Lehoreau, L. V
8. Réimpression du livre de Guillaume le Maire, par M. Port, p. 33.
LR PP VPN
€ factis, dictis compromissariis secedentibus in partem suûus capsam, in qua corpus beatr € Maurilii confessoriis in ipsa ecclesia requiescit, omnes compromissarii predicti in virum € venerabilem et discretum magistrum Guillermum dictum Majorem,.… indilate et unani- « miter consenserunt ; quo facto publicata fuit electio de eo facta, ut sequitur. }
On voit, d'après ces diverses attestations, combien étaient vénérées les reliques de saint Maurille. |
Revenons à la châsse, construite par Guillaume de Beaumont. C'était, comme toujours, un coffre, couvert d’un toit à double pente. Le pignon antérieur, tout en or, était orné d'émaux et de pierreries. Une croix gemmée divisait la partie inférieure et rectangulaire en quatre compartiments, occupés chacun par trois apôtres en or repoussé. La partie supérieure et triangulaire portait un médaillon rond, dont le sujet n'est pas indiqué dans l'inventaire de 1421, auquel j'emprunte ces détails. Trois cent vingt-quatre pierres, dont bon nombre de très grande valeur, étincelaient et mêlaient leur éclat à celui des émaux sur le frontal où pignon de la châsse, dominant le maître-autel.
Le côté droit, en argent doré, était divisé en sept niches où l'artiste avait placé Notre- Seigneur bénissant, accompagné de six apôtres ; de petits anges à mi-corps, garnissaient les extrados des arcades. L'’ornementation devait consister principalement en plaques d'argent estampées et clouées sur le bois. On pouvait compter quatre-vingt-trois pierres sur cette face. Le versant comprenait cinq médaillons renfermant de grandes statues d’anges ; douze petites figures d’anges ou d'animaux remplissaient les écoinçons entre les médaillons et les bordures d'encadrement.
Le côté gauche présentait la même disposition : six apôtres et la sainte Vierge au milieu, séparés par des piliers ornés chacun de quatorze pierres. Le versant représentait en cinq médaillons différents traits de la vie de S. Maurille. Quatre-vingt-quatorze pierres entouraient les bas-reliefs. |
La façade postérieure de la châsse portait trois statues et deux cents quatre-vingt-six pierres; le pignon était orné de plusieurs imagesplus petites et de cent cinquante-cinq pierres.
Outre ces décorations, fixées au reliquaire lui-même, l'inventaire de 1297 et celui de 1418 nous signalent une forme d'argent doré avec un cercle et deux pinacles d'argent qu'on en enlevait ou qu'on y ajoutait à volonté pour les grandes solennités. € Z/{em unum pomum argenteum cum circulo et duo pinacula, quae ponuntur super cassam beati Maurillir. »
Jean du Vergé donna en 1458 deux piliers de cuivre de 10 pieds de hauteur pour remplacer les colonnes de pierre, qui, auparavant, soutenaient le bout de la châsse opposé au pignon principal reposant sur le retable ou dossier de l'autel ().
En 1470, le chapitre résolut de refaire plus grande et plus somptueuse la châsse de S. Maurille sur le modèle de celle de S. Laud (:).
Le tome Î des manuscrits de la Fabrique renferme les détails de la confection de cette superbe pièce ; j'en donnerai une analyse sommaire (:). |
1. Fab.,t. I, p. 69. Voici l’acquit du fondeur: /e Zucas Broceau, demourant Angers, confesse avoir eu et receu de maistre Jehan Brandineau chanoyne et fabriqueur de l'église dangiers plenière satisfaction et payement des deulx piliers qui ont été faicts naguères pour soustenir la chässe de monsieur saint Maurille pesant quatre cents treize livres aux £grans poys des halles. C'est assavoir pour chacune livre \III sous 2 den. qui est en somme IIII® VI Z. X d. de laguelle some je me liens pour content et bien payé... 20 nov. 1456.
