II. APPLICATION DE NOTRE TITRE A D’AUTRES MONUMENTS
58. Quand il ne s’agirait pas de compléter par quelques paroles dans le texte, les données monumentales présentées par nos planches A'étude à côté des peintures de Bourges, il importerait néanmoins d’appeler l’attention du lecteur sur des monuments analogues, pour tenter si notre interprétation peut en subir l’épreuve. La variété des faits est la véritable pierre de touche pour une théorie. Quand, mise en présence des résultats de l’observation, elle ne peut satisfaire qu’à un petit nombre d’entre eux et se refuse à rendre compte des phénomènes voisins, il y a lieu de suspecter sa faiblesse et d’exiger qu’elle cherche à un point de vue plus élevé un aperçu plus large et plus fécond. Ce moyen d’appréciation ne nous manquera pas. Parmi les monuments étrangers à la cathédrale de Bourges que nous avons signalés à l’occasion de cette première verrière, il en est qui ont assez de rapport avec elle pour qu’on ne puisse y méconnaître la même pensée fondamentale (i); et cependant assez de dissemblances s’y font remarquer pour nous forcer de trouver quelque souplesse dans l’explication de notre vitrail, si nous voulons qu’elle s’adapte à ces variétés d’un seul cycle. Les médaillons exécutés à Saint-Denis par les ordres de Suger(2) pourraient sembler n’appartenir point au même genre, et l’on nous excuserait sans doute de ne pas étendre jusque-là toute la portée de notre interprétation. Cependant, nous ne balancerons point à les faire entrer sous la même loi, et nous espérons montrer qu’ils se rangent dans une commune sphère d’action; mais le caractère spécial de ces derniers réclamera une démonstra-
I, ubi iiliæ Sion plangebant Saulem. Nam quum Saul et Jonatlias in montibus Gelboe mortui essent, plangebant eum David
et viri ejus usque ad vesperam; et similiter mulieres Sed
quia, secundum Glossam tristabantur ( mulieres ) de eorporali vita, quæ morte finienda erat, ideo ( Chris lus) corripuit eas. Nam conversus ad eas dixit : Filiæ Hicrusalem, nolite flere super me , sed flete super vos , quæ cum aliis hominibus estis causa meæ mortis seu Passionis; et super filios vestros, qui me ex odio et malitia cordis eorum adduci ad mortem et occidi procuraverunt.
Quoniarn ecce venient dies Quod tempore Titi et Vespasiani
impletum est, quando miserabiles dies venerunl super eos
«Quarto in hac hora Christus fuit iniquis sociatus. Quia,Lucæ XXIII, ducebanlur cum eo alii duo ncquam ut interjicerentur ; quia principes saeerdotum procuraverunt hoc ut eorum societate diffamaretur. Sed hoc fieri voluit ut ostenderet quod pro peccatoribus moreretur. . . Hæc eductio Christi figurata est primo Genesis IV, ubi Cain eduxit Abel, dicens : Veui, egrediamur in agrum; et occidit eum. Secundo figurata Numeri XIX, per vaccam ru-
beam quæ immolabatur Tertio fuit figurata GenesisXXlI,
ubi Abraham nocte consurgens stravit asinum suum , ducens fi-
lium suum in montem ut eum immolaret Quam figuram
exponit Nicolaus de Lyra quia per Abraham intelligilur Deus Pater qui de nocte surrexit, quando Vêtus Testamentum quoad legalia reliquit; et stravit asinum, id est judaicum populum para-
vit, scilicet permittendo eos occidere
« Sexta liora diei. . . primo Christus cruci. . . affigitur
Tune impleta
est scriptura psalrni XXI, Foderunt manus meus et pedes meos. Et similiter figura Numeri XXI, ubi legitur quod Moyses suspendit serpentera æneum in ligno ut sanarentur fdii Israël aspectu illius a morsibus serpentum in deserto. Per hune serpenlem figurabatur Christus multipliciter, ut dicit Holcot lectione CXXVIII. Primo enim quantum ad morum innocentiam. Quia sicut ilia figura et serpens venenosus apparuit, et tamen nullum venenum liabuit; ita Christus in carne peccatd apparuit, et tamen nullum peccatura habuit, nec inventas est dolus in ore ejus.
«Secundo in bac hora sexta ad quodlibet latus latro suspendi-
tur Tune verificata est scriptura Isaiæ LUI : Cum iniquis
reputalus est. Et impleta est figura Genesis XL, ubi legitur quod Joseph fuit in carcere cum duobus ministris qui peccaverunl. Unus fuit piueerna, alter pistor Pharaonis; pincerna salvabatur, pistor suspendio condemnabatur. Sic verus Joseph Christus fuit in carcere crucis cum duobus latronibus : quorum scilicet unus a dextris, et salvalus est; et aller a sinistris, condemnatus. Etc. ”
Saint Bonaventure, à la suite du commentaire que nous citions, groupe encore un plus grand nombre de figures en très-peu de mots. «Et incipiens a Mojsc et omnibus prop/ietis, interpretabatur illis in omnibus Scripluris quæ de ipso erant. Ornnes enim Scripturæ et prophetiæ principaliter ad Christum habent respectum; in cujus desiguationem dicitur quod duo Cberubim respiciebant se mutuo versis vultibus in propitialorium, id est duo Testamenta. Hujus figuram gessit Adam, de cujus latere facta est Eva; hujus etiam sanctus Abel a fralre interfectus. Hujus figuram gessit et Noe nudatus in tabernaculo suo; hujus, Isaac oblalus a pâtre; hujus, lapis et scala Jacob; hujus, Joseph venditus a ira tribus; hujus, Moyses in virga educens populum de Ægypto; hujus, Josue introdueens populum in terrain promissionis; hujus, Gedeouis vellus, et ipse Gedeon. Hujus, et Samson; hujus, et Samuel postulatus a Domino; hujus, et sanctus David ejectus ab Absalon. Hujus, Ezechias cujus tempore retroccssit sol; hujus, Josias cujus mors lamentabilis fuit Judæis; hujus universitas sanclorum præcedentium, et specialiter Job, Tobias, Elias, Elisæus et Hieremias, etc.» — Cs. Zachar. Chrysopolit., in un. ex quatuor (B ibl. PP. XIX, g/jo).
