IX. L’ÉGLISE ET LA SYNAGOGUE MISES EN OPPOSITION
32. Il importe de se rappeler, à cet endroit principalement, que l’ancienne Loi et la nouvelle s’excluent sans se contredire. Elles s’excluent dans le temps et dans l’espace, parce qu’une portion distincte de lieu a été assignée à la première; et que la durée a été partagée entre elles; ce qui fait que leur coexistence simultanée emporterait, contradiction dans les termes(2). Mais elles ne se contredisent réellement point, si vous les prenez chacune pour ce qu’elles sont : l’ancienne, pour une attente; la nouvelle, pour une réalisation. Le provisoire et le définitif, la promesse et l’accomplissement, l’avant-coureur et l’arrivée; tels sont les caractères qui les distinguent l’une de l’autre, qui établissent et leurs rapports réciproques et leur unique opposition. L’homme peut bien leur prêter une contradiction apparente, mais ce ne serait que pour ne les avoir pas comprises. Si vous leur supposez à toutes deux ensemble une prétention à l’autorité suprême, à la force de loi, c’est vous qui êtes gratuitement absurde, puisque la première dépose tout pouvoir au moment où commence l’autre. Si vous faites dire à la première qu’elle se maintient lorsque l’autre se montre, c’est vous qui la faites mentir à vos risques et périls, en la méconnaissant. Jésus-Christ était hier, il est aujourd’hui, il sera encore au delà des siècles (3). Hier, on l’attendait; nous le possédons aujourd’hui; et, quand les siècles auront achevé leur cours, ce sera lui qui jugera de la bonne foi des hommes. Car c’était lui que le regard des anciens justes cherchait dans le lointain de l’avenir, et qui ne leur a laissé apercevoir que son aurore; c’est lui qui nous a fait le grand jour par sa venue; lui qui sait lire au fond des coeurs aveugles, s’il est vrai que la lumière leur ait manqué, ou si ce n’est pas peut-être qu’ils ont choisi les ténèbres.
Celui qui était l’attente des nations voulut, avant de se manifester à la terre, ne s’annoncer d’abord que par un long et faible crépuscule. Durant ces âges de préludes, ce que l’humanité possédait de lumière sur la religion avait été mis à l’abri dans un coin du monde, pour que les lueurs de la tradition pussent s’y raviver sans cesse, pour que le vrai en fait de croyances y trouvât au besoin sa pierre de touche. Là, ce feu sacré, patrimoine du genre humain, était déposé sous la sauvegarde d’institutions locales qui lui formaient comme un rempart, sans l’empêcher de rayonner au dehors. Car partout ailleurs Dieu n’avait que des sanctuaires privés; en Judée seulement il était le Dieu de l’État, l’objet de la religion nationale. Pour maintenir ce foyer, comme un phare entretenu par la bonté divine à l’ancien monde, le maintien même de cette nationalité importait gravement. De là l’importance, secondaire il est vrai, mais non moins grave, d’une constitution nationale et exclusive, qui obligeât ce peuple gardien de la vérité à la tenir arborée sans cesse. De là, une compénétration habituelle des lois civiles et des prescriptions religieuses, qui, comme une épaisse haie, s’entrelacaient autour de la société juive, pour la forcer à rester serrée près du saint dépôt. Ainsi, la Synagogue était la vestale de l’ancien monde (4); assujettie par sa prérogative même à d’onéreuses privations, et payant cher ses
(i) Cs. Cæsar. (?),sermo de Exploratoribus (S. Augustin. Opp., t. V. appendix, p. 56, sep); alias S. Augustin, serm. de Tempore, ioo. — Isidor. Allegor. S. Scriptur. , 70 — 72(1. V. 128). — Id. in Numer., cap. XV (t. V. 44x, sep) — Bed. in Numer., cap. XIII (t. IV, 177, 178). — Id. Qucest. super libr. Numer., cap. XI (t. VIII, 3i8). — Ambros. Ansbert. in Apoccdyps., lib. V" (Bibl. PP., XIII, 509). — Rupert, in Numéros, lib. I, cap. 37.
