‹ Monographie de la cathédrale de BourgesChapitre 23 sur 94 · VIII. PLAIE DU COTÉ DE JÉSUS-CHRIST, ET COUPE DE L’ÉGLISE · texte numérisé non relu

VIII. PLAIE DU COTÉ DE JÉSUS-CHRIST, ET COUPE DE L’ÉGLISE

28. Peu importe en ce moment si, pour tout ce qui regarde le crucifiement de Notre -Seigneur, le médaillon central de notre verrière représente, ou non, avec ponctualité les exigences traditionnelles de son temps. Cette manière de le considérer conviendra mieux à un autre endroit. Nous la réserverons donc pour le vitrail de la Passion, où toutes les questions de ce genre seront rassemblées en un même traité, fallût-il les compléter à l’aide d’un coup d’œil rétrospectif vers certaines parties des sujets déjà passés en revue sous d’autres rapports. C’est du symbolisme qu’il s’agit présentement; et tandis que, dans le dessein d’établir avec solidité cette première assise qui doit supporter tout l’édifice de nos interprétations, nous réunissons, non sans quelque lenteur, les matériaux de conviction; assez de gens, peut-être, nous trouveront trop chargés dans notre marche, sans que nous admettions, au milieu de ce convoi, des accessoires dont le maniement peut être ajourné.

Dire que cette large plaie qui, du flanc de Jésus-Christ, verse le sang et l’eau pour épuiser son cœur, même après son dernier soupir; que cette plaie, donc, indique la mort de l’Homme-Dieu , ce ne serait sûrement rien apprendre à personne. Saint Jean l’a dit à quiconque a lu l’Évangile (1); et comme il y montre l’accomplissement d’une prescription prophétique qui faisait partie du rite pascal dans l’ancienne Loi, cette circonstance de l’histoire du Calvaire reporte de plus en plus nos esprits vers la nécessité de percer au delà des faits dans la lecture des livres saints.

I! y a, dans les livres historiques de l’Écriture, le récit, qu’il faut admettre sous peine de repousser le plus solennel témoignage qui puisse être, et de fermer son esprit, à la plus haute certitude possible, celle que donne la foi; et ce premier enseignement peut absolument suffire, si l’on place la religion assez bas dans son estime (hélas! et ce serait beaucoup encore à force gens d’aujourd’hui) pour juger

que jam factum est ut catervarum adversantium acies, ligno et

signo hoc, pleno crucis mysterio superaret

«Hoc nempe vexillum et Gedeon sibi suisque commilitonibus typiee prætulit; qui, contra arma, arma deseruit, inermis armatos invasit; et ad debellandum Madianitarum multitudinem, dimissa multitudine, cum paucis veuit. Diviua siquidem sibi adrnonitione præceplum est ut, ad fluvium veniens, omnes quos flexis genibus aquas liaurire conspiceret, a bellorum congressionibus amoveret. . . . Quid est autem quod Gedeon trecentis contentus militibus ad bella progreditur, nisi quia hic numerus in Tliau littera , quæ vidclicet crucis exprimit speciem , continetur ? Cui profecto Utteræ si super transversam litteram id adderetur quod in cruce superius eminet, non jam crucis species, sed potius ipsa crux esset. Quia igitur treccnteuarium numerum Thau littera continet, quæ figuram crucis exhibet; non immerito in his trecentis Gedeonem sequentibus illi omnes designati sunt quibus dicitur (Luc. IX) ; Si quis vult venire post me, abneget semetipsum , et tollat crucem suant quotidie, etc.. . Unde per Ezechielem dicitur ( Ez. IX ) : Signa Thau, etc. . . V'el certe in his trecentis qui Thau littera continentur hoc exprimitur quod ferrum hostium crucis ligno superetur. I11 eodem quoque crucis mysterio et Abraham triurnphum victor obtinuit, qui quinque reges cum trecentis decem et octo vernaculis debellavit.

«Crucis mysterium et ilia in se diluvii area continuit, cujus longitudinem trecentorum fuisse cubitorum Scriptura définit. Porro sicut Noe cum suis per aquam lignumque salvatur, sic et Christi familia aqua salvatur et ligno; dum et baptismo salutis

abluitur, et vivificæ crucis impressione signatur

«Per liguum nempe nos servituti princeps superbiæ subdidit,

per lignum nos humilitatis auctor in libertatis titulos revocavit. Per lignum nos tyrannus perpetuo relegavit exilio, per lignum mitissimus rex hæredes decrevit in regno. Per lignum sumus ad porcorum custodiam et siliquarum indigentiam (Luc. XV) devoluti ; per lignum quoque paternis sumus amplexibus redditi , perceptaque stola cum annulo in consortium pristinæ sumus hæreditatis adsciti. Lignum nos improbo exactori censitos reddidit, lignum omnia simul inexhausti fœnoris nostri tributa persolvit. Per lignum porro al» haustu perennis fontis aruimus, per lignum rore cœlestis gratiæ copiosius inundamur.

1 1 uiviuis miens conuueniur

crucis iu unum esempla colligent, quum videamiis omnem sacri clocjiui sériera . huic terribili siguo quadam spiritus intentione servire ! Hoc est cnim propitiatovium (Hebr. IX, 5), quod duo chérubin,, versis in se iuvicem vultibus, aspiciunt; quia in eum qui lu cruce suspenses est, duo Testaments, novum scilicet et vêtus, concorditer et indifïerenter iutendunt.., etc. .

(0 Joann. XIX, 3t— 36. . Judæi ergo, quoniam Parasceve erat, ut non remanercut iu cruce corpora sabbato, -erat enim magnus dies ,11e sabbat,;- rogaverunt Pilatum ut frangerentur corum crura , et tollerentur. Veneruut ergo milites; etprimi quidera fregerunl emra, et alterius qui erucifixus est cum eo. Ad Jesum iutem quum venissent, ut viderunt eum jam morluum non fremrnut eju, crura; sed tni|it„m ^ ktn, ej„s aperoit, et coutmuo exiyjt s.ngui. et aqua. . . . Facta sont enim haie ut Scriptura împleretur (Exod. XU .-Num. IX); Os non commimjii

que le nécessaire y sutfise. Si pourtant vous vous en tenez à cet aliment nécessaire, à la plus simple expression de cette parole, qui n’est pas moins indispensable que le pain pour que l’homme tout entier conserve 1 existence; vous vivrez (la foi est un grand don, heureux qui la possède!), mais vous vivrez, vous vous nourrirez comme l’enfant au berceau, dont l’œil enseveli sous une paupière immobile ne perçoit la lumière qu assez pour sentir la présence du jour. Le nouveau-né ouvrira les yeux après quelque temps, et le chrétien aussi, après les jours de cette vie d’obscurités, deviendra capable d’envisager la lumière de Dieu; mais jusque-là tout ne lui est guère que préliminaires à la vie. Son aliment même, il ne le trouve qu à laide d’un instinct qui, pour n’être point frustré, a besoin d’être secouru par la sollicitude d une mère. Ainsi, le chrétien qui se borne aux premiers enseignements de la religion a besoin que sans cesse 1 Eglise vienne au-devant de lui, pour donner à son intelligence, comme à son cœur, la nourriture du salut, et l’initier lentement aux clartés du ciel. Il est, à la vérité, de douces âmes que ces simples préludes enivrent d’un calme qu’on pourrait envier, qui ont dès lors pour les caresses maternelles, des sourires et des étreintes où s’annoncent le sentiment et la raison; de même, plus d’un cœur droit trouve ici-bas, dans la contemplation du simple exposé de l’Evangile, un avant-goût bienheureux des joies à venir. Cependant, — et il est des esprits moins paisibles pour lesquels ce sera un besoin,

