‹ Monographie de la cathédrale d'Angers. Les évêques, le chapitre, institutions diverses, cérémonies, anciens usagesChapitre 134 sur 212 · LA NATION DE BRETAGNE ET LA FÊTE DE MONSIEUR ST YVES · texte numérisé non relu

LA NATION DE BRETAGNE ET LA FÊTE DE MONSIEUR ST YVES

La Bulle de canonisation de saint Yves par Clément VI avait été publiée, le 19 mai 1347. Presque aussitôt, le culte du nouveau Saint avait été introduit dans notre cathédrale. Son autel, composé d’une table de marbre, supportée par deux colonnes de même matière, était orné de sa statue, de celles de saint André et d’un autre saint dont le nom ne nous est pas parvenu. L’inventaire du Trésor, dressé en 1421, mentionne une relique du Saint: Reliquie B" Yvonis de argento variato ("). » — Celui de 1505 nous parle d’un reliquaire plus riche, donné sans doute par la Nation de Bretagne : « guoddam reliquare B° Yvonis argenteum et decoratum, et desuper figura ejusdem sancti cum armis Britanniæ in pede. » 1 avait un pied de haut et pesait 2 marcs, 4 onces, 3 gros. Il avait la forme d’une tour, au haut de laquelle était la statue du Saint.

C’est en 1396 que, moyennant la somme de 200/, avec l’assentiment du Chapitre, la Nation de Bretagne fonda à à perpétuité la solennité de son patron, M. S' Yves, dans la cathédrale. —- Dès lors rien ne fut épargné pour la rendre aussi belle que possible.

. Tous les ans, la veille de la fête, moyennant finance, on tendait, dès le XV° siècle, Ia tapisserie de l’Apocalypse aux murs de la grande église. Des jonchées de feuilles et de fleurs, de la pranae et de la menue fouillée, étaient retées sur le pavage de la nef. Un

I. Sans doute Ja cathédrale MAR bi une relique de S. Yves avant 1421, mais nous ne pouvons rien assurer à. ce sujet. Nous n'avons pas le relevé des reliques du Trésor de 1281 à 1421. *

170 &onograpbie de la Œarbédtale D'Angets.

chapeau de fleurs était posé « sur le chef de l’image dudit saint, et 4 cierges de cire jaune avec écusson aux armes de Bretagne, » étaient placés sur l’autel de Saint-André. — Au bas de la nef était dressé le trône du Recteur de l’Université, « une chaire de sculpture richement tapissée en forme de trône antique. De chaque côté, étaient préparés des bancs tapissés d’hermines pour les docteurs portant leurs grandes robes. » En retour, « dans le sens de la longueur de la nef, d’autres bancs étaient préparés pour les maîtres ès-arts et les bacheliers. » En 1435, le Chapitre permit aux suppôts de la Nation de Bretagne « de mettre des bancs dans la nef pour asseoir les écoliers. »

La fête, une des plus belles de l’année, était à cinq chapes. Elle comportait la sonnerie de toutes les cloches, le jeu de l’orgue et de la musique aux premières et aux secondes vêpres, ainsi qu’à la grand'messe. — Au commencement de ces offices, le Recteur de l’Université, précédé des massiers des six nations, entouré des écoliers, des suppôts, des maîtres ès-arts, des bacheliers de toutes les Facultés, était reçu, en grand honneur, par le Chapitre, sous la Galerie, et conduit à son siège. « Il était en robe rouge fourrée d’hermine, la tête couverte d’une espèce de capuchon très large et très long, en manière de coiffure de Jacobin, le tout d’écarlate herminée. »

Pendant les premières vêpres, la grand’messe et les secondes vêpres, douze pauvres, « en robes de toile, façons de tuniques parsemées d’hermines, » fournies par un maîtrecirier, et tenant à la main douze torches jaunes allumées et portant les écussons de Bretagne, se plaçaient sur deux lignes au haut de la nef, devant la porte du sanctuaire. Avant le changement du chœur, en 1699, ces douze pauvres se tenaient en ligne, entre le chœur et le grand autel, pendant les vêpres, jusqu’à la fin du Wagnificat. À ce moment, ils venaient prendre place sur deux files, au haut de la nef, devant le Crucifix du Jubé, pendant que le célébrant allait encenser les reliques de saint Yves, à l’autel Saint-André, et le Recteur de l’Université à son trône. A partir de 1696, l’Université n’assista plus aux premières et aux secondes vêpres ; mais seulement à la grand’messe.