Bède copie exactement saint Isidore, surtout dans le second passage ( Quœstion .) que nous avons indiqué. Ambroise Ansbert est moins servile, et pourrait cependant aider à corriger la leçon adoptée par Areva lo dans le texte primitif. Il ne semble pas douteux qu’au lieu de duo advexere vectores, adopté par les éditeurs de saint Isidore et de Bède, il faille adopter, avec Ambroise Ansbert, le mot adduxere. Aiusi, ces répétitions ne sont point dépourvues de quelque utilité.
Ajoutons un mot pour confirmer ce que nous avons dit au sujet du symbolisme de la grappe entre les mains de la sainte Vierge. Tous ces auteurs, et d'autres encore, s'accordent à comparer Marie à la terre promise, d'où fut apportée la grappe mystérieuse, sans
que rien fasse entrevoir aucun but ultérieur dans leurs paroles. Mais ce rapprochement semble chez eux un tribut qu’ils ne pouvaient se dispenser de payer à la conviction publique.
(2) Ilebr. VIII, i3. «Dicendo autem novum, veteravit prius.»
(3) Hebr. XIII, 8.
(4) Il se rencontre des gens vaguement persuadés, on ne sait pourquoi, que la loi mosaïque était avant Jésus-Christ l'unique moyen donné aux hommes pour plaire à Dieu. Ces gens-là, s’ils ont pris quelque connaissance de l’Ecriture sainte, auraient pu remarquer que Job y est présenté, aux Juifs même, comme un modèle, sans qu'on le prétende ni enfant de Jacob ni prosélyte; que Naaman (IV Reg. V, 17 — 19) s’en retourne en Syrie, après avoir reçu les bénédictions du prophète Elisée, bien qu’il n’eût pris aucun autre engagement que celui de sacrifier à Dieu seul; etc. Quelques paroles de saint Thomas mettent cette doctrine dans tout son jour, avec la netteté singulière qui caractérise ce rare génie.
Summ., Prirn. Il, qu. 98, art. 5. «Lex vêtus manifestabat præcepta legis naturæ, et superaddebat quædam propria præcepta.
.« Quantum igitur ad ilia quæ Lex vêtus continebat de lege na-
aG
52 VITRAUX DE BOURGES
honneurs par les rigoureuses lois de sou ministère. Ce régime exceptionnel qui la séquestrait c’était ,a sévère consigne dnn corps d’élite, privilégié parce qu’il a des intérêts plus graves a défendre, e, recevant avec ses distinctions, souvent austères, une responsabilité plus impérieuse.
C’est pour cela que le Juif était soumis à de nombreuses pratiques qui ne pouvaient manquer de lui rendre la vie pénible hors de la Palestine, en le singularisant énormément aux yeux des autres peuples. Il était bon, nécessaire même, qu’il ne s’éloignât pas trop du seul temple où Dieu admettait ses hommages, et qu’un semblable exil lui pesât assez fort, pour que ce sentiment assurai 1 existence compacte d’une nation si utile à la conservation des vérités morales dans l’univers. A l’aide de ce centre d’activité, constamment alimenté par ces moyens, transpiraient sans relâche au dehors les dogmes de l’unité de Dieu et d’une réparation future pour l’humanité; prescrivant pour la conscience contre les folies du polythéisme universel, et relevant les âmes abattues par le scandale de la démoralisation publique.