( 1) Tels sont surtout les vitraux de Tours et du Mans ( Etude I V, fig. A, B), et le pied de croix émaillé de l’abbaye de Saint-Berlin ( Etude I, fig. D). Quant à la verrière de Chartres ( Étude I, fig. A,Bj, ni les brèches qui la déparent aujourd'hui, ni les médaillons qui lui sont propres, ne peuvent empêcher d’y reconnaître un poiut de départ identique à celui des quatre autres monuments.
(2) Élude VI, VII.
VITRAUX DE BOURGES
tion à part. Si parmi ces expressions variées, l’examen réussit à constater un même sens toujours persistant, il nous semble qu’en faisant voir ainsi un cycle fondamental qui revêt des formes diverses, nous aurons acquis une forte preuve de plus en faveur du titre que nous avons choisi pour notre page. Serait-ce même à nous trop de confiance que de nous croire par là arrivés à en établir la certitude?
Les verrières de Tours et du Mans se présentent tout naturellement les premières. Presque entièrement semblables entre elles, leur ressemblance avec celle de Bourges est trop saillante cependant pour permettre la moindre hésitation. Mais il s’agit de faire comprendre que dans les points où elles s’écartent de la nôtre, elles ne présentent qu’une variation exécutée sur le même thème (i). Celle du Mans, privée actuellement de ses deux panneaux inférieurs, consacrés peut-être au sacrifice d’ Abraham, est de toutes la plus conforme à celle que nous avons expliquée. Elle se distingue surtout, ainsi que celle de Tours, par la scène du jugement dernier qui la couronne. Nous avons eu plusieurs fois occasion de faire remarquer une allusion à ce grand jour, dans les citations qu’amenaient les peintures de Bourges (2); c’est la consommation dernière de cette séparation que nous avons vue s’opérer près de la croix, c’est le Fils de Dieu se faisant voir dans le terrible éclat de sa majesté par ceux qui n’ont point voulu le reconnaître au jour où il ne présentait pour titre que les prophéties (3). C’est le complément du triomphe commencé par la résurrection de Jésus-Christ (4), c’est la prédestination et la réprobation scellées par la dernière sentence. C’est la grande sanction de la Loi de grâce qui doit être vengée bien plus sévèrement que ne l’étaient les transgressions contre la loi de Moïse (5). C’est le terme de cette Nouvelle Alliance dont la croix était le point de départ (6); mais qui, adoptée alors par les cœurs droits seulement, doit un jour éclater avec une évidence terrible pour les esprits rebelles (7). Car il ne faut
(x) Dans le vitrail du Mans ( Etude IV, fig. B), les deux médaillons correspondants du pélican et des lions paraissent avoir échangé leur place contre celle des deux autres qui représentent la veuve de Sarepta et l'agneau pascal , ainsi que nous l'avons fait observer déjà. Nous leur avons conservé dans la gravure la disposition qu’ils présentent aujourd'hui; mais il n'est guère douteux que ce soit une dérogation à la pose primitive des panneaux. Les vitriers du xvx" et du xvn'siecle ne pouvaient manquer de se donner ces licences lorsqu'ils avaient à remanier les grandes compositions des anciens peintres verriers, dont la pensée leur était devenue lettre close. Guidés presque uniquement dès lors par les formes géométriques de l'ossature, quand il fallait remonter une verrière nettoyée par eux ou réparée d’une manière quelconque, ils ne pouvaient guère éviter de laisser l'empreinte du rhabilleur moderne dans quelque dislocation due à ces travaux sans intelligence. Plus d'une verrière à Bourges accuse un remaniement de ce genre, pour ne rien dire des bouleversements complets; et nous étions réduits à de vagues conjectures sur la cause et l'époque de ce désordre, lorsque M. le baron de Girardot a bien voulu nous communiquer les notes suivantes, recueillies par lui dans un laborieux dépouillement des registres manuscrits du receveur de l'œuvre.
«18 décembre i5x8. — Baillé à Guillaume Dalida, painctre, pour avoir rabillé 61 panneaulx des verrines, à 6 s. 3 d. pour panneau; avec le plomb et aultre chose. 17 1. 10 s. ts.
« a 4 décembre aud. an — à Ursin Alyot sarrurier, pour avoir faict 5oo clavettes, allongé les barres et verges, et rnist en place pour asseoir les verrines refaictes ès aultres allées de l'église;
pour ce — — 70 s. tournois. »
(3) Matth. XXVI, 64.
(4) Cassiodor. , in Ps. LXXV, conclusio (t. II, a58 ). *Ecce ille Asaph, qui in titulo dictus est commonere dii'igentes, usque ad Domini Christi sacramenta pervenit; terribilem regibus pronuntians, quem crucifigendum Hebræorum clamavit insania. Quapropter intelligite pertinaces quia diligentes non estis sed potius errantes, qui audire noluistis tam saluberrimum per cuncta monitorem. Et ideo dispersi per aliéna régna vivilis, sacrificia non habetis,qui sceptrum noluistis patrioticum diligere, sed romanum. Nam dum confitentes latino sermone dicantur Judæi, quem ad modum sic appellari potestis tam graviter obstinati? Cur ergo ultionem tantam non advertitis, qui ipsum quoque nomen post omnia perdidistis. Etc.»
Bed (?), ui Ps. LXXV, 7 (t. VIII, 838). « Tu terribilis es, et guis ■ Quasi dicat : Tu, inquam, notus in Judœa Deus ,
qui primo humilis apparuisti, adfuturus es in judicio terribilis; et guis tune resistet tibi? Nullus utique, quia non minus imperator es quam pastor. Et hoc ideo quia ex tune, id est ex illo tempore, apparebit ira tua. Nunc enirn, dum vindictam nondum exerces, quasi latet ira tua ; et ideo videtur ut aliquis tibi resistere possit , quod tune non erit
* Vel aliter : Ex tune ira tua; quasi dicat : Quandoquidem in judicio nullus tibi resistere poterit, malo ergo suo voluerunt tibi resistere Judæi dicentes (Joann. XIX, 1 5, 21) : Non habemus regem nisi Cœsarcm; et (Luc. XIX, 14 ) '• Nolumus hune regnare super nos; et similia. Nam ex tune, ex quo hoc præsumpserunt , ira tua apparuit in eis; ex parte enirn cœcitas contigit in Israël ut plénitude Gentium intraret. Etc., etc. »
(5) Hebr. X, 1 3, 26— 3x.
