‹ Monographie de la cathédrale d'Angers. Les évêques, le chapitre, institutions diverses, cérémonies, anciens usagesChapitre 149 sur 212 · PRÉPARATIFS DE LA PROCESSION · texte numérisé non relu

PRÉPARATIFS DE LA PROCESSION

Le grand renom de notre procession du Sacre était tel que, dès la semaine qui précédait la Fête-Dieu, des étrangers arrivaient à Angers de tous les coins de l’Anjou et de toutes les provinces du Rovaume, assurés de trouver chez les Angevins bon accueil et chaudes réceptions. Les cousins du Sacre, comme on appelait ces étrangers, étaient parfois si nombreux que la Municipalité d'accord avec l’Évêaue et le Chapitre devait prendre, certaines années. des mesures de police extraordinaires pour le maintien de l’ordre et la sécurité de la ville.

Le vendredi 22 mai 1534, année d'un grand Jubilé, en vue d’une venue plus considérable de pèlerins, « il fut advisé à la Mairie que l’on doublerait et augmenterait le nombre des gens armés pour empescher la foulle du peuple et qu'il nv a harnays à suffir, leur en loucra sumptibus de la ville”. — Il sera fait diligence d'en recouvrer du Château et d’autres lieux où y en a, et pour ce que plusieurs font difficultés d’en prester, seront rendus aux despens de la ville à l’estat qu'ils auront estés prestés ct sera faict injonction à tous chefs de maison d’avoyr, la nuict d’entre la vigile et le jour du sacre, chascun au devant de sa maison, toute la nuyct, une lanterne de feu de chandelle allumée pour éviter aux volleurs et larcins qui se pourraient commettre à raison de la foulle du peuple, et ce par les principales maisons

1 Arch. de la Mairie d'Angers. B.B. 20, p. 25.

Œbapitre iii. — La Mrocession du Sacre. 191

et grandes rues de cette ville et aultres lieux et rues que l'on avisera. — La nuict d’entre mercredy et Jeudy, jour du Sacre prochain, les portauix de St-Aubin et Lyonnaise ne seront fermez, pourveus et moyennant que nosdits Sieurs de ladite église (St-Maurice) fassent la mise de ceux qui feront le guet auxdits portaulx ladicte nuyt ; aussi que les gens du guet et autres gens en armes seront en ordre, icelle nuyct, par ladite ville. Et aussi que le jour du Sacre, en raison du Jubilé, il est décidé que l’entrée du peuple qui voudra gaigner le pardon du Jubilé sera par la porte angevine en la Cité, et la sortie par la vieille Chartre, et sera faict publication de ce que dessus par les carrefours de la ville et des lieux accoutumés. — Les gens de ladite Eglise ayant demandé à faire garder par gens choisis par eux les portes Angevine, vieille Chartre et de fer, et que la petite porte, près St-Ouvron, à monter sur le mur, soit fermée. Défense de porter armes la nuit et de faire bat le jour du Sacre”'. — Aux despens de la ville, pour empescher la foulle du peuple sera faicte une barryère de bois à la Porte Angevine, qui se’pourra oster et mettre quand les processions et grosses torches passeront, et en sera faict ainsy ès carrefours les plus nécessaires et sera triplé le nombre des gens d'armes qui soullaient, les années précédentes, pour garder lesdits carrefours de la foulle ; sera faict commandement aussi aux paticiers de la ville, paticier pour ceux qui leur commanderont?. »

Les préparatifs de la procession demandaient du temps et de l'argent. Dès le lundi qui précédait le Sacre, on commençait un grand nettoyage de la ville, et, pour protéger le défilé contre les ardeurs du soleil, les rues étaient couvertes, à la hauteur du deuxième étage des maisons, de toiles cousues les unes aux autres, semées d'étoiles à longues raies, tendues sur des cordes attachées aux fenêtres. C’était surtout le mercredi, la veille de la fête, qu’il y avait grand brouhaha dans la ville. Dès le matin, on commençait la décoration et le pavoisement des rues et des quartiers par où devait passer le Saint-Sacrement. Dans la rue de l’Évêché, la rue Baudrière, la rue Bourgeoise, sur les Ponts, dans la rue Beaurepaire, par la place de Laiterie et la rue de la Censerie, la façade des maisons à colombages, « bien netties et raccommodées, » fraîchement repeintes pour la circonstance, était parée de draps ornés de fleurs, de toiles peintes, de draps camelots et de soie si richement en certains endroits, « comme si on eust les draps pour rien ou qu’on fust en Alexandrie ou en Damas. » Il y avait encore aux façades des fleurs et des feuillages, des lis et des roses, des roseaux et des branches de chesne, des arbustes arrachés, aplatis, la tête en bas, les racines en l’air, ornées de petits rubans. A partir du XV* siècle, les demeures des riches bourgeois étaient tendues de tapisseries de basse et de haute lisse, comme les murs du palais épiscopal où étaient accrochées celles de l’ Apocalypse, léguées à la cathédrale par le roi René — (les tringlettes en bois auxquelles on les attachait sont encore en place). — En 1774, un sieur Lochard, tapissier, recevait de l’Évêché pour cette besogne « la somme de 15 livres dont il acquitte Mgr l’Évêque. » Il fait encore la même besogne, et au même prix en 1775, 1776, 1777 (°).

Les ponts sont couverts de tonnelles de verdure, comme on en voit dans les jardins, et les maisons, de chaque côté, tendues d’étoffes de diverses couleurs. Avec cela, partout des jonchées de fleurs et d’herbes odoriférantes. Au XVI" siècle, les Huguenots du quartier de la Trinité sont obligés de décorer leurs maisons ou de les faire décorer comme les catholiques, et, depuis un arrêt rendu, le 23 décembre 1634, par la Cour des Grands Jours de Poitiers, « ceux de la religion prétendue réformée sont tenus de porter honneur et respect au S* Sacrement et ôter leur chapeau de dessus leur tête lorsqu'il est porté dans les rues, le tout à peine de 500 1. d'amende et même de peine corporelle. »

Devers le Ronceray, place de la Laiterie, des échafauds étaient dressés au devant des maisons et loués aux étrangers qui voulaient bien voir à leur aise le défilé et toute la pompe. — Au Tertre Saint-Laurent, la fameuse 7'xba, chapelle octogonale qui servit de reposoir

1 Arch. de la Mairie d'Angers. B.B., p. 17, 1610-1611. 2. Arch. de la Mairie d'Angers. B.B., p. 58.

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