Myrrha et gutta et casia a vestimentis luis Vestimenta
ejus sunt sancti ejus, electi ejus, tota Ecclesia ejus; quam sibi sicut vestem exhibet, sine macula et ruga (Ephes. V, 27): propter maculam abluens in sanguine, propter rugam extendens in cruce
23. « Myrrha. ... a vestimentis luis, a domibus ebumeis ; ex quibus delectaverunt te filiœ regum. . . . Vis domos eburneas spiritaliter accipere? Magnas domos, et magna tabernacula Dei, corda sanctorum. . . . aecipe; quia inde delectaverunt eum filiæ regum. Eteuim omnes animæ quæ illis prædicantibus et evangelizaulibus
natæ sunt, filiæ regum sunt Intelligite etiam filias regum,
civitates quæ crediderunt. in Christum, et a regibus conditæ sunt... Filiœ regum delectaverunt te in honore tuo; quia non quæsierunt honorem paLrum suorum, sed quæsierunt honorem tuum. Ostendatur mihi Romæ in honore tanto t.emplum Romuli, in quanto ibi ostendo memoriam Pétri. In Petro quis bonoratur, nisi Ille defunctus pro nobis? Sumus enim christiani, non petriani. . . Per ilium nati, sed illi nati. Ecce Roma, ecce Carthago, ecce aliæ et aliæ civitates filiæ regum sunt,. ... et ex omnibus fit una regina.
24 «Quale carmen nuptiale! Ecce inter cantica hilaritalis plena, procedit et ipsa sponsa. Sponsus enim veniebat, ipse describebatur, in ilium erat omnis iutentio nostra; procédât et ista .Adstilil regina a dextris luis. Quæ a sinistris, non regina. Stabit enim quædam et a sinistris, cui dicctur (Mattli. XXV, 41) : Fade in ignem æternum. A dextris autem stabit cui dicetur (Ib. 34)'- Venite , benedicti Pat ris mei, percipite regnum quod vobis paratum est ab initia mundi.
« Adstitit , . . . investitu deaurato, circumamicta varietate. Vestitus reginæ hujus quis est ? Et preliosus et varius est. Sacramenta doctrinæ in linguis omnibus variis. . . ; faciunt istæ linguæ varietatem vestis reginæ bujus. Quo modo autem omnis varietas vestis in unitate concordat, sic et omnes linguæ ad unam fidem. In veste varietas sit, scissura non sit... Etc.
32. «Pro patribus luis nati sunt tibi filii. Genuerunt te apostoli;
ipsi missi sunt, ipsi prædicaverunt : ipsi patres Constitues
cos principes super omnem terram. Hæc est cathoi.ica ecclesia ; filii ejus constituti sunt principes super omnem terram.. . Etc.»
Cs. Ilieronym. Epist ad Principiani. — Theodor. Mopsuest. ap. Facund. Hermian. Pro defens. trium capitu/or. Lib. IX. — Cassiodor. in Ps. XLIV. — Ilonor. Augustodunens. (D. Pez, V, 917 — 926). — Etc.
maiS elle, à son tour, quelle vienne prendre la plaee qui l’attend. C’est la droite qu’on lui réservait, c’est là qu’on la reconnaît à sa noble contenance. Une autre est placée a la gauche, mais ce n est point la reine : car il a été réservé une place à gauche aussi, et elle est pour cette autre qui s entendra dire : Va au feu étemel. Etc., etc.
Cette Église personnifiée par la foi de nos pères (i), les livres saints semblaient ne pouvoir offrir trop de figures pour la présenter à leurs yeux aussi bien qu’à leurs pensées. C’était pour la glorifier que l’Esprit de Dieu avait dicté l’histoire de la reine de Saba venant des lointaines contrées écouter la sagesse de Salomon (2); c’était elle dont la vocation leur apparaissait dans la providence qui conduit au bord du Nil la fille de Pharaon (3), pour lui faire trouver Moïse; elle qui, comme le soleil dans l’auresplendissait d’avance dans presque toutes les femmes illustres de la Bible. Mais c était surtout i le diadème qu’ils aimaient à la chercher; l’Église leur apparaissait, avant tout, glorieuse et couronnée de puissance. Aussi conviendra-t-il d’insister particulièrement sur ce trait, pour entrer dans la pensée du moyen âge, après avoir ajouté encore quelques mots seulement sur le titre d épouse de Jésus- Christ, que nous venons de voir apparaître en cet endroit.
Nul doute que l’Église soit l’épouse de Jésus-Christ, et que tous les docteurs l’aient saluée de ce nom. Mais cette qualité auguste s’applique-t-elle bien en ce lieu? et faut-il reconnaître dans le peintre l’intention de la rappeler à nos esprits? Il est impossible de n’en convenir pas, si l’on songe quel est l’accord des écrivains ecclésiastiques à comparer le premier sommeil d’Adam et la formation d Eve av ec la mort du Fils de l’homme sur la croix, et son côté ouvert par la lance(4)- S’appesantir ici sur ce type, l’un des plus consacrés par la tradition, ce serait empiéter sur la part que réclamera bientôt un autre vitrail de Bourges (chapitre VIe). Mais s’il nous faut actuellement franchir tout cet exposé, ce serait dénaturer le monument, que d’écarter la conséquence qui en jaillit, et dont l’intention dirigeait incontestablement le pinceau de l’artiste. Certes, à une époque où (n’importe ce qu’il nous en semble pour le droit, il s’agit du fait) l’homme qui avait pris son parti, soit d’enseigner, soit de professer quelque doctrine opposée à celle de l’Église, était traité en ennemi du genre humain, alors, dis-je, il est visible qu’on prétendait peindre ici cette maxime : hors de l’église point de salut. Ni les mâles caractères des populations de cet âge n’auraient supporté, ni la subtile métaphysique des écoles de ce temps n’aurait compris qu’on leur parlât de christianisme hors de l’Église, ou d’Église et de communion chrétienne hors de l’Église catholique. Historiquement, telle était l’unanime disposition de la chrétienté au xme siècle; théologiquement, c’est le constant et invariable enseignement des SS. Pères. Si donc nous rappelons à cette occasion des paroles de saint Augustin , c’est uniquement parce que sa voix était haute et retentissante entre toutes les autres au moyen âge; et parce qu’il rattache étroitement à la pratique les conséquences de cette qualité tant de fois proclamée par lui : l’église, épouse de JÉSUS-CHRIST. Voici ses propres expressions (5) ; si elles sont simples, elles ne sont que plus fortes par leur inévitable énergie.