(6) Hilar. Pictav., in Ps. CXLI, 5 (t. I, 602). «. . . Hæc omnia in Domino, tempore Passionis impleta sunt; quum euntem eum ad crucem eorum nemo comitatus est quos ad possessionem regni cœlestis secundum evangelicam dispositionem, separatos a siuistra, dexteræ præparabat, ob quos et homo erat natus, etc.
(7) Prudence ( Calliemerinon , XI, 77; p. 372—378, t. I) ne croyait pas déroger au caractère touchant de la crèche où reposa l'enfant Jésus, quand, près de l'étable de Bethléem, il ouvre à pensées la perspective du dernier jour.
«O sancta præsepis Æteme rex, cunabula!
Populisque per sæclum si Mutis et ipsis crédita!
« Sed quum fideü spiritu ad prasepia , Pagaua gens, et quadrupes, Sap.atque quod brutui
« Negat Patnim prosapia, Perosa prasenlem Deum; Credas venenis ebriam, Furiisve lympliatam rapi.
« Quid prona per scelus ri Agnosce , si quidquam tibi Mentis resedit integra,
Duce ni luorum principum.
point que la longanimité du Seigneur tourne à la confusion de sa sagesse; il faut que des trésors de colère s épanchent quelque jour sur les cœurs impénitents qui se sont fermés aux torrents de la grâce(i). Même à ces époques du moyen âge, où l’Évangile régnait en maître, on jugeait utile de rappeler aux hommes que 1 alliance de Dieu avec nous ne se répudie point comme une transaction sans caractère obligatoire, livrée à notre fantaisie; et qu’il n’est point loisible au libertin de la traiter en affaire soumise au libre choix de 1 individu, ou dépendante de l’impression qu’il en reçoit. Le moment vient où se doivent régler les comptes, et se peser les motifs d’irrésolution ou de mépris (2).
5g. Le meurtre d’Abel, à Tours comme au Mans, a pris place dans le médaillon inférieur. L’antiquité de ce fait, qui remonte à l’origine du monde, lui assignait son rang parmi les premières figures du grand tableau. Abel est désigné au xne siècle par Pierre le Chantre, comme ayant été en quelque façon le commencement de l’Église (3); il entre d’ailleurs tout naturellement dans notre sujet, ainsi qu’on aura pu déjà le remarquer à plusieurs reprises (4). Mais il est temps de le montrer avec quelque détail, et nous avons, pour nous guider, les paroles de l’Écriture. Cette première victime de la violence, ce sang versé par l’envie d’un frère, et dont le cri monte au trône de Dieu pour accuser l’assassin, cet homicide que le Seigneur prend sous sa sauvegarde, tout en le signalant à la malédiction générale (5); quel sujet de rapprochements pour retracer la mort du Juste par excellence (6), dont le sang a été accepté par ses frères comme une responsabilité perpétuelle pour toute leur postérité! Mais plutôt, si nous entrons dans la pensée d’autrefois, ce ne sont point des rapprochements où l’esprit se joue avec une piété plus ou moins éclairée; c’est une prophétie où la tradition unanime reconnaît les traits caractéristiques de la Rédemption (y). Ces offrandes de l’aîné, repoussées par le Ciel, qui accepte
o Peccator, intneberis
Celsuin coruseis mibibus,
Dejeclus ipse, elirrilis Plangens rcalum fletibus ;
« Qutim vasla signum buccina
Et scissus axis cardinem Mundi mentis solvent.
« Insignis ipse et præminens Meritis rependet congrna :
His lucis usum perpetis, lllis gehennam et Tartarum.
« Judæa tune lulmen crucis Experta, qui sil senties Queni, te furoris prtesule.
Mors bausil et mox reddidit. »
Prudence, on le voit, était ramené comme nécessairement à rapprocher du jour des vengeances celui où Jésus-Christ avait vaincu la mort, préludant à la résurrection glorieuse des siens. C’est de ce poiut aussi que saint Paulin de Noie (de Obitu Celsi, v. 3g3; t. I, P. II, p. 184) appelait nos regards vers la scène qui doit terminer les siècles.
Nos exempta Patrum simul et praconia vatum.
Nos liber bistoriæ firmet aposlolicæ :
In qua corporeum remeare ad sidéra Christum Cernimus, et gremio nubis ad aslrn vehi;
El lalem cœlis reducem sperare jubemur Ad cœlos qualem vidimus ire Palri(Act.l, n).
Hujus in adventum modo pendent omnia rerum (Rom. VIII, aa),
Omnis in lmncregem spesque fidesque inhiat;
Jamque propinquanlem supremo lempore finem Immiitanda novissæcula parluriunt. »
(x) Rom. 11,4— 10. — IIThessalonic.I, 6— ia.— I,Cor. XV‘
Sur le jugement dernier, considéré comme couronnement des scènes de' la Nouvelle-Alliance, c'est-à-dire comme jour des vengeances contre ceux qui ont rejeté Notre-Seigueur, Cs. Epiphan., in Ascensionem Christi ( t. II , 290). — Augustin., m Ps. CIX ( t. IA , xi3o — ta37, 1242). — Id.,m/J*.CXXXI, 10 (Ibid. 1478). — Id., in Ps. LXXV, 8 (Ibid. 799 ). — Cyrill. Hierosol., Catech. XIII, n° 41 (p. 2o3). — Polycarp., ad Philippe ns., cap. 2 ( Galland, I,3og, 3io).— Maxim. Taurin., serm. 29, inPascha 1 (p. 473).— Etc.
(2) Outre les considérations que l’on vient de lire, nous aurions pu montrer dans ce tableau l'accomplissement dernier des prophéties qui ont annoncé Notre-Seigneur. C’est l'avénement glorieux du Fils de l’homme, après l’avénement premier où l'humiliation et les souffrances ont été son partage. Cs. Justin M., Apolog. I, 5i. — Id., Dialog. curn Tryph., 14, 3a, 40, 49, 52, 110, 1 1 1, 121, etc. (Galland, I passim.). — Isidor., Conlr. Judœos , libr. I, cap. 41 (t. AT, 62 — 64). — Gregor. M., Moral., libr. XVII, cap. 33, ( t. II, 196). Etc., etc.
