‹ Monographie de la cathédrale de BourgesChapitre 37 sur 94 · I. JUSTIFICATION DU TITRE DONNÉ A NOTRE VITRAIL · texte numérisé non relu

I. JUSTIFICATION DU TITRE DONNÉ A NOTRE VITRAIL

56. Il ne viendra, sans doute, en l’esprit de personne que, de gaieté de cœur, nous nous soyons jetés dans les recherches qu’on vient de lire, sans nous y croire obligés par le sujet. Mais quelquun pourrait imaginer que nous nous sommes laissés égarer par une illusion poursuivie avec trop d’ardeur; et qu’un coup d’œil plus calme, un premier aperçu déterminé par une sagacité plus froide, pouvait nous conduire à un résultat plus vrai par une voie moins rude. Ainsi, trop d’empressement ou d’enthousiasme nous aurait conduits à devenir faux à grands frais.

Je laisse à penser si nous avons dû sentir nous-mêmes et peser ce double intérêt de la vérité et de la brièveté réunies : la précipitation nous a si peu entraînés dans un système embrassé à l’aveugle, qu’après cinq semaines d’étude sur les explications données par le moyen âge aux scènes diverses de cette verrière, nous n’étions pas encore fixés sur le nom qui devait caractériser leur ensemble. Mais signalons au lecteur lui-même quelques-uns des caractères d’exclusion qui nous ont fait rejeter certaines hypothèses malgré leur spécieuse apparence.

Était-ce la croix qui devait arrêter nos regards, et former le point de centre dans toute cette perspective? Dans cette supposition, quelques emprunts faits au grand Innocent III (2) et à la vieille

pclicanus nascendo , nycticorax moriendo , passer resurgendo. . . . Caput enim nostrum passer est, corpus illius ( Ecclesia ) turtur; ( l’s. cit.) Etenim passer invenit sibi dornum. Quarn domumPIn cœlo est , interpellât pro nobis. El turtur nidum sibi : Ecclesia Dei , nidum de lignis crucis ipsius; ubi pouat pullos suos, parvulos suos.» — Cs. Pseudo-Cassiodor., in Cantic. VII, 8 (ed. Garet, t. II, 5ag). — Pseudo-Hug. a S. Victore, Institut, monast., libr. I, cap. ai a5 (t. II, 4oo, sq.). — Pelr. Damian., serai. XVIII, de Inventione s. crucis. — Etc.

fi) Pseudo-Bed. (t. IV, 757). Bien que les rabbins voient le phénix dans le Sin de Job, il semble que cet oiseau fabuleux ait dû à l'équivoque grecque (çotvi;), plutôt qu’à l’hébraïque, l'honneur de figurer dans les commentaires chrétiens de l’Ecriture. Car c'est surtout à l'occasion du Ps.XCI,v. i3,que l’on retrouve ce merveilleux animal dans les Pères des premiers siècles; et le texte hébreu (icro) 11e prête poiut en cet endroit à une double entente.

Cs. FF. Ballerini, Not.adS. Zenon., libr. I, tract. 16 (ed. Véron., p. 129). — Augusti, Beilriige zur christlichen Kunst-Geschichte ,t. I, 106 — 108. — Bochart, Hierozoicon., lib. VI, cap. 5 (Opp., ed. Lugdun. Bat., 1712, t. II, 817— 825). — Etc.

(2) Durand-, Rational., libr. V, Rubric. 2. « Sane crux Domini multipliciter fuit in Veteri Testamento præfigurata. Legitur siquidem quod Moyses ad mandatum Domini œneum serpentem erexit in palo in deserto pro signo; quem aspicientes qui percussi fuerant a serpentibus, illico sanabantur. Quod ipse Christus exponens inquit in Evangelio : Sic ut Moyses exaltavit serpentem in deserto , ita exaltari oporlet Filium hominis ; ut omnis qui crédit in ipsum non pereat, sed habeat vitam œternam.

