‹ Monographie de la cathédrale d'Angers. Les évêques, le chapitre, institutions diverses, cérémonies, anciens usagesChapitre 115 sur 212 · II. — APRÈS LE CONCORDAT · texte numérisé non relu

II. — APRÈS LE CONCORDAT

Après le Concordat de 1802, et le rétablissement du culte catholique en France par Bonaparte, 1° Consul, l’Évêque d'Angers, Charles Montault des Iles travailla à relever les ruines qu’il trouvait partout autour de lui. L’un de ses premiers soins fut de reconstituer la Fabrique de la cathédrale pour procurer à la vieille église les ressources dont elle avait si grand besoin. Devant l’immense détresse, qu’il s'agissait de secourir, quelques bonnes âmes s’émurent et léguèrent des maisons, des terres, des rentes ; elles donnèrent de l'argent de la main à la main. Alors, on alla au plus pressé, et l’on put refaire le mobilier, l'argenterie, le linge nécessaire au culte. Bientôt, toutes choses rentrant dans l’ordre, il fut question de rétablir le budget des recettes et des dépenses, et la Fabrique restaurée reprit peu à peu sa vie d’autrefois ; ses marguilliers, son trésorier, sous le contrôle et la surveillance de l’Évêque, tinrent de nouveau des assemblées régulières avec procès-verbaux. Ils veillèrent à l’acquit des fondations, à l'acceptation de dons de toutes sortes,

Œbapitre i. —- La fabrique de Saint-Maurice. 147

à faire des marchés avec les fournisseurs de l’église, à établir l’analvse des titres nouveaux, à faire l’inventaire du mobilier, etc.

En 1865, à la suite d’une ordonnance de Mgr Angebault, en date du 11 février, la Fabrique reçut l’organisation qu’elle garda jusqu’à la dénonciation du Concordat. Elle fut désormais composée de neuf membres : un grand-vicaire, le curé de la cathédrale, trois chanoines, quatre laïques. Le Bureau comprenait quatre membres, dont le curé de droit ; les autres étaient élus par le Conseil. L’Évêque se réservait la nomination des membres du conseil, ainsi que celle du président, du secrétaire et du trésorier. Tous les trois ans, à la séance d’automne, le plus ancien des marguilliers ecclésiastiques et laïques cessait d’être en fonction. Au dernier renouvellement triennal, devaient sortir deux membres laïques et ecclésiastiques. — L’Évêque pourvoyait au remplacement ou à la nomination nouvelle des membres sortants. — Chaque année, le conseil, dans la même séance, procédait lui-même au remplacement du plus ancien membre du Zareau en exercice. Et celui-là pouvait être réélu. Le 15 décembre 1865, un décret impérial vint appuyer l’ordonnance épiscopale et la confirmer.

De 1850 à 1906, au moment de l'application de la loi de Séparation et de la disparition nouvelle de la Fabrique, le Budget des recettes et des dépenses s ’équilibra à peu près. Les années qui virent les plus hautes recettes, comme aussi les plus grandes dépenses, sont pour chaque période décennale les suivantes :

De 1850 à 1860 Année 1853 Recettes 33.358 Année 1853 Dépenses 33.313

C’étaient de beaux budgets! et pourtant ce n’était pas la fortune. Pendant quelques années, l’État, le Conseil général, le Conseil municipal d'Angers voulurent bien venir en aide à la Fabrique de la cathédrale. De 1850 à 1883, l’État accorda un secours annuel de 3000 fr. De 1883 à 1884, il le réduisit à 2000 fr. En 1884 il ne donna plus le moindre centime. — Longtemps le Conseil municipal paya une partie des traitements des vicaires : de 1850 à 1865, 900 fr.; — de 1865 à 1873, 1500 fr. ; — de 1873 à 1874, 2700 fr. Et ce fut fini. — Le Conseil général, plus généreux, a toujours accordé jusqu’à maintenant 1500 fr. à notre Maîtrise. 120 x

Malgré tous ces secours, de 1850 à 1900, sur un total de recettes montant en cinquante

ans à 2,200.000 fr. il ne fut possible de réaliser qu’un bénéfice de 70.000 fr. — Cette somme fut employée à des travaux nécessaires : — achat du Chemin de croix, 3000 fr. (1850); — réparation des grandes orgues, 2000 fr. (1850); — restauration des voûtes (1870); — réorganisation des cloches dans les clochers, 10.000 fr. (1870); — réparation des grandes orgues, 10.000 fr. (1870) ;— réparation des orgues du Chœur, 4400 fr. (1870); — refonte d’une cloche, achat de bras de lumières, 1300 fr., 4300 fr. (1878); —

achat de la bannière paroissiale, 1200 fr. (1886) ; — reposoir du Jeudi- Saint, 3251 fr.