cest un complément désirable et bien digne de la noble inquiétude de nos esprits, que la connaissance des pensers divins dans le gouvernement et dans le récit inspiré des faits qui composent l’histoire sainte. Cette pensée supérieure, cette action toute-puissante dont rien n’évite l’influence, la chercher, cest l’unique étude sérieuse, à quelque objet que notre esprit s’applique; la trouver, c’est la seule chose qui se puisse appeler savoir. Nous en poursuivons les reflets dans ses œuvres les plus ternes; et une vie dépensée tout entière à en saisir un petit nombre, ne nous paraît point mal employée. Mais le savant le plus oublieux du souverain maître devrait bien songer du moins que toute son étude est vaine , folle même, si elle ne prend pour premier supposé un acte intelligent qui a fait les lois. Car ces lois, dont l’énoncé fait la gloire du physicien et du naturaliste, par exemple, lorsqu’il lui a réussi d en constater quelqu’une, que sont-elles, sinon une volonté supérieure reconnue dans le concret des phénomènes? et qu’une intelligence, qui n’était point dans le secret, a su dégager du chiffre des faits matériels. Tout ce que nous savons autrement que par l’enseignement direct du ciel, par la foi, n’est que cela; et l’astronome qui ferait profession d’être athée consacrerait précisément ses veilles, quoi qu’il en eût, à faire voir que, lui tout le premier, il tient sa prétention pour vaine.

Comment tout cela mène-t-il à notre affaire? Le voici.

Si la recherche de la pensée divine qui régit les créatures inertes peut mériter les méditations d’un esprit grave; disons mieux : s’il n’y a de scientifique dans une étude, quelle qu’elle soit, qu’en vertu de cette volonté souveraine dont l’empreinte ennoblit les moindres faits, en leur communiquant une sorte de caractère suprême, serait-ce un passe-temps oisif, une curiosité de désœuvré, que de chercher l’intention de la Sagesse infinie intervenant dans un acte de la créature libre? N’est-ce pas alors plutôt que le moteur premier devient singulièrement admirable? quand, ayant doué l’agent secondaire d’une volonté qu’il maintient maîtresse, il transmet néanmoins à travers ce milieu réfractaire l’impulsion marquée pour les événements dans ses conseils éternels. L’homme propose, disait le vieil oracle de la sagesse populaire, et Dieu dispose; c’est-à-dire, pour l’appliquer à la question présente, Dieu ne cesse pas plus d’être le maître que l’homme d’être libre. L’homme a ses desseins, et souvent il les accomplit; mais toujours un décret plus haut plane au-dessus de cette préméditation humaine, et, sans être fatal, il n’atteint pas moins le but. Problème qui n’en est un que pour l’exécution, car les données y sont certaines; véritable philosophie de l’histoire dans sa plus haute acception, s’il y en a une; et c’est ce que le mysticisme de nos interprètes s’efforçait de pénétrer dans les faits bibliques.

Sous l’exposé que nous présentent les livres saints, une réalité, qui n’exclut point celle du sens naturel dans le récit, se trouve donc incontestablement déposée çà et là pour l’esprit qui médite. S’y trouvet-elle toujours? Avec telle ou telle interprétation, la saisit-on dans un cas donné? Là seulement peut commencer l’hésitation (i). Mais que Dieu l’ait pu faire, c’est ce qui n’est point douteux; qu’il l’ait, fait

(i) Augustin. Sermo II, de Tcntatione Abrahœ (t. V, p. 8). « Ante otnnia tamen, fratres, hoc in nomine Domini et admonemus quantum possumus et præcipimus, ut, quando auditis exponi sacramentum Scripturæ narrantis quæ gesta sunt, prius illud quod

lectum est credatis sic gestum quo modo lecLum est; ne, sublracto fundamento rei gestæ, quasi in aere quæratis ædificare. »

On voit que depuis longtemps, faute de comprendre que les actes libres de l’homme pussent être modelés, pour ainsi dire,

kl

VITRAUX DE BOURGES

l plusieurs ci—, nous en avons pour Saranr sa propre

ÜOM légales, connue les sacrifices et .es clonies ,u. les n’éLt qu'une Fé-

prendrait la convenance d’un symbolisme dicte par Di formes

l’esquisse de la grande victime, seul ^ M devaient point être brisés,

que dans le trait rapporté par saint Jean, 1 agneau pasca , Jésus Christ et les malfaiteurs

nous apparaît comme type de la distinction qui devait être faite entre Jésus-Chns.

au delà, nous admettons une intervention plus étendue encore de la les faits, et la croyons soutenue jusque dans l’histoire, ce nest pas du moins «. lu -PPdu premier ordre. Celui qui bouleverse les empires pour ses élus n aurait point déroge sans doute la*1 majesté de sa providence en façonnant les événements pour sot, Christ. Du -e, quand ous les Pères de l’Église ne se lèveraient pas comme ils font pour rendre témoignage a cette doctrine (2) l’Écriture suffirait à l’établir. Notre Seigneur lui-même en appelle à cette preuve de sa divinité, lorsqu ,1 se compare à Jouas (Jon. 11- Matth. xn, 4<>; xvi, 4— Luc. xi, 29); au serpent d airain (Num. XXI, 8. Joann. m, .4); à la manne du désert (Exod. xvi.-Joann. VI, 32), etc. Les apôtres ajoutent a ces figures celle des Israélites rendus à la Palestine (Exod. IV, 23. - Os. XI, I.- Matth. Il, là, 17) après l’exil d’Égypte, celle de Melchisedek (Gen. xiv, 18. — Hcbr. v, 6; vu, I ), de Josué (Jos. I. Hebr. tv, 8), etc. Bien plus : la Synagogue et l’Église nous sont représentées dans Agar et Sara (Gen. xxi. 10.— Gai. iv, 3o ); et le résultat des recherches auxquelles nous conduit ce premier vitrail montrerait suffisamment que bien d’autres types encore s’offrent à nous avec la sanction de la parole divine.

Ces premières garanties ont été prises par les auteurs chrétiens comme des signaux qui autorisaient à pousser plus loin la route, comme les premiers traits d’un tableau que la science et la piété pouvaient poursuivre. A ces limites, toutefois, s’arrête la révélation impérative, en fait d’actions prophétiques; la foi n’a plus à reconnaître qu’une tendance générale de symbolisme dans les faits de 1 Ancien Testament (i Cor. x.— Luc. xxrv, 27.— Joan v, 46), sans qu’il lui soit imposé d’admettre l’application spéciale de ce principe à un trait particulier qui n’aurait point été désigné comme type dans l’Ecriture.

par la Sagesse divine, des esprits faibles de portée, mais hardis à la résolution, avaient rêvé le mythe dans l’histoire sainte. C’est pourquoi, sans doute, saint Augustin ailleurs encore insiste sur la foi que commande , avant tout, le récit de l’Ecriture.

