‹ Monographie de la cathédrale d'Angers. Les évêques, le chapitre, institutions diverses, cérémonies, anciens usagesChapitre 161 sur 212 · Louvet, Journal, Rev. d'Anjou, 1854, t. I, p · texte numérisé non relu

Louvet, Journal, Rev. d'Anjou, 1854, t. I, p

4 Statuts du diocèse d'Angers, 1680, p. 405, n° 6. — Grandet, Pratiques de piété, p. 231.

202 … Sonograpbie De la Œathébraie d'Angers.

Des incidents plus regrettables que tous ceux-là, malgré les bonnes intentions de ceux qui les occasionnèrent, troublèrent le bon ordre de la procession et contristèrent les fidèles : je veux dire la fameuse querelle survenue entre l’évêque, Charles Miron, et le Chapitre de sa cathédrale uni aux Corps constitués de la ville, à propos du passage de la procession

à travers le chœur du Ronceray, querelle que raconte tout au long Louvet en son /ournal |

et le Mercure français de 1625. Nous en empruntons le résumé à la brochure du Chanoine Rondeau, à propos du Sacre.

En 1612, Charles Miron, en visite à l’abbaye du Ronceray, sans en avoir rien dit d'avance à son Chapitre, interdit aux religieuses « d'ouvrir les portes du chœur de leur église aux processions et tout particulièrement de sortir de leur Chœur, durant la station (et la procession du Sacre,) pour s’aller placer parmi le peuple, comme elles faisaient auparavant, ny en tant d'ouvrir ledit Chœur sous prétexte d’y donner place aux chanoines, à cause de la licence que plusieurs prenaient d'y entrer, .et dans tous autres lieux réguliers, mesme de laisser la procession pour aller déjeuner ou disner dans ledit monastère. » Et l’évêque défendait à quiconque, sous peine d’excommunication, d'entrer dans le chœur de ces Dames. — L’abbesse d’alors, Simone de Maillé, une bonne et sainte femme, acquiesça à la décision pontificale, avec la meilleure partie de sa communauté. Mais sept de ses religieuses prirent partie contre l’évêque et en appelèrent de sa décision, comme d'abus. — Après un procès, qui dura trois ans, et pendant lequel Miron essaya d'intervenir près des juges, les parties mises hors de cause et sans dépens, la Cour ordonna que la procession du Sacre se ferait suivant l’ancienne coutume. — L’évêque, « qui n’avait point coutume de reconnaître l'autorité de la Cour en pareille matière,» fort de l’appui de l’Assemblée générale du Clergé, ne voulut point déférer à l’arrêt qui le condamnait.

En 1614, l’abbesse du Ronceray, obéissant aux décisions épiscopales, ne voulut pas ouvrir à la procession du Sacre le chœur de son église. Alors, s'appuyant sur la décision du Présidial, d'accord avec le Chapitre et le Gouverneur, le Lieutenant Général et le Juge de la Prévôté, font venir des menuisiers et des serruriers, « forcent les portes » pour permettre à Messieurs de l’église d'Angers de passer comme d'habitude, en l’absence de l’évêque. À quelque temps de là, Miron, nommé à l’archevêché de Lyon, résignait son siège d'Angers en faveur de Fouquet de la Varenne qui laissa subsister les anciens usages.

Mais redevenu évêque d'Angers, en 1623, Miron fit de nouvelles défenses de passer par le chœur de l’église du Ronceray. De nouvelles protestations se firent entendre et, le 29 mai 1623, le Chapitre obtenait arrêt sur requête qui levait les défenses et de nouveau permettait le passage. L’affaire fit grand bruit, tous les Corps de la ville appuyant les chanoines. Alors le Roi écrivit à M. du Bellay, général pour Sa Majesté au gouvernement d'Anjou. Son sentiment était que rien ne fût changé à l’ancien usage. L’évêque entêté maintint ses défenses. Enfin, se ravisant, il autorisa l’abbesse du Ronceray à ouvrir le chœur de son église si le Gouverneur ou la Police l’y forçaient, et lui-même s’en alla présider la procession de Saint-Aubin des Ponts de Cé. Cette année-là, il fallut encore rompre les portes du Chœur des moniales du Ronceray (‘).

- L'année suivante 1624, Charles Miron « se raidit encore davantage, et, malgré un nouvel arrêt du Parlement obtenu à la demande du Chapitre et qui condaminait les contrevenants à 100 1. d'amende, il défendit à l’abbesse, sous peine d’excommunication, d'ouvrir les portes du Chœur de son abbaye. — Les officiers du Présidial ordonnèrent qu'itératif commandement serait fait à la Dame abbesse d’obéir aux arrêts et d’ouvrir le lendemain

1. Poquet de Livonnière, Arrêts célèbres rendus pour la prov. d'Anjou et publiés en 1721.

Œbapitre iii. — La Procession Du Sacre. 203

matin à 6 h. les portes du chœur et de la nef de son église afin que la procession du Saint- Sacrement puisse y passér en la forme et manière ancienne accoutumée. En cas de refus d’obéir par la Dame abbesse, il serait procédé par ouverture réelle desdites portes. » — En prenant lecture de ce jugement qui lui fut notifié, en même temps qu’à Madame l’abbesse, l’évêque maintint ses défenses sous peine d’excommunication.