«Aimons le Seigneur notre Dieu, aimons son Église : lui comme notre père, elle comme notre mère; « lui comme notre maître, elle comme sa servante « (Ps. CXV, 16.)
..Mais ces deux époux, un étroit amour les unit; qui offense l’un d'eux ne saurait plaire à l’autre.
car nous sommes les enfants de la servante
(1) L'Écriture sainte, du reste, leur en fournissait le modèle. Cs. Apocal. XII.
(a) Rupert., in libr. Reg. Comment., libr. III (III Reg. IX, X).— Isidor. Allegor. 9a. — Honor. Augustodun., Gemma anima, lib.IV, cap. 65.— Gerhoh., in Ps. XLVII (D. Pez, V, 936).— Etc.
(3) Isidor. Allegoriœ, 58. — Etc.
(4) Cs. Ribl. PP. VI, 24. VIII, 5. IX, 598, 905,918. XIII, 45a. XIV, 1 1.— Cyrill. Hierosolym. (ed. cit., p. 44).— Ambras, in Id. iri Ps. XXXIX. — Joann. Chrysost. (ed. Montfaucon, ITT, -Augustin. UI, P. II, 804. IV, 35 1, n7o, x534- VIII, *45, etc' — Etc., etc.
(5) Augustin, in Ps. LXXIX (IV, 954). - Amenais Dominum Deum nostrum, amenais Ecelesiam ejus : ilium sicut patrem, is-
rem; ilium sicut Dominum, liane sicut ancillam ejus quia lilii ancillæ ipsius sumus.
« Sed matrimonium hoc magna charitatc compaginatur. Nemo offendit unum, et promeretur alterum. Nemo dicat : Ad idola qui-
dem vado, arreptitios et sortilegos consulo; sed tamen Dei Ecclesiam non relinquo, catholicus sum. Tenens matrem, offendisti patrem. Alius item dicit : Absit a me, non consulo sortilegu quæro arreptitiuin, non quæro divinationes sacrilegas; non eo ad adoranda dæmonia, non servio lapidibus; sed tamen in parte Donati sum. Quid tibi prodest non offensus pater, qui offensam vindicat matrem? Quid prodest si Dominum confiteris, Deum honoras, ipsum prædicas, Filium ejus agnoscis, sedentem ad Patris dexteram confiteris; et blasphémas Ecelesiam ejus? Non te corrigunt exempta humam conJ“g»? si ùaberes aliquem patronum oui
quotidie obsequercris, cujus limiua serviendo contereres; quem quotidie, non d.co salutares, sed et adorares; cui impenderes fide- ,a obse,Iula; s. unum crimen de ejus conjuge dicercs, numquid tlomum ejus intrares?
■Tenete ergo, chari.simi, tenete ornaes unauimlter Deum patrem, et matrem Ecelesiam.» 1
Cs. Cyprian. de Unitate Ecclesiœ., ed. cit., p. 180, 181.
« Ne venez point nous dire : J’honore les idoles, j’ai recours aux secrets magiques; mais je suis catho- « lique, toutefois; je n’ai garde de renoncer à l’Église de Dieu. Ainsi, vous vous attachez à votre mère, « mais vous encourez la malédiction paternelle. Un autre dira : Dieu me garde d’appeler à mon secours « les suppôts de Satan, de mettre en œuvre des artifices sacrilèges! mais j’appartiens aux sectateurs « de Douât. Eh! pensez-vous donc ne point déplaire à Dieu, quand vous offensez l’Église dont il se « fait le vengeur? Qu’importe que vous honoriez Dieu, que vous professiez son service, que vous « exaltiez sa grandeui‘, et que vous reconnaissiez la majesté souveraine de son Fils, si vous blasphémez « son Église! Ignorez-vous comment pareille chose se traite entre époux parmi les hommes? Qu’un pro- « tecteur vous accueille; eh bien, après une assiduité constante de votre part, après une ponctualité « servile à lui présenter chaque jour vos hommages, après des marques d’honneur poussées jusqu’à « l’adoration, après des services dévoués, s’il vous échappait de ternir par un mot la réputation de sa « femme, dites-moi, seriez-vous admis dans sa maison?
« Ainsi, chrétiens, faites-vous tous une règle de conserver à la fois, et dans Dieu un père, et dans « l’Église une mère. »
36. Mais ce qui est bien autrement caractéristique de l’époque, ce qui tranche bien plus fortement avec les allures de nos sociétés modernes, c’est la couronne que porte l’Église, et le sens que le xme siècle n’a pu manquer de lui donner (i).
Nous sommes aujourd’hui d’une perfection singulièrement idéale dans tout ce qui tient à l’existence de l’Eglise : nous n’y voudrions pas plus de représentation extérieure que de scandales, pas plus d’action sur le monde que d’esprit du monde. Faisons observer seulement que si les théories modernes se trouvent être les meilleures en ce point, il faudra dire que jamais l’Église n’a été ni mieux mise à sa place, ni plus exactement appréciée, qu’au moment où l’Évangile a cessé de régler les conseils des nations. Parlons donc du xni* siècle, mais surtout des premières années de cette période, et de celles qui le précédèrent immédiatement. Là nous ne rencontrerons que de l’histoire et des cendres depuis longtemps refroidies.
Personne (de bonne foi) n’imagine, je pense, que le xii" siècle, avec tous les saints et illustres personnages qu’il a produits, eût absolument pris le change sur les véritables notions de ce que doit être l’Église. Mais quoi! si ardents à réclamer pour elle des droits, même politiques, et à les revendiquer comme inhérents à sa nature, ne méconnaissaient-ils point l’esprit des premiers âges du christianisme, où l’Evangile s’était renfermé dans une action purement spirituelle? Et cependant ces âges si purs de tout alliage mondain n’avaient-ils pas laissé un modèle d’héroïsme à jamais digne d’envie? Car enfin que manquait-il à la primitive Église?
