‹ Monographie de la cathédrale d'Angers. Les évêques, le chapitre, institutions diverses, cérémonies, anciens usagesChapitre 160 sur 212 · Lehoreau, op. cit., IV, p · texte numérisé non relu

Lehoreau, op. cit., IV, p

Œbapitre ii — La lDrocession du Sacte. 201

le bon ordre de la procession, il y avait d’autres incidents bien plus regrettables.

En 1590, plainte est portée que « depuis quelque temps la plus grande partie des habitants de la ville, même les officiers de justice ordinaire, de l’Élection, des Aydes et des Traites, jeunes marchands et autres se sont licenciés (permis) de se retirer de la procession générale. Pour à quoy obvier et remettre laditte procession en sa première splendeur et honneur et faire cesser les troubles qui interviennent par chascun an, a été ordonné par le Présidial que tous les habitants de cette ville, chefs de ménage, de quelque qualité et condition qu'ils soient, bazochiens et clercs de marchands seront tenus se trouver à laditte procession et y assister avec torches ardentes, en habits décents, selon leur qualité et vocation, et prendre le rang de l’ordre qui leur sera baillé suivant le règlement cy-après, etc. etc., à peine de 600 sols d'amende pour les défaillants, au bénéfice des pauvres de l’Hôtel-Dieu ('). ‘

Parfois, en pleine procession, il y avait des rixes et des batteries. Ainsi, en 1569, entre les clercs des Marchands et les Basochiens (*). Les premiers « s'étaient rendus à Saint- Maurice en grande pompe et avec un luxe inaccoutumé, précédés de violons et hautbois jouant des sarabandes à ravir, la foule admirant et battant des mains à leur passage. Les Basochiens, qui venaient après les clercs des marchands étaient dans la tenue très simple que voulaient leurs statuts. Tant que dura la procession, « ils se tinrent avec tout le respect qui est dû à Dieu, » mais quand tout fut fini, « ils ne voulurent pas qu’une corporation qui ne jouissait pas de privilèges égaux à ceux de l’antique Bazoche vinssent étaler un luxe qui aurait pour eux quelque chose d’insolent. Les étudiants se précipitèrent alors tout à coup sur les clercs des marchands. Ce fut une mêlée et la maréchaussée dut intervenir. Pendant longtemps ils ne furent plus admis à la procession, et le procès criminel qu’ils s’intentèrent dura plusieurs années et causa la ruine d’un grand nombre de familles.» Et tout cela pour affaire de musique et d'harmonie (°)!

Les violons et les hautbois étaient l’occasion aussi quelquefois « de désordres plus inconvenants. » Une ordonnance de Claude de Rueil, du 15 avril 1642, nous apprend qu’à certains moments des musiciens troublaient l’ordre du défilé en s’arrêtant devant certaines maisons pour donner des aubades à des amies qu’ils voyaient aux balcons. L'Évêque interdit cette coutume sous peine d’excommunication. Michel Poncet de la Rivière, en arrivant à Angers dut renouveler les défenses de l’un de ses prédécesseurs (*).

D'autres fois c'était une question d’étiquette, de tenue qu’il fallait régler, et qui amenait des difficultés. En 1677, « plainte fut portée devant le Roy que, depuis des années, les officiers de Justice marchaient à la procession la tête couverte. » Louis XIV, par une lettre de cachet adressée de Versailles au maire d'Angers, le 14 janvier de la même année, disait la peine que lui causait « un abus contraire à la coutume de tout le royaume. Nous-même, écrivait-il, demeurons découvert à la procession de la Fête-Dieu où nous nous trouvons en personne, comme à une cérémonie où l’on ne peut être que avec un très grand respect. C’est pourquoi nous faisons cette lettre pour vous mander et ordonner très expressément que vous ayez en toutes les processions où le Saint-Sacrement sera porté, à les suivre en Corps, tête nue et découverte, afin qu’à votre exemple un chascun fasse de semblable. »

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