‹ Monographie de l'hypogée-martyrium de PoitiersChapitre 8 sur 43 · ENDUITS ET PEINTURES · texte numérisé non relu

ENDUITS ET PEINTURES

I. Enduits. — Une couche d’enduit de ^ centimètres d’épaisseur recouvrait la plus grande partie des murs intérieurs, ainsi que les quatre faces de 1 autel. Sa composition n’était pas meilleure que celle des mortiers dont nous avons déjà parlé : la chaux, de mauvaise qualité, s’y voyait en trop grande proportion et se trouvait unie à un sable un peu gras et de diverses grosseurs; une couche de chaux très fine et — je pense — hydraulique (i), épaisse de i millimètre et parfaitement lissée, les recouvrait et servait de fond aux peintures décoratives, ainsi qu’aux inscriptions. Les murs latéraux de l’escalier étaient également recouverts d’enduits de sable et de chaux, mais la fine couche de chaux lissée n avait pas reçu de peinture et conservait sa couleur naturelle, légèrement ternie par la vétusté. Nous n’avons pas pu constater si les murs extérieurs avaient été enduits, ou si les moellons étaient rejointoyés, car il n’en restait rien en élévation.

La confection de ces enduits paraît être celle adoptée pendant les siècles d’occupation romaine, à cela près qu’elle est beaucoup plus grossière; elle dénote ainsi une époque de décadence complète.

IL Peintures.— Tous les enduits fins, y compris ceux de la voûte, dont nous ayons retrouvé des fragments, étaient recouverts de peintures grasses qui semblaient être faites à la cire, puisque l’eau acidulée ne les attaquait que fort légèrement. La plus grande partie d’entre elles avait été altérée par l’action

(1) Elle est semblable à celles râlement peintes les décorations.

que l’on rencontre dans les constructions Romano-Gauloises

et sur lesquelles se voient géné-

de l’humidité sur les enduits fins composés de chaux et sur les mortiers de démolitions qui remblayaient la substruction et les entouraient; il est donc difficile de déterminer d’une manière certaine leurs tons primitifs. Ces altérations étaient surtout sensibles sur les peintures de fond; mais celles qui servaient de décoration et d’ornementation, se trouvant posées sur les premières, conservaient encore une partie de leur fraîcheur. Nous serions également porté à croire que les peintures ont été mises au pinceau, parce que les lignes, les filets, les bandes et les décorations manquent totalement de régularité et de rectitude. Malgré l’état de dégradation de ces peintures , un examen minutieux nous a permis de reconnaître les différentes couleurs employées; ce sont : le blanc pour les fonds des arcosolium, des quatre faces de l’autel et des murs latéraux; le bleu clair tirant sur l’azur pour le fond de la voûte; l’ocre rouge, l’ocre jaune clair tirant sur le jaune safran et le bleu de Prusse clair, pour les filets; le rouge brique pour quelques filets et bandes et pour les inscriptions murales, et le vermillon pour les inscriptions en creux ; cette dernière couleur était le plus généralement tournée au noir par l’action chimique de l’humidité sur la chaux que contenaient les matériaux de remblai. Toutes ces couleurs paraissaient être inférieures, en qualité et en coloris, à celles employées par les Romains dans la décoration de leurs édifices; elles étaient mates et semblaient n’avoir jamais été lustrées. On remarque aussi que les bandes rouges sont toujours à côté des jaunes, que les bleues touchent les rouges, et que les filets sont généralement rouges et quelquefois noirs (PI. XII).

Cette planche XII représente quelques parties de l’édifice dont les peintures étaient en assez bon état, ainsi que douze fragments retrouvés avec beaucoup d’autres dans les déblais ; tous peuvent actuellement être étudiés dans le musée de la Société des Antiquaires de l’Ouest.

Nous avons reproduit scrupuleusement les tons que présentaient ces peintures aussitôt après leur découverte, car il n’eût plus été possible de le faire quelques heures plus tard, par suite de l’altération causée par l’air et la lumière sur des matériaux enfouis depuis de longs siècles. C’est grâce au soin que nous avons apporté dans le déblaiement, et d’après l’emplacement qu’occupait chaque débris de peinture, que nous avons pu faire la restitution de l’intérieur figurée sur les planches XX, XXI et XXII.

Nous n’avons parlé jusqu’ici que des peintures apparentes lors de la découverte, mais il est important de faire remarquer que plusieurs d’entre elles en recouvraient de plus anciennes. Ainsi le devant de l’autel, la partie basse de l’inscription murale placée au fond de V arcosolium de gauche, la partie haute du mur qui se trouve derrière l’autel, et toutes les frises placées sur les murs latéraux à la naissance de la voûte, étaient l’evêtus de deux couches de

peintures d’époques différentes, ce qui dénote péremptoirement une restauration. En effet, toutes ces parties peintes, décorées ou inscrites une première fois, étaient recouvertes par une seconde peinture de fond sur laquelle on avait placé de nouvelles inscriptions ou décorations. Le restaurateur avait cependant respecté l’idée créatrice, car les secondes peintures, leurs décorations et leurs tons étaient semblables aux premières et seulement superposées. La fraîcheur des peintures de dessous ferait croire que la restauration a suivi de près la construction ; de plus, certaines parties des premières peintures ayant été respectées et gardées lors de la restauration, on est amené à penser que le monument n’a été que violé ou mutilé, et non détruit une première fois.

Les peintures des deux époques étant de môme nature, de mêmes couleurs et revêtues des mêmes ornementations, nous nous en sommes servi indistinctement pour faire la restitution désignée plus haut.

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