Le peuple de Dieu est donc un grand spectacle dans l’histoire de l’antiquité; et c’est grande honte que tant d’historiens n’y aient pas su lire son rôle, tandis que d autres le dissimulent par mauvaise foi. Mais il faut être chrétien pour estimer ce peuple à sa juste valeur. Alors on met toute sa gloire à l’avoir pour base(i) : sachant que l’on ne possède la vérité qu’à condition de la tenir de lui, que l’on n’appartient à Jésus-Christ qu’à titre d’enfant des patriarches ou de substitué à leurs successeurs. Celui qui, Israélite par le sang de ses aïeux, ne reconnaîtrait point là sa vraie noblesse, ne s’estime point assez. Il appauvrit le don départi à ses pères, en prétendant l’agrandir; et, sous prétexte d’en hériter, il le renie. N’est-ce pas une part assez belle pour une nation, que d’avoir été pendant des milliers d’années la seule que Dieu reconnût pour sienne? Quand partout chez les peuples civilisés a croulé le culte des idoles pour faire place à l’adoration du vrai Dieu, une famille de l’humanité qui se prétendrait encore séquestrée par la main du ciel, briguerait en cela un titre de malédiction au lieu d’un gage de faveur. La Synagogue est le punctum saliens du monde , à la considérer parmi les nations anciennes; mais, dans le monde moderne, il n’y a plus de mot pour la nommer. Lisez saint Chrysostome, et dites s’il faut attribuer aux usures et aux maléfices du moyen âge l’indignation dévorante qui bouillonne à travers les siècles chrétiens contre cet enfant perdu des patriarches. Groupez les faits tant qu’il vous plaira, pour arriver à ne plus voir dans certaines fureurs populaires contre les Juifs qu’une réaction comme il y en a tant; ce n’est pas cela. S’il ne s’agissait que d’accumuler les exemples de causes provocatrices, on n’en a point assez dit, il y en aurait à citer bien d’autres encore. Mais remontez plus haut, soyez moins érudit et plus grave; étudiez l’homme plutôt que les chroniques. N’est-il pas vrai que l’amour et l’enthousiasme sont les passions qui confinent le plus à la haine? Là est toute la solution, il n’en faut point d’autre. C’est l’amour, c’est l’enthousiasme pour la Synagogue ancienne, pour les géants de l’ancienne Loi, pour toutes ces grandes figures qui resplendissent dans la Bible; c’est cet enthousiasme même et cet amour, qui ont allumé et soulevé dans les cœurs chrétiens cette lave menaçante d’un courroux toujours prêt à faire éruption contre ceux qui désavouent un tel héritage. Tant de lumière chez les aïeux, tant de foi et de générosité dans les pères, tant de glorieux préludes à la délivrance de l’humanité, toute une société deux mille ans en travail de l’enfantement du Messie, et leurs descendants détourner la tête au moment où tout vient à s’accomplir! renier hautement ce Messie dont ils étaient les précurseurs; et couronner d’un déicide l’histoire du peuple de Dieu!...
Muis voici ce qu’il faut ajouter, et ce que l’on n’a guère compris : c’est que, lorsque le torrent ainsi gonflé déborde, la raison en est que l’Église faiblit. Pour contenir un flot qui monte avec pareille furie, il ne faut pas une digue moindre que la charité du CrueiGé. Mais si le clergé sommeille
luræ, omnes tenebantur ad observantiam veteris Legis. Non quia crant de veteri Lege, sed quia erant de lege naturæ. Sed quantum ad ilia quæ Lex vêtus superaddebat, non tenebantur aliqui observantiam veteris Legis, nisi solus populus Judæorunx. CuJUo ratio est quia Lex velus data est populo Judæoruui, ut quamdam prærogalivam sanctitatis obtineret propter reverentiam Cbristi, qui ex îllo populo nasciturus erat. Quæcumque autem statuuntur ad specialem aliquorum sanctificationem, non obligant nisi illos • sieut ad quædam obligantur clerici, qui mancipantur divino mimsteno, ad quæ laici non obligantur. Similiter et religiosi ad quædam perfectionis opéra obligantur ex sua professione^ad quæ
sæeulares non obligantur; et similiter ad quædam specialia obligabatur populus ille, ad quæ alii populi non obligabantur.
* Dicendum quod quicumque subduntur régi, obligan-
tur ad legem ejus observandam quam omnibus communiter proponit; sed si instituât aliqua observanda a suis familiaribus ministris, ad hæc cæteri non obligantur.
..... (inutiles perfeetms et securiua salutem consequebantur T ob"™l“ Legis quant sub aola lege naturali, et ideo ad eas admiltebantur; aient etian, „„nc laici transeunt ad cleeicatnm, et sæculare. ad relig.onem, quant™ abaque hoc posaint aal.ari..
