XII. L’EAU DU ROCHER, ET LE SERPENT D’AIRAIN
42. Les deux faits que nous réunissons sous un même titre exigent moins d’éclaircissements que la plupart de ceux qui entrent dans la composition de cette verrière, l’un et l’autre étant formellement désignés dans l’Evangile comme types de la Loi de grâce. Ce breuvage qui désaltérait les cœurs fidèles dans le désert de l’ancienne Loi, et qui nous est commun avec eux (4); cette eau vive dont Jésus-Christ
(1) Joann. XI, 48- — Cs. Numer. XXIV, 24. — Dan. XI, 3o. VIII, 26.
(2) Matth. XXVII, 25. XXIII, 35. — Luc. XI, 5o, 5i.
(3) Prudent., ylpotheosis, v. 5o3 (ed. Arevalo, 1. 1, 44®)-
Infelix Jtidæa , Dei Terrea , moitalcs alterna
«En lil»i Cbristtim , qui sabbata suivons
Disce tuis, miseranda, malis quo vindice tandem Vana superstitio , Lex et carnaliler acta Flectatur; cujus virtus te proterat ultrix.
Destruetone jacent salomonia templa métallo , Ædificata manu ? Jacet illud nobile templum.
Cur jaeet? artilicis quia dextra solubilis illud Cæmenlum struxit resolubile. Jure solutum est Et jacet, in nibilum quoniam redit omne polilu Quod fieri recipit, recipit quandoque perire.
Si nostrum contra quod sil vis disccre templum Est illud quod neino opifex fabriliter aplans Composuit, quod nulla abies pinusve dolata Texuit,exciso quod nunquam mari Cujus omis nullis Cultum sublime columnis Fornice curvato tenui super arce pependil;
Sed Verbo Factum Domini : non voce sonora Sed Verbo quod semper erat; Vcrbumcaro fact
Expugnarevolens, fiagris , cruce, Telle pelisti.
Malris enim ex utero quod destruerelur habebal ; Sed quod morte brevi materna ex parte solutum e Majestale Patris vivum lux lertia reddit.
ctibus alte 1 templum ;
Augustin., in Ps. LXII, 10, 11 (t. IV, 616, 617).
Hieronym., in Michœam, I, 16. « Decalvarc et tondere, etc. Si voluerimus hoc ipsum et de præsenti tempore judaicæ eversionis accipere, videbimus omnem gratiam qua quondam apud Deum floruit,ab eis penitus recessisse. Ubi est enim propheta, ubi doctor Legis (Is. XXXIII, 18. — I Cor. 1 , 20)? Ubi angelorum præsidia, ubi contra pluresa paucis insperata Victoria (Levit. XXVI, 8. Etc.)? Decalvata est Hierusalem, quæ omnem comam pristinæ gloriæ perdidit; et IHii ejus qui clamaverunt contra Dominum: Crucifige, crucifige eum (Luc. XXIII ,21. — Joann. XIX, 6), in captivitatem ducti sunt. »
Cassiodor., in Ps. LXXV, 1 (ed. Garet, II, a56 ). «Motus in Judœa Deus, etc. Potest hic versus nonnullam facere quæstionem cur dictum sit in Judæa notum Deum, ubi magis Christum
Dominum constat esse crucifixum Quapropter Judæam veram
Cbristi constat esse Ecclesiam. . . Nam illi Judæi proprie non dicuntur qui se a Christo, id est a Judæ généré extraneos reddiderunt unde eis nomen constat esse impositum. Ipsi enim in Domini traditione dixerunt (Joann. XIX, i5) : Nos regem non habemus nisi Cœsarem. Unde ergo Judæi veraciter dici possunt regem Christum, sed Cæsarem, se habere professi sunt? . . . Amiserunt ergo et istud nomen, qui majestati ejus nequaquam credere volucrunt. Miserrimi liominum ! qui cum muneribus sacris simul et nomina perdiderunt. Etc. »
Ce commentaire, qui n’est qu'une reproduction réduite de celui de saint Augustin ( t. IV, 792), se propage comme par autant d’échos jusqu’au centre du moyen âge, dans le commentaire qui porte le nom du vénérable Bède (VIII, 837) et dans celui de Gerlioh de Reichersperg (D. Pcz,V, 1527).
II. Gerboh., in Ps. LXVIII, 26 (D. Per , V, i4<>4) .... Etmim quia propter conservandum locum etgenlem ( Joann. XI , 48) prælendentes populo timorem , crucifixerunt me dominum lôci et gen-
tis; dignum est ut fiai habilallo eoru/n descria venientiims
Romanis et tollentibus ipsorum locum et gentem. Sic Romanis licet inlidelibus, Deo militantibns, Judtci amisso templo et privât! habitaculis incljtœ ac sanette civitatis Jérusalem vagi si„t ac profugi, velut aller Gain, super terra, n quæ aperuit os suum et susceptt sanguinem ( Geu. IV, , , ) Cbristi de manu connu. .