De Civil. Dei. XVI, 37 (t. VII, 449). «O res gestas, sed prophetice gestas! in terra, sed cœlitus; per liomines, sed divinitus!» — IJb. adDeo gratias (t. 11,285). «Non sane absurde neque importune requiritur quid ista significent (de Jona) ; ut,quum hoc expositum fuerit, non tantum gesta, sed etiam propter aliquam significationem conscripta esse credantur.Prius ergo non dubitet..., qui vult scrutari cur hoc factum sit. Non enim frustra factum est, sed tamen factum est. Si enim movent ad fidem quæ figurate tantum dicta , non facta , sunt; quanto magis . movere debent , quæ figurate non tantum dicta sed facta sunt! Nam sicut humana consuetudo, verbis; ita divina potentia etiam factis loquitur. Et sicut sermoni humano verba nova, vel minus usitata, moderate ac decenter adspersa splendorem addunt; ita in factis mirabilibus congruenter aliquid significantibus quodam modo luculentior est divina eloquentia. »

Id. de Tentatione Abrahce. Cs. n° 22, p. 3o).

(1) Saint Paul le pose en fait dans son épitre aux Hébreux (cap. IX, X), et l’on a vu plus haut (p. 33) les paroles expresses de saint Augustin à ce sujet.

(2) Tout ce second article l'atteste continuellement, et cette christologie de l’Ancien Testament est l’occupation favorite des docteurs. Nous n'aurons donc à rappeler que comme représentants de tous les autres, quelques-uns de ceux qui l’expriment avec le plus de concision.

Paulin. Nolan. Epist. 38, ad Aprum (ed. cit. P. 1, p. 233). «Ab initio sæculorum Christus in omnibus suis patitur. Ipse est initium et finis (Apoc.l, 8) , qui in Lege velatur et in Evangelio revelatur...; in Abel occisus a fratre, inNoe irrisus a filio, in Abraham peregrinatus, in Isaac oblatus, in Jacob famulatus, in Joseph venditus, in Moyse expositus et fugatus, in prophetis lapidatus et sectus, etc... »

Augustin. Sermo CCC, In solemnitate Machabœorum (t.V, 1219). «Testamentum enim vêtus, velatio est novi Testament i ; et Testamentum novum revelatio est veteris Testamenti. »

Id. Quœstion. in Exod. lib. II , qu. 73 (t. III. P. I , p. 445) «... Quamquam et in vetere ( Testamenlo ) novum lateat, et in novo vêtus pateat. » — Cs. serm. CLX, de Verbis Apostoh (V, 773). — De peccator. mentis. 1. I, c. 11 (X, 8). — Contra aclversarium Legis. 1. 1, c. 17 (VUI, 567). — Contra Faustum (t. VIII, passim). — Etc., etc.

Prudent. , Peristephanon, Hymn. X, v. 620.

«Crus ista Christi quam novellam dicitis,

Nascente mundo factus ut priiuum est liomo Expressa signis, expedila est litteris;

Adventus ejus mille per miracula Præmmtiatus ore vatum consono.

Reges, proplietæ, judices et principes,

Virtule, bellis, cullibus sacris, stylo,

Non destiterunt formam pingere crucis.

Crux prænotata, orux adumbrata est prius,

Crucem vetusla combiberunt sæcula.

Tandem retectis vocibus propheticis,

Ætate noslra comprobala antiquitas,

Coram reluisît ore conspicabili;

Ne (luctuaret veritas dubia fille Si non pateret teste visu cominus.»

Leon. M. Sermon., passim (ed. cit., 1. 1, 61, 2o3, 23o, 244, 256, 268, etc.).

Honorius Augustodunens. Hexaemer., cap. 1. (D. Pez, Thésaurus, t. H, P. I, p. 72). «... Novum Testamentum sic veteri continuatur,ut quidquid vêtus proponit, novum solvere videatur.

Pour l'Église grecque, Cs. Cyrill. alexandr., de Adoratione in spiritu, passim (ed. cit., p. 78, 83, 84, 401 , etc.). —Titus Bostr., Advers. Manichœos, lib. III, passim (Galland, V, 328, 34i, etc.).— Irenæi Contra hœreses, lib. IV, cap. 26 {al. 43. — Ed. Massuet, p. 261) . — Etc.

De là vient qu’abandonnés à leurs lumières personnelles et à leur propre discernement, les docteurs ont pu se méprendre en quelques circonstances, sans que ces abus entraînent le moindre discrédit pour le droit lui-même. Que s’il s’agissait d’apprécier la valeur de ces interprétations faites d’autorité privée, on comprendra aisément que l’unanimité, ou même une simple majorité à travers les âges et les distances, seraient un titre extrêmement grave pour des assertions ainsi appuyées.

C’est tout ce que nous accorderons à cette matière pour le moment. Après avoir ainsi mis en sûreté cette doctrine traditionnelle contre le sourire de la superficialité ou la surprise des esprits neufs en ce genre d études, poursuivons le cours de nos explications, en revenant à notre verrière.

29- Nous sommes arrivés au corps du sujet, au centre de la composition; c’est de ce point que tout s éclaire dans le vitrage. Là seulement quelque allégorie trouve place; mais ce sont des personnifications si présentes à tous les esprits du moyen âge, si vivantes dans les pensées religieuses, que I artifice y disparaît pour effacer le peintre devant l’idée populaire. C’est peut-être dans cette vue que le nimbe polygone, usité au xin° siècle pour caractériser les personnages allégoriques (vertus, etc.) n’est point donné à l’Eglise par aucune peinture que je puisse citer (i). L’Église et la Synagogue, pour les hommes d’alors, étaient moins des êtres de raison que de hautes réalités; immatérielles, il est vrai, impersonnelles même, et cependant très-positives dans leur subsistance. Aujourd’hui que ces visions quotidiennes de la vieille chrétienté ont singulièrement pâli dans les âmes, par suite d’un extrême oubli de l’enseignement ecclésiastique, et d’une énorme diminution des vérités religieuses dans la circulation sociale, il faut les raviver par portions successives au moyen d’un démembrement du travail, et à grands frais d’emprunts chez nos ancêtres. C’est ce qui nous oblige à distinguer, dans cet unique médaillon, des fragments que nous démonterons par la pensée, afin de n’en reconstituer l’ensemble qu’après en avoir obtenu peu à peu l’intelligence.