(1882) ; — réparation des chaises, 2000 fr. (1882) ; — achat de quatre dalmatiques, 4083 fr. (1885); — achat des ornements de Mgr Freppel. 2300 fr. (1890) ; — réparation de l’horloge, 11.200 fr. (1890).

La Fabrique de Saint-Maurice gérait au mieux les intérêts dont elle avait la garde, quand elle dut se dissoudre aux termes de la loi qui, en dénonçant le Concordat, établissait la Séparation de l’Église et de l’État.

Le 23 janvier 1906, l'inventaire du mobilier de la cathédrale fut fait sans incident par un agent de l’Enregistrement. A la fin de l'opération, les marguilliers lurent le texte d’une protestation énergique. En voici les termes :

« Nous soussignés, membres du Bureau des marguilliers et du Conseil de Fabrique de la paroisse Saint-Maurice d'Angers, déclarons que notre présence à l’Inventaire ne doit être regardée en aucune façon comme un acquiescement à la loi de Séparation, ni comme un engagement quelconque de procéder plus tard à la distribution des biens en faveur des associations cultuelles. Pleinement soumis aux décisions du Souverain Pontife, nous n’assistons à l’accomplissement de cet acte qu'à titre de témoins, en vue de la sauvegarde de nos droits, et sans vouloir prendre aucune responsabilité, et nous faisons toutes les réserves nécessaires quant aux conséquences que l’Inventaire peut avoir par rapport aux biens dont la gestion a été confiée au Conseil de Fabrique. Nous demandons l'insertion de cette déclaration au procès-verbal. » — Ce qui fut fait.

Le 6 décembre 1906, les membres du Conseil de Fabrique établirent leur dernier budget qui donna 53.350 fr. pour les recettes et 53.583 fr. pour les dépenses. Après quoi, le 10 décembre de la même année, ils se réunirent encore une fois. Ce devait être la dernière, et ils rédigèrent la déclaration suivante :

« M. le Président constate avec douleur que c’est la dernière fois aujourd’hui que nous nous réunissons ici, pour nous occuper des intérêts de la fabrique de Saint-Maurice. Depuis le Concordat, c’est-à-dire depuis plus de cent ans, bien des marguilliers se sont succédé, avant tous à cœur, après avoir fait disparaître les vestiges sacrilèges laissés dans cette église aux jours de la grande Révolution, d’enrichir progressivement d’année en année la cathédrale de tout ce qui peut contribuer à la majesté et à la solennité du culte. Une loi, dont nous ne voyons d’autre raison que celle d’opprimer les catholiques, a dissous les conseils de Fabrique. Elle a ensuite transféré contre toute justice, soit à l’État, soit aux Départements et aux Communes la propriété d'immeubles, comme des biens mobiliers et artistiques que les catholiques, sur la foi des lois existantes, ont spontanément consacrés à Dieu et au service des églises. Les membres du Conseil s’unissent à M. le Président pour protester contre cette spoliation violente et arbitraire, dont ils proclament hautement le caractère injuste et sacrilège. De plus, ils ne veulent en aucune manière prêter la main à son exécution et déclarent ne céder qu’à la force. Saint Maurice a scellé de son sang cette grande parole prononcée par lui : « Nous devons obéir à Dieu avant d’obéir à l'Empereur. » Notre volonté à tous est de rester en communion avec l’Église apostolique, catholique et romaine, bien résolus, quels que soient les événements, à mettre en pratique les décisions, instructions, enseignements que son chef et représentant sur la terre, N.S. Père le Pape Pie X, nous transmettra par la bouche de notre Évêque. — Signé: Baudrier, v. g.; — Couteau, L. Olivier, chan.; — L. de Farcy, E. Dussouchay, L. Pessard, curé de la cathédrale.

Et il fut fait suivant les engagements qui avaient été pris par MM. les membres du conseil de Fabrique.

Depuis la spoliation de la Fabrique, en 1906, les intérêts de la cathédrale furent confiés, sous la surveillance de l’Évêque et la présidence du curé archiprêtre de Saint-Maurice, à un conseil paroïissial, composé de chanoines et de notables laïcs. Ses travaux échappent à tout contrôle de l’État, qui ne peut même pas s’y arrager le moindre droit de regard.

Page 1