XVIII. DAVID, ETC
54. Que David rappelle ici le caractère biblique de l’emblème du pélican, nous le voyons dans le vitrail de Chartres, où le prophète-roi tient un Iambel avec le verset du psaume qui désigne cette similitude. Mais vouloir restreindre à cet unique but la portée d’une représentation répétée sur tant de monuments, ce serait en méconnaître l’importance. David est trop souvent montré par les SS. Pères comme une des grandes figures prophétiques de Jésus-Christ, pour que son intervention soit réduite à la valeur d’une indication pure et simple. Ce que nous avons vu jusqu’à présent, et ce que les écrivains ecclésiastiques disent du fils de Jessé, doit nous faire lire dans cette nouvelle peinture, comme dans les autres, la vocation des Gentils substitués à l’ancien peuple de Dieu, l’Église succédant à la Synagogue (7). D’ailleurs, quoi de plus propre à figurer près du triomphe de Jésus-Christ, que celui dont le Messie a été nommé le fils (8), et dont il a lui-même invoqué le témoignage à l’appui de sa divinité (9)? C’était
en même temps celui dont le trône, par sa duré*
Éyevâ^v dxni vuy.xixépaç. Ô yoOv «PugioXôyoç Xéfel tout! t'o tîteivov ûwpaya-rz&v t?,v vuy/ra, ïi tît/ ^uipav.
Epjivivîia. O’jtmç xai o Kûpio; rijiüv Irl<roüç Xpwrrèç infonm/nv •ôjiæ; "o’jç èv intérêt xat tntifi Oavàrou »ccOti|a£vou;, rourétm rôv Xaiv rûv èOvûv, inzip rov laiv Tfïiv louSatuv... r. X.
On voit que saint Ëpipliane s’appuie d’un Physiologus antérieur.
Il répète fréquemment cette indication.
(1) Alb. M., loc. cit. « . . . De vulnere et sanguiue virium debilitatur tantum quod in nido remanet, et pulli pro sua et matris cibatione exire compellunlur. Et si qui sunt qui, aut propter inertiam, aut propter impietatem quant in matrem habeut, cibare matrem nolunt; hos quuni voluerit ( convalueril ?) abjicit,et provideutes sibi se sequi permitlit. » Cs. Vincent. Bellovac., loc. cit.
Summa Magistri Johannis de S. Geminiano. ... de excmplis, libr. IV, cap. 3g. « Ingraiitudo filios etiam excludit a paterna liæreditate. . . Pellieanus avis. . . super filios suos a serpente occisos percusso pectore. . . ad eos vivifieandos sanguinem fundit : quo effuso sanguine in tantum debilitatur quod pulli pro cibo exire coguntur. Et illos pullos qui naturali affectu ipsum pascunt, postquant resumpsit vires leuerrime diligit et sollicite nutrit. Sed illos qui de ipsa tamquam dégénérés nullam gesserunt curam, tam-
quam iugratos dejicit et seeum vivere non permiltil Onde
etiam pellieanus iste Christum repræsentat. . . . Ipse enim homines quos creaverat tamquam filios ad imaginent et similitudinem suam, a serpenLe autiquo, veneno peccati, occisos, proprio sanguine vivificavit. Uude gratos filios. . . finaliter seeum ad suam hæreditatem admittet, dieens : Venite vos beuedicti; ingralos autem et crudeles excludet. . . ■>
3, devait mesurer le temps de l’attente, et signaler
(а) Étude I, fig. À, n° 1 2. — Étude IV, fig. C, D. Cs. chapitre VI.