Faisons ici une transaction avec nos lecteurs, avant de passer outre. Pensent-ils que nous, qui écrivons ceci, nous ayons abordé cette tâcbe sans avoir à surmonter quelque défiance? et si le langage que nous leur parlons surprend leurs oreilles par une sécheresse un peu austère, ne leur paraît-il pas aussi que nous avons dû comprendre nous-mêmes combien il pourrait leur sembler étrange? Nous savons fort bien que le temps n’est plus où les grandes dames de France parlaient le latin et lisaient les SS. Pères (2), ni celui où les gagneurs de batailles suivaient sans sourciller les thèses théologiques de la Sorbonne. Mais c’est cela même qui, tout en donnant à nos paroles quelque chose d’inaccoutumé, nous interdit néanmoins une autre forme d’exposition. Ceux qui en auront lu les motifs dans la préface avant d’arriver à cet endroit, comprendront mieux cette nécessité à laquelle il n’a pas paru possible de se soustraire (3). Une simple affirmation qui prétendrait porter avec soi la lumière, ne peut avoir nulle valeur historique. Elle provoque tout d’abord le doute; et, dépourvue de toute défense, elle tombe inévitablement devant la première négation venue qui lui fait face. Si, lui cherchant un appui, vous ne la soutenez que par une autorité isolée, vous lui faites à peine faire un pas. Vous aurez premièrement à établir la parenté du monument figuré, avec le monument écrit où vous pensez lire sa véritable expression. Car toute explication d’un objet d’art, lorsqu’elle se propose d’être vraie, ne vise à rien de moins qu’à écrire la pensée de l’artiste en reconstruisant son programme. Sans doute que la découverte des canons de l’art, des prescriptions supérieures qui réglaient les frontières entre la liberté de l’imagination d’une part, et de l’autre l’exigence du dogme avec ses développements admis, cette découverte, dis-je, simplifierait singulièrement l’interprétation pour le monumentaliste. Mais que le formulé de ces prescriptions ait été, ou non, confié à l’écriture, il n’existe pas moins, jusqu’à leur mise en lumière, une voie unique à peu près pour les ressaisir. C’est d’étudier les influences qui ont dû modifier l’esprit de l’artiste; et l’on s’aperçoit aisément qu’en fait d’art social , dont la vraie valeur (de cours) consiste à comprendre la pensée publique pour la satisfaire, la question se résout dans l’étude des pensées publiques.

Appliquons immédiatement ceci à notre plan, sans nous abandonner à des considérations impor-

(1) Voyez la première planche d'étude, figures B, E, F.

(2) Je ne me souviens pas d'avoir vu, en parcourant les Mélanges du marquis de Paulmy, qu'il ait mentionné cette occupation des châtelaines du moyen âge; mais s'il n'en a rien dit, il faut qu’il ait craint de paraître fabuleux aux dames du xvmc siècle. Car 11 pst impossible qu'il n'ait point rencontré cent fois la preuve

de ce fait dans les monuments de notre ancienne civilisation.

(3) Nous avons , d’ailleurs , tâché de rassurer d’avance ceux qui nous lisent, en leur faisant observer dès le début, que les amples développements de ce premier chapitre ne feraient point loi pour la suite de l’ouvrage. Cette nécessité des monuments écrits une fois bien reconnue, il nous sera plus aisé de bâter notre course.

VITRAUX DE BOURGES

tantes d’ailleurs, mais dont il ne nous faut emprunter que l’utilité actuelle. L’enseignement ecclésiastique, dans ses développements libres, n’est point le résultat de la doctrine d un seul homme. Pris en masse, il se compose des enseignements divers donnés par les divers docteurs; bien que 1 influence spéciale de quelques-uns puisse caractériser certaines contrées, comme certaines époques. Quand un bon nombre d’entre eux, et, à plus forte raison, la majorité, adopte et promulgue unanimement certaines doctrines, leur gravité historique (le point de vue théologique ne nous occupe point actuellement) peut être prise alors, ce semble, comme un équivalent de ces exigences sociales qui sont la législation d’un art public. Pour la constater, cette gravité qui peut faire loi dans l’art, il faut montrer l’accord des docteurs; cet accord ne se peut prouver que par une sorte d’accumulation de leurs témoignages, par des citations réunies au risque de quelque monotonie. Nous accorderons donc à ceux qui nous lisent, qu’ils ont souvent droit de ne point nous trouver rapides et variés; qu’ils conviennent également à leur tour de la nécessité où nous étions engagés par notre sujet. Que si, placés sur une pente glissante, le pied venait à nous manquer quelquefois, le tort sera nôtre, à la vérité; mais on se rappellera, du moins, que le pas était vraiment dangereux, et qu’il nous fallait pourtant le franchir. Quant à nous, en thèse générale, nous avouerons, sauf erreur, que plus nous reproduisions l’expression ancienne de certaines idées, plus nous avons cru répondre à notre obligation comme interprètes : laquelle nous semblait être de donner à notre version une valeur historique, en montrant que ses pensées couraient les rues (n’importe le mot) au moyen âge.

Désormais, ces premières explications générales une fois données, il nous sera plus aisé de nous renfermer étroitement dans l’objet précis de nos verrières.

3o. Faut-il admettre que le sang et l’eau, sortant du côté entrouvert de Jésus-Christ, figurent ici quelque chose de ce qui s’est montré jusqua présent comme pensée fondamentale du peintre? Interrogeons l’antiquité chrétienne; elle nous rappellera, à l’occasion de ce fait, que si le sang du Rédempteur est la rançon de l’humanité, l’eau est le moyen établi pour en faire l’application à chacun

de nous(l). Le Calvaire, pour racheter la postérité d’Adam; le baptême, pour remettre chaque homme

en possession des titres acquis par le Crucifié; la régénération, enfin, et ce quelle coûte à celui qui

nous l’obtient : voilà le mot de cette énigme. [I n’est besoin que de l’indiquer à la hâte; nous re-

trouverons assez souvent dans la suite l’exposé traditionnel de cette circonstance, sur laquelle insiste saint Jean (2) avec une sorte d’affectation.

Mais pourquoi, dans la main de l’Église, une coupe où s’épanche le sang de l’Homme-Dieu? Laissons pour d’autres études tout ce qui se pourrait dire du Saint-Graal et du cycle qui s’y rapporte. Le mysticisme, encore une fois, et non le mythe, doit nous servir de flambeau. Nous avons vu (3) ce symbole passer ailleurs à une forme plus déterminée, en devenant le calice de l’autel que surmonte une hostie. Toute recherche est donc rendue inutile par cette comparaison, qui met le résultat en evideuce pour le simple regard. On en pénètre cependant le sens plus facilement encore, lorsque l’on rencontre la Synagogue ayant près d’elle une brebis, un bélier ou un chevreau. C’est la cessation des victimes figuratives faisant place à celle dont le prix infini donnait seule quelque mérite à toutes les oblations levitiques. LLghse, en possession du sacrifice véritable, met fin à toutes les ombres lavaient retracé avant la mort du Sauveur; l’autel du Calvaire condamne au silence , qu une attente. C’est, avec une concision pleine d’éclat, le fond de i son épître aux Hébreux.

quamdum eomroendaret dixeratfjoann im.»" •

fuent pr nm,n c ,, ' Joann’ u» 5 ) : Nrn quis renatus

J' X alUa et SPmtu Sancto, non potest videre reemum Dei Siquidem hujus aquæ sacramentum a b hoc JL7T exordium. » C m,racul° sumpsit

Id. op. c. VI, 35.

