Affiches d'Angers, 3 janvier
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ŒCbapitre i. — Diverses cérémonies à caractère exclusivement religieux. 215
remplit les yeux des Angevins à cette occasion.— L'église des Augustins avait été décorée, au dehors, « de lauriers, de cartouches aux armes de France et de la ville d'Angers, de Mgr l’Évesque (H. Arnault) et du saint archevesque représenté partout ; au dedans, de tapisseries, des plus riches tableaux, de luminaires, d’argenterie et de pierreries. » — Le 5 juillet, la veille de l'ouverture des fêtes, « les trompettes et les tambours allèrent par les rüz donner advis de préparer toute la ville » aux grandes solennités qui allaient avoir lieu « dans l’église des Pères Augustins. » — Le lendemain, dès 6 heures, le Saint- Sacrement fut exposé chez les Pères. « Sur les 9 heures toute la ville se rendit en l’église Saint-Maurice pour y entendre la prédication qui fut faite par le R. P. Théophile Daguindeau, provincial absous des PP. Augustinset très digne prédicateur, et pour après on partit processionnellement avec Mgr d'Angers,» les religieux des couvents et abbayes, les autorités de la Ville et de la Province, le Chapitre, «plusieurs personnes de qualité et un peuple immense, arrivant tous en très bon ordre dans l’église des Pères, » trop petite pour contenir la foule. « La grand’messe fut chantée en musique, avec accompagnement de violons. Après, les enfants de chœur entonnèrent les litanies en faux bourdon où le nom de saint Thomas éclata plusieurs fois, et MM. de la cathédrale retournèrent » en leur logis. Mgr l’Évêque, « tout mouillé de la sueur pastorale, » alla se rafraîchir au Ronceray. — Dans l'après-midi, sur les 4 h., furent chantées les vêpres après lesquelles le panégyrique du Saint fut prononcé à l’église des Augustins par M. de la Barre, abbé de N.-D. de Vaux en Ornois, diocèse de Toul, chancelier de l’Université, prédicateur de leurs Majestez. « — À 4 heures, une nouvelle procession, » annoncée par des fanfares, des trompettes, des tambours, les cloches de la cathédrale, se rend de chez les Augustins à Saint-Maurice pour y accompagner « l’étendard du saint père des pauvres » porté par un des « pauvres renfermez, suivi de 50 autres conduits par leur prêtre en surplis chascun tenant un pain et une branche de laurier. » Dans le défilé il y avait « une troupe d’enfants vêtus en angelots et portant des cartouches avec inscriptions à la louange de celui qu’on célébrait, une bande de violons, des religieux en aubes tenant des chandeliers d’argent avec cierges de cire blanche, des anges avec paniers pleins de fleurs, qu'ils jetaient devant l’étendard, d’autres avec des guidons. » A la fin venait le provincial, le R. P. Daguindeau, entouré de religieux de son Ordre. — A la porte de la cathédrale « il revêtit un surplis et une chape en toile d’argent, et, traversant la nef, il alla au pied de l'autel, offrir l’étendard. » On le conduisit alors à la place la plus honorable du chœur, « par la civilité de MM. les chanoines, et le 7'e Deum fut chanté alternant avec l’orgue et la musique. Après les oraisons la procession retourna aux Augustins en chantant les Litanies. A la nuit, Mgr l’'Évêque donna le salut. » Le lendemain, les fêtes continuèrent avec grand’messe, vêpres solennelles, de nouvelles processions au Ronceray et 7'e Deum. Le dernier jour finit par une fête de nuit au Tertre Saint-Laurent avec chants et violons, feux d'artifice comprenant pièce montée, serpenteaux, fusées, boîtes à mitraille et tintamarres.
Canonisation des saints Pierre Claver, Jean Berchmans et Alphonse Rodriguez. — 16, 17, 18 novembre 1888. — Les fêtes durèrent trois jours ; elles comportèrent messes pontificales en musique, panégyrique, vêpres solennelles et vénération des reliques. La partie musicale fut exécutée de façon remarquable par des chœurs d'hommes et d’enfants sous la direction du R. P. d’Auge, S. J.