« Legitur eliam quod quum Joseph applicuisset Manassem et Ephraim ad Jacob; statuens majorent ad dextram, et minorent

ad sinistram, ut eis secundum ordinem benediceret; Jacob ntanus commutans, id est in modum crucis cancellans, dextram posuit super caput Ephraim ntinoris et sinistram super Manasse majoris, et dixit : Angélus qui eruit me de cunctis malis , benedicat pueris islis ; etc.

« Item Moyses ait : Die ac nocte erit vita vestra pendens , et videbitis et ( non ? ) cognoscetis. Christus enim nocte fuit in cruce pendens, quia teuebræ factæ sunt ab hora sexta usque ad nonam....

« Rursus legitur Ezechielis IX. Ezechiel audivit Dominum dicentemad virum vestitum lineis, habentem atraraentarium scriptoris ad renes : Transi per mediam civitalem, et signa thau in frontibus virorum. dolentium et gemenlium. Et post hæc dixit septeni viris : Transite per mediam civitatem, et percutite omnem. super quem non videbitis thau; netnini parcet oculus vester.

«Item Jesaias : Congregabo omnes gentes , et erit eis insignum thau. Item alibi : Et erit principatus ejus super humerum e/us. Christus enim portavit super humeros crucem in qua triumphavit, etc. »

Mais Durand copie, sans plus, Innocent III, comme nous l'avons remarqué ailleurs. Presque toute la différence entre le passage du Rational que nous venons de citer, et le texte qu’il transcrit, c’est que vers la lin Durand substitue une figure a une autre; du moins, il tronque une des dernières, comme par compensation, après en avoir inséré une (celle de Notre-Seigneur portant sa croix ) qu'innocent III n'avait point citée.

Innocent. III , de Offic. missœ, libr. II, cap. 3g (al. 43): « O quarn profundum est crucis mysterium, quarn arduum est sacra menturn ! Legitur enim quod Moyses ocu[us

vester.

«Joannes quoque vidit angelum Dei ascendentem ab ortu solis, habentem signum Dei vivi; et clamavit. voce magna quatuor an-

PLANCHE PREMIÈRE, NOUVELLE ALLIANCE. to7

lituigie(i), ou tout au plus à I interprétation traditionnelle de l’Écriture sainte (2), pouvaient nous suffire et devaient résoudre promptement Je problème. Mais supposé ce symbolisme, tout un grand médaillon se trouve supprimé; car il demeure muet avec ses cinq compartiments, et le tiers du vitrail ne devient plus qu’un hors-d’œuvre. Que la croix de Saint-Berlin (3) ait pu être conçue dans un plan moins vaste, et que les émaux qui en ornent le pied se bornent à peindre l’instrument de notre salut, on me le persuaderait peut-être, bien que les ciselures du chapiteau me paraissent dépasser cette étroite enceinte. Mais dans les lions, par exemple, que nous apercevons ici, quelle apparence de trouver une figure de la croix? Et si nous portons nos regards sur des monuments incontestablement nés de la même pensée que celui de Bourges, où sera la croix dans les scènes de la flagellation et du couronnement d’épines que présente la verrière de Chartres (4)? Ce serait bien une autre difficulté s’il fallait prêter ce même but aux médaillons de Saint-Denis (5) : Moïse trouvé sur les bords du Nil, l’arche d’alliance, la mer Rouge, etc. Or, nous ferons voir (nos 65—68) que le titre adopté par nous pour les peintures de Bourges satisfait aisément à ces diverses faces du problème.

