‹ Monographie de la cathédrale de BourgesChapitre 11 sur 94 · SCÈNE CENTRALE — RÉSURRECTION DE JÉSUS -CHRIST · texte numérisé non relu

SCÈNE CENTRALE — RÉSURRECTION DE JÉSUS -CHRIST

10. Foulant du pied le tombeau qui paraît être ouvert (4), Jésus-Christ, calme et glorieux, est debout entre deux anges qui tiennent, l’un un encensoir, l’autre un chandelier, comme pour lui faire escorte en ce moment de triomphe. Sur le devant du tableau on aperçoit trois petites figures de soldats, dont un seul a l’air de veiller, sans toutefois s’occuper de ce qui se passe, pendant que les deux autres s’abandonnent paisiblement au sommeil. On sait qu’en dépit du système reçu parmi les peintres modernes, le tremblement de terre et l’effroi des gardes dont parle l’Évangile (5), n’accompagnèrent point la

résurrection de N. S. Ces circonstances la suivirent

(1) Allusion à un autre passage de l'Écriture : Numer. XVII. (a) A la bibliothèque royale , folio 44 , r°. Et pour texte :

« tjic tcnrt Utogsrs tabulas primas lapitrcas rt contractas, et in altéra manu tabulas intégras sccuntium formant priorum fadas. «

« Jri tient Alaise les tables premières qui furent froissées , à une main \ et à l’autre, tient les tables entières selon la forme ùrs premières.» — Cs. Exod. XXXII,

Au-dessous de ce médaillon , la miniature de la moralisation représente la Synagogue étendue à terre, sans couronne, sans tables, mais conservant le bandeau sur ses yeux , et ayant près d'elle sa bannière brisée. Sur la droite de ce tableau, l’Église debout tient de la main droite une petite croix d'or sans hampe, et de la gauche , uue table (de la loi ) en or. Elle reçoit les salutations de plusieurs hommes qui se pressent autour d’elle , tandis que des Juifs, demeurant du côté gauche (vers la tète de la Synagogue), regardent l'Église avec un air de méfiance et d’hostilité. Cette peinture s’explique par le texte suivant :

<1 £joc signifient quaS 1er 3ubcis îinta , illis uolcnlibus operari non permansit. <Ê»angelium ocra quob genlibus îratum est , ipsis operantibus et spiritualitcc crcrecntibus burat in seeuluin. »

seulement lorsque l’ange vint renverser la pierre (6)

«Ceci signifie que la loi première Sonnée aux 3uis (sic), ne les Srmonra mit, pourccquc ne «ouïront (voluerunt) mie en ouorcr: mois aux ©eus eonoertis par 31)ucrist , la nouoeUe lag bemourra entière et îmrera jusques en la fin. »

La relation étroite de ces peintures avec notre texte, nous les a fait choisir pour nos planches d’étude.

(3) Joann. III, 14—16. « Sicut Moyses exaltavit serpentem in deserto, ita exaltari oportet Filium hominis; ut omnis qui crédit in ipsum non pereat, sedhabeat vitam æternam. Sic enim Deus dilexit mundum ut Filium suum unigenitum daret; ut omnis qui crédit in eum non pereat, sed habeat vitam æternam. »

(4) On peut remarquer dès maintenant, dans trois endroits de cette verrière, que les intérieurs (baies de portes ouvertes, etc.) sont souvent marqués comme ici par la couleur rouge. Le même emploi de cette couleur se retrouvera daus plusieurs des vitraux suivants.

(5) Matth. XXVIII, 2-4.

(6) Les textes de l’Évangile ne s’opposent point à ce que l’on regarde la pierre scellée par les Juifs , comme étant celle de l'entrée du caveau ou de la grotte , plutôt qu’un couvercle du tombeau lui-même. Ici cette manière d’entendre le récit des évan-

,4 VITRAUX DE BOURGES

vers le point du jour. Aussi les monuments du moyen âge nous peignent fréquemment les soldats comme fort tranquilles, tandis que le Fils de Dieu sort vainqueur du sépulcre. En particulier, dans la Bible mondisée citée précédemment, le silence solennel et le profond secret de ce moment sont exprimés avec une intention évidente (i). Pour faire ressortir à la fois, et la toute puissance qui se joue de ses ennemis, et la glorification du corps de J. C., le miniateur nous le mont e s dérobant avec une sorte de précaution à la surveillance de ses gardes, et posant néanmoins 1 sur la tête d’un soldat endormi, sans que celui-ci se réveille.

Jésus-Christ, sortant du tombeau, bénit de la main droite, à la manière latine (2), et tient de a gauche une croix à double traverse (croix patriarcale, croix de Lorraine, de Caiavacca, gemina , bi palmaris, etc.). Cet insigne, comme le chandelier et l’encensoir, prêteraient à des développements qui nous occuperont plus tard. Contentons-nous de faire observer que cette croix a été mise entre les mains de Notre -Seigneur dans la Descente aux limbes qui se voyait sur les portes de Saint-Paul, à Rome. C’est encore la forme que retrace Y Exaltation de la sainte croix, dans le Ménologe grec, et dans le calendrier russe des Bolldndistes : circonstance d’autant plus remarquable, que les fêtes de Pâques étaient précisément l’époque où la croix était montrée solennellement au peuple à Constantinople (3). Mais nous réservons pour un autre lieu l’application de ces rapports.

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