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Œbapitte ii. — Usages D'origine féovale. 255
Doyen fait prendre la croix et l’évangile; lui-même prend l’encensoir, et va vers la chaudière. Il jette de l’eau bénite sur Aucher, et lui en fait boire quelques gouttes. Il conjure l’eau de la chaudière, l’asperge et l’encense, puis prenant la main d’Aucher, il lui relève La manche de l’habit jusqu’au coude, lui fait baiser la croix et l’évangile, l’asperge à nouveau d’eau bénite. Il met le feu au bûcher, et pendant que la flamme s'élève, il admoneste le patient, et il jette dans la chaudière une pierre qu’Aucher devait en retirer, (symbole de la propriété qui devait être saisie au fond de la chaudière par le mandataire de Saint-Florent).
A ce moment critique il arrivait souvent qu’on transigeait. Il n’en fut rien, cette fois. La chaudière commençait à peine à exhaler une vapeur humide que les témoins de Saint- Florent invitèrent le Doyen à donner le signal. Les gens du Comte s’y opposent aussitôt, déclarant qu’ils se retireraient pour ne pas être complices d’une telle injustice. Les fondés de pouvoir de Saint-Florent répondent que l’eau est aussi chaude que le veut la loi. Leurs
adversaires répliquent longuement. Pendant ce temps-là la chaudière se met en pleine ébullition.
Les moines, victimes de la manœuvre, se soumettent à la volonté de leurs adversaires, et se consolent en disant que le degré de chaleur ne peut rien contre la puissance divine. Enfin le signal du ?axgement de Dieu est donné au milieu des chants et de l’encens. Les six témoins restent seuls au milieu de l’église. Aucher s’avance, plonge sa main droite jusqu’au coude dans la chaudière. Il saisit la pierre et montre sa main à l’assemblée en glorifiant le’ Seigneur.
Mais tout n’est pas fini. Pour que la cause soit gagnée, il faut que le troisième jour la main du patient se trouve aussi saine qu'avant l’épreuve. Alors seulement on pourra dire que Dieu s’est prononcé contre le Comte d'Anjou et a proclamé le bon droit des moines de Saint-Florent. Aucher, pendant trois jours, est soumis à l’étroite surveillance des six
témoins. On enveloppe sa main — (crainte de quelque fraude) — dans des bandes de toile blanche, munies des sceaux des deux parties. Après enlèvement des bandes de toile, dont les sceaux étaient intacts après trois jours, la peau de la main du champion apparut saine et sans brûlure. Aussitôt le Doyen proclama que les moines avaient gagné leur procès aux acclamations bruyantes de la foule.
Le Comte demanda pardon aux moines et leur restitua non seulement les forêts et défrichements en litige, mais les maisons qu’il s’était injustement appropriées » (')
Plus d’une fois l'épreuve de l’eau bouillante dut se renouveler à Saint-Maurice, suivant le cérémonial que nous venons de raconter. Quatre chartes angevines de 1070 à 1125 constatent l'application du Jugement de Dieu par l’eau bouillante à des procès entre des religieux et des particuliers, et même entre des religieux et des chanoines. Les patients disent les documents, y furent horriblement brûlés.
Le Jugement de Dieu était recherché aussi par le duel judiciaire. Un de ces duels fut ordonné à Angers par l’évêque Geoffroy de Mayenne (1093-1100), entre les moines de l’abbaye de Saint-Serge et un nommé Engelard et ses consorts, « pour la preuve du différent qui estait entre eux à cause de certains cens prétendus par les moynes dont les champions combattaient avec l’escu et le bâton, vers 1100 (°).
Ces épreuves ne prouvaient rien, aussi, bien qu’elles fussent en maintes circonstances ordonnées par des évêques, l’Église leur fut toujours hostile. Elle voulait que les juges de