(t) Ephes. II, xi— 30.
ou si les évêques sont enchaînés ( n importe comment), qui rappellera avec assez de force à ces populations écumantes, que le Messie a prié pour ses bourreaux, et, du haut de la croix, leur a cherché une excuse? On pourrait ici entasser de l’érudition, je n’en ai que faire. Qu’il suffise de rappeler les clameurs unanimes du protestantisme à sa naissance contre les fils dévoyés de la Synagogue, et les puissantes interventions des évêques et des papes auprès des peuples et des princes, dans des circonstances semblables (i). Trop d histoire pourrait faire oublier qu’il s’agit surtout de l’étude du cœur humain, et du pouvoir de la grâce.
Il fallait mettre ceci dans son vrai jour, afin de pouvoir lire le moyen âge sur ce point.
33. Tout est consommé (2) ; ce fut la dernière parole que fit entendre le Fils de Dieu, en terminant sa vie mortelle. Du gibet, où ses ennemis pensaient avoir fait échouer son influence, son regard divin plongeait dans le passé, pour y lire tout le détail de la tâche que les prophéties lui avaient faite; et, quand rien ne lui resta plus à accomplir, il voulut lui-même rendre ce témoignage à sa ponctualité, avant de mettre un terme à ses douleurs. La terre, pour attester cette déposition de l'infaillible témoin, se débarrasse des symboles qui prétendent continuer leur rôle après la manifestation de la réalité; et le jour se précipite dans ce sanctuaire de Jérusalem (3), où l’on voudrait conserver du mystère après que son secret a été arboré sur le Golgotha. Voilà le moment solennel que le peintre avait à rendre.
Mais si la consommation de l’ancienne Loi est précisément le titre et comme la lettre de créance du Messie, on ne saurait attribuer à l’art chrétien la pensée de dégrader aux pieds de la croix cet ancien peuple de Dieu, dont l’histoire et les livres sont précisément le dossier de nos preuves de noblesse. Nos grands écrivains n’ont garde d’oublier à ce point leur généalogie. Ils répètent à l’envi que la grandeur de l’Évangile est surtout dans sa conformité avec les livres des Hébreux; que la Loi ancienne est la mère de la nouvelle; et que si les promesses et les figures antiques trouvent leur lumière et leur solution dans le christianisme accompli, les faits évangéliques puisent leur plus imposant caractère et empruntent leur radieuse auréole dans le trésor auguste des vieux témoignages qui étaient, à vrai dire, le christianisme préparé, promis, ébauché (4). Lors donc que la Synagogue nous est ici montrée avec un appareil de flétrissure et d’ignominie, gardons-nous de croire que la doctrine de Moïse y soit déprimée. Ce nest même pas elle, à proprement parler, qu’on se proposait de peindre; mais ceux-là seulement qui la dénaturent et la violentent, tout en prétendant la défendre, lorsqu’ils lui supposent la volonté de survivre au fait qui la consomme et la transfigure. Le nom de la Synagogue, en effet, n a pu s empreindre chez les chrétiens de quelque défaveur, qu’en vue de ceux qui persistent à lui attribuer une valeur présente, quand elle a consumé ses pouvoirs en atteignant le terme de sa mission (5). Du reste, ce que nous écrivions il n’y a qu’un instant (6) suffira, sans doute, pour faire bien entendre la distinction, l’opposition même, qui sépare la Synagogue ancienne avec sa mission di vine, de la Synagogue moderne tout appuyée sur des prétentions humaines.
Voilà ce qui explique et les monuments indiqués au commencement de ce chapitre (7), et ceux
(1) Contentons-nous d'indiquer dans le Droit ecclésiastique des prescriptions dont la portée sera tout autre que celle de faits isolés. Cs. c. 3, Dist. XLV (S. Greg. I. — VIIe siècle. y — Ibid., c. 5 (concil. Toi. — II.). — Cap. III et IX, de Judæis (V, 6. — XIIe siècle, etc.). — Etc.
Il serait aisé de montrer, par un dépouillement des recueils de lois civiles, que les gouvernements et les générations les plus violentes envers les Juifs ne furent pas les plus dociles à l’Église.
(a) Joann. XIX, 3o.
(3) Matth. XXVII, 5i.— Marc. XV, 38.— Luc. XXIII, 45.
