ARRETE
132 @Bonograpbie de la Œathédraie d'Angers.
de l'interdiction faite aux religieuses de Ronceray de laisser passer la procession du Sacre
à travers le chœur de leur église abbatiale sont restés légendaires. Alors il injurie les chanoines en pleine cathédrale, il les excommunie et fait afficher leur excommunication à tous les coins de la ville, jusque sur le pilori municipal. Des scènes inénarrables suivirent, qu’il serait trop long de raconter. A la fin, fatigué, de guerre lasse, Miron jugea bon de permuter son siège épiscopal pour les riches abbayes de Saint-Benoît-sur-Loire, d’Ainay, près de Lyon, et de Saint-Laumer de Blois. Retiré à Paris, il vécut quelque temps dans sa famille, puis, désigné par Richelieu, qui, dit-on, craignait ses intrigues, il accepta de redevenir évêque d'Angers. — Le 21 janvier 1621, il avertissait par lettre son Chapitre de sa venue pacifique, et, le 28 avril 1622, il reprenait possession de son ancien
évêché. — Les belles résolutions furent vite oubliées et les querelles reprirent sans tarder, plus violentes que jamais, entre le prélat et les chanoines. — En 1623, Charles
Miron déclare qu’il ne paraîtra plus à la cathédrale et il en transfère les services à l’église collégiale de Saint-Pierre. Il somme son grand Archidiacre d’avoir à l’y suivre. Sur le refus de ce dernier il l’excommunie. Par cet acte il s’attire aussitôt la haine non seulement des chanoines de Saint-Maurice, mais encore de tous les Ordres de la Ville et du Parlement
de Paris à qui sans cesse il est fait appel contre ses agissements. — « Heureusement, ,
comme dit Pocquet de Livonnière, la mort du Cardinal archevêque de Lyon ouvrait de droit la succession au plus ancien évêque de France, qui se trouvait être Charles Miron. »
Appelé à prendre possession du siège de l'archevêque primat des Gaules, Miron s’apprêtait à quitter Angers quand il fut frappé d’une apoplexie. — Devant la maladie, l’Évêque et le Chapitre se réconcilièrent. À quelque temps de là, Miron prenait le chemin dé Lyon, à peine guéri, et, presque en arrivant, la maladie empira, et il trépassa tout doucement. « Il y avait eu, nous dit Louvet en son /ournal, un vrai divorce entre le révérend Évêque et Messieurs du Chapitre de Saint-Maurice. »
:” Avec Fouquet de la Varenne, Claude de Rueil, Henry Arnauld, Michel Le Pelletier,
Michel Poncet de la Rivière, Jean de Vaugirault, prélats de grand mérite et de haute vertu, à part quelques frictions d’assez petite importance, le Chapitre de Saint-Maurice eut des relations généralement cordiales et respectueuses. Avec Jacques de Grasse, prélat mondain et de petite vertu, le Chapitre faillit reprendre la lutte pour des motifs un peu futiles, comme en témoigne la lettre curieuse que les chanoines d'Angers adressèrent à leurs confrères de Troyes qu’ils prenaient pour arbitres.
« Voici, disaient-ils, les points de contestation : 1° il est d'usage immémorial dans notre église que l’Évêque, lorsqu'il se trouve à la tête du Chapitre, et qu’il n’est pas revêtu
de ses habits pontificaux, soit revêtu de l’habit canonial, conservant néanmoins toujours
le rochet à manches et même le petit camail, en été, avec l’aumusse et le surplis. M. d'Angers a d’abord suivi l’usage. mais, le trouvant trop gênant, il ne porte plus en toute saison que l’habit épiscopal. Notre prétention est d’abord fondée sur la possession; de plus sur ce qui s’observe à son installation. Nous prétendons deplus que l’évêque est
iouissait autrefois en proportion de sa résidence... 2° Il est également d’usage que MM. les Évêaues d'Angers, dans les Mandements qui regardent la cathédrale, usent de cette formule : À ces causes, et de l’avis et conseil de nos Vénérables confrères les Doyen, cha-
chanoïne, parce qu’il est distribué, comme les chanoines, d’une portion de pain dont il :
noînes et Chapitre. etc. M. P'Évêque a adopté d’abord cette formule, puis il a substitué
elle-ci : rès avoir conféré avec nos vénérables frères. Nous revendiquons l’ancienne celle-ci : Aprè féré énérables frè N d l
formule par la possession constante consignée dans les régistres de l’Évêché.… 3° Le : Chapitre a toujours été exempt de payer les droits de sceau et M. d'Angers a considé-
Œbapitre vi. — Relations vu Chapitre. 133
rablement augmenté les droits de sceau et n’en exempte pas les habitués de l’église. 4° Au lieu de célébrer l'office entier, les jours de fête épiscopale, l’Évêque en omet une partie (*).»
Avec ce petit incident finissent les conflits entre le Chapitre de Saint-Maurice d’Angers et Révérend Père en Dieu, Monseigneur l’'Évêque. —- La Révolution est venue bientôt après ; elle a montré l'attachement des chanoines à la foi de l'Église catholique, apostolique et romaine.
Après le Concordat de 1802, le Chapitre de Saint-Maurice a été rétabli avec des chanoines titulaires, prébendés et honoraires ; il a un Doyen, un Grand Archidiacre, un Théologal, un Pénitencier et un Secrétaire, qui de droit est le curé-archiprêtre de la cathédrale ; mais depuis le grand naufrage, où sombrèrent les vieilles institutions du passé, le nouveau Chapitre n’a plus d’autres prérogatives que celles que voulurent bien lui concéder les Évêques.
Le privilège des chanoines d’aujourd’hui est de porter, avec une croix en émail, suspendue à un large ruban rouge bordé de jaune, un costume particulier dans les cérémonies, à l'église ou au dehors, costume qui ne rappelle en rien celui d’autrefois. Leur fonction à peu près unique est de chanter au Chœur, comme ils peuvent, l'office divin, et d’édifier de leur mieux les personnes au milieu desquelles ils vivent. — Ils timbrent encore des armes de l’ancien Chapitre certaines pièces apportées à leur signature. — A la mort de l’Évêque, ils nomment — (et encore seulement ceux qui sont titulaires) — les Vicaires capitulaires chargés d’administrer le diocèse, sede vacante. — De temps à autre, l’Évêque, par habitude, quand il écrit un mandement, met en avant de son dispositif ces quelques mots : « Après en avoir conféré avèc nos Vénérables frères, le Doyen et les chanoines de notre cathéürale..: » Simple formule pour la satisfaction de Messieurs du Chapitre de Saint-Maurice. :