Gen. XIV, 18. 4‘ Fs- ux> 4-— Cs.

qui

tout ce qui n’était ce que proclame saint Paul dans

Christ a toujours fait gloire de sa prérogative la plus auguste : celle de renouveler en tous lieux sur ses autels, jusqu aux derniers jours du monde, le sacrifice offert une fois d’une manière sanglante sur le Calvaire pour la rédemption des hommes. Et si quelqu’un pouvait douter qu’elle eût songé à vanter ce privilège, en se comparant à la Synagogue, voici un Juif converti du XIIe siècle qui donnera lieu d’en juger autrement. C'est Petrus Alfonsi (Pierre, filleul d’Alfonse VI), l’un des plus curieux écrivains de cet âge, qui, dans un dialogue sur la divinité du christianisme, expose(i) à son antagoniste juif l’abrogation des sacrifices d’animaux, et l’institution divine du sacrifice non sanglant offert par l’Église sous les apparences du pain et de vin, pour perpétuer l’immolation de Jésus-Christ. Saint Isidore s’était bien plus appesanti sur ce point, dans un ouvrage également composé pour convaincre les Juifs (2). C’est même par là qu’il termine tout son traité; et la manière dont il présente cet article de notre foi expliquerait à elle seule comment ce souvenir des merveilles du Seigneur dans la nourriture donnée par lui à son peuple (3), n’a pu être séparé du sacrifice de la croix par l’auteur du vitrail de Bourges. Aussi, pour les parties actuellement brisées dans celui de Chartres, je viens d’apprendre par un manuscrit du siècle dernier (4) qu’une figure, placée sous le crucifix, y était peinte recueillant dans un calice le sang de Notre-Seigneur (5).

Saint Isidore n’a pas eu besoin d’appeler le mysticisme à son aide, quand il a voulu montrer dans ^Eucharistie, envisagée surtout comme sacrifice, un titre de la supériorité de l’Église sur la Synagogue. Ce doit être pour tout chrétien un enseignement vulgaire, tant il est fondamental. Peut-on faire profession d’appartenir à la Loi de Grâce, et n’avoir pas au moins quelque connaissance des paroles divines qui désignaient notre autel aux fidèles de l’Ancien Testament, comme devant effacer et remplacer le leur? Le prophète l’avait dit (6), qu’un jour, au lieu du temple unique où le Dieu d’Israël

(1) Petr. Alf. Dialog., tit. XII (Biljl. PP. XXI, 219). «—Moyses... quid dices de sacrifiais quæ de bove, capra et ove,Dominus præcepit fieri; quod apostoli vestri-'prætermiserunt , ac de pane tantum et vino sacrificium fieri præceperunt? — Petrus. Omnia sacrificia quæ in lege Moysi fieri præcepta et ordinata sunt, nihil nisi figura et significatif) sacrifieii præcipui quod venturum erat, fue-

runt Ut autem Christus, sanctus scilieet sanctorum et

præcipuum sacrificium, venit, ac pro nostra redemptione iinmolatus fuit, jam ilia antiqua fieri sacrificia uecessariuni non fuit. Postquam itaque ipse Christus venit, jam illo utimur sacrificio, pane scilieet et vino, quod nobis ordinanmt apostoli, imo Christus ipse dédit, etc.

(2) Isidor., de Fide catholica ex V. et N. Testamento contra Judœos , lib- II, cap. 27 (t. VI, 111). «Et quia panis et calicis saeramentum Deo plaeitum esset in holocausto, Scripturarum testimoniis non tacetur. Hujus enim sacrifieii præfiguralio in sacerdotio Melchisedech antea fuit expressa. Iste enim sacerdos Dei excelsi, quuni benediceret Abraliæ, ob mysterium futuri holocausti panem et vinum in sacrificio Domino obtulit. Hoc enim ille primum in lypo Filii Dei expressit, ad quem psalmista ex persona Patris sic dicit : Ante luciferum genui te ; tu es sacerdos in. œlernum secun du/n ordiriem Melchisedech. Hoc est, juxta ritum hujusmodi sacrifieii quod et iu passione sua perficiens Christus implevit; quodque ctiam apostolis in commemorationem suam fieri jussit.

«Non ergo jam vietimas judaicas, quales sacerdos Aaron obtulit, credentes offerunt;sed quales idem Melchisedecb immolavit: id est, panem et vinum, quod est corporis et sanguinis Domini verissimum sacrameutum. De quo idem Dominus dixit (Joann., VI, 56) : Qui manducaverit carnem meam et biberit sanguinem meum , in me manet, et ego in eo. Cujus quidem sacrifieii sacramentum et in Salomone per immolationem panis ac vini ita monstratur ( Prov ., IX, 1) : Sapientia œdificavit sibi domum, excidit columnas septem , immolavit vietimas suas , miscuit vinum suutn,

proposuit mensam suam, misit servos suos, dicens Fenite, come-

dile panem meum, et bibite vinum quod miscui vobis. . .

« Dei ergo sapientia Christus constituit sibi domum sacrosanctam Ecelesiam, in qua mactavit sui corporis hostias, in qua miscuit vinum sui sanguinis in calice sacramenti divini; etpræparavit mensam, boc est, altare Domini; mittens servos suos apostolos

fitque doctores. . . ad omnes gentes. . . , dicens eis : Venite ;

id est : sancti corporis escam sumite, et.. . poeulum sanguinis sacri percipite.

«Cujus quidem gratiam quia gentes suniuut, et Judæi non

meruerunt, déclarât hoc propheta Isaias (LXV, i3) dicens : Hœc dicit Dominus Deus : Ecce servi met' comedenl, et vos csurietis; ecce servi met bibent, et vos sitietis. ... Et dimittelis nomen vestrum in juramentum electis meis, et interficiet te Dominus Deus ; et servos , id est cliristianos, vocabit nomine alio. . .

«Interficitur enim Israël, succedit ex gentibus populus. Tollitur illis vêtus Testamentum, redditur nobis novum; conceditur nobis salutaris cibi gratia et poeulum sanguinis Christi, illis famé et siti arentibus. Mutatur et novo populo nomen aliud, scilieet Christianum ; et omnia quæ sunt gesta novitatem gratiæ résonant. »

It. Id. In Genes., cap. XI (t. V, 298).

Cs. Paschas. Radbert. de Corpore... Domini (Bibl. PP. XIV, 738). — Bed. In Ps. CIX, v. 4 (t. VIII, 990 ). — Id. In princip. Genes.,

lib. III (ap. Martène, Thésaurus nov. anecdot., t. V, 256, etc.).

Hieronym. In Ps. CIX, 4. — Augustin. It. (t. IV, 1240). — Zacharias Chrysopolit., In unum ex quatuor (Bibl. PP. XIX, 914.) — Florus, de Actione missarum (Ibid., XV, 62, 63). — Etc., etc.

(3) Ps. CX, 4. Dans le psaume XXI, v. 26 — 29, il ne parait pas possible de méconnaître le sacrement de l’autel, quand, du haut de la croix, Jésus-Christ voit dans l’avenir la mémoire de ses souffrances célébrée par les nations. Cs. Bèd., In h. t. (t. Vni , 542).

(4) Je dois la connaissance de ce manuscrit à l’obligeance de M. Chasles, aujourd’hui professeur h l’Ecole polytechnique, qui m’a procuré ainsi l’occasion de pousser le parallèle entre les deux verrières de Bourges et de Chartres au delà de ce que j’avais pu faire dans mon premier article, déjà livré à l’impression lorsque cette importante indication m’a été donnée. La prévenance bienveillante qui doublait le prix de ce service n’avait pas, du reste, de quoi me surprendre de la part d'un savant, à qui ses graves recherches auront appris de longue main combien le moindre fait peut avoir de portée en histoire, et ce qu'il en coûte bien des fois pour y arriver.