Nous reviendrons ailleurs ( eliap. III ) sur les formes adoptées dans ces deux vitraux pour représenter l'appareil du jugement.
(3) Petr. Gant. , Summa Abel, sive Distinctiones secundum ordinem alpliabeti (Biblioth. royale, suppl. lat., 33g). «Abel dicitur priucipitun Ecclesiæ propter innocentiam, unde Cliristus præbet testiinonium dicens (Matth. XXIII, 35) : A sanguine Abel justi; propter martyrium, unde (Apoc. XIII, 8) : Agnus qui occisus est ab origine mundi.
On sait que le martyre est fréquemment assimilé au baptême par les écrivains ecclésiastiques; ce sont les deux grands moyens de justification, le baptême d’eau et le baptême de sang. Hieronym., in Is. XLVIII, 22 (t. III, 35o). «Latus (Christi) lancea vulneratuin aquis fluxit et sanguine, baptismum nobis et martyrium dedicans. « — Pseudo-Hieronym., Ps. LXXVII, 16 : « Sed et fontein baptismi nobis atque martyrii eadem petra (deserti) ostendit. De latere enim ejus, quum percussus est, sauguis et aqua processit, quod baptismum et martyrium figuravit. » — Etc.
Quant à cette idée de Pierre le Chantre, qui place Abel en tête de la société des justes, saint Augustin l'avait exprimée bien des fois (t. IV, 592, x58g, etc.).
(4) N" 40 (p. 71), 4* (p- 72)i 58 (P- m)>etc-
(5) Matth. XXIII, 35. — Luc. XI, 5 1 . — Hebr. XII , 24. — Cs. Gen.IV, 8—1 5.
La légende de Caïn semble avoir été longtemps affectionnée au moyen âge par la sculpture. Nous aurons à la développer daus la suite de cette monographie.
(6) Matth. XXVII, 4> J9) 24- — I Petr- IL — Cs- Hebr. XI, 4.
(7) Leonard, de Utino, serm. 48, in die sancto Pasc/iæ, fol. 3o2 v° o ... Cain... fratrem suum in agro cum baculo ex invidia occidil ; sic populus Judæorum Christum extra civitatem in ligno ex iuvidia cruciGxit.» Cette expression d’un prédicateur du xve siècle sur les circonstances du meurtre d'Abel, rappelle une singularité de VHorlus deliciarum, fol. 27. On y voit Abel tué par son frère avec un tronçon de branche d'arbre en manière de massue; et les paroles qui accompagnent cette peinture sont celles-ci : « Arma nondum l’uerunt in usum, ideo Cain Abel fratrem suum ligno
avec complaisance les victimes d’Abel; cette fureur jalouse, qui se venge de la faveur céleste par un lâche assassinai, cette intervention du Seigneur, qui condamne le meurtrier à errer désormais sans patrie, et suscite une nouvelle race de justes pour remplacer Abel; comment n’y pas reconnaître, sans recourir au mysticisme antique, des types évidents du déicide et de ses conséquences? L’ancien sacerdoce est réprouvé, un sacrifice nouveau efface toutes les oblations précédentes; l’aveugle jalousie des prêtres jui s les précipite à leur perte, c’est leur propre ruine qu’ils consomment en ne se proposant que d assouvir leur vengeance (i); leur peuple emporte sur toute la terre le caractère d’un anathème inouï, et Dieu suscite à son Fils une nouvelle famille qui est l’Église (2). L’Église, la Nouvelle Alliance qui embrasse toutes les nations, la vocation des Gentils à la foi, et leur substitution à la Synagogue, est donc en-
mortificavit. » Cette invention est fort bonne pour le symbolisme;
s elle était à peu près démentie d'avance par une autre miniature de la même page, qui représentait Adam fouillant la terre e houe de fer. Les deux verrières que nous examinons n’y ont pas mis tant de recherche; c’est une houe qui sert d instrument contondant au fratricide. Cependant, le coup est porté avec le bois ou plutôt avec l’extrémité du manche où s insère la partie tranchante. Cs. Prudent., Hamartig., præf., v. 16 ( p. 496, 1. 1); et not. in h. 1.
Rupert. , in Genes. , libr. IV, 4 — 6. « Jam quia hæc et cætera quæ sequuntur de Abel, manifesta sunt, audiamus quid justi hujus vita vel mors loquatur, quid clamet ad Deum sanguis ejus. Ait enim Apostolus ( Hebr. XI, 4) quia defunclus adhuc loquitur. Et nunc ipse Dominus ad Cain (Genes. IV, 10) : V ox. . . sanguinis Jratris lui clamai ad me de terra. Vox utique sanguinis qui ad Deum clamat, non inarticulata, id est sensu carens, esse putanda est. Quid enim nisi hoc ipsum nobis de Christo loquitur vita et morte sua, quod litteris proplietiæ loquuntur et evangelia? Totum utique quod fecit, quod pertulit, parabola est vel figura Dom'
nostri Jesu Christi Plane qui hune paslorem bonum,
pastorem magnum despectui habuerunt, præcipue Annas et Caiphas, cæterique fures et lalrones qui hune pastorem ovium occiderunt, omnes omnino cum illo Cain unum corpus fuerunt. . . ; et
:s spiritus, unum caput est eorum diabolus
« Ventum est ad horam legitimam sacrificii , et obtulit iste talis Cain munera Domino de fructibus terræ; Abel autem de prirnogenitis gregis sui et de adipibus eorum. Hora qua hujus Abel sacrificium sacrificio oppositum illius Cain fuit, et illo reprobato istud complacuit; ilia recte intelligitur vespera pascliæ veteris quando, Judæis ritu solemni suum pasclia manducantibus, liic pastor idemque verus agnus Dei sacerdotio suo functus est, accipiens panem et vinum et benedicens (Matth. XXVI, 26 — 28). . . Mortuum quippe erat sacrificium crudelium;et si ante quamdam liabuerat vitam vel sensum illud Judaicum sacrificium, scilicet in eo quod verum Christi præsignabat vel præcurrebat sacrificium, attamen ex tune et usque in perpetuum mortuum est, et nihil boni conferre potest ; quia sine charitate Dei, magno cum odio Filii Dei oblatum est; imo quia tempus figurarum præteriit, et
dies veritatis jam lucet
» Item cum prophetico quoque testimonio palam est
quia ad hune Abel et ad munera hæc ejus, munera inquam panis i Deus respicit. Dicit enim de isto Spiritus sanctus iu David ( Ps. CIX ,4 )'■ J uravit Dominus et non pœnilebit eum , tu es sacerdos in œternum secundum ordinem Melchisedech.
