‹ Monographie de l'hypogée-martyrium de PoitiersChapitre 9 sur 43 · SCULPTURES · texte numérisé non relu

SCULPTURES

I. Nature et provenance des pierres. — Avant de décrire les sculptures, il paraît important de faire connaître la nature et la provenance des pierres qui ont servi à les faire, et de mentionner le genre de taille qu’elles semblent avoir reçue. Toutes proviennent de quatre carrières différentes et ont des qualités fort distinctes : — les unes, en calcaire oxfordien inférieur (i), blanc, à grain fin et serré, sortent des carrières des Lourdines (2), commune de Migné, à 4 kilomètres nord de Poitiers, et ont servi aux fragments (Lettres I et n° 15), à la châsse n° 15 (PI. VIII), au chapiteau et aux colonnettes K (PI. VII), au modillon, à la figure de chapiteau, au tailloir et au fragment de la table d’autel (PI. XI) ; — d’autres, en calcaire blanc gris, dur, dit rocher dans le pays, proviennent d’une carrière située jadis à 300 mètres de l’Hypogée, sur le versant ouest des dunes regardant la ville ; elle est aujourd’hui détruite et fait partie de la belle et intéressante propriété de l’Œuvre de Notre-Dame des Dunes (3); c’est elle qui a fourni : les jambages, le linteau et le seuil de la porte (PI. VI), les trois marches N, P, Q (PI. VII), et la colonnette O (PI. VII) ; — d’autres, en calcaire oxfordien inférieur gris et dur, extraites des carrières de Chardon-Champ (4), commune de Migné, comme les Lourdines, ont donné : la pierre portant l’inscription EMMA NVHEL ( PI . XI), etles faces des châsses portant les lettres T, V, S, W

(1) Études géologiques et agronomiques sur le département de la Vienne , par Le Touzé de Longuemar, vol. II, p. 113 et suiv.

(2) La carrière qui servait aux Romains, maintenant abandonnée, est encore fort apparente et se trouve peu éloignée de celle aujourd’hui en exploitation.

(3) C’est de cette carrière que sont sortis la plupart des sarcophages et les boîtes en pierre que nous avons trouvés, en 1879, dans la vaste nécropole païenne qui la touche et dont nous avons parlé en commençant.

(4) Elles sont encore en activité de service, mais la partie exploitée par les Romains est actuellement abandonnée et offre l’aspect d’un immense champ tourmenté par de violents mouvements souterrains.

(PI. VIII) ; — d’autres enfin, également en calcaire blanc verdâtre, dites pierres fîères (i), sortent des carrières de Dissais (2), à 16 kilomètres nord-est de Poitiers, canton de Saint-Georges, et ont donné les dalles figurées sur la planche XI.

Aucune de ces pierres ne porte les traces d’un usage antérieur; elles paraissent, au contraire, avoir toutes été choisies pour l’emploi qu’elles remplissaient.

I I. Taille de la pierre. — Quant à leur taille, quoique faite sur les lits, elle est aussi grossière que tout le reste du monument et semble remonter aune époque de grande décadence artistique. On peut aussi se rendre à peu près compte de l’outillage qui a été employé ; il paraîtrait que le rustique aurait servi à dégrossir les jambage s, le seuil et le linteau de la porte dont les battants sont pris dans l’épaisseur de la pierre, et à évider le gros sarcophage représentant des personnages assis, comme on peut s’en convaincre par les coups de pointe apparents sur chacun de ces morceaux; le têtu avec pointe semble avoir dressé les faces (celles cachées dans les maçonneries n’ont pas reçu d’autre taille), et la laie à tranchants unis a servi pour dresser les parties apparentes qui ont ensuite été polies, mais bien grossièrement, car les coups de laie sont encore visibles et dénotent que l’ouvrier la tenait presque parallèlement aux faces, et ces faces elles-mêmes n’étaient ni planes ni régulières.

La plupart de ces pierres étaient sculptées, tournées ou inscrites; nous ne nous occuperons ici que des deux premières sortes, renvoyant, pour les troisièmes, au chapitre des inscriptions.

