‹ Monographie de la cathédrale de BourgesChapitre 19 sur 94 · IV. ISAAC SUR L’AUTEL · texte numérisé non relu

IV. ISAAC SUR L’AUTEL

22. La promesse que Dieu fait avec serment au généreux Abraham, quand il suspend ses coups, est évidemment d’une importance si haute dans la Genèse, qu’elle en est comme le point culminant. La création du monde et celle d’Adam et d’Ève ne sont, à vrai dire, qu’une introduction à l’histoire primitive des rapports de Dieu avec l’homme. L’annonce faite, après le péché, d’un libérateur futur qui devait relever le genre humain de sa chute, était une consolation donnée à nos premiers parents pour adoucir l’amertume de leur disgrâce. Mais cette promesse n’apparaît d’abord comme un solennel engagement que sur le Moria, dans l’instant que retrace ici notre verrière. Alors intervient une sorte de traité formel, où Dieu donne à l’homme l’expresse garantie de son serment (3).

«L’ange du Seigneur se fît entendre du ciel une seconde fois à Abraham, en ces termes :

« Je l’ai juré par moi-môme, dit le Seigneur; puisque tu as tant fait que de sacrifier pour moi ton «fils unique,

«Je te bénirai, je multiplierai ta race comme les étoiles du ciel et comme les grains de sable que « baigne la mer —

« Et en ta race seront bénies toutes les nations de la terre; parce que tu as été docile à ma voix. »

C’est donc là comme le grand point de départ de la religion révélée. Indiquée précédemment par quelques traits à peine arrêtés, elle est dès lors montrée aux hommes avec une assurance plus tranchée, avec des caractères plus distincts; et tout ce qui doit arriver avant qu’un fils d’Abraham ait ouvert à l’universalité des nations la voie du salut, ne peut plus être considéré que comme provisoire (4).

traces qu'a laissées leur étude aux diverses périodes de l'histoire littéraire.

(1) Pseudo-Eucherius , Comm. in Gcnes. , lib. II (Max. bibl. vet. PP., t. VI, p. go5 ). « Nunc videamus quid sub liujus sacramenti lateat mysterio. . . et le reste textuellement comme S. Isidore dans son Commentaire sur la Genèse (cap. XVIII, n" 3), dont nous avons rapporté un fragment.

(a) Cyrill. alexandrin. Glaphyr. in Genesim, lib. III ( ed. Aubert, 1. 1, p. 84).

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Tè Sè twv oly.ETwv âiîovooip'ÇEffOai psv, y.ai àva^wpEÏv Æpa tw ulw tov xaTÉpa, w; Ss y.ai el; auOiî è-av/i;Ei XéyEtv.... crnpaivEi tï|V itpéaîoaipov àvayùprpi'i toü 0eoü T7jv êy. twv ulwv lapaljX, y.ai tè,v lui tbXe'. twv aiwvwv in' aÙTOùç È'TopivTiv {•7covTpoijiVlv S'.à tt)ç il; Xpiorov Tclorswç £teiteXo’jv.évy,v.... Tè Sè p.Yj Xéysiv pèv évapyw; rèv paxâpiov ÀSpaàp Sri Oûowv âveioi rèv uièv, TEpôif aoiv Sè. . . Xaêsïv, (rripeiov àv ylvoiro oaipèi ; toü pv; lîETïioTEÜo-Oai toïç louSalwv Xaoü; râ Xpioroü puirnipiov... y., t. X.

La valeur symbolique attribuée à la part que l’âne occupe dans cette narration, semble avoir eu cours dès les premiers siècles du christianisme. Nous la retrouvons exprimée dans les Dialogues de saint Césaire de Cnppadoce. ( Dial. IV. Respons. i83, ap. Galland, t. VI, p. 1 3g.) Ktt]Voç yàp ÛTtâpyei piêXioçdpov -f) y.upioy.rovoç Sjvaywyif.. a. t. X. Nous aurons lieu d’en indiquer d'autres applications en expliquant l'un des vitraux qui doivent entrer dans ce volume.

(3) Gen. XXII, i5 — 18. « Vocavit autem angélus Domiui Abraham secundo de cocio, dicens : Per memetipsum juravi, dicit Domiuus ; quia fecisti liane rem et non pepercisti filio tuo uuigenito propter me , benedicam tibi , et mulliplicabo semen tuum sicut stellas cœli et velut arenam quæ est in littore maris. . .; et benedicenlur in semine tuo omnes gentes terne, quia obedisti voci meæ. »

(4) Saint Jacques de Nisibe, au ivc siècle (Serm. Il, de Dileclione , ap. Galland, l. V, p. xj , xij), en fait l’observation à propos de ce même passage, et en des termes qui méritent detre remarqués. Je laisse le texte arménien pour n’en reproduire que la version latine. «... Lex autem data est tamquam quidam custos et pædagogus, donec veniret illud semen in quod benedicendæ erant omnes gentes. Nam verbum jurisjuraudi quo pollicitus est

VITRAUX DE BOURGES

Là es. la vraie promesse, là le earae.ère auguste de cette parole divine, là le terme nettement énonce de cæ pacte e/ vertu duquel le Seigneur lui- même se fera désormais appeler 1» C

sont les précaires d’une alliance dont la conclusion, pour être ajournée, ne demeure pas ^ irrévocable. En un mot, c’est la vocation des nations énoncée comme le vra. but de g g

la vocation du peuple juif pourra y surseoir, mais non y déroger (l).