(5) Voyez la première planche d 'étude, fig. A. Le médaillon du crucifix était celui du n° 8, entre l’Église et la Synagogue ; et le personnage tenant un calice occupait le n° 1 2. Mais je soupçonne que cette figure tenant une coupe ou un calice, à Chartres, pourrait bien n’avoir été qu'une représentation d’Adam, racheté par la grande victime. Cette conjecture sera confirmée plus bas, par l'examen d’un vitrail de Beauvais.

(6) Malach. I, xo. « Non est mihi voluntas in vobis, dicit Dominus exercituum; et munus non suscipiam de manu vestra. Ab ortu enim solis usque ad occasum, magnum est nomen meum in gentibus, et in omni loco sacrificatur et offertur ponjini meo oblatio munda.»

VITRAUX DE BOURGES

convoquait les enfants d’Abraham, toutes les nations verraient le sacrifice sans tache monter constam Z, vers le ciel, de l'aurore aux extrémités de l’occident. Ce langage d'un écrivain sacre dont la i borne entièrement à prédire la Loi nouvelle, et à la montrer aux disciples de Mo.se comme

le véritable salut, ne saurait être éclairci par tous les emprunts

du monde dans les œuvres des Pères.

Il ne peut y avoir deux manières de l’entendre quand on sait que, près de se livrer a a mort poui nous, le Fils de Dieu laissa aux apôtres la coupe de la cène, en mémoire de ses dernieres sou rances, et leur fît expressément prendre garde que c’était le calice de son sang, gage de la nouvelle alliance (i). L’ordre qu’il ajoute à cette institution, quand il leur enjoint d’en renouveler après lui le prodige, fonde l’autel (2) nouveau, et par là même le nouveau sacerdoce, deux choses dont chacune croulerait par le défaut de l’autre, et dont l’absence réduirait la religion de Jésus-Christ à n’être plus qu une commemoraison quelconque d’un fait accompli à une certaine époque du passe.

Le moyen âge n’a donc point écouté ni une fantaisie curieuse seulement, ni une pieuse idée d’artiste plus ou moins intelligible, plus ou moins importante au spectateur, quand il a tracé ce médaillon central. II y a mis tout le fonds de la religion, toute la raison de ce qu’est l’Église, avec tout 1 abrégé de ce qu’elle peut. L’Église, sans le sacerdoce, ne formerait qu’un ensemble idéal, dont les parties ne sont appréciables qu’à l’œil de Dieu seul, dont le lien se réduit, à des affinités insaisissables. Le sacerdoce suppose un sacrifice, et la perpétuité du second peut seule établir celle du premier. Le Calvaire sans la messe, car c’est le mot, et le moyen âge ne prétendait point peindre des abstractions; le Calvaire, sans la messe, n’atteint le chrétien qu’autant qu’il plaît à celui-ci de s’en rappeler le souvenir; et, justiciable à soi tout seul de la part qu’il doit faire dans sa vie à ce grand objet, l’homme racheté par Jésus-Christ, trouve à peine pour son médiateur autant de pensées qu’en avait le païen pour ses <lieux(3). Mais dès qu’à l’idée de l’Église vous réunissez celle d’un ministère dont le but est supérieur à celui de toute mission humaine, l’aspect change dans l’économie de la rédemption. S’il est dans l’Église un ordre qui ait reçu le pouvoir de renouveler tous les jours l’immolation de la sainte victime, et d’en appliquer sans interruption les mérites, il devient tout simple qu’avec la dispensation des saints mystères il ait à faire le discernement de ceux qui veulent y participer; et la présence de l’Esprit saint dans ses conseils n’a plus rien qui surprenne, quand on sait qu’à la parole de ce corps privilégié tient ici-bas la présence réelle de l’Homme-Dieu (4). Dès lors, que la. hiérarchie ecclésiastique dirige et protège le peuple chrétien, comme l’annonce à Chartres son bâton pastoral; qu’elle soutienne et consolide sans interruption cet édifice vivant qui est l’Église elle-même, comme l’exprime le petit monument que sa main supporte; à la bonne heure; mais on énonçait toutes ces attributions dans une expression unique, quand on nous la monti’ait à Bourges, cette hiérarchie, décorée du sacerdoce et chargée de la dispensation du corps et du sang de Jésus-Christ. Elle ne rappelle pas seulement le sacrifice qui a consommé notre foi (5), elle le reproduit à son gré dans la suite des âges; et, à ce titre elle laisse bien loin derrière elle les fonctions du sacerdoce judaïque, dont toute la gloire consistait à le figurer.

La substitution de l’Église à la Synagogue est donc bien plus sensible encore dans ce trait de notre tableau qu’il ne l’avait été dans tous les autres. Bède, appliquant à tout le peuple juif les formidables malédictions du psaume CVIII, où d’autres n’ont vu que le traître Judas (6), suffirait à rendre compte

(1) Luc. XXII, 19, ao. — Matth. XXVI, 26— 28.— Marc. XIV, 22 — 24. — I Cor., XI, 23 — 29; X, 16.

(2) Hebr. XIII, io.

(3) Cs. Rupert, de Divinis officiis, lib. II, cap. 10.

(4) La présence de Jésus-Clirist, même comme homme , persistant sur la terre par le moyen du sacrement de l'Eucbaristie, a toujours été aux yeux des chrétiens un apanage sacré qui rehaussait singulièrement la sainteté de l'Église. Témoin cette hymne pour la dédicace , attribuée à saint Ambroise par Placide de Nonantola (vers le commencement du xuc siècle), Lib. de honore Ecclesiœ, cap. 6. (ap. D. Pez , t. II, P. II, p, 87).

« Hæc domus rite tibi dedicata Ceruitur in qua populus :

Corpus assurait , bibit et bealum Sanguinis liauslmn.»

Gerhoh de Reichersberg (Dia/og. de Differentia clerici sœcularis et regularis. ap. D. Pez, loc. cit., p. Soi) en appelle également à ce

caractère du vrai sacerdoce chrétien : «Una in parte slat Chris tus, vitis vera, cum sibi adhærentibus palmitibus per quos in sacrameuto altaris pullulât ille botrus cypri qui non est extra, sed tantum intus invinea Engaddi (Cantic. I, Mais l'hymne citée

il n y a qu un instant ajoute expressément à ce trait le souvenir u hapteme (indiqué ici par Engaddi ), comme nous en avons prêté 1 intention à l'auteur du vitrail de Bourges.

-•rosancti latices veternas Diluunt culpas, periniuutque n Chrismate veto ul creetur genus Cbrislicolarum.»

(5) Hebr. Il, î0. XII, 2. X, ,4.Etc.

(6) In Ps CVIII, 7, 8. « Quum judicatur exeat condemnatus, et

e|“ fi“V” «. *. pauci, c, episeopatum

ejus accipiat alter. « 1

Bed. ci. al., t.Vÿ$lgSli..Qmmjudiea)ur hjc per interiorem

de tout ce médaillon. Mais nous aurons lieu d’en montrer le germe répandu partout chez les saints Pères.