La décoration de la cathédrale, dans laquelle le blanc, le rouge et l’or dominaient, avait été organisée merveilleusement par M. L. de Farcy. Elle était simple, mais en
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rapport avec les dimensions et le style de l’édifice. On n’y voyait point de ces tentures banales qui se louent à tant le mètre pour une salle de bal ou un hall de gare ou d'exposition. Tout y était spécial à la fête. Si les étoffes étaient de peu de valeur, « on avait su le faire oublier par la richesse des détails, des écussons, de toute l’ornementation empruntée au XII siècle. » Une grande bannière de neuf mètres de haut et de trois mètres de large, semée de rinceaux, coupée par de larges galons d’or et le chiffre de la Compagnie de Jésus, représentait les trois saints dans la gloire. — Trois grandes couronnes de lumières et une herse lumineuse de sept mètres de long, suspendue en avant, au bas de la bannière, faisaient admirablement ressortir, le soir, tous les détails de son ornementation. — Au-dessus de l’autel, le chiffre de la Compagnie et des trophées de bannières rouges et or complétaient avec huit grands candélabres la décoration de l’entrée du chœur. — En face du trône épiscopal, s'élevait un autel couvert d’un dais, style XVII® siècle, pour recevoir les reliques des nouveaux saints. Deux parements en broderies de jais en faisaient le plus bel ornement, — La nef et le transept étaient tendus de hautes litres à fond blanc semées d’or et de brillants émaux, sur lesquelles le soleil faisait étinceler les croix, les rosaces et les pierres de couleur. — La première travée de la nef était consacrée, comme l’indiquaient les inscriptions latines tracées en lettres d’or sur les bannières et les écussons, à saint Alphonse Rodriguez, la deuxième à saint Jean Berchmans, la troisième à saint Pierre Claver. — Les illuminations, le soir, furent splendides. « Quiconque a vu les couronnes de lumière, la herse suspendue au bas de la bannière, les candélabres, l’autel lui-même tout en feu, et surtout le beau chiffre de la Compagnie de Jésus entouré de rayons, balançant ses mille feux au dessous de la bannière, sortait de l’église absolument ravi. Douze grandes pyramides de lumières égayaient les vastes profondeurs de la nef et reflétaient leurs rayons jusque sur les vitraux et les tuyaux des grandes orgues. Chacun disait en sortant n’avoir rien vu de semblable à Saint-Maurice. »
Béatification et canonisation de Jeanne d’Arc. — Dans les deux circonstances la cathédrale avait repris la riche parure qu’elle avait reçue pour le Triduum des saints P. Claver, Berchmans et Rodriguez. Sur la grande bannière suspendue au devant de l’autel se détachait à merveille l’image de la Sainte, inspirée de la célèbre tapisserie de Penthésilée, reine des Amazones, qui appartient aux collections de notre cathédrale. Le programme des fêtes comprit messes pontificales avec musique et panégyriques. Le premier de ces panégyriques, tout à fait remarquable, fut prononcé par M. le Chanoiïne Crosnier, vicerecteur de l’Université catholique. — Dans la soirée, à travers les rues de la ville décorées d'oriflammes, de tentures, de verdure et de fleurs, un cortège-procession se rendit par les grands boulevards et l’avenue du Mail au monument de la Sainte de la Patrie. Le défilé, auquel prirent part les membres de la Municipalité, ceux des corporations et des confréries, les enfants des écoles, des collèges et des patronages, les prêtres des paroisses, les professeurs de l’Université, Messieurs du Chapitre, Mgr l'Évêque, fut l’un des plus importants que l’on ait vus. Et partout, dans les rangs de la foule, on ne voyait que fleurs et couronnes, et par dessus les têtes flottaient les drapeaux et les fanions mêlés aux riches bannières et aux guidons de toutes couleurs et de tout dessin. Et de tout côté l’on chantait au son des fanfares et des musiques l'hymne à Jeanne d’Arc. Après de nombreux et d’éloquents discours au pied de la statue, le cortège se disloqua, et à la nuit, les édifices publics, civils ou religieux, les maisons particulières s’illuminèrent, et chacun