57. Ce peu de mots répondrait d’avance à un autre système d’explication qui aurait prétendu ne reconnaître ici qu’une série quelconque des principales circonstances de la Passion, placées en regard des laits prophétiques où, dès l’origine des temps, Dieu retraçait les douleurs et l’efficacité du grand sacrifice de la croix. Je n’ignore pas que l’on rencontre au xm' siècle des exemples de ce parallélisme élémentaire, pour ainsi dire; mais c’est surtout aux âges plus rapprochés de nous que ces compositions un peu froides se reproduisent fréquemment. Pour le chrétien vraiment instruit de sa religion, et dont le cœur est habituellement imprégné des enseignements de la foi, c’est un objet en quelque sorte trop commun, que ce rapprochement de données également palpables de part et d’autre, sans que l’esprit ait rien à chercher au delà du spectacle qui frappe les yeux (6). Lorsque l’art véritablement ecclésiastique (c’est-à-dire plein du sentiment de sa mission) s’adresse à des populations nourries de christianisme, il ne peut se proposer une portée simplement didactique. 11 doit prêter secours à l’enseignement oral, et non le suppléer. Les faits destinés à exercer une influence décisive dans la pratique, il faut qu’il les trace avec leurs formes terribles ou touchantes pour raviver sans cesse, par leur représentation constante, la tendre confiance ou le salutaire effroi qui en doivent naître. De là les tableaux de la Passion, du jugement dernier, et des pieuses légendes qui proclament le pou-

gelis quibus datum est nocere terræ et mari, dicens ( Apoc. VII) : Nolite nocere terræ et mari neque arhoribus quoad us que signemus servos Dei nostriin frontibus eorum. Hinc est quod quum Dominus Ægypti°rum percuteret primogenita, domos Hebræorum absque læsione transcendit; eo quod sanguinem in supcrliminari et in utroque poste signatum vidisset, etc.»

(1) Voici, par exemple, une prose pour l'Invention de la sainte croix , que l’on cite ordinairement comme composée par Adam de Saint-Victor, mais qu’un ancien manuscrit de la cathédrale d'Orléans attribuait à Hugues, écolâtre de cette église. Cs. Moléon (Lebrun-Desmareltes) , Voyages liturgiques, p. 1S7.

o Laudes crucis allollamus Nos qui crucis esultamus Speciali gloria ;

Hostem ferum superamus Vilali vicloria.

« O quam felix , quant præclara Fuit lia-c salutis ara Rubens agni sanguine,

Qui mundavit sæcula Ab anliquo crimine.

Nec recenter est inveuta Crucis luec religio.

Ista dulces aquas fecit ,

Per liane silex aquas jecit Moysis oflicio.

«Nulla salus est in domo

Superliminaria ;

Neque sensit gladium ,

Nec ainisit lilium ,

Quisquis egit talia.

« Ligna legens in Sarepta Spein salutis est adepta l’auper muiiercula;

Sine Iignis fidei,

Nec lecylhus olei Valet, nec farinula.

0 In scripluris, sub figuris Ista latent; sed jam patent Cmcis bénéficia.

Etc.»

Cette pièce, publiée par Rnmbacli ( Anthologie christlicher Gesânge, t. I, p. 296), est beaucoup plus étendue dans le missel de Salt/.bourg, imprimé à Venise en 1 5 1 5. On y voit, par exemple, une strophe curieuse qui semble faire une bataille navale du combat eutre Constantin et Maxence.

(2) Justin. M., Dialog. cum T/yph., 91 ; et Apolog. I, 60 (Galland, I, 548, 449)- — Cyrill. Hierosolym., Cateches. XIII, 3, 19— ai (p. 1 83, 192, sq.). — Tertull., Adv. Judœos, 10, 1 1 (ed. le Prieur, p. ig5 — 198). — Firmic. Matera., de Errore profanar. religion. 28 {Galland, V, 35). — Joann. Damascen., Orthod.Jid., libr. IV, 12. — Gregent., Disputât, cum Herban. Judœo (Galland, XJ, 604, sq.). — Cosmas Hierosolymit. , Hymn. in exàltat. crucis (Galland. XII, a52). — Adon. Vienn. Chronic. (Bibl.PP. XVI, 774, sqq.). — Dungal., Adv. Claud. Taurin. ( Ibid., XIV, 207). — Berengos., de Invent... s. crucis ( Ibid. XII, 34g, sqq.). — Etc.