III. Genre de sculpture. — Toute la sculpture rentre vraisemblablement dans la catégorie des bas-reliefs, puisqu’elle est exécutée sur un fond auquel elle adhère ; mais nous pouvons la diviser en trois genres : en moyens reliefs, en basreliefs proprement dits et en bas-reliefs méplats (3). Ainsi, la pierre représentant deux hommes attachés à des croix (PI. VIII), et la devanture de la châsse avec personnages assis (PI. VIII, n° 1 5), peuvent seules être considérées comme moyens reliefs, dont faisaient partie des moulures aujourd’hui presque entièrement défi uites, les devantures des deux autres châsses, avec moulures également en partie coupées (PI. VIII, lett. T, V, S, W), le fragment (PI. VIII, lett. I), la pierre sur laquelle se voit inscrit EMMA HVHE(. et qui est privée de ses moulures

(1) Pierre fière. — Une pierre difficile à travailler et qui éclate sous les coups du ciseau. ( Dictionnaire d’ Architecture par Bosc ) Cette pierre est appelée dans le pays pierre froide. ’ ^

1 ^ PeUX f arrierfs a Dlssais sont en exploitation : l’une ne sert qu’à faire de la chaux grasse et semble moderne, l’autre produit de la chaux hydraulique qui, d’après M. l’ingénieur Tantin, durcit au onzième jour et paraît ancienne. C’est de celle-ci que les Romains tiraient la plupart de leurs dallages, comme nous avons pu le constater dans toutes les substructions romaines de Poitiers (thermes, temples, palais, etc.), et de huit ou dix lieues à la ronde (J azeneuil, Sanxay, Antigny, les Tours-Mirandes, etc.). Ces a es varient de deux a cinq centimètres d’épaisseur, sur des longueurs et largeurs allant jusqu’à soixante centimètres. Elles sont d un bien plus long usage que celles de Tonnerre ; il est donc fort regrettable qu’elles ne soient plus connues et exploitées.

(3) Voir la signification de ces expressions dans le Dictionnaire d’ Architecture, par Bosc, article Bas-relief.

(PI. IX), rentrent dans les bas-reliefs proprement dits; on peut enfin considérer comme bas-reliefs méplats les faces des chambranles et du linteau de la porte (PI. VI), les marches (PI. VIII, lett. Q, P, N, J), ainsi que les deux dalles ciselées à la pointe du compas et à celle du fin ciseau (PL XI).

IV. Sculptures faites au tour. — II n’existe, dans tout le monument, que trois pièces faites au tour; ce sont : les deux colonnettes (PI. VII, lett. K) qui cantonnent la grande marche (PI. Vil, lett. J) et celle (PI. VIII, lett. O) qui soutenait l’extrémité droite du linteau de la porte du petit corps avancé dans lequel se voit l’escalier. Les astragales, les fûts et les bases des colonnettes K étaient tournés, comme l’indiquent clairement les marques régulières et circulaires du ciseau, ainsi que le trou de poupée pratiqué sous la base, mais les dés, les chapiteaux et les tailloirs étaient faits avec des morceaux distincts; de plus, la colonnette O différait des précédentes en ce que Son dé, taillé carrément, faisait partie intégrante d’elle-même. II est manifeste que l’usage du tour, pour façonner les colonnes, n’était pas particulier au siècle de notre monument, car tous les fragments que nous fournissent les substructions Romano-Gauloises des cinq premiers siècles, dans la seconde Aquitaine, portent les mêmes traces des outils de tour ; les Romains ne reculaient même pas devant la difficulté de mettre sur leurs tours des blocs énormes de pierre de plus d’un mètre cube, comme le prouve un débris de colonne dont le fût, uni à sa base, a 98 centimètres de diamètre et la base im)4 (1). Nous pouvons donc constater que le mode de confection des colonnes par le tour a survécu à l’expulsion des Romains de notre contrée.

(1) Ce magnifique échantillon, trouvé en 1880 dans l’enceinte Gallo-Romaine de Poitiers, figure au Musée des Antiquaires de l’Ouest; le tambour n’est malheureusement pas entier.

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