2. Bib. de Tours, ms. n° 1168, p. 9. 3. Ce cahier, écrit sur papier, fut commencé le 2 décembre 1471 ; on y trouve les recettes et les dépenses rédigées
L’Ancien Œrésor. ne "2 NOR __— 19
On commence par enlever le 24 août 1470 tout Bien one au oO as or et aussi les pierreries du fronteau de l’ancienne châsse du XIIIe siècle. € Aurum ante ejus purificationem ponderabat decem € octo marchas cum duobus granis auri et post fusionem sex decim marchas, tres uncias cum « dimidia. — Lapides omnes indistincti a frontello capsæ veteris extracti et levati ponde- € rabant simul sumpti duas marchas, quatuor oncias el tres grossos. — 17 nov. 1472. Cen- {tum duodecim lapides tam cornazines, quam alios fines XXX. Item amatistes XXX, {item tam cornalines quam œil de chat, aliter cassidoynes LIT ('). »
Coppin Delft, peintre ordinaire du roi René, apporte au chapitre, en 1471, le #odèle du fronteau (*). Robert Aubri, prêtre, est délégué à Tours pour faire examiner le patron aux orfèvres de la ville, savoir ce qu'il convenait de donner pour façon de chaque marc d'argent doré mis en place et enfin pour s'entretenir de la statue de S. Maurille avec un Allemand, expert en ce genre de travail (:). Le roi René donne le 31 août 1471 des pierreries pour la châsse parmi lesquelles il faut citer : € Unum lapidem camahieu gallice {ad ymaginem unius angeli portantis unum agnum ad immclandum Toco Isaac filii € Abrahae. — Item unum aliud camaheu nigrum ad figuram capitis beati Joannis Bap- {tistae sculptum... Item unum pomellum album de /aspre gallice grossum ad instar { unius grossae nucis in medio perforatum. — Item quamdam tabulam seu planitiem € cristallinam latitudinem unius palmae continentem... Item unam aliam tabulam de € Jaspre vel de camaheu ad instar unius facis, quæ diiders tabula ex ordinatione capi- € tuli fuit deputata ad faciendam unam face (1).
Il y ajouta de riches tapis, vendus ensuite au profit de l'œuvre (‘). Le chapitre, dans une délibération du 8 nov. 1472, ordonna d'acheter 6 marcs d'argent pour cet objet. Le 12 may 1473 il s'en procure 31 autres au prix de 208 écus, 19 5. 4 d. (*). Les fidèles y contribuèrent aussi.
JEAN OGIER, paroïssien de S. Maurille, et PIERRE BORDIER, dit DE BOURGES, faroissien de Saint-Morice d'Angiers, orfèvres, reçurent 16 marcs, 3 onces, 7 gros d'or de la vieille châsse le 12 février 1472 pour faire la s/afue de S. Maurille et la croix du fronteau : tout le reste devait être en argent doré. Le chapitre fournissait le métal et les pierres, enchâssées en argent doré, sauf celles de la statue et de la croix d'or.
L'année suivante, la statue de S. Maurille et la croix du fronteau étaient achevées.
Le 17 octobre 1473 Pierre de Bourses reçoit de l'argent pour façonner la « chesre » du saint Évêque; il la rend quatre mois après; elle pesait huit marcs, 4 onces et deux gros.
Jean Ogier exécuta /a croix et Pierre de Bourges la statue et la chesre.
La menuiserie du fronteau et du « sobastement neuf », la couverture de bois du fronteau, tout cela fut l'ouvrage du menuisier Guzllaume Martin; la clavure, les ferrures du fronteau et deux pattes de fer pour tenir la châsse à l'autel, furent fournies par le serrurier
par un notaire devant /ean de Vionole doyen et Olivier le prince chantre, sous la surveillance de Guillaume Fonrnier, de Symon Bordier et d' Herman de Vienne, chanoines commissaires du chapitre.
. Bib. d'AGsere Ms. N° 858, p. 50.
. Ibid., Ms. 895, T. VI, p. 8.