3i. Cette coupe qui caractérise le sacrifice de la nouvelle alliance (i), et par là même le sacrement de l’Eucharistie (2), offre une occasion qu’il ne faut pas négliger, ce semble, d’exposer un autre type biblique, étranger en apparence au vitrage que nous interprétons. Ces apparences du pain et du vin, qui voilent le corps et le sang de l’agneau sans tache sur l’autel de la nouvelle Loi, ce sacerdoce chrétien, prophétisé dans l’oblation du pain et du vin par Melchisedec; rappellent un emblème consacré par le langage des Pères, quand ils comparent le sang de Jésus-Christ au suc exprimé de la grappe, et la Passion de ce Dieu-Homme au pressoir qui foule le raisin après la vendange (3). Isaïe suggérait cette forme allégorique (4) dans un passage que l’office de l’Église applique à la passion de Notre-Seigneur, comme l’avaient fait presque tout d’une voix les anciens interprètes. Le prophète venait d’annoncer la

excæcationem , exeat etiam tandem condemnatus ; id est exitum habeat æternam condemnationem. Et oratio ejusfiat in peccatum ; omnis enim oratio quæ non fit per mediatorem Dominum nos-

trum Jcsum Cbristum, non purgat peccatum, sed auget Et

t lies ejus , id est dies regni et sacerdotii quos per mortem meam promittit sibi longiores fieri (Joann. XI, 47 — 5o. XII, 19) per ipsam mortem meam fiant pauci; sicut révéra factum est, quia quadragesimo secundo anno destructi sunt penitus a romanis principibus. Et episcopatum ejus, id est sacerdotium , scilicet ordinem Melcbisedecb, quod promissum ei fuit per sacerdotium Aaron, accipiat potius aller, id estgentilis. » — Cs. Augustin. In h. ps.

(1)’ Ce que nous avions dit du baptême précédemment nest pas nécessairement effacé par cette acception nouvelle à laquelle nous a conduit le calice. Ces deux significations sont réunies par Hildebert (xu° siècle), dans son poème sur les cérémonies de la messe, lorsqu'il expose le symbolisme de l'eau mêlée au vin dans le calice. Il y rappelle, ainsi que nous l'avons fait, le sacrement de la régénération en même temps que celui de l’autel.

Hildebert. Carmen de officio Misses (Bibl. PP- XXI, 164)-

« Admixlum vino laticcm miraris; at ipsum Grande sacramentum est, nec rationc vacat.

Unda fluens, liomo præteriens; ea mixta Lyæo,

Est Clirislo, Christi sanguine, junctus homo.

Dividit unitos, vei aquam vel vina ministrans,

Et caput a membris separat ipse suis.

Præterca nil Fons sine sanguine, nil sine Fonte Sanguis ; utrumque simul sal vat , utrumque sacral.

Quum rimaretur pendentis viscera Christi Lancea, manavit sanguis et unda simul;

Sicut utrumque simul fluxit, simul oITer utrumque; ünum deme, crucis non imitaris opus.»

Voici le même enseignement encore, dans un autre ouvrage que je cite à cause de la bizarrerie de sa forme. C’est le poème de Sacramentis novi sacrificii, souvent attribué à saint Anselme.

« Admiscetur aqua vino, quo signifie) ur Nos, qui salvificis alimentis vivifie)

Significantur aqua populi quos Gratia m|

Quos, quasi membra suo capiti , Christi cruor )

Porro si Domino vinum sine fonte bllatur Passio quod Christi lïierit pro gente neg)

Nam si quod redimi deberet plasma del ^

Tanta tulisse Deum sine causa non opusl

Econtra si fons , vini fuerit sine mix\ ^

Moiistralurquodgens(yrtm?)solamnnetsineCliris/

Nil fons salvificus sine sanguine propiti)

Et sine foute sacro sanguis nihil liic operf Sic utrumque simul decet in libamine s j Sic utrumque simul fluxit de vuluere Chr j Vitis vera Deus, fons vitæ Christus liab Jetur Fons de fonte, cruor de vile veuire vidj Quare non aliud alio sine sacrifie ) ^

Dum sic ad plénum sacra passio commemor j

Dans le manuscrit du xnc siècle, où j'ai transcrit ce fragment, les vers ne sont accouplés que par la dernière syllabe, et toujours au moyen de deux traits de plume convergents, comme je 1 ai conservé à la rime de mixto avec Christô. Je m'en suis affranchi ailleurs, parce que le copiste du xn” siècle varie quelquefois.

Honorius d'Autun ( Sacramentar ., cap. 84, ap- D. Pez, t. II, P. 1,

p. 3a4, sq.) fait deux fois le même rapprochement, à la même occasion. «Vinum ideo offertur quia Christus per prelum pas-

sionis dédit potum resurrectionis. Aqua ideo offertur quia populus

per aquam baptismatis Cbristo admiscetur et incorporatur

Si vinum quis offerat tantum sine aqua, sanguis Christi incipit esse sine nobis; si vero aqua sit sola, plebs incipit esse sine Christo. »

Id. Eucharistion, cap. 12 (loc. cit., p. 36 1).

Cs. Bibl. PP. XIII, 37a. XV, i65. XII, 354. XIX, 914. — Etc., etc.

(2) Même sous ce dernier point de vue seul, saint Léon prêterait à lire dans les figures qui nous occupent, la réprobation de la Synagogue et l'adoption de l’Église en sa place.

Leon. M. Sermo de Passione Domini, XI (ed. cit., t. I, 23g). « Fudit Judæus sanguinem justum qui reconciliando mundo et pretium esset et poculum.

Cs. Gerhoh. Reicherspergens., In Ps. LXVIII, 21 (D. Pez, t. V,

(3) Augustin. Contra Faust, lib. XII, cap. l\i (t. VIII, 246, sq.). Il montre le Messie dans la bénédiction donnée par Jacob mourant à Juda, l’un de ses fils. «Falsa sint ista, obscura sint ista,

si non in Christo evidentissima luce claruerunt Si

non lavit in vino stolam suarn (Gen. XLIX ,11) In quo

ergo vino, nisi illo de quo dicitur (Matth. XXVI, 28) quod pro mullis effhndctur in remissionem peccatorum? Ipse est enim botrus ille qui pependit in ligno. Propterea et hic (Gen. I. ci) vide quid adjungat : et in sanguine uvœ amictum suum, etc.

Id. Op. cit. (t. cit., 242), cap. 3i. — Id .de Civit. Dei, XVI, 41 (t. VII, 452.) — Id. Enarrat.inPs. LV (t-IV,5i6, sq.). «. . . .Primus botrus in torculari pressus est Christus. Quum ille botrus passione expressus est, manavit illud unde (Ps. XXII, 5) ; Calix inebrians quam prœclarus est!

Je pourrais citer Origène, saint Grégoire de Nysse, saint Jérôme, saint Ambroise, saint Chrysostome, saint Prosper, saint Bernard , etc., pour montrer ce type constamment accrédité dans l'Église; mais je ne dois que me prêter à un sujet qui ne fait point partie des peintures de Bourges.

(4) Is. LXnj, 1 — 3. « Quis est iste qui venit de Edom, tinctis vestibus de Bosra ? Iste formosus in stola sua, gradiens in mullitudine fortitudiuis suæPEgo quiloquor justitiam, et propugnator sum ad salvandum.

« Quare ergo rubrum est indumentum tuum, et vestimenta tua sicut calcantium in torculari ? Torcular calcavi solus, et de gentibus non est vir mecum : calcavi eos in l'urore meo, et conculeavi eos in ira mea; et aspersus est sanguis eorurn super vestimenta mea, et omnia indumenta mea inquinavi. . . »

Pour ne chercher qu’au moyen âge l'interprétation de cette vision majestueuse, écoutons Pierre le Vénérable, qui la traduit dans cette forme de transition par où la littérature latine ecclésiastique confine à la versification moderne.

