‹ Monographie de la cathédrale de BourgesChapitre 3 sur 94 · VII1 PRÉFACE · texte numérisé non relu

VII1 PRÉFACE

avait assez complètement désapprises (supposé quil les eût jamais bien sue.’ 1 ^

cents ans). Mais comme nous prétendions faire parvenir ces travaux jusq &

nombre de lecteurs, il devenait indispensable de fournir abondamment les pièces du procès à tant d’hommes qui n’avaient point l’habitude de feuilleter les saints Pè 3 1

posé même qu’ils possédassent seulement toutes les œuvres des saints Pères que nous avions à citer en témoignage (1). Cette situation toute particulière entraînait pour '

un développement considérable qui en fit une sorte de commentaire perpétuel, aux preuves et à des excursions qui intéressent les sciences ecclésiastiques ou 1 histoire littéraire et civile. Ne reconnaît-on pas à l’antiquaire le droit d évoquer à son tribunal bit 11 des questions historiques ou philologiques? Toutefois, il semble que sans une extrême rigueur on pourrait lui intimer de ne pas envahir les terres d’autrui, et de s en tenii purement et simplement à l’explication des produits de l’art; d’autant que les diverses régions de la science actuellement partagées entre tant d hommes spéciaux (comme on dit), seraient assez excusables de prétendre chacune suffire à ses affaires. Mais non, malgié les travaux exécutés déjà depuis trois cents ans, on a compris que les provinces dun domaine si vaste pourtant ne devaient pas être condamnées à s’isoler l’une de 1 autre, et que des communications réciproques devaient les enrichir toutes. Comment prétendrait-on tracer une ligne de démarcation profonde entre les divisions des anciens souvenirs ecclésiastiques, aujourd’hui que si peu de savants les possèdent, et que le public y est si novice? D’ailleurs, n’adressant point exclusivement notre livre à une classe distincte de lecteurs, nous nous sommes laissés aller sans peine à couper par quelques digressions un travail qui sans cela eût aisément contracté une raideur trop tendue. Si parmi ces espèces de hors-d’œuvre on trouve des expressions qui ne font pas la part belle à nos contemporains, ceux qui les jugeraient trop partiales envers le passé, voudront bien se rappeler que, depuis longtemps, les scrutateurs des vieux âges ont cru pouvoir réclamer le droit de prendre parti pour les anciens contre une postérité qui se déclarait dès lors en progrès incontestable sur tous les points (2).

VII. Pour dépasser de simples conjectures et atteindre une véritable certitude, il nous fallait chercher au loin des éléments de comparaison et des moyens de critique. Il ne s’agissait pas seulement de comparer les monuments aux livres, et de confronter les livres entre eux; la confrontation des monuments eux-mêmes devait servir de contrôle aux dépositions des écrivains, et pouvait seule compléter la preuve. Après avoir conversé avec les

opposition raisonnable. Certainement, la succession des Ciampini, par exemple, était interrompue en très-grande partie, et demeurait ouverte.

(1) Reléguées ainsi dans les notes, les citations peuvent être franchies sans rompre la suite du discours, et celui qui cherche un jugement tout fait n’aura qu’à passer outre. En même temps, les esprits moins empressés, et qui demandent des preuves avant de se rendre, trouveront ce qu’ils désirent. Ceux-là ne se plaindront pas si les pièces de conviction forment un dossier dont le dépouillement offre une lecture aride. Ils savent ce que disait un

esse est ut frangat nucem. »

Pour les éditions des auteurs que nous indiquons chemin faisant, on nous a conseillé d’en donner la liste détaillée par ordre alphabétique. Cette espèce de catalogue est peut-être plus ambitieuse qu’utile, et serait d’ailleurs mieux placée, avec une table générale des matières, à la fin de toute la Monographie dont nous ue publions en ce moment que le premier volume. Toujours

lorsqu’un écrivain paraissait pour la première fois dans notre texte, nous avons désigné l’édition qui servait à nos recherches, et c’est ordinairement celle qui a le plus de réputation. Quand ae précisons pas jusqu’au chiffre de la page, c’est que nous manquions d’un exemplaire suffisamment autorisé, ou bien que divers exemplaires faisant preuve suffisante existent à peu près partout. Plus d’une fois, comme pour saint Jérôme, Prudence et saint Ambroise, il nous est arrivé de rencontrer trop tard i édition que nous aurions voulu pouvoir suivre dès nos premières pages. Elle ne doit être censée nous guider qu’à partir du lieu oii nous 1 indiquons positivement.