(4) 1 Cor., X, 1-6. . Patres nostri . . . onmes eumdem potum spintalem b.beruut (bibebant autem de spiritali conséquente eos petra , petra autem erat Christus )....»« autem in figura facta suut nostri. . Cest-à-dirc, en d'autres termes, les prodiges de la puissance divine pour le. Hébreux du désert, pouvaient bien soustraire leurs corps aux détresses de la famine et de la soif- mai. la vie de lame, qui vient de la foi, n'avai, d'aliment pour eux que dans celui en qui nous croyons nous-mêmes avec les vrais fideles d alors. Car cette merveilleuse protection du Ciel qui veil-
est la source(l), et dont le ruisseau d’Horeb et de Cadès n'était qu’une image, il est indubitable qu’elle était présente à la pensée du peintre quand il plaçait le miracle de Moïse près du côté entrouvert de l’Homme-Dieu. Mais toujours se maintient la pensée dominante que nous suivions à travers les faits qui s offraient à nous dans ce vitrail : réprobation de la Synagogue et substitution des Gentils aux lils dégénérés des patriarches. On a pu l’entrevoir dans les paroles de Pierre le Vénérable, qui interprêtaient l’inscription du Thau( 2).
Avant de passer outre, il faut, au récit de la première sédition causée parmi les Israélites, par les extrémités de la soif(3), ajouter celui d’un autre soulèvement, apaisé de même par un nouveau miracle (4), et qui est plus directement l’objet de notre peinture.
« Les enfants d’Israël en s’avançant dans le désert de Sin. . . vinrent camper à Cadès.
« Là mourut la sœur de Moïse et d’Aaron ( Marie ) , qui fut ensevelie dans ce même lieu.
«Et le peuple qui manquait d’eau s’attroupa contre Moïse et Aaron,
«Criant en tumulte : Que n’avons-nous perdu la vie, nous aussi, avec ceux de nos frères ( Coré , « Dathan et Âbiron. Nu mer. XVI) qui ont péri devant le Seigneur!
« Pourquoi entraîniez- vous le peuple de Dieu dans le désert afin que nous y trouvassions la mort, « nous et nos troupeaux?
« Qu’aviez-vous besoin de nous faire quitter l’Égypte, et de nous amener dans ces lieux maudits où « rien ne se peut semer; qui ne produisent ni figues, ni vignes, ni grenades, et qui n’ont pas même « d’eau pour la soif?
« Moïse alors avec Aaron entrèrent dans le tabernacle de l’alliance après avoir congédié cette multi- « tude; et là, se précipitant la face contre terre, ils dirent au Seigneur à haute voix :
« Seigneur Dieu, entendez le cri de ce peuple, et ouvrez-lui dans votre souveraine puissance une « source d’eau vive pour apaiser sa soif et faire taire ses murmures. Alors la gloire du Seigneur éclata « au-dessus d’eux.
«Et le Seigneur s’adressant à Moïse, dit : Prends la verge; et, accompagné de ton frère Aaron, « convoque les tribus. Sur votre ordre, en leur présence, le rocher versera des eaux; et tous, avec leurs « troupeaux, se désaltéreront.
« Moïse donc, suivant l’ordre de Dieu, prit la verge qui était dans le tabernacle, et dit au peuple
lait sur leur pèlerinage, avait un sens et un but plus hauts. Il s’agissait du pèlerinage de l'humanité vers la patrie céleste; et tandis que la source miraculeuse abreuvait leurs lèvres, l’âme des véritables Israélites devait alors, comme aujourd'hui, puiser à une source qui seule vivifiait les coeurs dès cette époque reculée , quoiqu'elle ne dût apparaître que plus tard. Car l’histoire de ce peuple extraordinaire était une prophétie en action.
Cs. Paschas. Radbert., de Corpore et Sanguine Domini, cap. 5 (Bib. PP. XIV, 734). Cette simple et majestueuse interprétation d'un mot de saint Paul, où bien d’autres se sont embarrassés depuis , est d'un abbé de Corbie , au IX0 siècle. Quand il nous peint les justes d'autrefois puisant d’avance la vie à cette source encore cachée , on dirait qu’il ébauche les cartons d’une composition grandiose plusieurs fois reproduite au XVP siècle. Je veux parler de ce Triomphe du Messie où le Titien avait été devancé , si je ne me trompe, par la peinture sur verre. Dans cette marche triomphale, les grandes figures de l’Ancien Testament précèdent le Fils de Dieu, dont l’incarnation vient, après toutes ces histoires prophétiques, couronner les types par la réalité qui les suit. — Cs. Atton. Vercellens. Expos, in I Cor. X(ed. cit.,t. I, 188). « Quod petra sequebatur eos. . ., præfigurabatur Christus nasciturus post Moysen. — Hieronym., in I Cor. X, 3. »
(1) Ps. XLI, 3. LXII, 9..— Isai. VIII, 6. LV, 1.— Jerem. II, i3— Ezech. XXXVI, i5. XLVII, 1, 2.— Zacliar. XIV, 8.— Matth. V, 6.— Joann. IV, 10-14. VI, 35. VII, 37, 38.— Apoc. XXII, 17— Etc., etc.