Le rapprochement de ces représentations et du symbolisme
précédemment exposé, paraîtra plus naturel encore par leur comparaison avec les dernières paroles de Glycas au sujet du pélican. Dî),=/,àv yap aÙToç b Xp'-orcü;, y. aV.à o Tuapàâewoç, veorrol oi ispuTéicXcarroc ètilëmikoç oçiç aÙTÔç o SiàëoXoç, iiç ôsew; r, èy. toO S'.aëéXou Ttâv-rw; arax-rr,’ OâvaTo; b h. toü 0soG ' <rv(tTOX0s'.a iraTpneJj , -r, toO ©îoû Aéyou
èvavSpwTaïuiç. H Si tûv veottwv üitsp0£v ijMtrspu&ç , j irù uTaupoû TOÛ Xp'.!TTOÛ TÔV Itp-U TO TtX â(7T U V âvtO0SV à U Ct l (d p T, <j l'~ ifttupOv iTv.TÙcrfc.ç , r, Tïjç 0eîa; vûÇiç itXeupÆç , jeal TeXsuratov toîç tsOvswinv êitwrrœÇov aljta puvov.
(3) Augustin., in Ps. LXXIII, 1 (t. IV, 769).— Id., Conlr. Faust., XIX, i3 (t. VIII, 320). — Id., in Ps. XXXIX, 6, 7 (t. IV, 333, 335). -Etc.
(4) Hebr. IX, X. — I Petr. II, 24.__Apoc. XXII, 14.— Etc.
(’5) Remig. Autissiodor., in Ps. CI (Bibl. PP. XVI, ia33).
(б) Ps. CIII, 3o. — Cs. Euseb., loc. cit.
(7) Augustin., in Ps. LIX (t. IV, 576). «Certe illud meminimus sæpe vos audivisse quod dicimus : Vix est ut in psalntis invenias
voces, nisi Christi et Ecclesiæ David rex unus homo fuit,
sed non unum hominem figuravit. Quando scüicet figuravit Ecclesiam ex multis constantem, distentam usque ad fines terræ; quando autem unum hominem figuravit, ilium figuravit qui est mediator Dci et hominum homo Chrislus Jésus (I Tim. II 5).»
(8) Ma tth. 1 , 1 ; IX, 27 ; XII , a3 ; XV, 22; XX, 3o, 3 1 ; XXI, g,
i5. - Etc., etc—Cs. Leon. M. serm. XXIX (al. 28), in nalivit. Domitu 9 (t. I, io3 — io5).
(9) Mattli. XXII,4i 45, — Luc. XX, 41— 44. — Etc.
PLANCHE PREMIÈRE, NOUVELLE ALLIANCE. io3
par sa chute le moment de la réalisation (i); celui qui avait annoncé la victoire de ce glorieux descendant sur toute chose créée (a), le sceptre de la toute-puissance remis en ses mains, et sa place marquée a la droite du Père. 11 avait vu, ce roi que couronnait l’auréole de l’inspiration, il avait vu dans ce divin rejeton de sa race, naître un sacerdoce que l'Éteruel ne devait jamais révoquer une 'force souveraine qui devait brise, ■ tous les diadèmes ennemis, et mettre en poudre comme l’argile toute domination armée contre la sienne. Les nations devaient être son héritage, et la terre livrée à sa merci (3), etc., etc.