Je veux que rien ne manquât à la primitive Église; mais ce qui n’est pas moins assuré, ce semble, c’est qu’il manquait beaucoup alors à l’Humanité. Il manquait aux esprits faibles et aux cœurs chancelants cet entraînement vers le bien, sans lequel ils se précipitent en foule dans les voies mauvaises, et qui, lorsqu’il existe, tourne la faiblesse même des âmes pusillanimes à leur propre avantage et à celui de la société. Il manquait aux passions fougueuses, comme aux heureux de la terre, ce frein extérieur d’une loi suprême revêtue de puissance, seul capable, soit de contenir, soit de réprimer les emportements de la tyrannie et de la luxure violentes. Il manquait au pauvre et à l’opprimé une voix indépendante qui pût réclamer pour eux la part du commun héritage; une main forte et secourable qui fût en mesure de leur ouvrir un asile contre les rigueurs du despotisme aussi bien que de la fortune. Il manquait aux philosophes et aux discoureurs de morale, un enseignement public qui leur apprît à ne pas séquestrer, au profit de privilégiés oisifs, le patrimoine de vérités et de droits que le Ciel avait départis à la famille humaine; et à ne point convertir en jeux d’esprit, ou bien en passe-temps
(i) Il sera bon de choisir préférablement nos autorités parmi les auteurs français en cette matière. Arnoulf de Lisieux parlait ainsi au concile de Tours en 1 163 (Bibl. PP. XXII, i3a3,stj.) :..Ut status Ecclesiæ conservetur incolumis, oportet unitati ejus et libertati provideri. . . . Alteram scindere nititur scliismaticorum ambitio, alteram quærit auferre violentia tyraunorum. Utrumque tamen eis per Dei gratiam impossibile erit. Impossibile siquidem est spirituale ecclesiasticæ unitatis scindere sacramentum quod inter Cliristum et Ecclesiam, ipso Pâtre auctore, indissolubili fœdere connexum est et firmatum. Impossibile est suam Ecclesiæ Dei tollere libertatem quam dominici sanguinis consecravit eflusio. . . .
Ita, Domini mei, salva nobis semper est unitas; salva sempcr est libertas Ecclesiæ : quia neque tunica inconsutilis scindi potest,
neque Christi sanguis in irritum devocari Et licet ii quos
diximus tyranni terrarum circa temporalia bona et ipsa etiain corpora uostra desæviant, edant carnes nostras (Ps. XXVI , x ) ; infirmantur et cadunt. (Ibid., 3). — Etc., etc.»
Cs. Honor. Augustodun. Summa gloria de si postolico et Auguslo (D. Pez, t. II, P. I, p. 178). Cet opuscule, plein de verve et d'autorité, mérite une lecture attentive. On y remarquera principalement les pages 181 — 187, 192 — ig5, 197 — 199.
VITRAUX DE BOURGES
de sophistes, des leçons sérieuses et obligatoires pour tous. Il manquait aux législateurs un point de mire qui leur fît apercevoir ce qu'ils peuvent et ce qu’ils doivent, en montrant avec empire ce que Dieu veut, de l’homme, et par là même ce que le souverain maître attend des sociétés. Puis, pour soutenir les auteurs et les organes de la loi dans cette route, il leur manquait un point d’appui qui les empêchât de lâcher pied comme de s’obstiner aveuglément: en proclamant aux yeux du pouvoir pourquoi c’est que l’on doit mourir; et à la vue des peuples, quand c’est que la justice du Ciel cautionne les arrêts de la terre. Il manquait aux sociétés, non-seulement une autorité, mais un pouvoir différent de la force politique, qui fût assez haut placé pour que ni le prince, ni le sujet ne pussent le soupçonner d’être partie dans leurs débats; pour que son intervention, calme et sévère, rappelât sans cesse aux maîtres que l’obéissance pouvait avoir des bornes, et aux serviteurs que le refus d’obéir pouvait être de la révolte. Il manquait aux ministres même de l’Église la vue d’une force coercitive, qui leur enlevât l’espoir de s’approprier les avantages du ministère ecclésiastique sans en accepter les charges; tout en retirant à la mauvaise foi les prétextes de confondre l’abus avec l’institution elle-même. En un mot, il manquait au monde une organisation réglée sur la loi divine, un système social où, tout autant du moins que le permet notre état de faiblesse et de passage, la force gravitât constamment vers la justice.
Or, s’il est vrai qu’il manquât à l’Humanité quelque chose au berceau de l’Église, malgré toute la gloire et toute la sainteté qu’on y voit resplendir, il faut bien reconnaître pour cela même, qu’il manquait à la primitive Église quelque chose aussi : car l’Église n’étant établie que pour conduire les hommes à Dieu, il est facile de voir qu’il lui manque d’autant plus qu’elle a moins de moyens à sa disposition pour faire régner Dieu sur la terre. Ainsi, quelque chose manquait donc aux Apôtres et à l’Église sortant de leurs mains? Assurément; il leur manquait le monde, et c’est ce qu’ils allèrent chercher à travers les opprobres et le martyre. Il leur manquait ce qui manque au grain de blé que l’on confie à la terre : l’épi qu’il prétend bien produire, et la moisson qui doit en naître avec les années. L’idée n’est point nouvelle, elle est dans l’Évangile (i); et, comme le sang des martyrs, germant dans le sol qui l’avait bu, fit lever avec le temps une moisson de chrétiens, le xne siècle n’était point étrange quand il disait que les martyrs avaient acheté de leur sang la liberté qu’il demandait pour l’Église (2); et quelle liberté pourtant! non pas seulement la liberté de prêcher, mais la liberté de posséder, la liberté de se régir hautement avec plein pouvoir, la liberté de juger en certaines matières qui nous sembleraient aujourd’hui fort extra-ecclésiastiques, la liberté de requérir la force politique en plusieurs cas, etc., etc. Et l’on donnait résolument sa vie pour ces questions-là, et l’univers proclamait la sainteté de pareilles morts (3) ; et les rois même qui avaient commandé ces violences venaient en faire réparation au tombeau de celui qui s’était attiré leur colère.
Laissons toute application. Seulement, comme il est toujours bon, quand on peut le faire, d’épargner aux esprits extrêmes ou prévenus les déductions fausses, faisons remarquer que l’on aurait tort de demander pourquoi l’Église, qui réclama si longtemps et si fort cette liberté et ces droits afin de pouvou- remplir pleinement sa mission, se trouve néanmoins envahie par bien des abus à des époques où ,1 ne semble pas que son action fù, gênée. Pareille demande annoncerait un esprit qui juge sur de simples dehors et sans percer la surface. Vous entendrez dire tous les jours qu'à la fin du xvnf siècle en France par exemple, un extrême relâchement avait pénétré dans quantité de cloîtres, et par cette assertion ,1 semble qu on vous ait prouvé que l’Eglise s’était manquée à elle-même. Hommes empressés
(1) Joann. XII, 24, 3i— 34. VIII, 28.