(2) N” 25 (p. 36, 37). Sur ces clameurs des Juifs, véritable cousommation du déicide, voyez saint Augustin, in Ps. LXIII , 3, 4 (t- IV, 619, 620).- — Bed., in Numcr., XX(t.IV, 182). — Gerhoh de Reichersperg, in Ps. XXI, 17 (D. Pez, t. V, 378, sv.). — Etc.
(3) Exod. XVII. — Cs. n° 8 (p. 10.)
(4) Nurner. XX, i-i 3. « Veneruntque filii Israël et omnis multitudo in desertum Sin,mense primo; etmansit populus inCades. Mortuaque est ibi Maria, et sepulta in eodem loco. Quumque indi-
geret aqua populus, convenerunt adversum Moysen et Aaron; et versi in seditionem dixcrunt: Utinam periissemus inter fratres nostros coram Domino ! Cur eduxistis ecclesiam Domini in solitudinem, ut et nos et nostra juinenta moriamur? Quare nos fecistis ascendere de Ægypto et adduxistis in locum istum pessimum qui seri non potest, qui nec ficurn gignit, nec vineas, nec malogranata ; insuper et aquam non habet ad bibendum P
« Ingressusque Moyses et Aaron, dimissa multitudine, tabernaculum fcederis , corrueruut proni in terrain, clamaveruntque ad Dominum atque dixerunt : Domine Deus, audi clamorem hujus populi, et aperi eis thesaurum tuum fontem aquæ vivæ; ut satiati, cesset murmuratio eorum. Et apparuit gloria Domini super eos. Locutusque est Dominus ad Moysen, dicens : Toile virgam, et congrega populum tu et Aaron frater tuus; et loquimini ad petram coram eis, et ilia dabit aquas. Quumque eduxeris aquam de petra, bibet omnis multitudo et jumenta ejus.
«Tulit igitur Moyses virgam quæ erat in conspectu Domini, sicut præceperat ei, congregata multitudine ante petram, dixitque eis : Audite, rebelles et increduli; num de petra hac vobis aquam poterimus ejicere? Quumque elevasset Moyses manum, percutiens virga bis silicem, egressæ sunt aquæ largissimæ, ita ut populus biberet et jumenta.
<■ Dixitque Dominus ad Moysen et Aaron : Quia non credidistis mihi ut sanctificaretis me coram filiis Israël, non introducetis hos populos in terram quam dabo eis.
« Hæc est aqua contradictionis , ubi jurgati sunt filii Israël contra Dominum.»
La sentence ne tarde pas à s’accomplir. Aaron, d'abord, puis Moïse, expirent avant que la terre promise se soit ouverte pour les Hébreux. Le peuple n'y pénétrera que sous un nouveau chef et un nouveau prêtre.
Cs. Ib. 24 — 29. XXVII, 12 — 14. — Deuteron.I, 37.XXXI, 14 — 16. XXXII, 48—52. XXXIV, 1—4. — Etc.
-Jir
VITRAUX DE BOURGES
: du rocher : Écoute,, cœur* indociles et sans foi; vous semble-t-il que de cette pierre nous « puissions vous faire jaillir de l’eau?
» Et élevant la main, Moïse frappa de la verge le rocher à deux reprises; et les eaux sonnent en .< abondance, de manière à désaltérer le peuple et ses bestiaux.
..Or Dieu dit à Moïse et à son frère : Vous ne vous êtes point reposés sur ma parole quand il
,, fallait me rendre gloire devant les enfants d’Israël, ainsi vous n’introduire, point ce peuple dans la « terre que je lui réserve.
..Ce sont là les eaux de la révolte, où les fils d’Israël se mutinèrent contre le Seigneur.»
Cette seconde révolte apaisée par un second prodige semblable, comme sa cause, à celui de fiapludim, parait être réellement le sujet de notre médaillon, si l’on consulte le symbolisme qui nous a rendu compte de tous les autres. Mais comme le rocher d’Horeb (i) semble avoir été confondu avec celui
de Cadès par des écrivains très-graves, il était bon de citer les deux narrations, ne fût-ce que pour
mentionner les divers sens absolument possibles.
Le rigoureux arrêt que Dieu fait entendre à Moïse et à son frère après que le rocher a écouté leurs ordres (2), a quelque chose de mystérieux qui saisit et cause une sorte de terreur. On se demande comment ils ont encouru cet anathème qui leur interdit l’entrée de la terre promise aussi bien qu’aux prévaricateurs les plus profanes et les plus emportés. La tradition des rabbins (3), d’accord avec le texte sacré (4), dit que la faute de Moïse fut d’avoir frappé impatiemment le rocher, au lieu d’employer des paroles de prières. Du reste, les docteurs même de la Synagogue moderne conviennent que, quant à sa haute signification, ce passage des livres saints contient un des plus grands mystères de l’Écriture (5). Saint Cyrille d’Alexandrie (6) et saint Augustin (7), entre autres (8), nous font voir, dès les premiers siècles du christianisme, que l’Église n’a point hésité sur le sens qu il s agissait de lire dans ce texte mystérieux. Quelque différence que l’on rencontre en ce point entre les docteurs, on
(1) Cyrill. Alexandr. Glaphyr. in Exod. , lib. III (t. I. 3og — 3i5).— Etc.
