EN FACE DE LA SCÈNE PRÉCÉDENTE. - JONAS REJETÉ PAR LE POISSON
i3. Jonas recevant de Dieu l’ordre d’aller prêcher la pénitence aux Ninivites; s’embarquant pour suivre une autre route; assailli dans sa navigation par une affreuse tempête; puis précipite a la mer sur sa propre déclaration, pour détourner de l’équipage la colère céleste, etc.; c’est ce qu’il n est point permis d’ignorer; d’autant que Jésus-Christ lui-même compare plusieurs fois sa sépulture et sa résurrection à la manière merveilleuse dont ce prophète fut dérobé d’abord, et puis rendu à la lumière (4).
On a écrit, depuis les talmudistes jusqu’à nos jours, de quoi rassasier la curiosité du plus intrépide lecteur, sur la question de décider quelle espèce de monstre marin avait servi d’instrument à ce prodige. Je ne prétends ni rédiger la bibliographie de ces débats, ni les résumer, ni leur donner une solution péremptoire. Ce qu’on m’accordera probablement, c’est que Jonas ne fut englouti ni par un barbeau, ni par une carpe, quelle qu’en fût la taille; cela me suffît : car pas plus dans notre verrière que dans les miniatures de YHortus deliciarum{5), ou dans toute autre peinture du moyen âge, on ne doit chercher une solution ichthyologique à ce problème. En conséquence, nous n’avons point à nous appesantir sur les caractères génériques du poisson qui rend Jonas à la lumière dans le vitrail de Bourges.
La main sortant des nuages, qui rayonne vers le prophète , annonce le nouvel ordre de Dieu qui lui est intimé à ce moment (6), pour le presser d’accomplir enfin sa mission. Ce signe de l’intervention divine pourrait donner lieu à quelques détails que nous ajournons, parce que l’occasion s’en présentera encore dans la suite de cet ouvrage. Quant à la porte qui se voit devant Jonas, nous la retrouverons ailleurs aussi pour indiquer une ville. C’est donc Ninive. Si quelqu’un jugeait à propos d’y critiquer une absurdité géographique, il en est le maître. Le peintre verrier aurait pu alléguer pour modèle, sinon pour excuse, Y Histoire sainte de Sulpice Sévère (7), qui place, en effet, Ninive sur le bord de la mer. Néanmoins la France du xrae siècle devait avoir quelque connaissance des côtes du Levant, on ne saurait le lui refuser. Mais comment la peinture, resserrée dans un cadre si étroit, pourrait-elle rendre l’idée qu’il s’agissait de traduire, si l’on doit prendre comme expression scientifique tout ce qu’elle appelle au secours de sa représentation?