Le lendemain, jour de la Fête-Dieu, Charles Miron fit tenir à la porte du chœur ‘de l’église abbatiale, qui avait été ouverte de force dès le matin, un curé de la ville, pour avertir des peines d’excommunication qu’encourrait toute PÉSSANE qui contreviendrait à la défense. Au moment du départ de la procession, l’évêque, s’étant fait apporter de l’église des Cordeliers une hostie consacrée et un dais de Saint-Maurille, traverse seul la cathédrale et s’avance à la suite du Clergé. Le Chapitre sort à son tour avec l’ostensoir soleil. La procession menaçait de tourner au scandale, le Gouverneur alors fait ramener les chanoines un peu bousculés vers la Galerie, et manu militari les force à rentrer. à la cathédrale ; la procession respectant les censures de l’évêque se contenta, cette fois, de traverser seulement la nef du Ronceray.

En 1625, « pour éviter tout scandale, » par ordre des magistrats de la ville, le cortège n’entra pas dans r église abbatiale, il défila par la petite rue qui longe l'édifice du côté du midi.

Bientôt, et très heureusement pour l’édification générale, le conflit si regrettable et si prolongé trouva fin dans un compromis. Sur le conseil de l’évêque, l’abbesse fit construire au-dessus du chœur ordinaire de ses religieuses, un oratoire ou 7#bé, où elles purent désormais, le jour du Sacre, se retirer pour chanter le motet de tradition, sans le moindre contact avec les gens du dehors (*).

Au XVIII* siècle, un autre conflit surgit, mais moins grave que le précédent. Jean de Vaugirault trouvait que le défilé de la procession du Sacre était bien long, qu’il durait vraiment longtemps et qu’il était pénible pour lui de rester à jeun jusqu’à 5 h. du soir. T1 aurait voulu que la marche du cortère fût plus rapide et que l’on supprimât les repas aui. au Tertre, retardaient le retour. À cet effet, il obtint deux ordonnances du Roi, 18 février 1730, 29 mars 1740 (*). — Les mesures qu'il prit, et qui allaient bouleverser tout un cérémonial auquel les Angevins étaient si attachés, mécontentèrent les Corps et Compagnies de la ville aui en appelèrent au Roi des actes de l’Évêque ; ils obtinrent de Sa Majesté le maintien des vieilles coutumes. Jean de Vaugirault se contenta d’un règlement nouveau, « qui, nous dit Thorode, ne changea rien ni à l’ordre, ni à la brièveté de la cérémonie. »

La procession du Sacre continua de se dérouler jusqu’à la Révolution avec sa solennité traditionnelle. En 1790, nous dit Berthe, les gens des métiers qui, malgré la suppression des Corporations, aimaient à se retrouver entre gens occupés aux mêmes travaux, trouvant trop onéreux les frais de construction des grosses torches, demandèrent à la Municipalité qu'on mît la dépense à la charge de tous les habitants (°).

Le 13 juin 1791 eut lieu la dernière procession du Sacre du XVIII* siècle. Les dixsept paroisses de la ville étaient réduites à huit, et le clergé constitutionnel y remplaça le clergé catholique. La police municipale, au nom du Conseil général de la Commune

1. Bibl. m. d'Angers. Dumesnil, M°* 657, pp. 283 et suiv. 2. Bibl. m. d”’Angers. Dumesnil, M°° 658, p. 893. 3. Bibl. m. d'Angers. M°* 806, t. I, p. 93.

204 monographie de fa Œatbédrale v’Angers.

d'Angers, après des considérants religieux et politiques, invitait tous les bons citoyens de la ville à assister à la procession de la Fête- Dieu, « une torche à la main, sans distinction de profession, de rang et de personnes, puisque, suivant les décrets de l’Assemblée Nationale, il ne peut y avoir de distinction entre les citoyens que celles dont leur suffrage ont honoré ceux d’entre eux à qui ils ont confié les différentes fonctions publiques. Défense était faite à toute personne de troubler en aucune manière l’ordre de la procession, à peine de 50 1. d'amende, d’y tenir aucuns propos contre le respect dû à cette pieuse cérémonie à peine d’être emprisonnée sur-le-champ, dénoncée à l’accusateur public, poursuivie et punie suivant la rigueur des lois. » Ordre était donné « à tous ceux qui demeuraient sur les rues où la procession générale doit passer, de faire parer, s’il est besoin, nettoyer, tendre et couvrir les maisons suivant la coustume, sans qu’ils puissent faire détendre que 2 heures après que la procession sera entièrement passée, le tout à peine d'amende. » — Ordre aussi était donné à l’entrepreneur des grosses torches de les tenir décorées et de les faire transporter « aux lieux et heures accoutumés, conformément à son traité sous peine d’amende. » Les Commissaires huissiers de police étaient chargés de faire appliquer ces décisions et de se trouver, le jour de la Fête-Dieu et le jour précédent, aux lieux et heures accoutumés pour remplir leurs fonctions (*).

Désormais, jusqu’au Concordat, on ne vit plus sortir dans les rues d'Angers la célèbre procession du Sacre. Pendant dix ans la terreur devait régner en notre ville et faire couler sur l’échafaud le sang des bons prêtres qui n’auraient pas été exilés.

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