Il est un point de vue qui pourrait alléguer l'autorité des Pères et s'appliquer au prodige d’Horeb, sans qu’il fut nécessaire de recourir à celui de Cadès. Ce serait de considérer Moïse comme rappelant, le miracle de Notre-Seigneur aux noces de Cana. Une interprétation mystique très-fréquente, au moyen âge surtout, voit dans ces noces l'Eglise épousée par le Fils de Dieu fait homme. Alors le changement de l'eau en vin devient un symbole des sacrements et des trésors de grâces qui ont remplacé les observances judaïques , désormais sans valeur. Cs. Cyprian. Ep. ad Cœcil. (ed. cit.,p. io3). — Augustin, t. III, P. Il, p. 36o. — Bibl. PP. XII, 354. XIII, 3gg. XVIII, 3gg. — Etc. Nous avons rapporté précédemment ( n" 20, p. 27) les paroles de Remi d'Auxerre sur ce point. Cette fois nous ne laisserons parler que saint Isidore, qui, seul, et en quelques mots, peut fournir de quoi rattacher le miracle de Moïse à celui de Notre-Seigneur, en suivant ce même ordre d’idées.
Isidor. • lllegor . 233, 234 (V, '49)- «Sponsus(Joanu.II),Cliristus est cujus nuptiæ cum Ecclesia celebrantur. In cujus eonjunetioue aqua in vinuin mutatur; quia credentes , per lavacri gratiam transeunt ad passionis coronam. Architriclinus , Moyses intelligitur; qui miratur meliorem et sanctiorem populum per Jesum in Evangelium congregatum, quam ilium priorem ah Ægypto deductum. Finitum enim vinum ostendit sublatam esse gratiam Spiritus sancti a Judæis, et per apostolos in gentibus contributam.»
Sans sortir de ce tracé fondamental, et prenant seulement à d'autres un exposé à peine différent de celui-là, nous pourrions dire que Moïse, malgré toute la grandeur de sa mission, n'a pu donner à sou peuple que la lettre qui tue ; au lieu que t esprit qui vivifie (II Cor., III, 6.— Cs. Rom. VI, 14, i5.— Tit. Il, 1 1.— Joann. 1. 17, — Etc.) a été répandu par le vrai Médiateur. Le ministère de Moïse a été saint et majestueux; quelquefois bienfaisant, mais le plus souvent austère, et toujours limité à une seule nation. Jésus-Christ, au contraire, n'a montré qu'invincible mansuétude; et toute la terre a reçu, avec l’effusion de sa grâce, la plénitude des dons parfaits.
Il est certain que cette manière d'entendre le rôle assigné à Moïse près de la croix dans la composition des verrières de Bourges, de Tours, du Mans, etc., s'appuierait aisément de textes nombreux et graves, Cependant, le contexte, pour ainsi dire, de
ces grandes pages, conduit, si nous l'entendons bien, à 1 ception différente; et fixe l’esprit sur le second fait, raconté par le livre des Nombres.
(2) Numcr., loc. cit., 12, etc.
(3) Cs. Drach, Deuxième lettre d'un rabbin converti aux Israélites, ses frères , etc., p. 2o3.
(4) Numer., I. cit., 8, 1 1. «Loquimini ad petram , etc. »
(5) Dracb, l. cit., p. 204, 202, 2o3. — Scbôtlgen, Ilorce hebraicœ, II, p. n 6, 477- ■ — Id-, Jésus der wahre Messias , p. 661 .
(6) Cyrill. Alexandr. Glaphjr. in Exod., lib. III (t. I. 3i 1 — 3x5). Le mysticisme qui dicte en cet endroit les paroles de ce Père, aurait quelque chose d’insolite pour nos oreilles; mais quant au résultat, il est tout pareil à celui que nous exposerons.
(7) Augustin, Contr. Faust., lib. XVI, cap. 17(1. VIII , 2g?.). Si
s expressions, il faudrait les répéter sous le n
a de
saint Isidore.
(8) S. Chrysostome (in Epist. ad Ilebr. , Homil. XXVI, ed. Montfaucon, t. XII, 23g) répété au moyen âge byzantin par Théopliylacte (in Ilebr. XI, 26), admire la foi de Moïse embrassant les opprobres de Jésus-Christ, et reconnaissant le Fils de Dieu sous la figure de ce rocher près duquel le peuple le maudissait. C’est une interprétation qui ne me parait pas "avoir eu cours dans l'Eglise latine, et qui n’explique point, ce semble, d'une manière satisfaisante la sentence prononcée contre Aaron et Moïse à la suite de cet événement. Ou bien il s'agit seulement du prodige de Raphidim.