(2) On n’avait pas attendu jusqu’au xn° siècle pour parler ainsi. Cs. Coneil. Ephes. Act. VII, Decret, (ed. Coleti, t. DI p. sq.). — Etc.
(3) L’historien de la Conquête de ï Angleterre par les Normands
( cinquième édition, .838, t. III, p. ,44) cite dans un sens contraire au mien une lettre d’Arnoulf de Lisieux à saint Thomas de Qmtorber,. Je „c réfuterai poiut ce texte, je le compléterai seulement, marquant par l’emploi des italique, les omission, que ie restitue. .ArbitrdSantur alirpri, quorum mdUtia cousue, à de aliéna corne, U, u dmmre, quod oeseit {passa?) opus vestrum de superbia, non de virtutis proeedere veritate
.... Porro jarn processu temporis omnù est sublata dubietas propos, U que vestri sanctilas eàdenlibus argument!, inno, ait- ’
ut bon, certe compatiantur et gaudeant, et débita cœperit „p erire confusto maltgnantes. Certum est bac, et luee clurius apud omnes eastutl mutons reputasse vos drntias quaslibet, etprœcclsœ faslig,um dignilatis , quam justitiam que, ex Deo es, e, gloriam eccle-
num et ad, nduecrulos profana, nocitatis abusa, vestra consentira,
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de conclure, examinez donc sur quelles bases portent vos arrêts. De ce qu’aujourd’hui l’Église est garrottée en tant de lieux à la face du soleil, résulte-t-il qu’elle n’eut pas autrefois à gémir sur bien des secrètes servitudes? Et ces corps religieux dont vous semblez déplorer l’opprobre chez vos pères, vous a-t-on dit, en racontant leur triste décomposition, que des mains perfides ou aveugles empêchaient la vie de circuler dans leurs membres? Si des institutions aussi saintes, jadis la pépinière de l’épiscopat, n’étaient pas même laissées maîtresses de se donner des chefs selon leur règle; si depuis plusieurs générations la faveur des princes s’était réservé de leur octroyer des guides et des modèles à sa fantaisie, ne dites donc point qu’elles se sont perdues, mais quelles ont été perdues par les cours. Autant en pourrions-nous dire sur d’autres faits et sur d’autres époques. Qui voudra bien étudier les temps reconnaîtra que presque partout où l’Église semble plier, c’est que son action n’est point libre. Il y a un asservissement par la violence brutale, et c’est le moindre danger; il en est un autre par l’habileté cauteleuse, celui-là n’est encore dangereux qu’à demi; mais le plus fatal, et le moins remarqué dans l’histoire, comme dans les faits quotidiens, c’est celui des maximes fécondes et de longue portée, adoptées dans leur germe par une puissance quelque peu amie, mais jalouse. On voit bien que nous n’avons point à développer ces principes; qu’on les applique dans l’histoire, et l’on reconnaîtra aisément que l’Église, entièrement dégagée de ces chaînes, n’a jamais manqué de jeter un vif éclat; et que toujours ses grands hommes ont repoussé vigoureusement ces diverses manières d’attenter à son indépendance.
Zèle suspect, donc, que celui qui affecterait d’exalter sans cesse la primitive Église et d’en regretter les beaux jours; et c’est une vengeance du Ciel, bien fatale mais bien juste, si, à ceux qui ont trop vanté cette époque, Dieu dans sa colère en envoie le retour, ainsi que nous l’avons vu presque de nos yeux; car sur les droits de son Église, celui à qui les nations ont été données en héritage (i), se montre d’une jalousie étrangement redoutable. Y avait-il sur la terre, à la fin du XVIIe siècle, une couronne plus éclatante que celle de France? Et, vers la fin du siècle suivant, un membre du parlement britannique écrivait ces mots : «Nous avons vu le soleil de l’Europe descendre sous l’horizon pour tou-
« jours — Jamais, non jamais, nous ne reverrons plus celte nation de chevaliers, cette soumission
« fière, cette obéissance pleine de noblesse et cette subordination de cœur qui, dans le servage même, « conservaient tout entière l’inspiration d’une liberté exaltée...; ce vieux, ce féal, ce chevaleresque ressort « de loyauté qui, en affermissant le pouvoir des rois, affranchissait à la fois les rois et les sujets des « précautions que dicte la tyrannie (2), etc., etc.»
Ne parlons point théologie. Aussi bien, tout ce qu’avait prétendu Louis XIY, ce me semble, c’était précisément de pouvoir s’en passer. Après plusieurs entreprises sur les libertés ecclésiastiques, menacé de la colère céleste par le successeur de saint Pierre (3), il crut que tout le danger pour lui était dans la chancellerie romaine. Il imagina donc, le grand politique, pour n’être point entamé par cet endroit, de se faire dire par les théologiens mêmes, que la théologie n’avait que faire avec les intérêts de sa couronne. Mais il n’y a pas de conseillers, il n’y a point d’habiles quand on se joue à Dieu (4). Qu’on nous dise si, depuis un demi-siècle, il s’est trouvé sur la terre un État où l’intervention du saint-siège ait été plus fréquemment réclamée (par les gouvernants eux-mêmes) pour calmer les consciences sur
(1) Ps. Il, 8. — Apoc. XI, i5.
(2) Burke, Réflexions sur la révolution française.
(3) Voici quelques fragments de trois brefs adressés à Louis XIV par Innocent XI, au sujet de la Régale.
12 mars 1678. *. . .Neve cœlestis bcneficentiæ fontem quem subditæ tibi gentes. . . . expcrtæ hue usque sunt, secus nunc agendo, et Dei per quem régnas Ecclesiam tam graviter lædendo obstruas; qui scias hujus quoque vitæ bona et regnorum felicitatem et incrementa a divina bonitate dari exspectandaque esse.. .» — «...Quasi vero facile tibi persuadere posse confidant (suasores) æquum esse vel fieri posse ut nobilitetur et crescat ex ecclesiasticis ruinis imperium. ...»