Mais ce serait peu que de faire paraître David comme prophète dans cette grande page toute pleine de figures. Ce sont des prophéties en action qui nous ont passé sous les yeux jusqu’il présent, n’introduisons pas une dissonance dans ce concert solennel. Les témoignages ne nous manqueraient pas pour faire reconnaître la pensée du moyen âge dans l’emploi de ce type. S. Adon résume dès le ix* siècle les enseignements de plusieurs Pères à ce sujet, et interrompt le cours de sa Chronique, pour exposer ce symbolisme avec une sorte de complaisance (/,). David naît à Bethléem; laissé dans l’oubli par ses propres frères, il devient le sauveur et le maître d’Israël, et c’est par les moyens les plus faibles qu’il obtient la victoire sur l'ennemi de son peuple. Appelé à la royauté par la volonté du Ciel, il ne parvient a la couronne qu’après de longues années, traversées par les adversités les plus rudes; longtemps son ennemi prévaut, les siens même trament sa perte. Mais, enfin, il assure à sa race la possession paisible du trône, et fonde la prééminence de sa tribu, à l'exclusion de celle qui avait été choisie d abord. Mais au faite de la grandeur, comme durant la persécution, il ne dément point sa clémence; il a même des larmes pour ses ennemis quand la vengeance divine les frappe, etc. On n’attend pas de nous que nous développions le parallèle; quel esprit, si peu familiarisé qu’il soit avec le symbolisme, n’en saisira au moins les principaux traits? Mais il ne faut pas oublier que ce n’est point ici un jeu d’imagination pieuse seulement; c’est un accord unanime des Pères, trouvant entre le Christ Fils du Dieu vivant et ce roi selon le cœur de Dieu, des rapports proclamés presque à chaque siècle par les écrivains ecclésiastiques, organes ou échos de la tradition (5).
S’il faut préciser entre tous les textes de l’Écriture relatifs à David, celui que le peintre se sera proposé particulièrement de retracer dans ce médaillon, je ne crois pas me méprendre en indiquant le début de l’énumération consacrée au* forts de David, à la fin du règne de ce prince (6). Disputera qui voudra sur la valeur philologique de la Vulgate en cet endroit. Est-il bien question de David dans le texte primitif; et la version n'a-t-elle pas pris des noms propres pour des noms communs, etc.? toutes choses fort indifférentes à notre détermination actuelle, qui repose uniquement sur la manière dont
(0 Gen. XLIX, 10. Cs. Augustin., in Ps. LXXV, a (t. IV, 793 J.
(a) Ps. CIX. Cs. Augustin, in h. Ps. (t. IV, ia3a, sqq.)
(3) Ps. II,CJX,LXXI, etc. — Augustin-, loc. cil. (t. IV, 1235, sqq.)
Dominons in medio inimicorum tuorum, inter frementes gentes
Modo in medio inimicorum tuorum, nunc in isto transilu sæculorum,.„. nunc dum torrens temporum præterlabitur; ad hoc directa est virga virtutis tuæ ex Sion, ut domineris in medio iuimicorum tuorum. Dominare, dominare, Fili David, domine David; dominare in medio paganoruni, Judæorum, hæreticorum, falsorum fratrum. Dominare in medio inimicorum tuorum. Hune versum non recte intelligimus, si non fieri jam videmus. Sede ergo a dextris Dei, occullare ut credaris, donec impleantur tempora
gentium Ut autem morereris, et per mortem tuain
deleretur chirographum peccatorum (Coloss. II , 14), et prædicaretur pcenitentia et remissio delictorum per omnes gentes. . . . eæcitas Judæorum fecit. Aliis illuminandis aliorum cæcitas militavit. Cæcitas enim ex parte Israël facta est ut pleniludo gentium inlraret, et sic omnis Israël salvus fierel (Rom. XI, a5). Cæcitas ex parte Israël facta occidit te; occisus resurrexisti, sanguine tuo peccata gentium diluisti, ad dexterain Patris sedens uiidique patientes et ad te confugientes collegisti. Facta est ergo cæcitas ex parte Israël, facta est ut plenitudo gentium intraret, et sic omnis Israël salvus fieret, et omnes inimici ( fièrent ) scabellum pedum tuorum , etc. »
(4) Adon. Chronic., Æt. IV (Bibl. PP. XVI, 777). — Angelom.,
Stromal, in libr. Reg. I, cap. 16— ai; In libr. II, cap. a— 24; In libr. III, cap. 1 (Bibl. PP. XV, 3a9— 36o). — Rupert. , de Victor. Verbi Dei , lib. IV, 1a. — Hug. a S. Victore (?) , Instit. monast., serin. LIX ( t. II, 56j, sq.) Etc.
