ARTICLE SECOND.— EXPLICATION
i5. Demander si les scènes diverses réunies dans cette grande page ont un but commun qui les groupe en un seul ensemble, si tous ces faits empruntés à différentes parties de l’Écriture sainte sont liés entre eux par quelque idée qui les fasse converger vers un point de vue central; ce serait, par ce seul doute, se déclarer peu familiarisé avec les œuvres de l’art religieux tel que l’entendaient les xne et xme siècles, et méconnaître le sérieux qui préside constamment aux représentations de ces âges de grandeur et de foi. Nous le demanderons à ceux qui ont examiné attentivement les productions chrétiennes de ces nobles époques : se souviennent-ils d’avoir remarqué fréquemment des hors-d’œuvre ou des accessoires oisifs dans les vastes compositions que développèrent, aux portails et aux vitrages, la statuaire et la peinture d’alors? L’observateur attentif, en cherchant à suivre dans ces labyrinthes compliqués la pensée constante de l’artiste, peut bien sentir échapper à ses mains le fil qu’avait déroulé l’intention première; mais si la continuité du plan se dérobe à son étude, quelque chose l’avertit, dans la grave symétrie de ces combinaisons mystérieuses, que l’interprétation seule est en défaut, et que la sève primitive se s’égarait point en des jets disparates. Or ce n’est pas assez de reconnaître qu’il n’y a point place pour le caprice dans ces partitions sévères; gardons-nous bien aussi de prétendre deviner et saisir en un clin d’œil, à l’aide de l’imagination, les liens secrets d’un assemblage si mûrement coordonné dans l’origine. II faut accepter, avec la tâche d’en montrer le motif fondamental, la loi de suivre pour principal guide dans cette recherche les données de la civilisation contemporaine (i). Toute autre marche pourrait être plus dégagée et d’un plus brillant effet; celle-là compense, par la solidité des résultats, ce qui manque à l’aisance et à la légèreté de ses mouvements. Que si le lecteur, en nous voyant traîner à notre suite quelque attirail de bagage, regrettait qu’on ne lui eût point abrégé le spectacle parfois monotone d’un semblable défilé, nous le prierons de songer qu’à nous aussi la tâche eût été plus légère et la manœuvre plus expéditive sans tout cet appareil : mais nous avons cru devoir quelque chose de plus au lecteur sérieux, au sujet que nous traitions, et, pourquoi ne pas le dire? à nous-mêmes. L’ouvrage sur ce plan, pour être d’une rédaction moins gaie, n’en sera guère, ce semble, que plus utile; et l’on ne saura du moins nous refuser ce témoignage, qu’en adoptant cette forme nous avons montré du respect pour ceux qui nous lisent.