21 septembre 1678. «Semel enira admisso licere majestati tuæ
idque palain dissentiente et reclamante, et ineluctabilem cœlestis iræ animadversionem, multis cum lacrymis denuntiante romano pontifice, etc. »
27 décembre 1679. « Nec superiore sæculo defuit in Gallia episcopus qui, in frequenti aliorum præsulum aulæque procerum corona, apud Henricum regem hujus nominis tertium cleri galli-
cani causam in re non absimili orans, régi dixerit observatum fuisse nunquam regias in Gallia defecisse stirpes nisi ubi reges indebitas ad bénéficia nominationes arrogare sibi cœpissent. . . » — « Itaque in eis litteris nostris illorum omnium ( episcoporum ) justum dolorem et preces agnosce; quinimo Dei ipsius voluntatem ore te nostro alloqucutis, ac serio monentis ut prædictum decretum,et quidquid ejus occasione adversus Ecclesiæ libertatem et jura actum gestumque bactenus fuit, corrigi emendarique omnino cures. Alioquiu magnopere veremur ne subire aliquando debeas quam tibi aliis in litteris denuntiavimus, et nunc iterum ac tertio, invili quidem quantum pertinct ad sensum amoris in te nostri, sed Deo nos interius movente, cœlestis iræ animadversionem.»
(4) Prov. XXI, 3o.
Innocent XI, en terminant sa lettre du 27 décembre 1679, indiquait précisément à Louis XIV cette menace du Saint-Esprit. « Causam Dei agimus, quærentes non quæ nostra sunt, sed quæ Jesu Christi. Curneo propterea, non nobiscum, tibi negotium erit in posterum; cum eo scilicet adversus quem non est sapienlia, non est consilium, non est potentia. »
Hi
6j VITRAUX DE BOURGES.
, , . . i„ Tjiiîooinrp fi'l Et afin de consommer
les droits quelconques de cem qui possédaient successivement . p ()
la plus grande leçon d'histoire qui fut jamais en ce genre, avec le sceptre Si mexpngnable de Louis . ,
l'épiscopat français tout entier tomba du même coup pour ne se relever plus. Le pouvoir, perdu pa. les uns, lut saisi par d’autres; le trône même reparut, n'importe comment, et 1 autel avant lui. Mais l'ancien épiscopat, non : c'en fut un autre. Et comme on avait dit, pour «'encourir point la disgrâce du grand roi(a), que la théologie ne pouvait rien contre le trône des Bourbons; il fallut dec arer a a
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(i) Il est vrai que cette médiation même du chef de l'Eglise, dont les pouvoirs politiques se couvrent au besoin, ne laisse pas de leur peser souvent comme une armure gênante. Mais le premier emploi que doit faire un soldat de son courage est, sans contredit, de savoir supporter ses armes et la discipline de son corps. C est même une condition si élémentaire, pour ainsi dire, que cela s'appelle tout simplement du bons sens et de la conduite.
Pour ce qui est des individus, il est certain que bien des fois depuis cinquante années ils eussent pu épargner à l’autorité suprême dans l'Église la peine de se prononcer en ces matières, si les plus simples notions en ce genre n'eussent été obscurcies entièrement dans bien des esprits. J’ai sous les yeux, en traçant ces lignes, une lettre écrite de Westphalie, en 1797, par un prêtre français émigré, sur la question de savoir si un ministre du culte pouvait en conscience se déclarer soumis a la république française, conformément au décret du 29 septembre 1796. La lettre établit nettement l’affirmative; mais, à la honte des préjugés qui avaient occasionné la consultation , il faut au théologien émigré vingt-trois pages in-quarto (sans nul verbiage), pour résoudre les objections accumulées par son correspondant. Je ne puis m’empêcher, pour l’honneur du clergé français, d’emprunter à ce mémoire quelquesunes de ses paroles pleines de véhémence autant que de raison; et il ne sera pas inutile de faire observer que celui qui tenait ce langage passa près de vingt années dans la famille du maréchal de Broglie, homme loyal assurément, et point du tiers parti.
« ....Je connais un diocèse des plus vastes du royaume de France, dont le prélat a fait défense à tous ses prêtres de se déclarer soumis. Ce diocèse renferme environ un million dames. Supposons que, par l’effet de cette funeste révolution, il soit resté dans ce diocèse trois cent mille catholiques seulement. Par la disposition du prélat-cardinal, plus de deux cent cinquante mille de ces catholiques ne peuvent avoir de messes les fêles et dimanches; plus de deux cent soixante mille ne peuvent faire leur communion pascale; plus de vingt mille enfants sont sans catéchisme; plus de vingt catholiques meurent tous les jours sans sacrements. Quel abandon pour tant d’infortunés catholiques! Quelle responsabilité pour le prélat, qui vit tranquille et en pleine sécurité à Munster! Combien, parmi ces restes de catholiques, sont exposés à grossir le nombre des sept cent mille autres codiocésains, que l’indifférence, ou l’hérésie, ou l’impiété a séparés de l’Église! Ce que je dis là du diocèse de R. . peut se dire avec proportion des diocèses plus petits, dont les évêques ont pris un semblable parti. Je bénis Dieu de ne m’avoir pas fait naître dans un tel diocèse , et d’avoir donné :s proches un pasteur qui a vu les choses sous un point de 1 plus favorable au salut des âmes. Combien de milliers de personnes devront la possession du ciel à la religion aussi charitable qu’éclairée de ce digne pontife !
« . . . . Nous sommes prêtres pour les peuples, et non pas pour nous. . . . Les prêtres doivent subir le sort de la communauté à laquelle ils doivent leur ministère. . . .
«... Je ne puis m’empêcher, Monsieur, de vous faire remarquer encore ici une de nos inconséquences. Car vous n’ignorez pas que c est la cause de Louis XVIII avant toutes choses que l’on veut ou plutôt que l’on croit servir, en rejetant la déclaration de soumission. Avant la révolution, la maxime favorite. . . . était : Regnum meum non est de hoc mundo, mon royaume n’est pas de ce monde. Ils prétendaient par là rendre l’Église étrangère au gouvernement. Cela n’était que trop vrai dans le fait. Depuis longtemps le royaume de Jésus-Christ n était plus de ce monde parmi nous : ni l’autorité, ni les maximes de l’Évangile ne nous guidaient
plus Insensiblement l’Église de Jésus-Christ n’a plus été de
ce monde; et aujourd’hui il est très-vrai que le royaume de Jésus- Christ n’est pas plus de ce monde en France, qu’il n’en était du temps de Pilate à Jérusalem Cependant , voilà que les par-
tisans de l’ancien gouvernement, par une métamorphose singulière, se ravisent, et veulent que le royaume de Jésus-Christ soit de ce monde ; c'est-à-dire , qu’ils veulent que les prêtres de Jcsus- Christ, qui sont les ministres de son royaume, deviennent les ministres du royaume du monde , pour rétablir sur leurs trônes les rois du monde, malgré le monde qui les a renversés. Jésus-Christ, du haut du ciel, pourrait leur répondre : Ex orc tuo te judico, je vous juge par vos propres paroles. Si mon royaume est étranger au vôtre, pourquoi voulez-vous donc que mes ministres se mêlent du royaume de ce monde qui n’a rien de commun avec le mien ? Pourquoi voulez-vous que mes ministres relèvent ce trône du monde , qui n'a plus voulu m’appartenir, et que j’ai abandonné à la merci du monde qu’il m’a préféré? Si mon royaume est étranger au vôtre, pourquoi les ministres du mien seraient-ils obligés de rétablir le vôtre? Sont-ils faits pour vous servir de marchepied?....