Cs. Isidor., in Reg. I, II (t. IV, 5i 5-536). — Id., Allegor. 88- 90, 9.4 (ibid. i3 1) — Augustin., Contra Faust., libr. XII, 34 (t. VIII,
243). — Id. in Ps. XXXIII, enarr. I (t. IV, 21 1 214). Ici., in
Ps. LIII (ibid., 492).Id., in Ps. LXXVII, 70 (ibid., 837, sq.). —Etc., etc.
(5) Prosper, de Promissionibus Dei, P. Il, cap. 25 (p. i5o— i5a ). — Hilar. Pictav.,m Matth. XII (t. 1,727).— Id.,tnP.f. CXLI (ibid., 600,601). — Id.,/« Ps. LV (ibid., 128).— Id., in Ps. LIII (ibid., 1 07).
Id., in Ps. LVIII (ibid., 1 44, sq.).— Origen., in Joann. (t.lV, a5). — Prudent., Dittoch. 19, 20 (p. 674, sq. , t. II ) :
“ David parvus erat, fralrum uitinius, et modo Jesse Cura gregis, cilliaram forraans ad ovile paternuni;
Inde ad dei icias regis. Mox borridabella Consent , et fuuda sternit stridente Goliam.
i< Regia mitifici fulgenl insignia David :
Sceplrum, oleuni, ennui, diadema.et purpura, et ara.
Oninia conveniunt Cliristo : cillâmes, atque enroua,
Virga potestatis, cornu orucis, altar, olivum. »'
Cs. Gregor. Nyss., in Ps. LV, LVI, XVIII (libr. II, cap. .4, t6). — Cyrill. Alexandrin., de Adorât, in spiritu, libr. III (t. I, g5— 100).
— Pseudo-Eucher., in libr. Reg. ( Bibl. PP. VI, 947, sqq.) Greù’or.
M., in I Reg. III (t. XIII, 377, sq.). — Hraban., in libr. Reg. (t. III. 60, sqq.). — Id., Adversus Judœos, cap. 3 (ap. Marlène, Thésaurus, t. V, 4 14 )- — Alcuin., in Ps. CXXX1 (ed. Froben, 1. 1,386). — Gloss, ordinar., in I Reg. XVI, etc— Gerhoh, in Ps. XVII (D. Pc/. , V, 223, sqq.) Rupert., in I Reg. XVI. — Etc., etc.
(6) II Reg. XXIII, 8. » Hæc nomina fortium David : sedens in cathedra sapientissimus princeps inter très; ipse est quasi tenerrimus ligni vermieulus, qui octingeutos interfccit impetu uno. »
VITRAUX DE BOURGES
ce passage était entendu communément au moyen âge, et sur les conséquences que devait entraîner cette explication. Or, la Glose { i), après Raban, y voit Notre-Seigneur Jésus-Christ sous le type du premier roi de la tribu de Juda. Deux points saillants s’offrent à nos réflexions dans l’étude du symbolisme rattaché à ce singulier texte. David y apparaît sur son trône, et une comparaison tout à fait inattendue l’assimile au ver qui perce le bois. Sur cette dernière circonstance, voici un mot, un seul mot de saint Isidore, qui expliquerait pourquoi une allusion à ce passage mystérieux du Livre des Rois sera venue s’associer à la résurrection du Sauveur. Le docteur des Espagnes, énumérant (2) diverses dénominations appliquées à Jésus-Christ par l’Ecriture ou par l’Eglise, jette ces paroles comme en passant : Vermisseau, parce quil est ressuscité. Il faut convenir qu’une semblable explication ne paraît pas être de nature à jeter un grand jour pour nous sur cette particularité de la symbolique chrétienne. Tel est le degré d’oblitération subi par maintes données autrefois vulgaires, et que la perte des souvenirs a réduites à l’état d’une médaille fruste, dont l’empreinte serait méconnaissable : les éclaircissements même ne font qu’ajouter à notre embarras (3). Mais l’étude des SS. Pères peut nous rendre la véritable appréciation de ce symbole. Au texte du Livre des Rois que nous avons indiqué, se joignait naturellement un passage d’Habacuc, où les Septante ont vu le scarabée dont la larve ronge le bois (4). Ces deux fragments s’appuyant l’un l’autre avaient donné lieu de développer à ce sujet toute une série de mysticisme qui survécut longtemps à l’emploi des versions calquées sur celle des Septante (5). C’est tantôt la larve du lucane, ou du perce-bois, ou de la vrillette, etc., ou même de l’abeille; tantôt le ver de terre, l’embryon (pour ainsi dire) du phénix, et jusqu’à l’escarbot. Mais presque toujours, en rappelant cet emblème de la faiblesse et de l’impuissance qu’a revêtue le Fils de Dieu dans son incarnation et sur le Calvaire, les interprètes ont soin de contre-balancer cet humble aspect par la gloire de son triomphe, la chute de ses ennemis, et sa manifestation terrible au jour des vengeances.
