Journal l'Anjou, 19 nov. 1R88. Extr. du compte rendu
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PROCESSION DU SACRÉ. — LE ST-SACREMENT SORTANT DELA CATHÉDRALE, | d’après une vieille gravure du XVIII Ss.
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Œbapitre i. — Diverses cérémonies à caractère exclusivement religieux. 217
s'ingénia à varier les effets des décors lumineux. L'aspect des rues et des promenades d'Angers fut, ces soirs-là, vraiment féerique. Jamais on ne vit chez nous tant d'enthousiasme et d’union dans une fête, tant de beauté dans les décors.
Missions et Jubilés à la cathédrale. — La plus ancienne Mission dont le souvenir nous ait été conservé avec détail est celle qui fut prêchée en 1684, par les Capucins, sous la direction du R. P. Honoré de Cannes ; les fruits de salut qu’elle produisit furent considérables, aussi nous voulons en parler tout particulièrement.
La réputation des succès obtenus par le P. Honoré à Montpellier et à Perpignan avait décidé Henri Arnauld à faire appel à son zèle et à celui des religieux de son Ordre. L'église de la Trinité avait d’abord été destinée aux exercices de la Mission, le P. Honoré la trouva trop petite et jugea la cathédrale la seule capable de contenir la foule qu’il pensait attirer à ses sermons. L’évêque et les chanoines de Saint-Maurice se rendirent aux raisons du R. Père et la cathédrale fut mise à sa disposition. Le P. Honoré et l’un de ses compagnons logèrent chez M. L. Février, un chanoine, et les autres furent reçus chez le Doyen du Chapitre.
La Mission, annoncée par un mandement du 22 avril 1684, s’ouvrit par une procession solennelle à laquelle assistèrent tous les Chapitres, toutes les communautés de la ville et une foule immense. Le P. Honoré porta la croix et fit son premier sermon dans la cathédrale, devant un auditoire de plus de huit mille personnes. La Mission dura deux mois, et voici quels en furent les résultats.
Chaque matin, le P. Honoré, à 5 h., faisait un sermon avant les Matines. Dès 2 h., la foule assiégeait les portes de la cathédrale qui n’ouvraient qu’à 4 h. IL remontait en chaire à 10 h. pour apprendre à faire l’oraison mentale d’après la méthode de saint François de Sales. — À 1 h. de l’après-midi, un autre religieux, le P. Clément, faisait en chaire, à la paroisse de Saint-Maurice, un grand catéchisme sur les devoirs du christianisme, et un missionnaire lui adressait douze questions sur la matière dont il avait à parler. — A la même heure, deux autres catéchismes se faisaient, l’un pour les garçons, qui avaient fait leur première communion, dans la chapelle du Château, l’autre pour les jeunes filles dans une des chapelles de la cathédrale, et cela pendant quinze jours. — Tous les soirs, après vêpres, le P. Honoré récitait le chapelet, faisait un sermon, et Mgr l’Évêque, qui y assistait, donnait la bénédiction du Saint-Sacrement. — Le ; mai, garçons et filles, bien instruits, se réunirent à la cathédrale où, après une touchante exhortation du P. Honoré, ils demandèrent pardon de leurs fautes à leurs parents et reçurent la communion des mains de l’Évêque, qui les conduisit en procession dans la Cité avec chacun un chapelet à la main et un cierge allumé.
En dehors des exercices à la cathédrale, il y avait, les dimanches et jours de fêtes, les confessions, les prédications et tout plein d'exercices spéciaux dans les paroisses de la ville et des faubourgs ; puis ce furent les retraites particulières. —- Du 8 mai au 18, celle des femmes et des filles de condition à Saint-Maurice. Elle se termina par une communion que distribua l’évêque et une procession suivie de l’amende honorable et du renouvellement des promesses du Baptême. — Du 19 au 24 mai, retraite des hommes du monde également à Saint-Maurice. L'église paroissiale étant trop petite pour contenir tous ceux qui se présentèrent, on en recommença les exercices, du 28 au 31 mai, pour ceux qui n'avaient pu être de la première. — Le 31 mai, les officiers du Présidial, de la Prévôté et du Corps de Ville reçurent la communion des mains de l’évêque dans l’église des Jacobins. — Le 2 juin, commença la retraite des artisans ; le 9, ils reçurent la communion