« Non, Monsieur, Dieu ne bénira point cette politique aveugle, égoïste et peu religieuse. . . . Mais la religion de Jésus-Christ nen subsistera pas moins. Elle ne sera point de ce monde en France si, par un châtiment du Ciel trop bien mérité, le gouvernement persévère dans son aveuglement; mais elle existera toutefois dans le monde, indépendamment du monde, malgré le monde, même en France : Dominare in medio inimicorum tuorum. (Ps. CIX).
«Pyrmonl, 18 Mai 1797.»
Cette manière de penser sur les rapports de l’Eglise avec l’Etat, n’avait point été inspirée à l'auteur de la lettre par le désir de revoir sa patrie, et partant, de se justifier à lui-même son retour : car il ne revint en France qu’en 1821, toujours animé des mêmes sentiments jusqu'à sa mort, qui termina, huit ans après, une des plus sereines vieillesses qui se puissent voir. Quant à moi, qui cite ses paroles, je me suis cru exposé bien moins que lui au reproche de ne point apprécier d'augustes infortunes. Quoi qu’il en soit, une réponse serait toute prête; et pour n etre pas neuve, elle n’est pas émoussée. Qu’on ouvre le Dante.
«Se Dio li lasci, letlor, premier frutto Di lua lettione, hor pensa per te stesso Com’i’ polea tener lo viso asciutto;
Ccrto 1 piangea poggialo a un de’ rocchi Del duro scoglio, si elle la mia scorla Mi disse : Àncor se' lu de gli allri sciocchi!
Qui vive ta pietà quand' è C/ii è pii i scelerato di colui Ch’ al giudicio divin pa
Infern. XX.
(2) Voici comment on s’excusait auprès d’innocent XI, le 3 février 1682, au sujet de la Régale. «Sed enim exprobrabunt qui votis suis omnia metiuntur, levé illud quoque (sic enim sentirait) quod Rex christianissimus tanto studio assertum coronæ suas velit, nobis auctoribus ac flagitantibus potuisse dimitti. Næ! illi falsi sunt, rerumque rostrarum imperitissimi. .
L’apologie de la centralisation, dont on allègue ensuite l'importance et la majesté, devait amener plus tard bien d'autres conséquences que ne soupçonnaient guère ces prudents conciliateurs. Cs. Collection des proces-verbaux des assemblées générales du clergé de France, t. V. 1772. Pièces justificatives , p. 22S.
Mais dans une lettre suivante, du 6 mai 1682, est-ce pour le roi que l’on exprime des craintes? ou n’est-ce pas lui plutôt que l'on redoute et que l’on veut faire redouter?
Cs. Ibid., p. 243. « Dum Rex christianissimus pro sua pietate rem Ecclesiæ bene et féliciter gerit; eece per provincias et civitates Galharum htteræ apostolicæ divulgatæ sunt quibus sacra Regis
face de 1 Église, sous peine de tomber dans le schisme, que la théologie ne pouvait rien non plus pour
lui; que c’était une question d cpée pour les peuples, et tout au plus pour les individus une affaire
de for intérieur.
Or, attendu que nous n’admettons guère aujourd’hui l’intervention divine dans les faits humains, s’il y a moyen den rendre compte par la volonté de l’homme, Dieu a bien voulu nous enlever ce prétexte de fermer les yeux à la lumière. Ce fut sans doute un développement inouï du pouvoir pontifical que ce mémorable concordat de 1801; mais qui ne voit, au caractère de Pie VII et à celui des conseillers de Bonaparte, que 1 acte de suprématie qui s affranchissait si pleinement des règles canoniques était dicté, non par la cour de Rome, comme on dit, mais par le cabinet consulaire, et que tout le rôle du chef de I Église se réduisait à dire : «Puisque le bien de la religion le demande, je le puis?» Qui sait même si à cet instant solennel, où l’on eixgeait de lui un pareil coup d’éclat, et plus tard quand on lui faisait quitter Rome pour venir donner l’autorité de sa bénédiction à la couronne nouvelle, qui sait si le successeur d Innocent XI fit réflexion aux singuliers rôles que traçait le programme impérial
pour les deux premiers personnages de cette grande scène? Napoléon lui-même s’en est-il seulement
douté? Louis XIV, jaloux d’humilier à ses pieds le vicaire de Jésus-Christ, aussi bien que le doge de Gênes, avait voulu quil fût érigé à Rome une pyramide déclarant, en réparation pour son ambassadeur, que les fils de la Corse étaient indignes de servir les rois. Et voilà qu’après deux règnes des successeurs de Louis XIV, dans la capitale de ce monarque, où nulle de ses effigies ne subsistait plus, un pape vient, à qui l’on impose de démentir cette inscription, et de proclamer bien autrement qu’en style lapidaire l’aptitude des Corses à remplacer même les rois. Louis le Grand, Napoléon le Grand : noms fastueux! c’est ici qu’il aurait fallu dire : Dieu seul est grand , mes frères!...
christianissimi majestas offenditur : acerbis minacibusque litteris impetitur ille rex, prædicator ïidei, defensor Ecclesiæ, regionum præsul, patriæ custos, et triumpliator gentium;. . . Etc.»