«Ut autem tota similitudo perficiatur, pius sacerdos Abel, post illud sacrificium justitiæ, foras a maligno fratre evocatus occiditur; quia videlicet ilia sacratissimæ cœnæ vespera, sacerdos idemque sacrificium Dominus Deus noster Jésus Christus, suis manibus oblatus et in odorem suavitatis acceptus, ab impio discipulo traditus, ab illo Judæorum populo, secundum carnem fratre suo, comprehenditur; et foras extra portam civitatis eductus crucifigitur. Etc.
« Révéra quod tune dixit {Deus) uni perdito Gain : Vox
sanguinis fratris tui clamat ad me de terra, nunc illi populo recte dici est nemo qui nesciat. Etc., etc.»
Petr. Venerab., serm. in laudem sepulcri Dornini (Marlène, The- " i437).— Gerhoh., m Pj. XXXIX, 8(D.Pez,t. V, p. 804, sq.). — Pseudo-Augustin., Quœst. 47 — 49 (t. VI, Appendix, p. 16). « Cur Cain ex terræ fructibus munera reprobantur, et Abel de adipibus gregis sui munera suscipiuntur?» — «Cain typum gere- 1 qui ilia corporalia sacramenta secundum vêtus
Testamentum exereebant. Horum enim sacrificia , superveniente Testamenti novi fide, contempta et evacuata sunt; et christianorum sacrificia, quæ ex innocentia Christi innocentis agui constant, laudantur : quæ significabant ipsius Abel ex ovibus munera. Mugitur Cain non accipiuntur. Unde etiam dicitur in psalmo (XXXIX, 7 ) : Oblationes et holocausta noluisti, etc.
« Quid significat quod Cain fratrem suum Abel in agro interfecit ? « — «Jam superius diximus Cain significare Judæos, qui Christum occiderunt. Occiditur itaque Abel ininor natu; occiditur Christus caput populi minoris natu a populo Judæorum majore ille in agro, iste in Calvariæ loco.»
« Quomodo intelligendum est quod sanguis Abel legitur de terra ad Deum clamasse ?» — « Sanguis Abel significat sanguinem Christi, quo universa Ecclesia accepto, dicit : Amen. Nam qualem clamorem faciat universa Ecclesia dum potatur sanguine Christi, et dicit Amen, tu ipse, si potes, considéra. Judæi ergo qui intelliguntur in persona Cain, quoniam non credentes in Christo n potantur sanguine Christi, maledicti sunt super terram. Super illam scilicet terram quæ aperuit os suum per confessionem... Etc.»
Maxim. Taurin., Homil. LV, in Festo Paschœ I (p. 171). — Hildefons., de Cognilione baptismi, cap. 8 (PP. Toletan., 1. 1, p. 173). — Isidor., Allegor. 5, 6, 8 (t. V, 117). «Abel pastor ovium, Christi tenuit {typum qui est verus et bonus pastor, sicut ipse dicit ( Joann. X, 1 1 ) : Ego sum pastor bonus qui pono animaux meam pro ovibus meis; venturus rector fidelium populorum.
«Cain Rater ejus, ætate major, qui eumdem Abel occidit in campo, priorem significat populum qui interfecit Christum in Calvariæ loco.
«Seth, qui resurrectio interpretatur, demonstrat Christum Jesum in quo est vera resurrectio et vita fidelium.» — Id., in Genes., VI (t. V, 278 — 282). Ce dernier commentaire est évidemment la copie ou l'original du faux saint Augustin que nous venons de citer.
Augustin., Contra Faust., libr. XII, 9 — 13 (t. VIII, 23o — 233). — Id., in Ps. XXXIX, 7 (t. IV, 335). — Tertullian.,Æ*. Judæos , V (p. 187). — Prosper, de Promission... Dei, P . I, cap. 6(p.g4,sq.). — Etc.
(1) Cs. n“4i (p. 71, 72).
(2) Commodian., Instructiones XXXVI, XXXIX (Galland, III, 634, sq.).
idit, nequam repertus;
Trajectum clavis Dominum cognoscere Dolunt,
J tid ici u m cujus quum venerit, ibi dignoscent.
Abel genus aulem crédit modo Christo benigno.»
« Ad Cain intendite, primum terræ cnllorem ;
Et Abel pastorem , qui fuit immaculatus.
In fratris exitio offertor mactatus a fratre,
Sic ergo percipite juniores Christo probatos. »
Cs. Genes. IV, 25, 26; V, 3. Caïn est exclu de la généalogie des patriarches, et Seth est désigné comme substitué à son frère Abel. De là vient que plusieurs saints Pères traduisent son nom par Résurrection, s'attachant plutôt à la pensée d’Adam qua l’expression propre qu’il emploie pour nommer ce nouveau fils.
Le démon qui parait diriger Caïn, dans la verrière du Mans, rappelle un ancien récit dont on retrouve la trace dans les Questions a Antiochus qui portent le nom de saint Atlianase. Quœst. 5y (ed. Patav., t. II, 229):
Ttvôç oütoü t6tî àitoOavévTO;, tc69sv êfiafev ô Ràïv (joveûuai riv ÂSsX;— 6 S au-TM x.aT ôvap uT.ihé^j itoîu TfÔTOo Gavarûuat -rèv à&Àfÿôv.
Cs. Mich. Glyc ., Annal., P. Il,* Caino(p. 1 19, 1 20).— Sap. II, 24.
PLANCHE PREMIÈRE, NOUVELLE ALLIANCE. ti5
core aussi reconnaissable dans cette peinture que dans aucune de celles où nous l’avons lue jusqu’à présent.