De tout temps la grand’messe fut solennelle. Les officiants y portaient les magnifiques ornements blancs, qu’on appelait la grande chapelle. — L'une des particularités de cette messe c'était à l'offerte, la distribution du pain bénit. Pour la faire, le boulanger « devait employer 16 boisseaux de farine de 12 livres bien pesées. » Trois boisseaux et demi étaient employés en écussons, à raison de 24 par boisseau, ce qui faisait 84 écussons. On faisait « 7 gâteaux d’un boisseau et demy, et de chaque gâteau il fallait tirer 18 pièces, soit 126 pièces. » On faisait aussi deux gâteaux d’un boisseau, l’un pour la Psallette, l’autre pour les bedeaux de l’Université, et sur chaque gâteau il devait y avoir une couronne de gâteaux, et ces couronnes étaient aux armes de Bretagne. — Le boulanger faisait porter chez le procureur de la nation de Bretagne les gâteaux et écussons réservés à MM. de la Justice, au Premier Président, au Lieutenant Général, au Lieutenant particulier, au Procureur du Roi, au Prieur des Jacobins, à raison de la chaire qu’il fournissait à l’église pour le Recteur. Il faisait encore porter à la maison du Procureur de la nation de Bretagne les gâteaux que devaient y venir prendre les Bedeaux pour la Psallette, les garçons de la sacristie, le libraire. Les gâteaux à couronnes, réservés au Chapitre et à l'Université, il les mettait dans deux mannes, fermées à secret, et dont la clef était remise au procureur; il les faisait déposer à la cathédrale, près du maître-autel, celle du Chapitre du côté de l’Épitre, celle de l’Université, du côté de l'Évangile.

Pendant la grand’messe, vers la fin du Credo, le cierger faisait distribuer des chandelles de cire blanche, allumées, à MM. de l’Université. Cela fait, le procureur de la nation de Bretagne se levait, saluait le Recteur, et, précédé de son bedeau, qui portait sa chandelle,

Œbapitre ii. — fêtes de Œonfréries en l’église de Saint-Maurice. 171

il allait vers le sanctuaire, du côté de la sacristie. Il mettait d’abord sur l’autel « une couronne, deux pièces et trois écussons pour les trois chanoines officiant, célébrant, diacre et sous-diacre, » puis quatre autres pièces pour les petits diacres et sous-diacres; il portait ensuite dix pièces à la sacristie.

À son retour à l’autel, à l’offerte, pendant que l'orgue jouait, les dignités, les chanoines, les cinq chapes, le sous-chantre et les psalteurs chapés, les quatre ailes du chantre venaient baiser la patène et au coin de l’épître, recevoir des mains du Procureur de la Nation de Bretagne une pièce de pain bénit et un écusson. Après, le même procureur remettait les pièces qui restaient sur l’autel dans la manne du Chapitre qu’il fermait à clef, et passait du côté de l'Évangile. — Alors venaient, deux à deux, les deux bedeaux des grandes Écoles, en habits laïques, portant sur l'épaule leurs masses d’or et d'argent. Derrière eux s'avançait le Recteur, suivi de tous les membres de l’Université : chancelier, doyens des facultés, procureur général, procureurs des nations, maîtres ès-arts, bacheliers, le secrétaire, le libraire, marchant eux aussi deux à deux, la chandelle allumée à la main. — Le Recteur, en arrivant dans le sanctuaire, donnait sa chandelle au grand épistolier qui l’éteignait en la plongeant dans un bassin d'argent rempli d’eau, où il la laissait. Il baisait la patène que lui présentait le célébrant au bas de l'autel. Après quoi, il venait au coin de l'Évangile prendre son pain bénit et son écusson. Précédé du bedeau, et suivi de MM. de l’Université, qui avaient fait comme lui, il revenait à sa place, pendant que le Procureur remettait les morceaux de pain bénit qui restaient dans la manne de l’Université qu’il fermait aussi à clef.

Après la messe, si Mgr d'Angers était à l’Évêché, le procureur de la Nation de Bretagne, précédé de son bedeau, allait lui présenter, ainsi qu’à son aumônier, ce qui leur était réservé, à l’Évêque une couronne et un écusson, à l’aumônier une pièce et un écusson. Après midi, toujours précédé de son bedeau, chargé d’une manne, le procureur allait porter à MM. de la Justice et au Prieur des Jacobins ce qui leur revenait. Le reste était donné aux pauvres, car il n’y avait jamais la moitié des Chanoines et des Docteurs À assister à la fête (*). :

Une telle solennité nécessitait des dépenses considérables, et, avec le temps, le Chapitre trouva que les revenus de la fondation étaient devenus insuffisants pour parer à tous les frais de la fête. — En 1698, les Chanoines déclarent qu’ils ne peuvent plus faire face À leurs anciens engagements. Alors, la Nation de Bretagne est obligée de remettre aux délégués du Chapitre « la somme de 840 1. due à la Bourse des Anniversaires par ladite Nation de Bretagne pour la solennité de la feste de S. Yves (*), à $ chapes ; deux des MM. du Chapitre faisant diacre et sous-diacre, avec encensements ordinaires à M. le Recteur, tenture de tapisseries et son de toutes les cloches, même de la plus grosse : ce pour un anniversaire qui se célèbre le lendemain, qui est une grand’messe chantée après matines et autres cérémonies ordinaires et accoutumées, tout cela sera continué à perpétuité(*). » — Malgré cela, les Chanoines « allèguent que ladite rente de 42 1. n’était pas suffisante et au’ils entendaient être déchargés de l’obligation de tendre les tapisseries, sans quoi ils n’avaient pas consenti à l’amortissement. — Les représentants de la Nation de Bretagne déclaraient « qu’ils n’admettaient pas cette protestation, attendu que la rente de 42 1. n’étaït qu’un supplément des dons considérables faits à l’église d'Angers par les Ducs de Bretagne, en outre qu’ils ont toujours payé à la Bowrse des anniversaires 9 à 10 1. pour

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