218 Monographie de la Lathbédrale v’Angers.
à leur tour des mains de Mgr l’Évêque, au nombre de quatre mille dans l’église des. Jacobins. Du 28 mai au 5 juin, retraite de trois cents laïques dans la chapelle du Château. Ils allèrent processionnellement à l’église des Dominicains où ils furent aussi communiés par l’Évêque. — Le lundi 6 juin, aux Jacobins, retraite de cinq mille artisans qui communièrent à la cathédrale et, après, prirent part à une procession. —- Du 12 au 15 juin, à l’église de l’Oratoire, retraite des élèves du Collège qui, au nombre de quinze cents, furent menés au chant des litanies de la Sainte Vierge, à la cathédrale où Les attendait l’Évêque pour les communiér. — Du 20 au 24 juin, retraite d’un milier d’ecclésiastiques dans la grande salle de l’Évêché. — D'autres retraites furent données aux servantes, aux compagnons des métiers dans les huit monastères de la ville, aux pauvres des Hôpitaux, aux prisonniers, aux filles Pénitentes. — Un service funèbre pour les âmes du Purgatoire fut célébré à la cathédrale et plus de huit cent messes furent dites à l'intention des plus abandonnées dans les églises et monastères de la ville et des environs. — La clôture de la Mission eut lieu le 28 juin, elle fut accompagnée d’une procession générale de la cathé drale aux Cordeliers, dans l’église desquels Mgr l’Évêque célébra pontificalement la messe. Avant le retour du cortège, le P. Honoré fit ses adieux aux Angevins, et par bateau, se rendit à Saumur pour recommencer en cette ville ce qu’il avait si bien fait à Angers.
Les résultats de la Mission furent magnifiques. Il ÿ eut de nombreuses conversions, beaucoup de réconciliations et de restitutions; quantité aussi d'œuvres furent créées : une méditation, chaque dimanche, à 4 h., dans l’église Sainte-Croix, devant le Saint-Sacrement fut fondée par M. d’Autichamp; la Société des Dames de la Charité pour le soulagement des pauvres fut établie. Mgr l’'Évêque donna un fonds de 1000 1. pour terminer les procès en cours. Il donna encore 4000 I. pour la fondation d’un Mont de Piété qui devait être administré par le Directeur des Pénitentes. — Un capital de 1000 écus fut offert par M. Subleau, secrétaire du Roi, en vue de procurer tous les dix ans une mission aux Angevins. Un don de 10.000 I. fut affecté par le même à l'Hôpital Saint-Jean et une ordonnance de police pour la sanctification du dimanche fut promulgué, le 13 juillet 1684(°).
Bien d’autres missions furent données à la cathédrale d'Angers. L’une prêchée par les RR. PP. Jésuites, s’ouvrit le 18 janvier 1708 pour finir le 12 février suivant par la plantation d’une grande croix. Une autre, que l’on dut aux RR. PP. de l’Oratoire, commença au 1* dimanche de l’Avent 1712. Elle ne donna pas grands résultats. Le temps était défavorable, les Jésuites avaient donné des missions, les années précédentes, à Saint- Maimbœuf, à la Trinité, et puis le peuple d'Angers, qui se rappelait les succès du P. Honoré de Cannes et de ses compagnons, désirait revoir les Capucins, « assidus aux confessionnaux plus que ne l’étaient Messieurs de l’Oratoire, qui cependant étaient fort zélés. » — En 1738, autre mission encore qui se termina par une grande procession. Tout le clergé y assista, le Saint-Sacrement fut porté par le Doyen du Chapitre qui avait deux chanoines pour diacre et sous-diacre.