60 Une dernière difficulté nous reste à résoudre pour établir l’identité de pensée entre le vitrail de Bourges et les deux autres que nous examinons actuellement. Ces deux grandes figures de l’Église et de la Synagogue, que le peintre de Bourges a placées au centre près de la croix, ne paraissent plus ni au Mans, ni à Tours; et cette absence d’une expression aussi importante n’indiquerait- elle pas une différence d intention dans les monuments qui l’ont supprimée? Cette objection n’en sera plus une si nous parvenons à faire comprendre que toute la différence se réduit à celle des termes divers d’une synonymie. C est le moyen âge lui-même qu’il faut consulter, comme nous nous sommes imposé de le faire constamment; or, il nous apprendra que, dans son langage symbolique, Notre-Dame et saint Jean placés en regard expriment précisément le même sens que les figures de l’Église et de la Synagogue.
Que la tradition ait transporté à la sainte Vierge des attributs de l’Église, c’est ce qu’il n’est pas permis d’ignorer, si l’on prétend connaître quelque chose aux monuments écrits ou figurés produits jusque sous nos yeux par le christianisme, conformément à une tradition qui perce dès les premiers âges. Que je parle de Y Épouse du roi des rois, du Temple de V Esprit-Saint, du Trône de Y Époux céleste, de Y Arche vivante de l’alliance, etc., etc., qui pourra dire si je prétends désigner Marie ou l’Église (i)? jusqu’à ce que mon intention se précise par le contexte ou par une expression nettement déterminée. Le Cantique des cantiques et Y Apocalypse ont prêté aux artistes et aux orateurs chrétiens un grand nombre
(i) Le pieux et savant Maracci, entre autres, a rassemblé dans sa Polyanlhea Mariana une grande partie des titres employés par les SS. PP. pour saluer de leurs hommages celle que toutes les nations doivent proclamer bienheureuse (Luc. 1,48)- Il pourrait nous suffire de renvoyer le lecteur à celte espèce d'arsenal du culte d 'hypcrdulie, comme parle l’Ecole. Quel touchant et majestueux concert de louanges sur un sujet où l’exagération ne peut être à craindre, pourvu que l’on ne confonde point la créature avec le Créateur! On y trouvera réunies de nombreuses citations des écrivains ecclésiastiques sur les qualifications communes à l'Eglise et à la mère de Dieu. Quant à notre objet, il importe surtout de faire parler les auteurs du moyen âge, ou ceux qui ont été plus répandus à cette époque.
Sédulius ( Car/n . pasch. , libr V, v. 358, p. 35o), racontant les apparitions de Jésus-Christ aux apôtres après sa résurrection, dit qu'il se montra d'abord à sa mère, en qui l’Église était personnifiée, et par laquelle il voulait commencer sa vie glorieuse aussi bien que sa vie mortelle, afin quelle fût la première à l'annoncer, même aux apôtres.
« Ecclesiam Christus pulchro sibi junxil amorc,
Hæc est conspicuo radians in honore Mariæ :
Quæ, quum clarifico semper sil noraine mater,
Semper virgo manet. Hujus se visibus adstans,
Luce palam Dominus prius obtulit; ut bona mater Grandia divulgans miracula, quæ fuit olim Advenientis iter, hæc sit redeunlis et index ».
Saint Isidore [Allegor. i38, i3g, t. V, i37) semble poser comme un principe en symbolique , que l’Église est figurée par la mère de Dieu. « Joseph typice Christi gestavit speciem , qui ad custodiam sanctæ Ecclesiæ deputatus est, quæ non habctmaculam aut rugam.
« Maria autern. Ecclesiam significat, quæ quum sil desponsata Christo, virgo nos de Spiritu sancto concepit, virgo ctiam paril.»
Il semble que saint Isidore suive ici saint Ambroise et ne fasse que l'abréger. Ambros. , in Luc. I, 27 (edd. BB., t. I, 1284)- " Discamus et mysterium. Vere despousata, sed virgo, quia est Ecclesiæ typus quæ est immaculata sed nupta. Concepit nos virgo de Spiritu, parit nos virgo sine gemitu. Et ideo fortasse saucta Maria alfi nupta, ab alio repleta; quia et singulæ ecclesiæ Spiritu quidem replentur et gratia, junguntur tamen tcmporali ad speciem sacerdoti. »
Saint Hildefonse, sans formuler positivement ce symbolisme, le rappelle, quand il reproche aux Juifs de refuser à la reine des vierges l'honneur qui lui est dû. Iiild., de Virginit. Mariœ, cap. 3 (PP.^ToIet. I, 1 16). oQuid dicis, Judæe? quid proponis? quid adstruisPquid objicis? quid objectas? Ecce virgo nostra ex stirpe tua est, ex genere tuo est, ex radice tua est, ex gente tua est, ex populo tuo est, ex plebe tua est, ex natione tua est, ex origine tua est. Verumtamen ex fide nostra est, ex credulitate nostra est, ex
assensu nostra est, ex reverentia nostra est, ex honorificenlia nostra est, ex laude nostra est, ex glorificatione nostra est, ex dilectione nostra est, ex amore nostra est, ex prædicatione nostra est, ex præconio nostra est, ex defensione nostra est, ex vindicatione nostra est. Quod enim tibi Spiritus sanctus de ilia per prophetas dixit, per oracula intimavit, per figuras inuotuit, per præcedentia promisit, per subsequentia coinplevit; te negante, te non eredente,te abnuente, te respuente, te résultante, te blasphemaute, ego novi, ego credidi, ego sapio, ego veueror, ego honoro, ego glorifico, ego amplector, ego amo, ego diligo, ego prædico. Etc. > Saint Pierre Chrysologue ne diffère de saint Ambroise que par l'expression ; l’occasion est la même(Serm. 146, de Joseph sponso), et les paroles seules sont nouvelles. * Quid est quod ad sponsam,
et non ad liberam, cœlestis iunocentiæ destina tur arcanum?