A ces paroles et à la conduite quelles prétendaient justifier, voici les majestueuses réponses qui furent faites. Innocent XI écrivait le 1 1 avril 1682 : ... « Quamquam adversus vos ipsos in ea causa resistitis, in qua vestrarum Ecclesiarum salus et libertas
« Niliil sane læturu et vestris nominibus dignum cas litteras ( 3 februar . ) continere in ipso earum limine intellexinius. Nam.... animadvertimus eas ordiri a metu vestro, quo suasore nuuquam sacerdotes Dei esse soient in ardua et excelsa pro religione et Ecclesiastica libertate vel aggrediendo fortes, vel perficiendo constantes. Quem quidem metum falso judicavistis posse in sinum nostrum effundere. In sinu enim nostro liospitari perpetuo debet charitas Cbristi , quæ foras mittit et longe arcet a se timorem
0 Timuistis ergo ubi non erat timor. Id unum timendum vobis erat ne apud Deum hominesque redargui jure possetis loco atque honori vestro, et pastoralis officii debito déliassé. Memoria vobis repetenda erant quæ antiqui illi sanctissimi præsules, quos quamplurimi postea qualibet ætate sunt imitati, episcopalis constantiæ et fortitudinis exemple in liujusmodi casibus ad vestram eruditionem ediderunt. Intuendæ imagines prædecessorum vestrorum, non solum qui patrum sed qui nostra memoria floruerunt; et qui Ivonis Carnutensis dicta laudastis, debuistis etiam facta, quum res
posceret, imitari Officii vestri erat, sedis apostolicæ auctori-
tati studia vestra adjungere. ... ; ut possetis in posterum sine rubore, in quotidiana psalmodia, Davidica verba proferre: Loquebar de testimoniis luis in conspectu regum , et non confundebar.
« Nunc quum muneris vestri et regis æquitalis quodam modo obliti, in tantimomenti negotio silentium tenueritis, non videmus quo probabili luudamento significatis vos ad ita agendum adductos quod in conlroversia certi sitis quod causa cecideritis. Quomodo cecidit qui non stetit? Quomodo victus est qui non pugnavit? Ecquis veslrum tam gravem, tam justam causam, tam sacrosanctam oravit ad regem? . . . Quis veslrum in arenam descendit, ut opponeret murum pro domo Israël? Quis vel vocem unatn emisit inemorem pristinæ libertatis? Clamarunt intérim, sicut scribitis, et quidem in niala causa, pro regio jure, clamarunt regis admini-
stri ; quum vos in optima, pro Christi honore, sileretis.
« Illam vero partem litterarum vestrarum non sine animi horrore legere potuimus, in qua dicitis vos jure vestro decedentes illud in regem contulisse; quasi Ecclesiarum quæ curæ vestræ creditæ fuere essetis arbitri, non custodes! et quasi Ecclesiæ ipsæ et spiritualia earum jura possent sub potestalis sæcularis jugum mitti ab episcopis, qui se pro earum libertate in servitutem Deo dare debent! » Etc., etc.
Il faut avouer que l'on comprend aisément comment cette lettre si imposante n'a pas pu trouver place parmi les pièces justificatives des actes du clergé. On peut voir également la lettre de Clément XI, adressée le i5 janvier 1706 aux membres de l’assemblée de 1705.
Mais ce qui esl trop peu connu , et malheureusement trop grave pour être passé sous silence, c’est une lettre de Louis XVIII écrivant de Vérone (après la mort de Louis XVII) à tous les évêques de France, pour qu’ils empêchassent les ecclésiastiques de leurs diocèses de faire la soumission exigée par les républicains. L’encyclique royale, dont le ton dogmatique est étonnant, ne choqua nullement un certain nombre d’évêques, qui acceptèrent cette direction avec une sorte d’obéissance religieuse. Il ne manquait plus que ce malheur. Quantité d’écrits répandus en France s’efforcèrent de montrer comme criminelle la soumission du clergé à la république. Dès lors tous les ecclésiastiques qui refusèrent cette déclaration devinrent suspects comme autant d'ennemis de l'État, et furent, les uns fusillés, les autres déportés au loin. Les évêques émigrés furent considérés eu masse comme fomentant les troubles et la division en France; et telle fut surtout la source de cette mesure de rigueur si affligeante qui, pour assurer l'unité désormais, exigea la démission de tous les évêques du sol de la république, et occasionna la suppression de tous les sièges épiscopaux à la fois. Ainsi, l’intervention du trône fut évidente jusque dans la consommation de la ruine; et la nouvelle Église de France eut pour point de départ le plus grand acte du pouvoir pontifical qui fût jamais. Puisse-telle ne l’oublier point; et comprendre toujours qu elle relève de saint Pierre plus qu'aucune autre! mais du pouvoir politique, moins que jamais: née qu'elle est du besoin qu'on avait d elle, bien plutôt que d’uu bon vouloir quelconque des gouvernants; et non pas même réintégrée dans les possessions de ses pères, loin d’avoir été enrichie aux dépens de l'État, comme on le prétextait au temps de Louis XIV, pour excuser la condescendance.
Voilà quels eiise^eœeii* ou, «ooné su, nos berceau, e, nous parlons de ***** r" comme s’il n’était pas bien plus simple d’apprendre à lire l'histo.re, que de prétendre
• - un(i).
même théologien en ceci. Je ne me reclame
»7. il ne me parait pas uuo j. — 1-- , B 1 .
que du Moniteur et de l’histoire la plus élémentaire, nullement de saint Bonaventure ou e Que s’il semble à quelqu’un que ee soi, un singulier hors-d’œuvre dans l'explication dune verrière du xm- siècle, je répondrai qu’il m’en a semblé autrement, et il n'est pas malaisé d en rendre raison.
L’exposition du droit publie ecclésiastique, tel qu’on l’entendait au xn’ siècle, ne saurait manquer de causer une certaine surprise à un très-grand nombre de lecteurs. Il n’entre point dans mes vues n, de le leur donner à juger, ni de le sacrifier à leurs prétentions plus ou moins franches. Cest un fait, ou pour mieux dire, tout un ordre de faits extrêmement graves, et dont les résultats occupent toute l’histoire d’alors; et, bien que probablement le monde ne doive plus le revoir dans toute la forme extérieure qu’il revêtait durant cette période, il reposait sur un fonds de principes qui subsisteront autant que l’Église, c’est-à-dire autant que le monde. Ainsi les démêlés du moyen âge entre le sacerdoce et l’empire ont une portée beaucoup plus haute que ne le soupçonnent bien des esprits superficiels ou mal informés; et une seule chose pourrait suffire à le faire entrevoir : c’est le constant entrainement qui a poussé les ennemis de l’Église à prendre parti pour le pouvoir laïque dans ces questions, lors même qu’ils se piquaient le plus d’idées libérales. La perfidie habile ne s’y est jamais trompée; les plus amers censeurs du despotisme des temps féodaux ont toujours été ses apologistes déclarés quand ils l’ont rencontré luttant avec le droit public de l’Église. C’est ce qui fait que nous sommes très-peu capables aujourd’hui, après l’éducation que les deux derniers siècles nous ont laite, d apprécier à sa vraie valeur la résistance indomptable de l’Église contre les empiétements de la puissance temporelle.