(3) Étude I , fig. D.

(4) Étude I , fig. A , n° 6, 7.

(5) Études VI , VII.

(6) A Lyon ( Etude VITI), un vitrail consacré à la vie de Notre- Seigneur, depuis l'annonciation jusqu’à l’ascension, est accompagné de part et d’autre des figures bibliques ou même fantastiques (du moins pour la science actuelle) qui ont paru le plus appropriées à chaque fait. Mais ces médaillons accessoires ont été rejetés dans la bordure, comme objet de second ordre, et réduits à une dimension beaucoup plus petite que les sujets de la série centrale.

,o8 VITRAUX DE BOURGES.

voir des amis de Dieu. Mais alors tout accessoire nuirait à l’effet, en détournant 1 attention qu il s agit précisément de concentrer. C’est l’histoire, l’histoire seule, qui doit saisir les sens pour tenir le sentiment en éveil : point de diversion, ou bien la curiosité — plus ou moins pieuse, mais sans vive empreinte, — prendra la place de cette impression profonde que l’unité seule réussit à produire (i). Voici où la diversité des faits devient utile, et, si je ne me trompe, elle ne le saurait être ailleurs que là : c’est quand il faut que l’art prenne sur lui de communiquer à l’esprit une idée abstraite.

On voit bien que l’art chrétien m’occupe ici d’une manière exclusive. Je ne prends donc point sur moi toutes les applications étrangères que l’on prétendrait faire de ces aperçus; et je me dispense d’exprimer toutes les restrictions qui rappelleraient l’ordre spécial dans lequel je me renferme, mais qui me détourneraient d’une exposition rapide (a).

Lors donc qu’il s’agit de faire entrer par les .yeux une leçon abstraite, la multiplicité des faits n’est plus seulement utile, elle est nécessaire. La vérité qu’on se propose de rendre sensible étant néanmoins inaccessible aux sens, il ne reste qu’à en exposer les prémisses, si je puis ainsi parler, de manière que le spectateur soit conduit à proférer lui-même la conclusion. Et comme Dieu a bien voulu que dans la religion tout eût son point de départ en un fait palpable, il n’est plus question que de réunir les faits fondamentaux qui établissent tel ou tel point de doctrine, et vous aurez peint cette doctrine elle-même.

L’Église résume aujourd’hui, et remplace avec supériorité, tous les moyens donnés jadis à l’homme pour plaire à Dieu; épouse de Jésus-Christ, elle est destinée à réunir tous les hommes en une seule famille : voilà un thème inabordable, en apparence, un programme chimérique pour l’artiste. Mais ce qu’il ne peut exprimer, il le fera dire par son spectateur; et sa tâche sera d’autant mieux remplie qu’il se sera effacé, pour faire prendre la parole à celui qui semblait ne devoir être que passif.

Abraham, par l’ordre de Dieu, conduit son fils à l’autel du sacrifice (3); ce fils obéissant porte lui-même le bois qui le doit consumer. Mais lorsque va s’accomplir ce rigoureux précepte, voici que le Ciel contremande l’exécution prescrite (4). Qu’est-ce à dire? sinon qu’une autre victime était la grande pensée du Maître souverain; et qu’avoir seulement voulu retracer en quelque chose son oblation, suffisait pour gagner les bonnes grâces du Père céleste. Toutes les nations recevront le rejaillissement de cette tendresse ainsi méritée par Abraham; et, figure du Rédempteur dans la faveur d’en haut, comme il l’a été par sa généreuse soumission, Isaac est proclamé la source des bénédictions accordées à l’humanité entière. Aussi bien ce n’est point au sang des patriarches seulement que sera garanti cet héritage; loin de là : car, au moment de consommer son immolation, le Messie reposera sa croix sur un homme né hors de la Judée (5), et n’aura que des prophéties funestes pour les enfants de Jérusalem.