.... Quid tenemus, fratres ? Non apices,non litteræ, non syliabæ, non verbum, non nomina , non persouæ iu Evangelio divinis vacua sunt figuris. Sponsa quæritur, ut jam tune Ecclesia Christi sponsa signetur; juxta illud Osee prophetæ(II, 19) : Sponsabo te mihi in justitia et judicio , et in misericordia et in miserationibus , et desponsabo te mihi in fide. Hinc Joannes ait ( Joaun. III, 29) : Qui habet sponsam sponsus est. Et beatus Paulus (II Cor. XI , 2) : Sponsavi vos uni viro virginem castam exhibere Christo. »
Mais saint Césaire est bien plus explicite encore (Homil. de paschate, Bibl. PP. VIII, 8a3) ; à propos du baptême, il s’étend avec complaisance sur ce parallèle que nous avons vu rapidement indiqué jusqu’ici. « Stupemus interdum ad magnitudinem novitatis, si quando audimus aut legimus Dominum Jesum Christum ex sola fœmina , cessante virilis consortii soeietate progenitum. Ecce nunc, peregrinantibus naluræ legibus, innumeræ per oninein terram multitudines de solo siuu fonds, tamquam partu virginis procreantur. Gaudeat Christi Ecclesia quæ, ad similitudinem beatæ Mariæ, saucto Spiritu opérante ditatur, et mater divinæ prolis efficitur. Cesset ergo infidelium cæcus error asserere quod fœmina quæ sine viro filium potuil parère, virgo non potuit permanere. Ecce quantos et quantorum fratres sub una nocte nobis edidil fœcunda de sinu iutegritatis Ecclesia mater et sponsa. Mirabaris paulo ante de incorruptione nascentem hominem; mirare nunc, quod non minus novum est, etiam reuascentem. Conferamus, si placet, lias duas matres; et utriusque generatio fidem nostram in alterutra corroborabit. Mariam secreto implevit illapsu sancti Spiritus obumbratio; et Ecclesiam in fonte beuedicto sancti Spiritus maritavit infusio. Maria filium siue peccato geuuit,et Ecclesia iu bis quos generavit peccata consumpsit. Per Mariam natum est quod in principio erat, per Ecclesiam renatum quod in principio perierat. Ilia plurimis generavit, hæc populos. Ilia, ut novimus, virgo permanens semel peperit filium; hæc semper parit per virginem sponsum. Quod ergo putabas a sæculis singulare miraculum, jam muuus anuuum recoguosce. Etc.»
„6 VITRAUX DE BOURGES
d’attributs et d’éloges qui s'appliquent indifféremment et également bien à la mère de Dieu ou à la mère des élus. Mais pour nous restreindre à la représentation qui appelle notre attention en ce moment, outre qu’un bon nombre d’auteurs ascétiques, parlant des douleurs de Marie près de la croix, disent qu’elle nous a enfantés à la vie de la grâce sur le Calvaire (i), c’est vers l’époque de ces vitraux que commence à s’accréditer une pieuse exagération, toute propre à rendre raison du symbolisme qui nous occupe. Plusieurs prédicateurs, des théologiens même, s’aventurent alors à affirmer qu’à la mort du Sauveur toute l’Église se trouvait réfugiée dans le cœur de la sainte Vierge; parce que, disent-ils, la foi éteinte chez les apôtres n’avait plus sur la terre d’asile qu’en Marie (2). L’inexactitude de cette assertion importe fort peu à notre but; elle prenait faveur vers le milieu du xjii° siècle, c’est tout ce qu’il nous faut pour prouver le sens de la forme adoptée à Tours et au Mans.
61. Saint Jean substitué à la Synagogue pourra sembler quelque chose de bien plus étrange en fait de symbolisme. Mais, comme il ne s’agit nullement de consulter nos goûts, écartons tout a priori; et ne nous prononçons, sur la pensée de ces siècles reculés, que d’après des données historiques. Voici d’abord le suffrage de saint Grégoire le Grand (3), dans une homélie qui a pris place au bréviaire romain ( sabbato in albis). Il explique ce passage de l’Évangile où saint Jean s’arrête près du sépulcre de Notre-Seigneur pour laisser entrer d’abord saint Pierre, qu’il avait précédé en chemin. Perçant au delà du fait, saint Grégoire recherche le motif mystérieux qui a présidé à l’insertion d’une circonstance si insignifiante en apparence, dans le récit évangélique. Pierre est le chef de l’Église, et partant le symbole naturel des nations converties, pour entrer dans la pensée du moyen âge; Jean représente donc la Synagogue qui a reculé, pour ainsi dire, devant le tombeau de Jésus-Christ. Mais si elle a cédé le pas aux Gentils, après eux elle viendra confesser un jour la divinité de ce mort dont elle a méconnu d’abord le triomphe. Prééminence, donc, accordée aux nations dans la Nouvelle Alliance, et cependant promesse de conversion, tardive mais éclatante, pour la famille des patriarches; tel est, au dire de saint Grégoire, de la Glose, de Rupert, etc., le sens prophétique de ce fait accompli sans nul éclat, et si naïvement retracé par nos bons aïeux parmi les majestueux mystères du jour de Pâques (4). Adelmann,
(1) Gerhoh., in Ps. LXV1II, 3 (D. Pez, V, 1372). «Omnis qui Cliristi discipulus fit, verbum Dei audiendo et custodiendo, ipse illius frater, soror et mater fit (Matth. XII, 49, 5o); ac proinde huic tali fratri etiam sancta Maria mater fit. Quæ magno parturitionis dolore, juxta crucem stando, in unigeniti sui morte multos filios peperit; quos idem Unigenitus in fratres adoptavit, quorum singulos matri suæ demonstrando ei dicit(Joann. XIX, 26): Ecce filins tuns. » — Id., in Ps. XXI, 17 (Ibid. 378).
Cs. Antonin., Summa , P. IV, Tit. XV, cap. 20 (ed. Veron., t. IV, 1060). — Id., ib., cap. 2 (p. 917).— Id., ib., cap. 26 (p. 1119).— Amed. Lausau. , de Laudib. B. V. Ilomil. V. (Bibl. PP. XX, 1 271). — Rupert., in Joann ., libr. XIII.
(2) Jacob, de Voragine, Mariale, F. serm. 3. « In Passione autem Cbrisli quidam non habuerunt fidem nec compassionem, sicut Judæi infidèles Cliristo insultantes; quidam liabuerunt compassionem, sed non fidem : sicut apostoli a fide cadentes; quidam, fidem sive cognitionem : ut angeli, qui sunt impassibiles. Sola autem Virgo beata habuit compassionem intimam et fidem veram. »
Cs. Suarez, de Ecclesia, sect. III, 6 — 8. — Trombelli, Mariæ ss. vita, P. I, Dissert. 38, Quæst. 2 (t. IV, 23o, sqq.).