D’ailleurs, le trône de David ( sedens in cathedra) et sa redoutable valeur {qui octingentos inter fecit...), conduisaient naturellement les esprits à voir dans ce texte, et par conséquent dans notre peinture, le triomphe de Notre-Seigneur par son Église. Ici revenaient à la pensée toutes les promesses faites au Médiateur dans la personne de David ou de ses successeurs, et ces pompeuses descriptions de gloire et de conquêtes que jamais roi de Juda n’a vues se réaliser, réservées qu’elles étaient pour un autre sceptre (6).
(1) Gloss, ordinar., in h. I. « Ipse est virga de radice Jesse quæ absque nuptiali opéré florem protulit; qui de uno homine, typuiu gentiuin præfcrente, uno impetu, id est sermonis iniperio, legionem expuli t dæmonum (Marc. V, 2— 1 6. — Luc. VIII , 27—36. — Etc.). Tenerrimus ligni vermiculus : virtus viri bellica et modestia signatur. Quia sicut vermiculus ligni tener quidem et fragilis et modicus apparet, l'ortissimum tamen lignum terebrat et consumit : unde, a terendo, teredinis nomen accepit; sic ille, domi omnibus affabilis, quietus et hurailis, in certamine publico robustum se et inlolerabilem hostibus exliibebat.
■> Hune tamen principem fortium hebræus suspicatur esse David, de quo dicitur : Sedens in cathedra sapientissimus , etc.; cujus sapientia ostenditur in sapientissimo, humilitas in vermiculi exernplo, in interfectione octingentorum fortitudo. »
Cs. Pseudo-Eucher., in II Reg. (Bibl. PP. VI, 964). — Hraban , in h. loc. (t. III, 84).— Angelom., Stmmat. (Bibl. PP. XV, 355, sqq.). — Euthym.Zygab., in Ps. XXI, 7 (ib., XIX, 277, sq.).— Gerhoh., in Ps. XXI, 7 (D. Pez, V, 363) — Rupert., in libr. Reg, libr. II, cap. 38. — Etc.
La réputation qu’avait le ver d'être le produit d'une formation spontauée, prêtait à la piété des vieux commentateurs l'occasion de voir dans cet emblème une figure de la virginité de Marie en même temps que des opprobres du Fils de Dieu. C’est ce qui fait que ces allusions bibliques ont été exploitées souvent, avec des applications diverses, d'autant plus que le mot venais avait une signification extraordinairement étendue dans l'histoire naturelle
d autrefois. Cs. Dionys., Cœlest. hierarch-, cap. 2, et Maxim., schol.
ta h. L, § 5. 1t. Pachymer., Paraphe, in h. I. (ed. Corder., 1. 1, 22, 3i,
39). Origcn., in Luc., Homil. XIV (t. III, 948). — Hieronym., in J on. IV, 7 (t. III, i4g3) — Augustin., Epist. Cil ( al. 49), quæst. 6
(t. II, 286) — Id., Epist. CXL ( al. 1 20. Ibid., 429). — Pseudo-Am-
bros., in Ps. XXI, 7. — Pseudo-IIieronym., Brev. in psalt. (t. II, Append., p. 17 1, sq.).