(3) Tit. Liv. Hist., XLÎII, i3. .Mon sum nescins, ab eadem négligent.» qua nihil deos portendere vulgo nnne credant, neqne nunttar, admodum nolla prodigia in publient , tenue in annale, refem. Ccetemm et mib. vetustas res scribenti, neseio quo pacte antiquus Si —..; et qnatdam religio tenet, q„* ffl; pmdentis- ’“* "" 1’"™“ S“IC,l”“da eensuerint, e. pro dignis habere ,e, tn meos annale, référant. . Peu importe le cas particulier qui fai, ’ 1>atler T“e-I->ve, il s'agit du sentiment qni l’inspire. ’

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auteurs ecclésiastiques pour recueillir leurs avis, après avoir lu les paroles des Peies de l’Eglise dans les vitraux, et animé ces immobiles peintures par le langage des docteurs, il restait à interroger les productions anciennes de l’art chrétien, pour saisir dans leuis combinaisons, toujours un peu différentes les unes des autres, 1 etmcelle commune qui avait fait jaillir leurs rayons. C’est un genre de confirmation plus convaincante qui frappe même les esprits peu cultivés, et détermine définitivement l’identité des vues entre les hommes que séparait le temps ou les lieux. Les textes seuls pourraient ne se soutenir réciproquement que par l’effet, d’une combinaison artificielle qui, les rassemblant à grand peine de cent lieux divers, masquerait la fiction du résultat sous la marqueterie spécieuse du travail plus ou moins déguisé. L’analogie des peintures, employée comme unique moyen d’induction, n’éviterait pas toujours le soupçon d’arbitraire, et risquerait d’etre attribuée à quelque tour de souplesse, où l’imagination ferait preuve de sagacité sans avancer l’histoire par des résultats certains. Rapprochés, ces deux ordres d’observation se donnent l’un à l’autre tout le complément désirable.

Mais la réalisation complète de cette alliance difficile eût entraîné des frais énormes d’érudition et d’art. Faute de la pouvoir soutenir constamment, nous ne l’avons employée avec largeur que pour une seule de nos verrières; et nous l’avons appliquée franchement à la première qui s’offrait dès le début. Là, textes, peintures des manuscrits ou des vitraux éloignés, quelque emprunt même à l’art des vieux éinailleurs, explications et discussions développées, tout enfin semble prétendre à une extension démesurée. Mais nous avons bientôt fait rentrer dans son lit ce torrent qui se gonflait d’une façon en apparence si menaçante. Ce n’était rien autre chose qu'un spécimen de ce qu’auraient droit d exiger, de ce que mériteraient du moins certains monuments longtemps inaperçus. Qu’on appelle cela, si l’on veut, tenter l’impossible; nous voulions l’avoir tenté, et montrer qu’il ne tenait pas à nous de l’atteindre. Que d’autres à la même volonté réunissent des soutiens exterieurs qui nous manquaient, et cet impossible se fera.

Après cette première preuve de bon vouloir, nous avons repris la voie du possible. Respectant même ceux qui voudraient dans la suite parcourir la même carrière, nous avons porté le peu de développements que nous nous permettions encore, sur les sujets ou I intervention d’une main ecclésiastique était à peu près nécessaire. Les vitraux à légendes n’ont reçu pour la plupart qu’une explication rapide et presque sommaire. Les compositions théologiques où se déployaient les grandes vues du symbolisme (i), la Nouvelle Alliance, VEnfant prodigue, le Samaritain, Joseph, XApocalypse ou l’Église, tels ont ete les sujets favorisés, et encore d’une manière fort inégale. Nul amateur des vitraux ne pourra donc dire qu’on lui ait barré le chemin; il reste assurément beaucoup à faire encore.

(i) Nous avons bien sciemment écarté le mot allegorisme, qui pouvait paraître suggéré, sanctionné même d’avance dans le langage théologique. Celte sanction apparente n’eût été vraiment qu’un piège. L’allégorie, telle que l’euteudent les interprètes de l’Écriture, n’est pas l’unique forme que prenne le mysticisme dans les faits que nous avions à expliquer; et ce nous eut été un plaisant projet que de prétendre intéresser les laïques d’aujourd’hui par l’exposé, doctrinal delà tropologie, de 1 anagogie, etc. Mais, en outre, l’emploi exégétique du mot allégorie n’étant assurément pas familier aux gens du monde, le sens littéraire de cette expression aurait inévitablement pris le dessus dans leurs esprits. Accoutumés à ne voir la réalité que d’un côté seulement dans l’allégorie poétique, ils n’auraient pas aisément rangé sous le même nom cette prophétie en action, où la figure et la réalité sont