Bon nombre d'auteurs se contentent de comparer les deux coups de verge , soit au double cri de mort proféré par les Juifs de Jérusalem contre Jésus-Christ, soit aux deux pièces de bois qui composaient la croix. Gerlioh de Reichersperg ( D. Pez, V) qui revient fréquemment sur ce type christologique , répète à deux reprises (p. 37g, i584) des vers léonins qui exposaient la seconde de ces interprétations.
0 Bis silicem virga dux percutil alque propheta,
Iclio bina ducis snnt duo ligna crucis.
Fons est de petra populo datus absque metreta,
Larga salus homini corpore de Dornini. »
Mais tout cela est incomplet : on ne rend point raison du courroux de Dieu contre Moïse , et de la part que cette grave circonstance peut réclamer dans l’ensemble du symbolisme.
trouve chez tous un point de ralliement : c’est celui que marquait saint Paul en annonçant que le Messie était voilé sous ce fait emblématique. Mais saint Isidore ne pouvait manquer de transmettre puissamment au moyen âge le sens adopté par saint Augustin, quand il le faisait passer à peu près textuellement dans ses ouvrages (i). Aussi, en trouve-t-on le reflet assez nettement reconnaissable dans saint Pierre Damien, Gerlioh de Reichersperg (2) et Honorius d’Autun (3), qui nous ramènent au moment où allait être élevée la cathédrale actuelle de Bourges.
Moïse, selon ces auteurs, figure en cet endroit le peuple dont il était le guide, comme il le représentait encore par son visage voilé. Tout messager qu’il est des volontés divines, sa foi, sa confiance du moins, se dément à l’instant solennel où Dieu prétendait qu’il le glorifiât. Il s’irrite contre le rocher, et veut le faire obéir à sa manière, au lieu de suivre les prescriptions du Ciel. De même Israël voulant un Messie qui satisfasse ses désirs terrestres, méconnaît celui qui accomplissait les oracles, et s emporte avec fureur contre un Christ qui préfère aux basses envies d’une nation le salut de 1 humanité et les décrets d’en haut. Alors, comme ni la sainteté de Moïse, ni l’excellence de ses fonctions n avaient pu le soustraire à la sentence qui l’excluait de la terre promise; ni le sang d’Abraham non plus, ni le souvenir de l’antique alliance ne peuvent détourner l’anathème de dessus cette nation aveuglée. La terre promise de l’alliance nouvelle s’ouvrira pour d’autres; et ce peuple, toujours errant jusqu’aux derniers jours du monde, expirera dans le désert d’une infatigable attente, haletant sans cesse et rassasié jamais.
43. Si l’on recherche attentivement la pensée d’ensemble qui a fait tracer la zone centrale de ce vitrail, on apercevra bientôt que, tout en suivant la marche générale, elle forme néanmoins un groupe sensiblement distinct par une saillie plus prononcée que le reste. Ce caractère d’unité qui la détache sur le fond de toute la verrière consiste surtout en ce que, reproduisant chacun sous une nouvelle forme la gauche et la droite du médaillon central, les deux sujets latéraux affectent à leur manière une signification analogue à celle des deux figures représentées près de la croix. L’Église, ou la vocation des Gentils, est exprimée à droite du crucifix (à Bourges comme au Mans), par la source qui sort du rocher. Les eaux jaillissantes, symbole du baptême et de l’effusion du Saint-Esprit, apparaissent dès l’origine dans l’art et la littérature du christianisme, pour exprimer la prédication de l’Évangile et la conversion des peuples à la foi. La liturgie et les légendes, comme l’exégèse et la peinture ou les formes plastiques, 11’ont qu’une voix sur le sens de cette expression figurée. Les fleuves du Paradis terrestre, qui sèment au loin sur leurs rives les plus riches merveilles de la création; les douze sources d’Élim, qui forment une délicieuse oasis dans le désert péniblement traversé par Israël; Endor, Engaddi et presque toutes les fontaines citées dans l’histoire sainte; Moïse, trouvé parmi les roseaux du Nil; l’épouse d’Isaac, désignée au serviteur d’Abraham près de l’abreuvoir (4), etc., sont autant de thèmes adoptés à l’envi par les écrivains comme par les artistes pour indiquer l’Évangile, les douze apôtres, le baptême; ou, ce qui est toujours le même objet, l’Église enrôlant les peuples sous la bannière du Rédempteur, la grâce avec la vérité répandues sur le genre humain par l’incarnation (5). Mais, à ne prendre que le
(1) Isidor. in Numer., cap. 33 (t. V, 45 1 * 3 )• “ lu hac mansione (in Codes ) propter aquas contradictionis Moyses offendit Deum, et prohibetur transire Jordanem. Turbatus enim murmure populi, dubitauter petram virga pereussit, quasi illud Deus non posset faeere ut aqua de pctra flueret quod ante jam fecerat. Quid ergo hic fides Moysi insinuât quod ad aquam de petra ejiciendam titubaverit? Hanc proplietiam recte intelligamus fuisse de Christo.
