‹ Monographie de la cathédrale de BourgesChapitre 10 sur 94 · LE SERPENT D’AIRAIN · texte numérisé non relu

LE SERPENT D’AIRAIN

9. «Le peuple, que décourageaient la marche et les fatigues, parla contre Dieu et contre Moïse, disant : «Était-ce la peine de nous faire quitter l’Égypte pour que nous vinssions périr dans ces déserts? « Le pain nous manque, nous n’avons point d’eau, et cette chétive nourriture {la manne) nous soulève le cœur.

« C’est pourquoi le Seigneur envoya contre ce peuple des serpents brûlants, dont la morsure at- « teignit et fit périr un grand nombre d’hommes. Alors le peuple vint trouver Moïse et dit : Nous " avons Péché contre le Seigneur et contre vous. Demandez-lui qu’il écarte de nous ces serpents.

“ Et Moîse aIam Prié Poul' le peuple, le Seigneur lui dit : Fais un serpent d’airain, et élève-le « comme un étendard (un signe de ralliement, etc.). Quiconque, après avoir été blessé, le regardera, « vivra.

» Moïse fit donc un serpent d’airain, et l’éleva comme un étendard ; et ceux qui avaient été « mordus, guérissaient en le regardant. »

(1) Cs. Plutarch. , de Iside et Osiride (l. c. , p. 439). Malgré l'assertion très-positive , et fort peu restreinte, du bon philosophe, les statues de Bacchus raupoj/iTcü-o; , qui nous sont parvenues, ne sont pas bien nombreuses , que je sache; mais, en échange, nous en avons des médailles. M. Labus, entre autres, les indique dans sa préface à 1 édition française du Musée Chiaramonti (Milan, 1822), p. xxiij.

[■>.) Dans le calendrier russe publié par les Bollandistes (mai, l. 1) , le Moïse de la Transfiguration (6 août) parait avoir des cornes. Mais le peu de soin qu'annonce cette planche ne permet pas dy ajouter foi sans quelque restriction. Peut-être l'original n avait-il la, comme au 4 septembre, que deux rayons dirigés en haut.

(3) il. Cor. 111, 7. . . . , ita ut non possent intendere filii Israël in faciem Moysi , propter gloriam vultus ejus. »

(4) Quand je parle de liturgie de l’Église , il va sans dire que je

parle du bréviaire romain. Ceci soit dit une fois pour toutes. Or, dans 1 ancien office de la Transfiguration, la première leçon tirée d Origène ( In Exod. honni. XII ) suivait la traduction des Sep-

tante. . Et erat glortficata faciès ejus, et color vultus ejus , etc.. Qitte version latine d’une homélie dont nous ne possédons plus le texte grec, pourrait donner à penser qu’Origène Usait plutôt

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(5) Sulptc. ®ever. Ifistor. sanct. , lib. I , t y. „ Tanta elaritndine lames e,us rerudehat , ut mtueri cum populus non valeret. . — Cs

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PLANCHE PREMIÈRE

Cette môme scène a été retracée sur les deux monuments que nous avons rapprochés du nôtre jusqu’ici. Tous trois montrent le serpent (ou dragon) arboré pour ainsi dire sur une colonne, et Moïse qui appelle les regards des Israélites vers cet objet de leur espérance. Dans les émaux de Saint- Bertin, Aaron, près de son frère, tient en main sa baguette terminée par une amande (i) à l’extrémité

supérieure, et Moïse porte les deux tables de la loi. Ici on ne voit dans la main gauche de Moïse

qu’une seule table. Ce ne serait pas, je pense, prêter à l’artiste une idée trop éloignée des idées de son temps, que de lui supposer dans ce détail une intention de symbolisme. La Bible moralisée, dont j’ai parlé déjà, semble nous mettre sur la voie de ce qu’aurait prétendu notre peintre verrier. Après l’exposition détaillée des dix commandements (2), on voit Moïse tenant dans chaque main deux tables de la loi. De celles qu’il porte à gauche, l’une est incomplète de la moitié supérieure. Le motif qu’on donne de cette mutilation ne va pas précisément à mon affaire, mais il montre qu’on avait une arrière-pensée, et c’est tout ce qu’il me faut. Risquerai-je d’être bien loin du vrai, si je dis que cette

table unique que soutient la main gauche, est en rapport avec le geste que fait la droite? La signi-

fication qu’il s’agissait d’attribuer à ce trait de l’Ancien Testament ne pouvait être l’objet d’une délibération. Le Nouveau Testament se faisait ici commentaire de l’Ancien, puisque Notre -Seigneur nous est montré (3) interprétant lui-même ce récit par la prédiction de son crucifiement. «Comme Moïse, « dit-il, éleva le serpent dans le désert, il faut que le Fils de l’homme soit élevé (en croix ) pour devenir « un signe de salut à ceux qui croiront en lui.» Ici donc, où ce tableau accompagne le crucifiement, nous pouvons bien penser que l’auteur du moyen âge n’a point méconnu ce rapprochement; et sauf mieux, voici, je pense, selon lui, le langage ou la pensée de Moïse : «Cette loi, que Dieu vous « donne par mon ministère, n’est point le terme de ses desseins. Elle n’est, à vrai dire, qu’une énigme « dont le dernier mot sera donné plus tard, qu’une ébauche dont les derniers traits apparaîtront lors- « que s’arborera le véritable signe de salut dont voici la simple figure. Jusque-là tout est incomplet; « l’avenir seul complétera ce que nous ne faisons que préparer. »

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