(3) Saint Hilaire de Poitiers peut nous mettre sur la voie de résoudre cette énigme. Voici ses paroles ( de Trinitate, lib. XI, t. II, 383, sq.) : «Non ignorât et propheticus spiritus, unigenito Deo qua ex parte sint fratres; hæc enim non tam homo quam vermis locutus est ( Ps. XXI, 23;: Narrabo nomen tuum fratribus meis. Et hæc vermis : vei, non ex conceptu communium originum vi- VENS, VEL E PR0FUND1S TERRÆ VIVUS EMERGENS ; AD SIGNIFICATIO- NEM ASSUMPTÆ ET V1V1FICATÆ PER SE , ET1AM EX 1NFERNO, GARNIS, professus est.»
La brièveté même de cet énoncé donne lieu de conclure que le symbolisme dont il se réclame était généralement connu.
(4) Habac. II, 11. «Quia lapis de pariete clamabit; et lignum quod inter juncturas ædificiorutn est, respondebit. »
LXX. AiÔTt Xtdoç éx t or/pu ai, p. ai *àv9apoç iy.^.ou oO^e-eu.
— Al. Symmaeh. Koù oix.o8op% £j>-.voÇ
Cs. Hieronym., in h. I. ( t. III, 1608, sq. J. Gregor. M. Moral., hbr. XXX, cap, 21 ( t. III, 255).— Etc.
(5) Ambros., in Luc. XXIII, 33, 34.-Id., de Obitu Theodosii.- Gaudent, serai. XIX, ad Paul, diacon., et Galeardi, not. in h. é— Petr. Damian., de Dono religiosi status, cap. XI. — Remig. Autissiod. , in Jon. IV ( Bibl. PP. XVI , 989 ).
(6) Luc. 1 , 32— Ps. II, XXI, XLIV, LXVII, LXXI, LXXXVI LXXXVIII , XCIII , XCV, CIX, CXXXI— II Reg. VII, ,4-, 6. — Isai IX>7;XVI, 5; LII, i3 — 15 — Jerem. XXIII , 5; XXXIII .4-17 Ezech. XXXIV, 23, sq.; XXXVII, 24.Zachar. XII.’ 8 — 10; XIII, 1. — Etc.
Cs. Justin ^/.c. Trypli. CXX(Galland, I, 57i,sq.). — Tertulian', Ad*; Jud- 1 * * * * * * * IX-Xr — J-icob. Nisib., serai. XVI (Galland, V, cvii cxui). Evagr., Ætercat. (Martène, Thésaurus, V, 6 14 sq ) Disinar. institut., libr. IV, ,a,4 (,. I 3oo sqq’.).
Augustin., Ps. I.XX : 1. IV, 74,-753).-, d. in Ps. CXXXI
lo”)
o5. Pour terminer entièrement 1 explication du vitrail de la Nouvelle- Alliance, il nous reste à chercher le sens de cet arbre couronné d un nid, qui se voit entre le pélican et David. La verrière du Mans maintient cette séparation, que nous ne retrouvons plus ni à Tours, ni à Chartres; et il ne paraît pas possible d expliquer cet accessoire en prétendant le réduire à une sorte de détail de paysage employé pour diviser la scène en deux compartiments distincts. Le nid qui occupe la cime de l’arbre dans les deux vitraux annonce une intention précise, commune aux peintres de l’une et de l’autre verrière.