« Dum enim Moyses in Scripturis sanctis aliam atque aliam pro re aliqua significanda gerit, nunc tamen populi Judæorum sub Lege positi personam gerebat , eumque in prophetica prænuntiatione figurabat. Nam sicut Moyses petram virga percutiens de Dei virtute dubitavit ; ita ille populus, qui sub Lege per Moysem data tcnebatur, Christum ligno crucis affigens, eum virtutem Dei esse non credidit. Etc. »
(a) Gerhoh., in Ps. LXXVJI, 16 (D. Pez, V, i585,sq. ).— Petr. Damian., Homil.de Exaltatione crucis. «... Quod a u Lem (Moyses) petram non credendo pereussit, atque ideo ad promissam terrain cum populo non pervenit; populum signifieat Judæorum qui profecto Christum Dei virtutem esse non eredens (I Cor. I, 2.3-25), in ligno suspendit, atque ideoiu terrant vivenlium intrare non mecuit. . .»
(3) Honor. Augustod., in Ps. CV, 3a, 33 (D. Pez, V, i8o5). « ...Allegoria perquiratur. Moyses in hoc loco figurant judaici populi gessit
qui petram ipsum Deum non credidit, et ideo duobus lignis crucis affixit. De cujus latere fluxerunt aquæ per quas gentes sunt salvatæ. Sed quia judaicus populus incredulus permansit, idcirco hæreditatem Dornini intrare non meruit.»
(4) Pseudo - Augustin. ( Cæsar. Arelat. ), de Jacob, Serm. Il (S. Aug. Opp., t. V, appendix, p. a-4 sq.). — Isid., in Gcn., cap. XIX (t. V, 3i4).— Etc.
(5) Un mémoire sur cet unique point ne suffirait pas à épuiser la matière; il faudrait tout un livre. C'est un fait constant et universel, qu’il vaudrait mieux omettre entièrement quand on ne peut le développer à loisir. Cependant, pour ne pas brusquer en quelques mots uue question de cette importance, exposons-nous à encourir le blâme des hommes véritablement instruits, plutôt que de donner aux autres l'exemple dune affirmation purement gratuite.
Il faudrait voir les vieux interprètes de l’Ecriture sainte sur les passages suivants, entre autres, Gen. I, 2. II, 10 — 14- VI — VIII.
XXI, 19. — Exod. Il, 3—10. XIV, 16— 3i. XV, 27. XVII, 5— 7. — Numer. XX, 8—1 3. XXI, 16— 19. — Jos. XV, 7, XVIII, 17.— Judic. VII, 1.— Ps. XXVIII, 3. XLI, 1— 3. LXVII, 27.— Sap. XII, 4,7, 9. — Is. XII, 3. XLI, 18. LVIII , 11. — Jer. II, 12, i3.— Ezech. XLVIL— Joël. III, 18.— Zachar. XIII, 1— Apoc. VII, 17.
XXII, 1.— Etc., etc.
VITRAUX DE BOURGES
miracle du rocher frappé par Moïse, nous aurions encore beaucoup à faire si nous voulions seulement nommer les écrivains qui lui prêtent ce sens. Origène, saint Jérôme et saint Cyrille d Alexandrie y voient avant tout l’abrogation de l’ancienne Loi, figurée par la mort de Marie, sœur de Moïse et d Aaron(i). Le vénérable Bède(a), l’auteur du Commentaire sur les psaumes attribué à saint Jérôme(3), et saint Pierre Damien (4), ne faisaient que suivre les plus anciennes et les plus graves autorités (5), quand cette source merveilleuse reportait leurs pensées vers la prédication apostolique et 1 esprit de sainteté répandu sur le monde par l’établissement du royaume de Dieu. Bref, c’est le baptême; et, pour caractériser plus nettement le rapport de ce médaillon avec celui du milieu, c’est l’Eglise.
La Synagogue n’est pas moins visible dans le médaillon qui occupe la gauche du crucifix. Il est aisé de voir dans les divers monuments réunis par nos planches d 'Etude, que toujours, près du rocher, Moïse élève la main comme pour guider les esprits vers un objet supérieur. Devant le serpent, au contraire, son geste fixe les regards et la pensée sur le spectacle du moment. Qu’on se rappelle la menace de ce prophète-législateur disant à son peuple (6) : Ta vie sera suspendue devant toi, et tu «refuseras d’y croire.» Plus tard, Isaïe (7) adressait aux Juifs cette redoutable prophétie : «Tout le jour
Cs. Isidor. Allegor. "i!\, 90, 102, 126, 149, 2.39, 240. Je me contente de citer quelques traits de saint Isidore, parce qu’il est presque toujours et l'expression d'un symbolisme antérieur, et la source d’un nouvel épanchement des anciennes doctrines vers le moyen âge. — Prudent. Diltoch. XIV (ed. Arevalo, p. 672, t. II) et not. in h. I.
S. Paulin (Ep. XXXII, ad Sever., ed. cit., 1. 1, P. I, p. 2o6)peut à lui seul servir de témoin pour la poésie et pour la peinture de la primitive Eglise.
