Bruneau de Tartifume, Descript. de la ville d'Angers
Œbapitre iil, — Les Maisons Canoniales. 113
Château. Et alors on y voit s'installer Donadieu de Puycharic, « la terreur des Ligueurs en Anjou ('). » Guillaume Fouquet de la Varenne, l'ami intime d'Henri IV, et son compagnon d’armes, qui, en novembre 1612, reçut chez lui le maréchal de Boisdauphin. Après la mort du peu sympathique Marquis de Lorenne, s’installe au logis de Haute Mule le sire Amadour de la Porte, Commandeur et Grand Hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem. Il eut l’honneur de recevoir chez lui son neveu, le Cardinal de Richelieu, qui y présida un grand diner, pendant le séjour de Marie de Médicis en notre Logis-Barrault. Puis, c’est encore le Maréchal d’Hocquincourt qui, pendant la Fronde, combattant du côté de la Cour, s'était fait livrer par le Duc de Rohan notre vieux château d'Angers. — Après la vente de l'Hôtel de Haute Mule, 12 octobre 1652, le vieil immeuble connut bien des propriétaires.
La présence des gouverneurs du Château et de la Ville d'Angers dans une des maisons de la Cité, celle surtout de leurs gendarmes et de quantité de laïques dans les environs ne manqua pas de troubler la vie jusque-là si tranquille des Chanoiïnes et des Chapelains. Aussi, le 14 juillet 1580 (*), Messieurs du Chapitre, réunis « afin d’adviser à la situation », obtiennent une sentence « pour faire vuyder les étrangers des logis de la Cité. » — Toute une série de mesures sont prises dans le même sens. — Le 2 février 1641 (*), défense est faite aux Chapelains « ze ædes suorum beneficiorum in hac civitate sitas laicis quocumque nomine locent sine licentia nostra în scriplis (*). » -— Le 12 août 1650, autre mesure semblable est prise par Messieurs du Chapitre: « Domini decreverunt quod omnes hujus ecclesie tam canonici et dignitates quam officiarü, capellani et alii domos in boms temporalibus Capituli, suorumique beneficiorum: dependentes et in hac civitate silas realiter et personaliter habitabunt et quo suis inquilinos laicos, juxta supremæ Curie Parisiensis Placita, infra festum Nativitatis S° Johannis Baptiste proximum, dictis domibus emittent. Quæ conclusio in choro dictæ ecclesie et in tribus ecclesis parochialibus S" Mauritii, S" Ebrulfi et S" Aniani affigetur ac insuper quibus bonum visum fuerit significabitur(®).»
Les Chanoines ont beau faire, ils sont débordés. La Cité de plus en plus est envahie par les laïques, et les abus auxquels ils ont essayé de remédier vont continuer. Un mardi 1695, ils portent plainte contre Madame de la Roche-Thulain et Madame de la Sauvagère, sa fille. « Depuis quelque temps, écrivent-ils, certaines personnes de condition sont venues loger dans la Cité, et y ont pris à loyer une maison canoniale sans le consentement du Chapitre, dans laquelle il se faisait des assemblées de divers gens avec violon, jeu et danses, après 10 heures du soir jusqu’à 2 heures du matin, avec grand bruit, ce qui cause grand scandale et incommodité aux voisins et aux ecclésiastiques de la Cité, et que même plusieurs personnes en allant et venant de ces assemblées, frappent aux portes, cassent les vitres des fenêtres et font bien d’autres choses indiscrètes et immodestes pour le repos et la tranquillité de la Cité. Messieurs les Chanoines ont donné charge au procureur de prendre conseil sur les moyens de faire sortir des logis dépendant du Chapitre ces personnes de par les voyes d'honneur et de justice. » — En 1717, ils constatent avec peine que désormais chaque bourgeois « logé dans les maisons qui appartiennent au Chapitre, dans la Cité, les gens de guerre et d’autres personnes encore en prennent à leur aise, en sorte qu’il n’y a que les prêtres bénéficiaires et autres psalteurs tonsurés, et autres drappe-
1. Soc. d’égl. sc. et arts d'Angers. — Le Logis de Haute Mule, par le chan. Rondeau. 2. Bibl. m. d'Angers. M" 624, p. 238.