. Depuis la Révolution, la tradition des missions a repris avec la vie normale de l’église d'Angers. Il y en eut de périodiques, prêchées à la fois à la cathédrale et dans toutes les églises de la ville. Nos grands-pères ont gardé longtemps le souvenir attendri de celle qui fut prêchée en 1823, de la procession magnifique qui la termina, de la croix fleurdelisée qui fut plantée à la Haute Chaîne au milieu des salves de l’artillerie, et près. de laquelle
1. Relations de ce qui s'est passé dans la ville d'Angers au cours de ka Mission du P. Honoré de Cannes, capucn, missionnaire apostolique, l'an 1684. A
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un soldat monta la garde jusqu’à la fin du gouvernement de la Restauration. — Nos contemporains gardent aussi la meilleure impression de celle que prêchèrent, en 1891, les RR. PP. Rédemptoristes et de l’inoubliable procession qui la termina, le soir de Pâques On porta au Tertre Saint-Laurent dans un enthousiasme délirant une splendide croix polychromée et dorée, qui rappelle celle, que l’on suspendait autrefois sous l’arc triomphal de nos églises ; on la dressa au milieu d’acclamations sans nombre au fond de la chapelle du reposoir. La démonstration de foi religieuse, qui eut lieu, ce jour-là, à Angers, faisait dire à Mgr F reppel qui bientôt allait mourir : « Je viens de vivre l’une des plus belles journées de mon épiscopat. »
Jubilés. — A l'Histoire des Missions données à la cathédrale d'Angers se rattache celle des Jubilés qu’on y célébra, en bien des occasions, comme en témoignent les documents de ses Archives.
Le 26 avril 1479, M. Jean Hubert, alias Potier, chanoine de Xaintes et deux autres députés de la même église présentaient au Chapitre une Bulle d’indulgence plénière par manière de Jubilé pour tous ceux qui donneraient de leurs biens pour rebâtir leur église ; ils demandèrent permission de la faire publier dans le diocèse d'Anjou, selon que la bulle le portait et de mettre un tronc dans l’église. Le Chapitre députa deux chanoines pour voir la Bulle et les lettres. Le lendemain, la permission fut donnée de faire la publication et de mettre un tronc dont les chanoines de Xaintes laisseraient à la Fabrique ce qui leur plairait (').
« Le dimanche 13 mars et second dimanche de krêsme 1588, fut célébré sur toute la France le grand Jubilé de plainière remission et furent faites et continuées les prières des XL Heures, en trois églises, sçavoir : en l’église cathédrale de Saint-Maurice par XL Heures, et aux Cordeliers par XL Heures, lesquelles durèrent depuis le dimanche matin à 4 h. jusqu’au vendredy ensuyvant jusqu’à 8 h. du soir (*).»
Le lundi 16 avril 1696, nouveau Jubilé qui commence par une procession générale à Saint. Aubin, où Mgr Pelletier officia pontificalement. Le Saint-Sacrement ne fut point exposé dans les églises marquées pour les stations. A la cathédrale, on exposa des reliques du côté de l’Évangile, hors les balustrades du maïître-autel avec cierges allumés. On ne donna point de salut le soir à Saint-Maurice.
« On fit à Angers, 5 avril 1694, l’ouverture du Jubilé universel de N. S. Père le Pape Innocent XII, pour demander à Dieu la paix entre les Princes chrétiens. Le Jubilé dura deux semaines, du lundi de la semaine sainte au dimanche de la Quasimodo. Il fut marqué par une procession générale et l’exposition du Saint-Sacrement dans les églises sta- ‘tionales. »
« Le 18 avril 1707 commence le Jubilé accordé par N. S. Père le Pape Clément XI, pour obtenir la paix entre les Princes chrétiens et autres nécessités présentes de l’Église catholique. De nombreuses cérémonies eurent lieu jusqu’au dimanche de Quasimodo, 1° mai 1707, où eut lieu la clôture. »
« L'an 1762, solennité du grand Jubilé universel que l’on ne solennise que tous les cent ans. Pour le commencer on alla processionnellement, le 2 janvier, depuis l’église cathédrale jusqu’à celle de Saint-Aubin, où Michel Le Pelletier, évêque d'Angers, dit pontificalement la messe, après laquelle le clergé retourna dans l’église cathédrale selon