Quelle est cette intention? Il me semble la trouver dans un passage du livre de Job(i), que les interprètes ont singulièrement tiraillé, si l’on peut parler ainsi, mais que notre peintre traduit absolument comme la Vulgate • «Je mourrai dans mon nid, et multiplierai mes jours comme le palmier.» Voilà bien la forme expliquée, reste à trouver la pensée qui l’animait. Pour la découvrir, nous interrogerons les dépositaires du secret d’alors; c’est-à-dire les écrivains ecclésiastiques. Car, il est bon de le répéter, hors de là nous ne saurions échapper au reproche d’arbitraire; et pour n’arriver qu’à des hypothèses, ce nest pas la peine de se mettre en marche : avouer son ignorance serait à la fois et plus court et plus loyal, et plus utile à la science, qui ne peut accepter que le vrai, sans que le vraisemblable soit rien pour elle. Cependant, près d’atteindre le terme des considérations que nous a suggérées ce vitrail, nous ne retiendrons pas le lecteur plus longtemps qu’il ne faut sur un objet qui tient si peu de place dans la série de nos peintures. D’ailleurs, les anciens auteurs sont trop peu divergents sur ce double symbole, pour qu’il nous faille employer beaucoup de paroles à les concilier. Le Commentaire sur Job attribué à saint Jérôme, et celui qui porte le nom de Bède (2) dans les éditions de ce docteur publiées jusqu’à présent, s’accordent moins qu’ils ne se répètent sur un symbolisme parfaitement conforme à l’ordre d’idées que nous avons constamment reconnu dans tous nos médaillons. Le premier de ces commentaires a-t-il servi de thème aux amplifications de l’autre; ou bien ne serait-il que le résultat d’un travail de réduction opéré sur celui-ci? L’histoire littéraire pourra résoudre ce problème, qui nous entraînerait dans une digression médiocrement intéressante en ce moment. Ce qu’il importe de constater, c’est que sous ces deux formes et sous la protection des noms célèbres qui les recommandaient, cette double expression de la même idée a dû obtenir un crédit imposant. Selon cette exégèse, le texte de Job prophétiserait la répudiation des Juifs et l’adoption des Gentils. Le Sauveur Fils de David, mourant de la main de ses frères, est perdu pour eux; mais pour cette petite portion de la terre qui le repousse, toutes les autres nations lui sont données en échange : là son Eglise dilate ses rameaux comme le palmier, et couvre l’univers entier de son ombre protectrice. Saint Grégoire le Grand (3) et la Glose, qui ne voient ici que l’Église grandissant rapidement après ses premières souffrances; saint Augustin (4), qui nous la montre abritant sa couvée entre les branches de l’arbre de la
(ib. 1 472- 1 483). — IL, in Ps. LXXXV III ( ib., 935-954 ) — Basil. M., Epist. CCXXXVl , ad Amphiloch. (ed. Garnier, 1. 111,363). — Gregor. Nyssen., Testimon.adv. Judœos, cap. 2, i6(Galland, VI,
58 1, 590) Isidor., Contr. Jud., libr. II, 2 (t. VI, 70). — Hrabau.,
Adv. Jud., cap. 33, 47 (Martène, Thésaurus V, 475, 498). — Etc., etc.
(1) Job. XXIX, 18. « In nidulo meo moriar, et sicut pal nia multiplicabo dies meos. » — LXX : H r,Xiz.ia [M'j jr^à.<sv. axû.i/oq oGivizo?, icoXîtv j^povov (Buotno. — Augustin., Annotât, in J oh (t. III , 653). o Ætas mea senescet sicut arbor palmæ, multo vivam ternporc. » — Paraphr. Cliald. «Cum fortitudiue mea in uido meo deficiam, et sicut arena multiplicabo dies.» — Vers. syr. et arab. «Salvabo populum pauperem, et velut arundo perficiar, et ut arena maris multiplicabo dies meos. »
L’expression hébraïque Slip. souvent traduite par sicut arena, pourrait absolument se rendre par in dolore ; mais nous verrons quelle a donné lieu à une version bien plus singulière encore.