Petr. Ven. Rhpthmus in laudem SalvatorisfiüA. PP. XXII, 1 1 29).

Huic tamen canitis (o superi).

Huio gémi flectitis,

Vos ia cadestibus,

Qui carnem luteain Utvestem trabeam Ferl de terrestribus,

«Hinc requirentibus Cur tinctis vestibus De Bosra venerit, Sermo prophelicus Semper vcridicus Narrai quid dixerit t

5o VITRAUX DE BOURGES.

ploire d'Israël dans le salut des gentils qui devait sortir de Sion; tout à coup, il rompt sa marche par un soudain écart, qui ne permet plus de reconnaître si c’est le ciel qui parle ou la terre. -.Quel est .celui qui vient d’Édom, de Bosra, avec ces vêtements aux couleurs éclatantes, cet homme a la be e . tunique, à la démarche pleine d’une fierté guerrière?— Moi, dont les paroles sont la justice, dont es

« exploits sont le salut. . „ .

«—Pourquoi la rouge teinte de ta robe? et ces vêtements comme ceux de 1 homme qui toule au

« pressoir?

«—J’ai foulé au pressoir, tout seul; et nul ne m’a prêté son bras Le sang a jailli sur ma robe,

« et tous mes vêtements en ont pris la couleur, etc.»

Dans d’autres endroits, l’Écriture parle du sang de la vigne (Gen. XLIX, n. Deuter. XXXII, i4- Ecch. L, 16. Etc.); le bien-aimé du Cantique des cantiques (I, i3) est comparé à la grappe vermeille dEngaddi; Notre-Seigneur s’applique à lui-même la similitude du cep qui communique la sève aux rameaux (Joann. XV); il n’en fallait pas tant pour donner l’essor au mysticisme des écrivains ecclésiastiques. Le pied de croix émaillé de Saint-Bertin (ire planche d 'étude, fig. D, n° i) nous montre la grappe de la terre promise (Numer. XIII, 24) introduite dans cet ensemble de christologie, et le manuscrit de Chartres, dont j’ai parlé plus haut, la marque au médaillon que nous avons numéroté 5. Cette grappe, que deux hommes rapportèrent pour faire comprendre aux Hébreux dans le désert la fécondité du pays de Chanaan, est considérée unanimement au moyen âge comme un symbole de Jésus crucifié. Saint Augustin (1) le tenait pour admis sans difficulté, au ive siècle; après lui, Évagre(2) entre dans quelques détails assez courts, mais qui paraissent avoir été dans la suite le thème des amplifications exécutées par ses successeurs. Pour lui, outre que la grappe suspendue représente Jésus-Christ en croix, les deux porteurs ont un rôle non moins significatif pour l’histoire de l’avenir. Celui qui, placé devant, marche le premier, et porte la grappe mystérieuse sans la voir, c’est le peuple juif. Le premier appelé, il a possédé sous la loi de Moïse les figures prophétiques du Christ et les promesses de sa venue; puis, quand la réalité s’est manifestée, il s’en est tenu aux ombres, sans vouloir reconnaître l’accomplissement des prophéties. Le chrétien, au contraire (les nations converties), c’est celui qui, marchant à la suite du premier, a sans cesse devant les yeux l’auteur et le consommateur de la foi.

Ce qu’Évagre exprimait en deux lignes, ses successeurs l’étendent à l’envi; voilà, à très-peu de chose

« Dva dum premitur,

Vinum objicilur (cjicitur?).

Et (ex?) preli pondéré;

Caro dum patitur Sanguis eflunditur Sub crucis onere.

«Calcantis tingitur Vestis, dum tingitur((angftur?) Vini rubedine;

Quo Deus tegitur Corpus , inficitur Efluso sanguine.

« Hic rubor vestium Signât supplicium Quod sponte pertulit,

Quod (juo?) tamcn gloriam

Àtque victoriam

Devincens (resurgens ?) rendit.»

Appensa est vîtïs inter tua braebia, de qua Dulcia sanguineo vina rubore fluunt. »

Mais une bonhomie germanique, empreinte d'une tendresse touchante , respire dans ces vers allemands que rapporte le Trésor hymnologique d’Herm. Adalb. Daniel (t. I, Halis , 1841,

Slcr minstock tract gc)ogcn nier unii brissig iar,

Ois an brr carfritag, bo tuart cr jilig gar.

De là ces allégories des vieux artistes, transformant la croix tantôt en un cep de vigne qu'ils couronnent de pampres, tantôt en un pressoir. De là encore, entre autres motifs, ce touchant symbole de la grappe placée dans la main de Marie, tandis tpi’ elle porte son divin enfant entre ses bras. Si quelqu’un pensait que j'invente en cela du mysticisme pour le prêter aux siècles passés, il ne ferait point preuve d’une grande connaissance des vieux monuments et de la littérature chrétienne. Renvoyons-le seulement à saint Pierre Damien et à d’anciens vers allemands, qui présentent ces figures avec une naïveté pleine de charme.

Pétri Damiani Rhythmus 61 , de S. Maria Virgine.

Ex te botrus egreditur Qui, crucis prelo pressus ,

Vino rigal arentes Saucli Spiritus memes. »

Fortunat nous montrerait ce symbolisme déjà tout épanoui dès le vi' siècle, et sur le sol français, quand il s’entretient en ces termes avec la croix de Jésus-Christ (ed. cit., P. I, p. 35);

□obile lignurn 1 poma geris!

ïlnbrr îirr rrnitjrs astr bo sdjcnkt man cipprr tain; inaria ist bit ktgUfrin, Sic rngrl scljcnkrn in,

Ors sôüm bit lirbcn sclcn non miitnc tnmckm sin.

Il ne faut point s étonner de voir le vin de Chypre mentionné dans une vieille poésie des bords du Rhin, dont la forme est si populaire. Saint Bernard connaissait déjà, et signalait, dès le xn' siècle, la supériorité de ce crû. (In Cantica, serra. XLIV, n° 3). Mais l’allégorie fondamentale reparaît dans une grande pièce xylographique, signée du monogramme d’Albert Durer. Des an^es, vêtus en diacres, y tiennent un calice sous chacune des plaies du crucifix. La même idée se montre dans plusieurs vitraux des xvc et xvic siècles; par exemple à Triel, près de Saint-Germain en Laye, où ce sujet se reconnaît encore dans un fenêtrage fort maltraité par le temps. Il semble qu’à la fin du moyen âge cette forme ait été substituée souvent à celle de l’Église près de la croix.

Quant à l’âge de trente-quatre ans donné à Notre-Seigneur mourant, Cs. Honorius d’Autun, in Hexaemer. (D. Pez, t. III , P. I , p. 71.

(1) Augustin. Opp. t. VIII, p. 242, 246. Etc.

(2) Evagr. AUercaXio inter Theophil. Christian, et Simon. (Marlène, Thésaurus noms anecd. V, 12). Le mot phalanga qu’il emploie passe, après lui, dans plusieurs commentateurs, comme u trace d’origine.

près,, toute la différence entre lui et les autres que nous pourrions citer (i); c’est donc toujours la substitution des nations au peuple juif, maintenue parmi cette variété de faits bibliques.

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