également réelles l’une et l’autre; si bien que l’allégorisme (ou, comme on a dit, le figurisme) dans l’interprétation des livres saints, aurait passé pour un système de'fiction édifiante, pour une pieuse rêverie des écrivains ecclésiastiques. Une seule face de ce que nous voulions montrer dans son ensemble, eût donc été indiquée, et non pas même sans danger de contre-sens. Nous avons fait choix d'un nom qui, dans sa signification un peu vague, pouvait bien manquer de précision, mais qui embrassait assez complètement les diverses voies par où l’homme réussit ou aspire soit à ennoblir le monde extérieur, en se faisant dire des choses immatérielles par les objets sensibles, soit à transfigurer un simple fait en y puisant à la fois l'aliment du cœur et celui de l'esprit. Symbolisme et mysticisme répondaient passablement à ce dessein; et nous ne cherchions rien de plus pour le moment.

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YI II. Tout en nous proposant, comme premier et principal dessein, de rendre lisibles les plus vieilles verrières, et surtout celles que l’oubli du symbolisme chrétien avait le plus obscurcies, nous ne pouvions fermer les yeux sur l’habileté étonnante qui s’y manifeste. Comment se laisser absorber si profondément par l’étude ecclésiastique de leur signification, que de ne pas remarquer le savoir-faire de ces artistes ignorés? et comment le remarquer sans s’y arrêter avec affection? L’art moderne, dans le véritable sens de ce mot, l’art né au sein du christianisme s’offrait à nous à son moment et par son côté le plus solennel. A une époque où la sculpture d’ornementation développe une richesse d’invention, une hardiesse et une grâce presque décourageantes, la peinture sur verre la surpasse encore, s’il est possible, par le foisonnement de sa décoration large et féconde. Aussi, après avoir appelé à notre secours des planches accessoires consacrées à la science théologique des vitraux (i), pour ainsi dire, nous n’avons pu nous abstenir d’en consacrer un bon nombre à l'art des peintres-verriers. Les procédés de fabrication, l’histoire technique, tout ce qui est simple forme enfin, sortait de notre plan; l’idée nous préoccupait seule. Mais la forme esthétique, par où l’idée du beau se fait jour et se produit aux regards, ce n’est pas du matériel tout pur; il était impossible de l’éliminer. Il s’agissait d’un art qui fut singulièrement glorieux à la France (a), et nous le rencontrions dans un de ses plus riches vestiges. Car la vitrerie peinte de Bourges peut se placer hardiment à côté de tout ce qui subsiste encore en ce genre. Chartres seul est supérieur par le nombre, et Sens seul (qui n’a presque plus rien) l’emporte par la beauté de la forme. Il convenait donc de partir de la pour jeter les bases d’une collection qui servit à faire apprécier les ressources inépuisables de l’imagination des vieux artistes, fécondée, sans aucun doute, par des études puissantes.

Pour que cette extension de notre sujet n’empêchât pas le livre d’être accessible au grand nombre des lecteurs graves, nous avons voulu que le texte et les seuls vitraux de Bourges tonnassent un ensemble sans lacunes trop profondes. Ainsi les planches accessoires enrichissent et complètent vraiment l’ouvrage, sans toutefois être absolument indispensables. D’ailleurs, afin de décliner encore quelque peu le poids d’une exécution dispendteuse, sans que la reproduction perdit rien de la vérité la plus fidèle, celui-là même oui avait dessine les modèles en présence des vitraux, a voulu diriger assidûment l’exécution de la partie graphique, et s’est imposé d’en tracer de sa propre main une partie sur la pierre et sur le cuivre (3). Le public nous a tenu compte de ces efforts : trois cents p aires déjà répandus au loin en ce moment, et les distinctions honorables qui sont , nous trouver dans notre solitude presque agreste, montrent qu’il serait absolument permis aspirer a un accueil favorable, sans l'acheter par des sollicitations humiliantes et assi dues. Notre siecle n exige donc pas si impérieusement ces prostrations n,r f i ■ brables, qui menacent de devenir une convenance du premier ordre, une qUlnél” n consentirait, sans doute, si on ne le gâtait en cherchant sa bienveilLe d“ s

exemt venues

(i) Ce sont la celles que nous avons nommées Études, tandis

les autres planches accessoires Forment des séries distinctes

intitulées gruailks, masques, etc. Mais nous aron. nommé

exemplaires d éludes ceux qui renferment la totalité de ces divers

groupes, ajouté, comme complément anx planches des vitraux de Bourges.