El c’est avec cette signification qu’A aac sur [autel prend place dans la composa, on du vitrage Bourges, ou bien je me trompe fort, du reste, voici sur quoi je me fonde. Qu’Isaac, à cet , estant surtout, ait figuré la mort de l’Homme-Dieu, c’est, redisons-Ie, chose si assurée, que celui qu, en doutera, t devra, être renvoyé aux J„ifs{» pour l'apprendre d’eux; ou être traité comme entièrement étranger aux enseignements de la foi. Il ne peut donc être question de recourir sur ce point aux témoignages ces écrivains ecclésiastiques, ce serait à n’avoir point de fin (3); mais la marche des idées que nous avons eues à constater jusqu’à présent dans ce vitrail, doit porter les esprits vers un autre aspect de cette histoire symbolique. Nous le trouvons exposé par saint Cyrille d’Alexandrie (4) , saint Ambro,se(5) et saint Augustin (6), qui insistent principalement, en commentant ce texte, sur la promesse commune

Abraliæ, idem est ac fœdus seu testamentum promissionis , quum a Domino dictum est ei : In semine tuo benedicentur omîtes gentes. Hoc verbum, iuquam, est ipsum testamentum seu pactum promissionis quæ quadringentis et triginta annis ante legem facta est Abrahæ. Significabat autem quod gentes benedicendæ erant in Cbristo . . .

« ...Promissio igitur qua dictum est : In semine Abralue benedicentur omnes gentes , prior est constitutione legis quadringentis triginta annis. Promissiones autem non potuerunt impediri neque irritæ fieri a lege ; sed lex tanquam additamentum aliquod superaddita fuit verbo promissionis, donec tempus ejus veiiit et impietum est.

« Reservatum est igitur verbum per mille septingentos nonaginta quatuor annos. . . Quum autem venit, abrogavit observantias quæ erant ex lege. . . Et iterum scriptum est (Joaun. I, 17J : V eritas legis ( Vulgat. Gralia et veritas ) per Jesum facta est.

« Et quid deerat legi et proplietis? Indigebant ut confirmarentur et adimplerentur. Quoniam deerat .eis testamentum confirmatum, hoc est verbum illud promissionis, etc. >•

(1) Nous n’avons point ici à faire remarquer que la loi de Moïse se présente constamment dans l’Ecriture avec ce caractère de simple provisoire. Ce sera l’objet du développement que réclameront plusieurs des vitraux qui nous restent à expliquer.

• (9.) Cs. Salom. Jarhbi ap. Calov. Biblia. In Genes. XXII, 14. — Schoettgen, Horæ hebraicœ, passim. — Id. Jésus der wahre M es suis , p. 656, 65y. — Did. Erid. Lepsius, Disputatio de festo clangoris. Doesbourg, 1730, § 25-32. — Lehman n , Diss. phi/ologica de terra Morijah , Wittemberg, 1673, passim. — Drach , Lettre d’un rabbin ( 1825), p. 10, 70. — Etc.

(3) Mosheim , dans une dissertation intitulée Meditatio de die Christi ab Abrahamo visa, a traité d’une manière pleine de sens le rapport de ce fait biblique avec les paroles de Notre Seigneur ( Joaun. VIII , 56 ) : « Abraliam a désiré voir mon jour, il l’a “ vu et a été rempli de joie. » S’il eût voulu citer les Pères, et eu particulier ceux de l’Église grecque, il en aurait facilement réuni un grand nombre sur ce seul objet.

(4) Cyrill. alexandrin. Glaphyr. in Genes., lib. III (ed Aubert., 1. 1, p. 86, 87.

(5) Ambros. de Abraham, lib. I, cap. 8. «... Hinc quoque promenât Deum Abraham. Unde ait : Profecto benedicens benedicam tibi , et multiplicans multiplicabo semen tuum. Hæc est tertia bcnedictio , très enim plenarias accepit benedictiones. Unam post victoriam qualiberavit nepotem quando occurrit illi Melchisedec (Gen. XV) , quando dixit ei Dominus : Respice in cœlurn et mimera stellas cœli si poteris, sic erit semen tuum; et credidit Abraham Dca, et reputalum est illi adjustiliam. Aliam quando jussus est Abraham nominari , et signaculum accepit circumcisioms (Gen. XVII). Tertiam hic quando dilectissimum filium suum in holoeaustum Deo non dubitavit offerre. Hæc iterum benedictio præstitit superioribus; in illis enim propagationem semmis Abrahæ promisit futuram, in hac autem ait : Et benedicentur in semine tuo omnes gentes. . . •>

Cette idée est beaucoup plus développée dans les Commen-

taires sur saint Paul , qui ont passé pour être de saint Ambroise , et auxquels son nom aura dû procurer un grand crédit. Cs. Pseudo- Ambros. In epist. ad Roman. , cap. 9. — In Galat., cap. 5. In Apocalyps. , cap. 6.