(4) Humbert., Contra Grœcorurn calumnias (Bibl. PP. XVHI,
3g8, etc.) « O sancta, o bona, o venerabilis Lex, cum universis mandatis et observationibus tuis! Quicumque te et tua usque ad unum iota maledixit, maledicit aut maledicet, sit iste maledictus. Potuitne aut debuit Dominus noster sic ingratus esse ut tam fidelem et devotum præconem, et constantissimum testem suum, aliqua maledictione confunderet, qui non cessavit tota sua intentione : signis, mandatis, sacrificiis, ceremoniis atque verbis, gloriain ejus conclamare!
« Ecce breviter Salvator innotuit (Luc. XXIV) incarnationis ac passionis suæ humilitatem, atque resurrectionis gloriam, omniumque gentium vocationem et per baptismuin salvationem, in veteri Testamento præmonstratam , et in noyo fuisse exhibitam; utme.-
rito evangelium niliil aliud sit dieendum quam Legis expositio.
Quæ Lex, velut bajula et nutrix Christi et Ecclesiæ in ple-
nitudine temporum, prævia evangelicæ gratiæ, et veritatis lucerna, publicis visibus revelavit quod diu in secretis cubiculi occulta -
vit Maledicendus ergo est utérus ille qui, Spiritu Dei gra-
vidatus, ab initio parturivit omnia sacramenta Christi et Ecclesiæ; taudemque in fine sæculorum peperit ipsum evangelium prædi-
candum ubique! Alioquin deleto veteri Testamento no-
vum evanescet fabulaque putabitur, nec retineri poterit, absque charactere suo; quoniam nec paries stabit sine fundamento quod ipse Dominus suis factis et dietis supposuit, et apostolis seu prædicatoribus suis inspiravil narrationis suæ cursum firmare an-
chora Testamenti veteris, etc., etc
« Deinde si universa mosaicæ legis relinquimus Judæis, nulla bonestas aut sanctitas remanebit noliis. . . . Relinquantur ergo
eis sola carnalia mandata in quibus, cæci,quærunt quid
invenire; dum, umbram sectantes, exulant a luce. *
Cs. S. Tliom. Summ. P. III, q. VIII, art. IV, 4- On en a pu voir bien d'autres témoignages, si l’on a seulement pris la peine de vérifier les indications données [dus haut, à l’occasion du n°a8; page 44-
(5) Apocal. II, 9. — (6) Cs. n° 3a, page 5i.
(7) Cs. n° 7, pages 7 — 9; planches d'étude 1, 11, iv, vj.
VITRAUX DE BOURGES
dont nous ferons la revue dans l’article troisième, et les testes que l'objet actuel nous donnera lieu de rassembler; voilà comment Durand de Mende interprétait au raf siècle cette lance bnsee que porte la Synagogue, symbole d’un pouvoir qui a fait son temps (t), et qui n’a plus de place, si ce n’est dans l'histoire. Car comme la majorité du peuple juif refusa de reconnaître le complément que le Fils de Dieu était venu donner a l’ancienne Loi, et prit à sa charge ce sang (a) qui coulait pour affranchir le monde; il arriva que l’avant-coureur, au lieu de servir à constater l’arrivée du maître, fut établi en une sorte d’hostilité permanente contre celui qui l’avait envoyé. Ainsi trouvèrent-ils, ces aveugles, le secret de tourner leur antique prérogative en une funeste exclusion, et de prétexter contre la lumière donnée au monde, le flambeau que leur avait confié le Ciel pour un temps. Ainsi, quoique les premiers disciples de Jésus-Cbrist et ses envoyés dans l’univers eussent été pris chez Israël, la défection du plus grand nombre de leurs frères fit que la vérité devint le partage des nations jusqu’alors idolâtres; et l’aveuglement, celui d’Israël, seul véritablement enfant de lumière jusqu’alors. Saint Léon, qui nous fournit ces rapprochements(3), nous autorise donc à voir encore dans cette scène la pensée fondamentale qui perçait à travers tous les sujets que nous venons d’observer. Bien d’autres témoins nous viendraient en aide, s’il était nécessaire de les faire comparaître; mais les détails de ce médaillon nous donneront lieu d’y recourir.