« Pclram superstat ipse (.-/"nus) pelra Ecclesiæ,
Evnngelistæ , viva Chrisli Humilia. »
Qu'il serve d’écho à la grande voix des vieilles catacombes; l’art des premiers siècles chrétiens ne nous occupera que plus tard. Mais voici, avec Florus, la poésie du ix" siècle qui maintient cette tradition.
Florus, Gcsla Chrisli Domini , v. 4, sq. (ap. Martèue, Thésaurus novus , t. Y, Goi).
« Cantemus Domino magna est cui gloria Clirislo,
Qui solus virilité sua sessoris iniqui (Exod. XV, i, ai)
Stravit equum, victosque simul submersit abysso.
« Ecce Deus mira salvator luce coruscat ;
Ipse salus nobis, ipse est in sæcnla virtus.
Confidat devota lides, timor omnis abesto.
« Libemus dulres Jesu de fontibus initias.
Gcstaque magnifie! reboemus in ordine Christi.
«Quatuor hæc uno cecinernnt ore beati,
Quatuor exsurgunl Paradisi flumina fonte Quæ cunctum largo fœcundant gurgite mundum.
«Etc.»
Plus tard, l’auteur du poème de Sacramentis novi Sacrificii mêlait au récit du triomphe de Jésus-Christ une allusion biblique bien plus hardie, ce semble, mais empruntée à saint Augustin (in Ps. LXXn, t. IV, p. 876).
« Juin paradisiacam primus petit incola sel Jainque redemptus liomo cœlum sibi vindicat æj C™
Crux facit lioc, cujns rutilans super omnia splen I Hosles bumani generis prosternil in Eii| ''
Historiquement, on voit qu’il s'agit de la défaite des ennemis d'Israël, taillés en pièces par Gédéon. (Pj.LXXXII, 11.— Jud. VII, 22 — 25); quant au sens allégorique, il est exposé par les gloses qui accompagnent ces vers dans l'Hortus dcliciarum (f. i36 r°). ■ ....Endor interpretatur fons generationis. Per Endor riamque signilicantur illi qui in fonte generationis , id est, in carnali geuitura sua permanent, et ad gratiam regenerationis non accedunl; qui omnes merito dispereunt. » Pour le fond, c'est saint Augustin; mais, pour la forme, ce sont les propres termes du commentaire sur les psaumes attribué à Bède (ed. cil., t. VIII, 881 ).
L ancienne expression de fonte rcnasci pour exprimer le bap-
tême, a laissé sa trace dans le nom même des fonts baptismaux, qui rappelle le fons animarum de saint Paulin (Ep. cit., p. 201 ), et le Toiyi] tmv Upûv v7.p.â-cov de saint Chrysostome. ( In I Cor. Ilorail. XL. t. X,379). La liturgie, développant ce thème avec une magnifique profusion, avait singulièrement exalté la fonction et le symbolisme des eaux dans l'histoire de la religion; en sorte qu'il devait être présent à tous les esprits. Qu’on lise, par exemple, dans le Pontifical le chant de l’eau bénite pour la consécration des églises, et dans les anciens missels certaines strophes de proses aujourd’hui tombées dans l’oubli; on verra combien pareilles inspirations auraient pu élever la pensée des peintres qui ont eu à représenter les quatre éléments, s'ils n'avaient préféré puiser leurs motifs dans de fades allégories plus ou moins renouvelées des Grecs.
(1) Origène (in Numer., Homil. Vil, t. II, p. 290 sq.), qui n’expose point la circonstance précise dont nous cherchons le sens, entre toutefois dans le symbolisme énoncé par saint Jérôme. Cs. Hieronym., de Mansion. , XXXIII ( ed. Martiauay, t. II, 600).— Isid. , in Numer., XXXIII (t. V, 45i )• — Cyrill. Alexandr, loc. cil.
(2) Bed., in Samuel, lib. II, cap. 3 (t. IV, 279). La même doctrine est exprimée par d’autres commentaires qui portent son nom, comme (t. IV, 767) ceux sur Job et sur les psaumes LXXI1 1 et LXXVII (t. VIII, 828, 849).
(3) Pseudo-Hieronym., in Ps. LXXVII, t5.
(4) Petr. Damian, Serm. de Invent. S. Crucis. — Id., Homil. de Exall. S. Crucis.
(5) Origen., in Exod. Homil. XI (t. II, 168 sq.). Cs. In Numer. Homil. XII. (Ibid., 3 1 1 sq.) — Augustin, in Ps. LXXVII , 1 5 ( 1. 1\ . 82.5.) — Basil, lib. de Spirit. S., cap. 14 (ed. Garnier, t. III, 26.)- Terlullian, de Baptismo, cap. 9. — Hieronym. In Isai. XL VIII , 21 . (t.III, 35o.)— Isidor. In Exod., cap. 24 (t. V, 376).— Etc. En remontant jusqu au premier siècle, on trouverait dans lepitre de saint Barnabe (cap. 1 1. Galland, 1. 1, p. 1 28) l'indication du baptême et de l'infidélité juive, à propos du rocher de Cadès ou d’Horeb.
