Répertoire archéologique de L Anjou, 1861, p
Œhapitre i. — Œonstruction De la cathédrale. 13
Une maçonnerie grossière (c'était la fondation de l'escalier du jubé du XIITe siècle) en recouvrait une partie. À l'angle intérieur de la pile À, je dégageai une colonne de 0",52 de diamètre. Le fût, dont quelques assises d'une seule pierre, gisaient dans les remblais, avait été démoli pour la pose du pavage, mais le joint de mortier, qui le séparait de la base, était encore en place. On put l'enlever d’une seule pièce ; c'était une sorte de galette de plus de 0",02 d'épaisseur.
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En dessous, apparut la base en tuffeau, exécutée au tour, suivant la méthode du temps et dont les moulures fines, mais barbares accusent le commencement'du XIe siècle. Cette base repose sur un socle en tuffeau, composé de deux assises, dont la hauteur diffère un peu de celles de la pile À (preuve que la colonne a été rapportée comme à Saint-Martin). Arrivé à 1,20 de profondeur, je reconnus le niveau de l’ancien pavage de la croisée. Le pilier M descendait à 1,45 : il y avait donc entre le transept nord et l’intertransept une différence de 0°,25 (rachetée par deux marches probablement).
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Bientôt la pile À est entièrement dégagée. Je remarque des briques verticales placées entre deux assises, comme si la dernière à l'angle nord avait été taillée trop courte. Expédient peu heureux, mais qui dénote une antiquité reculée. On en trouve des exemples à Saint-Martin, à Saint-Aubin d'Angers entre les claveaux des fenêtres des bas côtés (), aux anciens piliers de la cathédrale d'Orléans, découverte dans des fouilles récentes et en quelques autres édifices, que les uns font remonter jusqu’au VIIe ou VIII siècle et que les autres regardent en tout cas comme bien antérieurs au XIe siècle.
Guidé par le pilier M, je trouvai facilement, au grand étonnement des ouvriers (qui demandaient si j'avais un rayon X à ma disposition) le suivant N à 4",60 de distance.
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Sa forme particulière indiquait l'angle intérieur du transept, dont je retrouvai le mur, épais d'un mètre, démoli en maints endroits pour des sépultures.
Mardi, 19 août. Le pilier O, à 3 mètres de son vis-à-vis N, donne la largeur du transept. Aussitôt les colonnes et les pieds droits dégagés, le mur fait un brusque détour à angle droit, sur une longueur de 2",10, jusqu'à une retraite de 0",30, au delà de laquelle, après une partie à l'équerre de 0,30, il s’infléchit en cintre régulier. c’est l’intérieur de l'absidiole X.
Mercredi, 20 août. — Visite de M. le maire d'Angers à 10 h. % et de M.le Préfet à 1 h. 7%. Celui-ci est accompagné d’une partie des membres du Conseil Général. Tous s'intéressent aux substructions déjà découvertes.
1. On conserve aux Archives d'Angers un curieux dessin des murs en petit appareil et des fenêtres des bas-côtés de Saint-Aubin ; le tout est masqué maintenant par un enduit.
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Jeudi, 217 août. — Le pilier P nous donne la largeur de l'absidiole X : il est accompagné d'une belle colonne engagée. Au delà s'ouvre l'escalier de l’ancien clocher. Trois marches fort usées, encore en place, témoignent d’un long service. Un retour du mur, en arrière de 0",60 par rapport à l'entrée de l’absidiole, indique l'entrée du déambulatoire, dont le parement intérieur fut suivi jusqu'en K.
Vendredi, 22 août. — Deux maçonneries, dont l’une avait supporté la grille, posée en 1700 et l’autre soutient la Sainte- Table moderne, ont longtemps arrêté les ouvriers : il fallut en démolir une partie pour mettre à jour les piles U et V.
Lundi, 25 août. — Après de grandes difficultés, la face antérieure de la pile U apparaît : elle est construite en grand appareil et semble beaucoup moins ancienne que la pile A. À mon avis, ce parement en grand appareil enveloppe une pile A’ semblable à l’autre. La recherche de la maçonnerie du VIII: siècle, perdue au cœur de la pile U, eût entrainé de telles dégradations, que j'ai dû y renoncer. Entre l'appareil de la pile U et celui du mur des transepts N et O, la similitude est frappante.
Mardi, 26 août. — La face de la pile U, parallèle à l'axe de l’église, n'a pas moins de 1M,80 de profondeur et fait saillie de 0",67 sur le mur du chœur, reconnue sur une longueur de plus de 3 mètres, c'est-à-dire jusqu'aux marches du maître-autel, que je ne pouvais songer à déplacer.
Mercredi, 27 août. — Je voulus savoir si l'autre transept était en tout semblable au premier. Je trouvai facilement la pile T (semblable à la pile M) liée à un mur de même époque, jusqu’au point Î. Quelques heures après, le pilier S et le mur de la façade du transept sud furent découverts, à la grande stupéfaction des ouvriers. De ce côté certainement, se trouvait la porte de la salle du chapitre { Capitolium), reconstruite au XITI° siècle un peu plus loin.
