plateas flumina currerent de sanguine christiano quorum nec numerum, nec nomina colligere potuimus. Dominus enim eos in libro vitæ conscripsit. — Higt. lib. 1, n° 27.
•Jane avec les martyrs, au nombre de 72, de notre texte ; le second, c’est le rapport qui doit exister entre cette mention de martyrs, ainsi qu’entre le bas-relief qui en représente deux sur leurs croix, ou appliqués, les mains liées derrière le dos, à des poteaux en forme de croix, et les noms de Chiron-Martyr, de Chemin des Martyrs attachés au terrain qui fait face à l’hypogée, à la partie du très vieux chemin qui sépare ce Chiron-Martyr de l’hypogée.
Quoi ! ccs dénominations locales n’auraient rien de commun avec les martyrs mentionnés dans une inscription, figurés sur un bas-relief de la menwria de Mellebaude ? Quoi ! elles seraient plutôt un souvenir de victimes égorgées avant l 'ère chrétienne sur la table de la Pierre Levée, ou de pendus de la Grande Justice de Poitiers, ou même tout simplement de quelque cultivateur martyrisé par son bœuf ou d’une femme tuée par sa vache ou sa chèvre, en un mot des martyrs dans un sens impropre et figuré, enfin tout ce qu’on voudra, excepté des martyrs chrétiens !
Puisqu’on nons oppose le sens figuré attribué parfois dans le langage ordinaire aumot martyr , il nous sera bien permis de rappeler la locution toute française: a être du commun des martyrs », c'est-à-dire sans distinction, sansnotoriété, faire partie du commun du troupeau, comme disent nos voisins les Anglais. Quelle peut être l’origine d’une pareille locution qui a traversé les âges, sinon la disproportion énorme de la foule des martyrs innommés des Gaules, et restés inconnus sur la terre, avec le nombre relativement restreint des martyrs dont les actes ont conservé les noms, ontretracé les souffrances, que les Eglises des Gaules ont inscrits sur leurs Propres, placés sur leurs autels, et surtout de ceux que la sainte Eglise romaine a honorés d’un culte général. Leur sang ruisselait sur les places publiques de Lyon, dès le second siècle de notre ère, selon l’expression de Grégoire de Tours, et inonda toutes les Gaules, vers la fin du me siècle, à la suite du massacre de la légion Thébaine, comme l’écrit Baronius, tant était général l’élan qui poussait les néophytes sous la hache des bourreaux !
Et aujourd’hui c'est un vieux chercheur presque aveugle, ne devant son titre de président d’honneur de la Société des Antiquaires de l’Ouest qu'à la bienveillante amitié de ses confrères, et aux lenteurs de la mort qui l’a laissé seul survivant des onze premiers fondateurs de la Compagnie ; c’est un chercheur, du commun des martyrs au figuré, qui vient, avec l’aide d’une main amie (I), vous présenter, Monsieur et vénéré Commandeur, le résultat d’une longue étude de l’hypogée découvert par le R. P. Camille de la Croix, de son emplacement, de ses principales inscriptions, des traditions qui s’y rapportent et d’autres traditions que l'Eglise de Poitiers a consacrées dans les anciens monuments de sa liturgie et que la sainte Eglise romaine a autorisées en approuvant le Propre du diocèse. Il vous soumet le résumé de tout ce que l'histoire et l’archéologie lui ont fourni de preuves et de nouveaux arguments à ajouter à la thèse des martyrs locaux soutenue avec tant de zèle et de science par le R. P. de la Croix, M^1' Barbier de Montault et Dom Chamard. Malgré les obscurités
(1) Celle du R. P. Montagne, de la Compagnie de Jésus, qui, avec sa science, son très affectueux dévouement et malgré ses occupations multiples, a bien voulu consacrer une partie de son temps à coordonner et quelquefois même à rédiger ces notes, à corriger diverses inexactitudes et à rectifier des appréciations hasardées ou trop absolues.
qui restent encore, sa conviction d’antiquaire n'a fait que s’accroître à mesure qu'il a plus approfondi la question et cherché à tirer des restes des inscriptions ce que leurs auteurs ont entendu leur faire dire. Mais il n'ignore pas que le témoignage de Mellebaude et des épigraphistes de sa crypte , non plus que l’appellation traditionnelle du Chiron- Martyr, ne sauraient suffire pour proclamer la sainteté des martyrs désignés par cette tradition, monumentés dans les inscriptions et le bas-relief des deux suppliciés. A l’Eglise, aidée des lumières de l'Esprit-Saint, éclairée par des preuves qu’elle seule a autorité pour admettre ou rejeter, à l’Eglise seule appartient d’examiner, à son jour et à son heure, les titres de ces martyrs et de les remettre, s’il y a lieu, sur les autels, où déjà, il y a douze siècles, ils paraissent avoir été placés.
Et maintenant, Monsieur et vénéré Commandeur, il ne me reste plus qu’à vous prier de vouloir bien peser les preuves qui militent en faveur des martyrs locaux contre les martyrs étrangers, et d’excuser le développement peut-être exagéré donné à cette thèse qui, je l’avoue sans peine, m’est particulièrement chère, car elle est pour moi l’expression de la vérité. 11 s’agit, vous le voyez, d'un grand intérêt religieux pour l’Eglise de Poitiers, et même pour toute l'Eglise de France.
Daignez agréer, avec mes remerciements anticipés. Monsieur et vénéré Commandeur, l’expression de mes plus respectueux sentiments.
G. Lecointhe-Dupont.
Le Porteau, 30 juin 1888.