Comment donc faire entendre, en peu de mots, l’étroite union qui confond la cause de la foi avec celle de la liberté du ministère? Combien de notions, aussi neuves pour bien des gens que fondamentales, sont la base de ce que dit et fait l’Église dans ces contestations énergiques, à une époque où tout s’empreint d’une impétueuse vigueur! Qui voudra en prendre connaissance pourra consulter les écrits inspirés aux défenseurs de l’Eglise par la querelle des investitures entre autres (2). Mais nous n’aurons garde d’exposer ceux qui nous lisent à croire qu’après quelques lignes nous les aurions mis à même de prononcer sur des questions qui ont eu leurs martyrs comme les enseignements de la foi. Entrer, à cet égard, dans quelques détails, ce serait tronquer une vaste doctrine, si nous prétendions être courts; et quant à la développer comme elle le mérite, outre que ce serait introduire un immense accessoire,
Sur quels fondements, d'ailleurs, s’appuyait une semblable allégation, au sujet des sièges du midi surtout? Ce serait une autre question eneore.
(1) Ces lignes étaient écrites quand on a publié la découverte des papiers où Napoléon, simple lieutenant d'artillerie, déposait la trace des études qui avaient occupé ses loisirs de garnison. On y trouve, dit-on, l’indication de recherches faites par cette âme ardente sur l'histoire de sa patrie. Il pourrait être curieux de savoir s’il avait remarqué l'existence des gardes corses près des papes, et leur licenciement exigé par Louis XIV. Mais, en supposant même quil y eût fait attention, ce ne serait déjà pas une chose insignifiante que le concours de circonstances qui suscitèrent un pareil vengeur à Innocent XI, et le mirent à même de réaliser une si solennelle réparation. Je serais porté à penser, quant à moi, qu'il n'y songeait pas du tout. Ces sortes de faits ont coutume d'être soustraits entièrement à toute prétention humaine qui pourrait y réclamer une part. Du reste, il est facile de s’assurer, au sujet de la suite récemment donnée à cette grande et terrible leçon , que la pensée des hommes y joue toujours un rôle extrêmement négatif. Qu'on demande aux ministres qui ont fait apporter les cendres de Napoléon sous le dôme des Invalides, s’ils ont eu l'intention de déposer l'empereur corse de la France dans un mausolée triomphal préparé par Louis XIV.
Reposez en paix, cendre éloquente; et que le Maître des empires vous garde en ce lieu mémorable un tombeau plus fidèle que 11c l'a été Saint-Denis pour le grand roi! C'est fort bien fait qu'on ” -"t P°‘nt ces restes imposants devenir la proie de l'oubli s le lointain, ou le triomphe d'une morgue démocratique à ; la pâture d’un enthousiasme artificiel au Pan-
di
Saint-Denis
théon. Sous la terre de Sainte-Hélène, ils auraient pu faire croire aux rois, à la longue, que la chute de cet homme était leur ouvrage; ailleurs que sous le dôme de Louis XIV, ils n'eussent pas assez hautement rappelé que l'élévation de cet homme était l’œuvre de celui qui fait la loi aux rois. Exaltabitur autem Dominus solus in die ilia. (Is. II,
(2) On peut voir, par exemple, les lettres de saint Anselme; et dans le Thésaurus de D. Pez (t. II, P. 1 1) les opuscules de Gerhoh {de Ædificio Dei) et de Placide de Nonantola {de Honore Ecclesiœ). Contentons-nous de transcrire encore quelques lignes dans la lettre d Amoulf de Lisieux à saint Thomas de Cantorberv [Spicilegium, in-4", loc. cit., p. 488). » Et causæ quidem justitia manifesta est, quoniam pro Ecclesiæ Dei libertate contenditur quam iHe semel in cruce liberatam evicit, et redemptam impretiabili pretio universis qui ipsius nomine censerentur reddidit uniformem. Sicut enim una fides est, una est et libertas, quam identitas sacramenlorum et operantis omnia Spiritus simplicitas consecrat et confirmât. In hoc quippe consistit unitatis Ecclesiastiræ mirabüe sacramentum, quod sicut una fides est, unus Spiritus, et unum baptisma; ita est unum manumissionis perpetuæ testamenlum quo divinæ bonitatis adoptio non tantum liberos efficit, sed et cohæredes. In quo quotiens libertati detrahitur, constat fidei ni/ulominus derogari; quoniam mutua sibi invicem ratione < nexæ , eadem semper et dispendia sentiunt et proventus. »
Cs. Bernard., Epist. ad episcopos Aquitaniœ. (ed. Mabillon, 1690, 1. 1, i33, sq.). On y reconnaîtra si nous sommes étranges en traitant ce sujet à propos de l'Église près de la croix.-Goffrid. Vindocin . Opuscul. VI (Bibl. PP. XXI, 6a). Ici encore la grande charte de 1 Eglise est montrée comme datée du Calvaire.— Etc., etc.
ce serait, comme parle l’illustre comte Joseph de Maistre, manquer de respect à ceux qui savent, et faire trop d’honneur à ceux qui ne savent pas. C’est pourquoi nous avons préféré renvoyer cette cause au jugement de Dieu. Or l’époque récente des faits que nous alléguons n’a pas seulement l’avantage de les rendre plus présents au lecteur le moins familiarisé avec l’histoire; elle montre surtout l’intervention divine plus dégagée de tout mélange secondaire. Car dans ces temps où paraît s’accomplir, en un sens mystérieux et toujours grandissant, la prédiction faite à saint Pierre sur le sort de ses derniers jours (i); lorsque tout concours humain semble faire défaut à l’Église, la main qui terrassait Balthasar au milieu de ses joies semble tracer de plus palpables caractères, quand elle apparaît pour écrire l’arrêt du gibelinisme colossal des sociétés modernes. Ce tribunal sans appel ayant décidé en dernier ressort, et sous nos yeux, conformément à ce que disaient les saints des vieux temps (2), il devient inutile de traiter le fond de la cause; aïkèç !<pa.