Jeudi, 28 août. — La pile B n'avait pas encore été dégagée : on la trouva de même forme et de même structure que la pile À { Assises de tuffeau, alternées avec un triple rang de briques, plus une grosse colonne rapportée dans l'angle intérieur). Le mur E est collé à Ja pile, comme l'est le mur D à l'autre côté.
Lundi, 14 septembre. — J'abandonnai le transept sud, pour ouvrir dans la nef une large tranchée devant le tombeau de l’évêque Raoul de Beaumont. Mon espoir était de rencontrer dans l'alignement de Îa pile À et de celui des petits contreforts du mur extérieur les bases
des piliers carrés, qui, dans ma pensée, divisaient en trois nefs la distance de 16,20 séparant les murs latéraux construits par Hubert de Vendôme. Vainement je fis fouiller à plus de deux mètres de profondeur, on ne trouva que des vidanges... Peut-être eût-il fallu descendre à trois ou quatre mètres : je ne crus pas devoir l’entreprendre. Tout près du tombeau de Raoul de Beaumont se rencontra une sépulture, déjà explorée et dont je donne la description dans le Vol. II, p. 326.
Revenant au transept Sud, je recherchais et découvris facilement l'absidiole H : elle est un peu moins large que l'autre X, mais d’une date plus ancienne: elle était construite en petit appareil.
Tout près du massif d'un. autel, je recueillis d’intéressants fragments de chasuble et d'orfrois du XIVe siècle. (Voir V. II, p. 325.)
Mardi, 2 septembre. — Peu satisfait de mon échec vers le milieu de la nef, je fis
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recommencer les fouilles près du grand bénitier de porphyre et les poussai jusqu'à trois mètres de profondeur. Résultat également négatif. Toujours des remblais, de la terre, des pierres et du gravier : aucune apparence de ipiliers.
Faut-il conclure qu'ils n’ont existé que dans mon imagination ? Dans cette hypothèse, on aurait en 1030 couvert d'une immense charpente, sans supports intermédiaires, une nef de 16,20, limitée par des murs de 1",20 d'épaisseur. En ce cas, Hubert de Vendôme aurait consacré une église inachevée, avec l'intention de la diviser plus tard en trois nefs, par des piliers plantés dans la direction À et B.
Ce travail n'aurait jamais été fait et la nef restaurée après l'incendie de 1072 tant
bien que mal, et ressemblant à une vaste grange, serait restée dans ce triste état jus-
qu'au XIIe siècle.
Ceci ne paraît guère admissible. Bien plus volontiers, je croirais à la démolition radicale des piliers après 1072, les pierres ayant pu facilement être employées dans les nouvelles constructions. Peut-être aussi ai-je manqué de persévérance dans les fouilles, qu'il eût fallu continuer jusqu’à quatre ou cinq mètres. J'avoue avoir reculé devant la dépense et la crainte de gêner trop longtemps le service divin.
Retournons à l’absidiole H. Tout autour de sa partie inférieure, on remarqua une sorte de banc en pierre de 0",50 de hauteur et de 0",30 de saillie. Les pilastres de l'entrée sont ornés d'une colonne engagée, dont la base rapportée fut exécutée ax lour, comme celle des piles À et B. L’absidiole H n’est pas dans le milieu de la travée, le mur de la façade du transept est un peu en biais, au lieu d'être à l'équerre avec les piles R et S.
Mercredi, 3 septembre. — On dégage la pile Q, incrustée dans le mur F, appareillé en briques et en tuffeau, comme les piles À et B, comme les murs C, D, E. Les trois colonnes de cette pile sont très irrégulièrement espacées pour dissimuler le raccord de constructions d'époques différentes. Le résultat ne devait pas en être heureux pour la retombée des arcs de la voûte.
Jeudi, 5 septembre. — Le mur ] du déambulatoire est à jour jusqu'aux fondations des colonnes du chœur.
Vendredi, 6 septembre. — Nouvelles recherches au bas de la nef pour découvrir le mur
de la façade de l'église de 1030. Rien encore... Ce mur doit être englobé dans les fondations de la façade actuelle. Aucun doute en effet que la nef ancienne n'ait été aussi longue que celle d'aujourd'hui. Ne pouvant juger de l'appareil du mur, masqué par l'enduit fait en 1872, auquel il m'était impossible de toucher, je fis lever plusieurs dalles à l'extrémité de la première travée, tout au bas de la nef. On a pu constater qu’en dessous
du pavage, l'appareil était absolument le même que celui de la seconde et de la troisième
travée, visible à l'extérieur du côté de l'évêché. | M. d’Espinay supposait que l'église avait été rallongée d'une travée au XIIe siècle ; il n'en est rien. Comparativement à l'étendue du chœur, les nefs d'Hubert de Vendôme étaient très longues, il est vrai. Mais c'était l'usage au commencement du XI° siècle, témoins celles du Ronceray, d'Angers et de la cathédrale du Mans. | Lundi, 8 septembre. — Après les déceptions, voici une agréable surprise. Il était à craindre que le marchepied de l'autel (de 8 mètres sur 7) couvriît entièrement l'ancienne abside et empêchât d'en déterminer le contour. À peine eus-je fait enlever les carreaux
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