Israël, captif sur les bords du Nil, échappe, par le sang de l’agneau pascal (6), au glaive exterminateur qui porte la mort dans les familles égyptiennes autour de lui; mais la vertu de ce sang et le joug de Pharaon brisé, ce sont des bienfaits trop inférieurs au souvenir que Dieu leur consacre dans la loi dictée à Moïse. L’avenir devait recéler la solution de cette énigme, et montrer quelque jour au monde un affranchissement universel obtenu par un sang plus précieux, après un bien plus triste esclavage. Non, le peuple hébreu ne devait point concentrer et comme absorber à son profit les bienfaits célestes; et cette merveille même suffirait à démentir ses prétentions. Ce commandement, en effet, qui convoque tous les Israélites comme un seul homme à l’immolation simultanée de l’agneau dans toutes

(i) Il n’est pas besoin d’avertir que je ne confonds point les circonstances variées d'un même fait avec la multiplicité des faits de divers ordres , réunis dans un même cadre. Les différentes scènes d'un drame ne sont point une saignée faite au cours de 1 histoire; elles peuvent, au contraire, en gonfler le torrent et accroître son impétuosité.

(5-) Cette déclaration doit s'appliquer également à plusieurs des considérations que nous avons occasion d’émettre, chemin faisant. Ainsi, quaud nous parlions du mythe (n° 18, p. i5) comme caract 1 enfance des peuples, nous n’avons ni prétendu dire que cette enfance des peuples fût un état véritablement primitif de 1 humanité, ni songé le moins du monde il ranger parmi les mythes véritablement populaires, tout ce qu'il plaît à certaines gens de qualifier ainsi. Les sociétés, aussi bien que les individus, ont une enfance de décrépitude; et il faut bien se garder de confondre la

niaiserie avec la naïveté, ou d'imputer à des populations entières les fades rêveries d'esprits blasés. Cependant, comme le pren homme n'a point été créé dans un berceau, mais à l'état parfait, et comme sa chute ne lui ôta poiut tout commerce avec Dieu, il est bon de faire remarquer que jamais une société à l'état d’enfance proprement dite ( c'est-à-dire une société qui tâtonne encore dans ses dogmes religieux) n’est tout à fait exempte de quelque caractère de la décrépitude.

C'en doit être assez. On serait interminable si l'o toutes ses assertions à l'abri des conséquences qui ter un esprit dévoyé.

(4) 22 (p. ag 3i.)

1 voulait mettre peut leur pré-

les familles, qu’était-ce qu’une prophétie, renouvelée à chaque printemps, du fatal accord qui devait réunir leurs enfants au même jour pour perdre Y agneau de Dieu, et demander tous d’une voix le sang destiné à effacer les péchés du monde ? Même durant les siècles de l’alliance, on voit apparaître ces pensées de paix que le Seigneur réserve aux Gentils, et l’anathème qui doit enlever aux Juifs le fruit du ministère prophétique. Élie, dont la mort a été jurée dans Israël, cherche un abri sur la terre des nations (i); et lui qui tient le ciel fermé sur la postérité de Jacob, il met au service d’une veuve sidonienne la toute-rpuissance dont il est dépositaire.