(6) Augustin, in Psalm. XXX, enarr. 3 (Opp. IV, 1 58 ). « Obscut'ius dixerunt prophetæ de Cbristo quam de Ecclesia : puto propterea quia videbant in spiritu contra Ecclesiam homines factures esse particulas; et de Christo non tantam litem habituros, de Ecclesia magnas contentiones excitaturos. Ideo illud unde majores lites futuræ erant plauius prædietum et aperlius prophetatum est, ut ad judicium illis valeat qui viderunt et foras fugerunt.

« Exempli gratia unum commemorabo. Abraham pater noster fuit, non propter propagiuem carnis sed propter imitationem fidei .... Isaac tamquam filius unicus dilectus figuram habens Filii Dei, portans ligna sibi quo modo Christus crucem portavit. Ille postremo ipse aries Christum significavit. Quid est enim hærere cornibus, nisi quodammodo crucifigi ? Figura est ista de Christo, continuo prædicanda erat Ecclesia ; prænuntiato capite prænuntiandum erat et corpus. Cœpit Spiritus Dei , cœpit Deus ad Abraham prædicare velle Ecclesiam, et tulit figuram. Cbristum figurate prædicabat, Ecclesiam aperte prædicavit ; ait enim ad Abraham : Quoniam obaudisli vocem meam et non pepercisli Jilio tuo dilecto propter me, benedicens benedicam te, et implendo implebo semen tuum sicut stellas cœli et sicut arenam maris , et benedicentur in semine tuo omnes gentes terrœ. Et pene ubique Christus aliquo involucro saeramenti prædicatus est a prophetis, Ecclesia aperte; ut vidèrent illamet qui futuri erant contra illam, et impleretur in eis ista nequitia quam prædixit psalmus : Qui videbant me foras fugerunt a me. »

Id. Sermo II, de Tentatione Abrahæ (Opp. V, 8). « . . . Taies ergo illos viros vel illos homines habebat Deus , et illo tempore taies fecerat præcones Filio venturo, ut non solum in his quæ dicebant, sed etiam in his quæ illis accidebaut Christus quæratur, Christus inveniatur. Quidquid scriptura dicit de Abraham, et factum est et prophetia est. Sicut Apostolus quodam loco dicit: Scriptum est enim quod Abraham duos filios habuit , unum de ancilla et alterum de libéra ; quæ sunt allegoria. Hæc ergo sunt duo testamenta ( Gai. IV, 22).

« Jam ergo non imprudenter dicimus quia Isaac et natus est Abraha, et afiquid significavit. Sicut et immolare filium jussus obtempérât Deo, perdueit ad locum, pervenit triduo, dimitti, duos serves suos cum jumeuto, pergit ipse quo Deus præceprrat; levât hgnum m altare, levât filium super lignura. Antequam veniat filius ad locum sacrifiai portât lignum quo levandus est. Deinde , quum jam pene ferirelur, sonatvox ur parcatur- et non tamen sine sacrificio et sine sanguine fu,o receditur. Apparut aries in vepre mhmrens cornibus, inrraolatur, peragitur sacrificiuu, Peraeto sacrificio dicitur ad Abraham : Fado 'semen tuum sicut Stellas ccd, et arenam maris; e, obtinehit semen tuum cicitatcs udoersanorum; et benedicentur in semine nu, omnes gentes terre,, eo quoi exami, su vocem meam. Vide ergo quando factum es, et quando fit commemoratio fiteti ipsius. Quando dicit ille aries ■

faite formellement à l’humanité tout entière dans la personne d’Abraham. Non pas qu’Isaac cesse pour eux de représenter le sacrifice du Calvaire; mais ce qui fixe leur attention, c’est la réhabilitation future du genre humain que doit opérer cette grande expiation. Le bélier qui remplace Isaac dans l’holocauste, en sorte que le fils d’Abraham est épargné sans que la victime manque à cet autel, n’en figure pas moins l’humanité du Fils de Dieu immolée avec l’infini mérite de l’impassible divinité du Verbe qui se l’est unie en une même personne. Mais à ces considérations, qui se retrouvent chez tous les commentateurs, ceux-ci joignent, surtout les conséquences universelles que doit entraîner celte réconciliation, et font ressortir à cet effet le serment divin qui les dévoile au Père des croyants.

Telle est encore la manière dont ce fait est envisagé par fauteur quelconque du livre De Promissionibus , qui porte le nom de saint Prosper(i). Les tables ( Chronicon ) d’Alexandrie s’expliquent de même sur ce sujet(2), en des termes qui se retrouvent exactement chez Cosmas au vi° siècle (3); et l’autorité de saint Isidore (4), qui reproduit à cette occasion plusieurs expressions de saint Augustin, a dû étendre beaucoup son influence par les transcriptions qui en ont été faites sous d’autres noms (5). Après ces indications, il pourra suffire de citer Alcuin (6), sans recourir aux écrivains postérieurs pour multiplier davantage les preuves d’une interprétation assez clairement établie.

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