Bibl. m. d'Angers. M°° 763, ITIv-IVr
Œbapitre io. — Réunions du Chapitre, etc. 117
Le Memento des morts. -— Le Nécrologe ou Obituaire (!).— « La coustume de réciter des Obits, immédiatement après la lecture du Martyrologe, était bien un peu contre la raison, parce que l’Église, reconnaissant l’état et condition des Saints et des Trépassez différents, faisait à Prime mémoire d’eux de diverses manières et à diverses fins (*). » — Le Aartyrologe « étant le Livre de Vie et le Registre des Prédestinez, il n’était pas à propos d’y inscrire ny nommer que ceux que l’Église reconnaît comme Saints. Il peut être qu'aucun ou plusieurs de ceux desquels nous croions bien soient hors de salut. Et de les joindre avec les saints et ne faire de tous qu’une même mémoire et de dire des uns aussy bien que des autres publiquement Pretiosa in conspectu D" mors Sanctorum ejus… c'est ne faire des amis et des ennemis de Dieu qu’un: c’est appeler les damnez prédestinez et noircir le Livre de vie. Autment y a il d’absurdité d’addresser sa prière à « Saxcta Maria et omnes Sancti, » à ceux qui, ou pour le mieux sont encore souffrans et soubz les peines de l’ire de Dieu, ou autrement pour estre damnez. L’ordre de l’Église est donc de séparer les uns d’avec les autres, en rendant à chascun ce qui lui appartient (*). »
On prit alors l’habitude de lire le Aortiloge ou Obituaire incontinent après le Martyrologe, « sans doute pour éviter la peine de lire en un même livre à diverses fois (*). »
Toute église cathédrale ou abbatiale avait primitivement ses triptyques, où étaient inscrits les noms des morts que l’on devait recommander au Memento mortuorum, à la messe. À partir du IX° siècle, ces triptyques furent remplacés par le Vécrologe ou Obituaire, manuscrit dont le format variait, mais qui contenait un calendrier, tantôt perpétuel, tantôt liturgique, avec divers tableaux du Comput. En face de chaque jour de chacun des mois de l’année, à l’anniversaire de leur mort, mais sans l’indication de l’année, se trouvaient inscrits les noms des Évêques et des Abbés, des Chanoiïines, des Moines, des Rois et des Reines, des Princes et des Princesses, de tous les bienfaiteurs et bienfaitrices de l’église. La formule la plus fréquente de l’inscription des morts était « Obüit talis.…., » et. après son nom et l'indication des dignités qu’il avait eues dans sa vie, venait tout le détail du bien qu’il avait fait.
Si l’on en juge par ce qui se faisait dans nos abbayes angevines, à Saint-Aubin, à Saint- Serge, à Saint-Nicolas et ailleurs, « la coustume estoit de ne prononcer les Obits qu'après la lecture de l'Évangile du jour et de la règle, qui se faisait à la fin de Prime, après l'oraison Dirigere. » — « Chascun article se doit lire À chascun jour pour ainsy qu’il est escrint, et à la fin d’icelluv, fault adjouster cette clause Æ1 alibi benefactores et familiares nostri. Alors celui qui présidait l’office devait dire Requiescant in pace ! Et le Chœur avant répondu Amen, on disait le De profundis et l’oraison Deus venie largitor, et à la fin d’icelle les versets Requiem eternam et Requiescant in pace! »
La Bibliothèque de M. le marquis de Villoutreys possède la copie faite par Dubuisson d'un solendide Obituaire de la cathédrale d'Angers, de format in-f, datant du XIV* siècle. L’original a disparu, on ne sait À quelle époque et dans quelles circonstances. Î1 v a quelques années, j’ai eu la bonne fortune d’en retrouver quatre pages; elles servaient de couverture à un cahier de papier du XVIII° siècle de la bibliothèque de Mer Malsou, curé-doyen de la Trinité d'Angers. Te les garde précieusement dans ma collection de parchemins et de vieux papiers. Sur l’une des pages se trouve écrit en magnifiques caractères l’Obit de Raoul de Beaumont, évêque d'Angers.
1. Molinier, Les Obituaires français au Moyen-Age. 2. Ribl. m. d'Angers. M°° 762, IIIv-IVr.