(a) Theophil. . . Diversar. art. sched., Præfat. fed. C. de L'Esca-

lopier, p. 8, 9). «Mie invenics quidquid in fenestrarum prè-

tiosa vanetate diligit Francia, etc.. Ibid., libr. II, cap. ,2(p. gi).

(3) Le reste est dû principalement à M F C.inip-, • , .

tecte sorti de l’Ecole des beaux-arts en oui rit c'avait pas émoussé, comme il arrhe ‘‘j ‘““l”(i) * * * * * * 8

tout autre beau. Sans rémiflion o s°uvent, le tact de

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compter parmi les beaux-arts. ' ' C*Ues seml>lent ne pas

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abaissements, à ce que l’on se fit valoir uniquement par ses œuvres; et alors; moins préoccupé d’organiser le succès, on pourrait donner plus de soins à le mériter. Le Pouvoir ne nous a guère assistés; aussi lavions-nous peu fatigué de nos requêtes, tout en nous prêtant aux démarches nécessaires pour n’être pas ignorés. Il serait injuste cependant de laisser croire que M. le ministre de l’instruction publique ait. refusé toute espèce d’encouragement à cette œuvre : il a bien voulu nous promettre la Monographie de la cathédrale de Chartres , et déjà nous avons reçu la première livraison.

IX. Parvenus donc, Dieu aidant, au terme de ce premier trajet, nous ferons halte, au moins pour quelque temps, afin d’attendre une saison plus propice, sans trop présumer de la Providence. Voici ce que nous voulions faire, afin d’achever cette monographie de la cathédrale de Bourges; et nous persistons à le vouloir, en sorte qu’il ne tiendra pas à nous qu’elle ne s’achève. Il y aurait d’abord à continuer la revue des vitraux placés dans la même église par les quatre siècles suivants. Au xive, on peut constater, sinon un progrès, du moins un mouvement remarquable de l’art dans les grandes roses de Philippe le Bel, mais surtout dans les charmantes verrières du duc Jean de Berry et de ses serviteurs. Ces dernières offriraient de beaux fragments des travaux exécutés pour la Sainte- Chapelle de Bourges. Leur style élevé est tout à fait en harmonie avec les belles miniatures de cette école si gracieuse que M. le comte de Bastard a fait connaître. Au xve siècle, ce seraient de nobles souvenirs du puissant et malheureux Jacques Cœur, fils d’un pelletier de Bourges. Au xvie, nous aurions des œuvres de Lescuyer, qui avait pu vivre à Rome avec les élèves de Raphaël; et le xvnc occupe encore dans notre basilique un rang si distingué, que plusieurs vitraux de cette époque passent pour avoir été travaillés d’après les cartons d’Eustache Lesueur.

L’architecture est digne d’occuper une large place. Presque tout y respire la noblesse du beau style ogival primitif, qui marque en France le grand règne de Philippe-Auguste. Plusieurs singularités relèvent encore le prix de cet ensemble si harmonieux : quelques accessoires romans, des travaux curieux du xive siècle, l’absence de transepts, une chapelle inférieure qui fait, pour ainsi dire, partie des fondements de la basilique, et dont les formes ont un aspect étrange qui ne se retrouve presque plus ailleurs; enfin, des espèces de cryptes depuis longtemps dérobées à la lumière, et dont l’exploration, si le gouvernement y aidait, pourrait faire découvrir des restes de l’art chrétien à l’époque romaine.

Outre la sculpture d’ornementation qui servit si bien les architectes du moyen âge, la statuaire offrirait de nombreux modèles à l’artiste, et à l’iconologie bien des sujets de recherches utiles. Deux portails latéraux du xnc siècle rappellent ceux d’Angers, de Poitiers, du Mans, d’Autun et de Saint-Denis. Cinq autres, à la façade principale, réclament une étude d’autant plus minutieuse, que des restaurations récentes sont venues aggraver la tâche de l’antiquaire.

Voilà en quelques lignes le sujet de bien des pages ajournées. S’il ne devait point nous être donné de les publier plus tard, sache du moins celui qui verrait un jour ce travail interrompu, que nous n’avons point reculé par lassitude, mais par impossibilité de passer outre.

Mai 1844.

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