6) Deuteron. XXV III, 66. «Et erit vita tua quasi pendeus ante te... Et non credes vitæ tuæ.»Les LXX traduisent sans aucune atténuation : Ëirrat r, Çwrj sou xpqwqiivi) à-£vavTi tüv doOalpàiv aou>,T.5i.; et. le Moïse des portes de bronze de S.-Paul -horJ-des-murs , disait : «Videbitis vitam vestram pendentem.» C’était la' leçon de saint Jean Damascène : Ôy£<rrs -ri)v Çiof,v ùfzûv i-m £j^ou jtpsjiapiviiv, t.
Qu’on dise que dans l'original c'est un hébràïsme indiquant seulement un horrible effroi, c'est ce dont il ne sagit pas du tout. Ne mettons point la science à la place du bon sens. Comment les Pères de I Église ont-ils entendu et appliqué ce texte? voilà ce qui importe en ce moment. Mais saint Justin, saint Cyrille de Jérusalem, Tertullien, saint Léon le Grand, saint Jean de Damas ou saint Grégoire VII. qui doit avoir présidé, dit-on, au travail des portes de saint Paul, étaient-ils des hébraïsants ? Cela ne nous fait absolument rien. On peut se convaincre, d’ailleurs, que, sans être des orientalistes, plusieurs docteurs de l'Église avaient connaissance de cette savante chicane; mais ils ont passé outre. Cs. Augustin, Contr. Faust., lib. XVI, cap. 22, 23 (t. VIII 206).
(7) Isai. LXY, 2. — Rom. X, 2 1 .
« j ai étendu les mains vers ce peuple qui se roidit contre mes invitations.» Enfin, le Sauveur lui-même met le comble à cet enseignement, lorsqu’à plusieurs reprises il se compare au serpent arboré par Moïse dans le désert (l) pour sauver ceux qui le regardent avec confiance. L’Écriture se commente donc elle-même sur ce point, et l’on pourrait se passer des interprètes. C’est Israël regardant sans voir, voyant sans comprendre, possédant la lumière et ne l’apercevant pas(2); arrêtant ses pensées à l’apparence extérieure, limitant ses espérances et ses désirs aux biens qui passent, mesurant la bonté divine à ses intérêts terrestres, et méconnaissant dans sa propre loi ce qui ne va pas à flatter son orgueil et ses prétentions d’un jour. La guérison des corps, à la bonne heure; l’assistance et les merveilles du Tout-Puissant concentrées au service des fils d’Abraham, fort bien; mais un Sauveur qui ne semble occupé que des âmes, un Messie qui ne veut plus de profanes, qui ne limite plus le royaume de Dieii à un seul peuple; non : qu’il meure! il ne saurait être le Fils de Dieu, c’est un blasphémateur et un sacrilège dont la Loi prononce l’arrêt (3).
Quelques lignes de saint Léon le Grand, rapportées plus haut (4), rassemblent presque tout ce qu’on peut dire avec l’antiquité chrétienne sur la christologie du serpent d’airain : les enfants de Jacob, bornant leur vue à ce qui frappe les sens, et, faute de percer par la foi l’écorce extérieure des faits, ne sachant point lire leur propre histoire; réduits, par conséquent, à l’épeler sans intelligence, comme un texte dont 1 alphabet seul serait connu. L’exaltation du Crucifié, source de salut pour tout spectateur attentif; la mort, partage inévitable de quiconque en détourne les yeux; la conquête du monde, fruit des opprobres de Jésus-Christ, tandis que l’ancien peuple de Dieu se tient à l’écart et consomme sa ruine: voila ce que prétend nous faire lire ici saint Léon, et l’on peut dire que toute l’exégèse traditionnelle se résume dans ses courtes et majestueuses paroles (5).
On pourra demander pourquoi nous n’accordons point quelque place à certaines questions qui se présenteraient naturellement en cet endroit. Outre le fond même de ce symbolisme, pourquoi lés monuments que nous produisons adoptent-ils pour le serpent la forme d’un dragon à longue queue? Pourquoi s’accordent-ils à le placer sur une colonne, tandis qu’ailleurs c’est sur une croix qu’on le voit élevé? Le signe (6) dont parle l’Écriture doit-il s’entendre d’une croix, ou seulement d’un support élevé qui puisse attirer tous les yeux? Pourquoi encore dans le médaillon de Saint-Denis (7) cette singularité qui lait arborer la croix de Jésus-Christ sur le dragon? Plusieurs de ces faits amèneraient des éclaircsisements curieux; quelques-uns même ont un rapport intéressant avec l’histoire des doctrines manichéennes au moyen âge. Mais combien de lecteurs trouvent déjà que nous donnons beaucoup trop d’étendue à nos explications, et trop d’appareil scientifique à des matières où leur curiosité ne prétendait point dépenser une attention si soutenue! Ne les poussons point à bout, et faisons place à quelque nouvel objet.