Ne soyez point surpris si le gouverneur romain proclame la royauté du Fils de David reniée par les siens (2), si le soldat étranger se frappe la poitrine au pied de la croix (3), tandis que le pharisien et le docteur juif branlent la tête pour insulter à ce roi des Juifs expirant; deux âges, deux sociétés, se trouvaient là en présence : l’une s’abîmant dans les ténèbres, après avoir presque seule jusqu’alors joui de la lumière; l’autre ouvrant enfin les yeux à la clarté divine qui se lève sur le monde (4)- Et cependant, n’avait-il point vu, ce peuple aveugle, n’avait-il point lu dans l’histoire de ses aïeux, que le Seigneur opère des prodiges de salut par les moyens les moins proportionnés en apparence? Celui qui, par un regard de confiance jeté sur l’image du serpent, avait sauvé des serpents l’Israélite du désert (5), ne pouvait-il point mettre la guérison de nous tous (6) dans V homme de douleurs ? Mais de tout temps l’esprit rebelle , le cœur incirconcis des fils d’ Abraham, avait résisté à l’Esprit de Dieu (y) : dès l’origine, sous un régime de prodiges journaliers, ils mettaient en doute déjà l’amour et la puissance du Dieu qui leur avait frayé une route à travers les flots; et, par leurs murmures, ils compromettaient avec le Seigneur celui que ce grand Dieu leur avait donné pour son ministre et pour leur guide (8).

Aussi,, voyez-les prétextant un sommeil menteur pour donner une absurde interprétation à l’évasion de leur victime, quand elle s’arrache des bras de la mort (<)). La croix triomphe, la croix dont ils avaient réclamé l’ignominie pour le Fils de David; le lion de Juda(io) s’est dressé après un court assoupissement, et s’apprête à interrompre la profonde léthargie qui tenait enseveli le genre humain. Tel autrefois le prophète, après avoir longtemps refusé d’annoncer le royaume de Dieu hors de la Judée, était poussé par une force invincible, des abîmes de la mer jusqu’aux portes de Nmive(n), pour prêcher la pénitence à cette cité infidèle.

L’Esprit saint répand la vie de la grâce sur l’univers trop longtemps assis à l’ombre de la mort (12); les sacrements, et surtout celui de la régénération, appliquent à tous les hommes la vertu du sang qui a coulé sur le Calvaire (i3). Le règne de Dieu s’établit dans le monde, l’Église est ce véritable trône de David qui devait réunir à ses pieds toutes les tribus humaines (14). La vérité, renfermée longtemps dans une seule contrée, cesse d’être la propriété d’un peuple; elle grandit, s’étend et ombrage la terre entière de ses rameaux (l5). C’était la promesse faite même avant la loi de Moïse ; le nombre et le bonheur des derniers enfants de l’alliance devait surpasser de beaucoup celui des premiers. La croix marque ce point de partage entre les deux Testaments (16); par elle, la Loi de grâce embrasse tous les peuples, l’Église dépositaire du pouvoir divin est le dernier œuvre du ciel pour le salut des hommes, elle couronne la révélation et la complète. Rien de pareil n’aura été donné au monde pendant la durée des siècles, car elle atteindra la fin des âges, et son terme sera le jour de l’éternité (17).

Séparées de ce majestueux accompagnement, les figures allégoriques de la Synagogue et de l’Église risqueraient de présenter aux peuples une occasion de fâcheuse méprise, et d’égarer sa piété au lieu de la soutenir (18). Mais au milieu de ce vaste ensemble, elles en déterminent la direction; et, prêtant une voix commune à ces faits divers, elles maintiennent leur vrai langage pour le spectateur quelque

(2) Joann. XIX, 19 — 22, i5. Marc.

(3) Étude IV, fig. C,D.

(6) Isai. LUI, 5, 6.— I Petr. II, 24.

(7) Act. VII, 5i. — Numer. XX, 10.

XV, 9, 12.— Etc.

17) Matth. XXVIII, 20. — Cs. N" 27— 37 (p. 40— 65).

18) O» m'a montré dans un village de Suisse une figure de me crucifiée dont je ne pouvais m expliquer le sens, et voici ce on m'en racontait. Cette figure, imaginée, à ce qu’il parait, c plus de piété que de discernement, devait représenter ( ainsi moins l’avait pensé l’artiste) lame chrétienne partageant les ileurs de Jésus-Christ sur la croix. Un beau prétexte appuyait le invention; elle était une traduction palpable du mot de saint

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