(2) Pseudo-Hieronym., in Job (t. V, 73g) : « Nidus Domini Salvatoris, Ecclesia cjus potest intelligi. Hic igitur Dominus in Ecclesia, quasi nidulo suo. ... in qua procréât ac fovet fdios, mori dici-
tur sed. . . quum ex resurrectione fuerit glorificata, palmæ
celsitudinem obtinebit sive nidulus hic populus Judæorum
potest intelligi. In hoc igitur nido pati et mori pro nobis voluit, sicut ait Judæis : Moriar, et in eorum mentibus crucifigar, ubi secundum liominem couversatus et natus sum; et in Gentibus ubi palma victoriæ meæ crucisque vexillum erectum est multiplicabo dies, dicens eis(Matth. XXVIII, lo.Ecce ego vobiscum sum omnibus diebus usque ad consummationem sceculi. »
Pseudo-Bed., in Job (t. IV, 77i, sq.) « Nidus Domini Salvatoris
Ecclesia ejus potest intelligi; quam ut bonus pastor quæsivit, et salvandam indagine pietatis invenit; sicut de eo proplieta ait ( Ps. LXXXIII, 4) '■ Etenim passer invenit sibi domum , et turtur
nidum sibi ubi reponat pullos suos. Ubi vero
pal 111a ni cum ( eam ?) dicit, exaltationem gloriosam. ... in resurrectione ei futuram esse signifieat
» Sive nidus hic potest populus Judæorum intelligi, ut ait sanctus Moyses de Deo dicens ( Deuter . XXXII, 11 ) : Sicut aquila protegit nidum suum, etc. In hoc igitur nido gentis suæ secundum caruem pati et mori pro nobis voluit sive in Synagoga Ju-
dæis moriar, atque in eorum mentibus crucifigar ubi secundum liominem conversatus et natus sum; et iu Gentibus, etc. (entièrement comme dans la citation précédente).»
(3) Gregor. M. Moral., libr. XIX, cap. 27 (t. II, 270). — Glossa, in h. I. — Une réduction des Morales de saint Grégoire, qui est attribuée à saint Odon de Cluuy(Bibl. PP. XVII, 397) a pu augmenter encore la portée de ce commentaire, en le reproduisant sous une forme plus abrégée. Du reste, saint Grégoire lui-même parait avoir calqué l’un des deux traités que nous indiquions avant lui.
Si l’on voulait combiner plusieurs des idées exprimées par ces diverses paraphrases avec l'histoire de la couvée du pélican, on pourrait penser que ce nid placé au sommet de l'arbre est l'humanité désormais mise à couvert des traits du démon par l'institution de l'Église. Cs. Herv. Burgidol., in Isai. X, i4; XVI, 2 (ap. D. Pez, t. III, P. I, p. i5o, 209). — Rom. IV, 25. — Gerhoh., in Ps. XCI, i3 (D. Pez, V, 1706). — Etc.
(4) Augustin., in Ps. CI , 8 ( t. I V 1 097 ). » Ascendit ( Christus j in cœlum; factus est sicut passer volaudo, id est ascendendo. . . Ergo
VITRAUX DE BOURGES
croix,... autant de témoins pour autoriser le sens que nous prétendons trouver dans cette expression du peintre, tout insignifiante qu’elle semblait être d’abord.
Nous avons fait remarquer l’accord des verrières de Bourges et du Mans avec la Vulgate dans leur version du texte de Job; il u’est pas sans intérêt de faire observer que le moyen âge ecclésiastique écartait de ce mystérieux passage l’idée du phénix mentionné ailleurs par plusieurs graves interpretes(i). Mais il est temps de mettre un terme à notre commentaire sur le vitrail de la Nouvelle- Alliance; occupons-nous seulement de le justifier.