(3) Gregor. M ., in Evangel. Homil. XXII (t. V, 242. «Leclio
sancti Evangelii quam modo , Fratres , audistis (Joann. XX, 1 9),
valde in superficie bistorica est aperta; sed ejus nobis sunt myste-
ria sub brevitate requirenda Illipræ cæteris ( apostolis ad
monurnentum ) eueurrerunt qui præ cæteris amaverunt, videlicet Petrus et Joannes. Currebant autem duo simul; sed Johannes prœcucurrit citius Pet 10, et venil prior ad monurnentum, sed ingredi non præsurapsit. Venit vero posterior Petrus, et intravit. Quid, Fratres, quid cursus iste significat? Numquid hæc tam subtilis evangelistæ descri ptio a mysteriis vacare credenda est? Minime. Neque euim se Johannes et præisse et non intrasse diceret, si in ipsa sua trepidatione mysterium defuisse credidisset.
"Quid ergo per Johannem, nisi synagoga; quid per Petrum msi Ecclesia designatur? Nec mirum esse videatur quod per juniorem Synagoga, per seniorem vero Ecclesia signari perhibetur; quia etsi ad Dei cultum prior est Synagoga quam Ecclesia Gentiurn, ad usum tamen sæculi prior est multitudo Gentium quam
SyDagoga, Paulo attestante qui ait (ICor. XV, 49) : Quia non prias quod spiritale est, sed quod animale. Per seniorem ergo Petrum significatur Ecclesia Gentium; per juniorem vero Johannem, Synagoga Judæorum. Cucurrerunt ambo simul; quia ab ortus sui tempore usque ad occasum, pari et communi via, etsi non pari et communi sensu, Gentililas cum Synagoga cucurrit.
«Venit Synagoga prior ad monurnentum, sed minime intravit; quia Legis quidem mandata percepit, prophetias de Incaruatione ac Passione dominiea audivit, sed credere in mortuum noluit. Vidit enim Johannes posita linteamina, non tamen introivit; quia videlicet Synagoga et Scripturæ sacræ sacramenta cognovit, et tamen ad fidem Passionis dominicæ credendo intrare distulit. Quem diu longeque prophetavit, præsentem vidit et renuit; hominem esse despexit, Deurn carne mortalem factum credere noluit. Quid ergo est, nisi quia et citius cucurrit et tamen ante monurnentum vacua stetit?
“ Vemt autem Simon Petrus sequens eum , et introivit in monumenturn; quia secuta posterior Ecclesia Gentium , mediatorem Dei et hominum hominem Jesum Christum et cognovit carne mortuum, et viventem credidit Deum
« Sequitur : Tune ergo introivit et ille discipulus qui venerat prior ad monurnentum. Postquam intravit Petrus, iugressus est et Johannes. Posterior intravit qui prior venerat. No tandum, Fratres, est quod in fine mundi ad Redemptoris fidem etiam Judæa colligetur, Paulo attestante ( Rom. XI, 25, 26) etc. »
Rupert ( in Joann. comment ., libr. XIV) calque évidemment celte homélie en expliquant ce même évangile. Mais la Glose {in h. I. ) s'en était emparée de bonne heure, réduisant à quelques mots l'exposé un peu traînant de saint Grégoire, et le revêtant ainsi d'une forme plus populaire. «Johannes significat Synagogam , quæ prior venu ad monurnentum sed non intravit; quia prophetias de Incarnation et Passione audivit, sed in mortuum credere noluit. Petrus est Ecclesia, quæ cognovit carne mortuum et viventem credidit Deum; post quam et Judæa in fine intrabit.»
(4) Il n'est guere de catholique en France qui ne sache par cœur ces strophes du cantique national, souvent attribué (un peu gratuitement) à la piété du bon roi Robert :
d'abord écolâtre de Liège, puis évêque de Brescia, vers ia fin du xf siècle, pourrait suggérer une autre manière d entendre ce même symbolisme. Il écrivait contre les nouveautés impies de Bérenger; et, opposant aux téméraires doctrines de ce novateur sur l’Eucharistie, le récit des quatre évangélistes (Joann. VI.— Luc. XXII.— Marc. XIV. — Matth. XXVI), il lui demande comment il ose s’inscrire en faux contre d’aussi solennelles dépositions (i). Ce sont deux témoins, dit-il, que Jésus-Christ s’est choisis de part et d autre, afin que Juifs et Gentils trouvassent d’irrécusables garants pris dans leur propre sein (2).
En suivant celte idée dAdelmann, saint Jean pourrait paraître ici comme présentant à la Synagogue un témoignage puisé parmi les siens; et d’autant plus convaincant que, spectateur de la Passion (3), il y fait remarquer 1 accomplissement des prophéties (4). Le livre qu’on met ordinairement entre ses mains près de la croix, serait alors une allusion à l’assurance expresse qu’il donne lui-même d’avoir vu de ses propres yeux les faits qu’il raconte (5). Toutefois, si l’on aime mieux, pour se rapprocher de saint Grégoire, considérer ici le disciple hien-aimé comme symbole de la conversion future des Juifs, le livre qui le caractérise communément serait une allusion à l’histoire des derniers jours du monde, que saint Jean nous a laissée dans son Apocalypse.
62. O11 doit voir que nous n’accordons pas une grande part aux simples conjectures, et que nous évitons de marcher autrement qu’appuyés sur les monuments écrits. Quelqu’un cependant n’imaginerat-il pas que la présence de Notre-Dame et de saint Jean serait suffisamment expliquée, si l’on se contentait d’y reconnaître une représentation purement historique? Peut-être même allèguera-t-on, comme preuve d’une trop grande recherche dans nos vues de symbolisme, les autres figures qui accompagnent ou remplacent ailleurs celles de la sainte Vierge et de son fils adoptif sur le Calvaire. Dans une rose de la cathédrale de Beauvais (6), c’est à gauche l’homme qui présente l’éponge imbibée de vinaigre, et à droite le soldat armé d’une lance qui perce le côté de Jésus-Christ. D’autres monuments adjoignent ou substituent à ces figures celles des deux larrons crucifiés près de Notre-Seigneur, ou des justes qui sortirent de leur tombeau à la mort du Fils de Dieu (7). Quelle nécessité de chercher à tout ceci un sens mystique, lorsqu’on peut en rendre raison par le simple narré de l’Evangile?
Il est cependant une chose dont l’Evangile ne résout point à lui seul tout le mystère, c’est l’affectation constante d’assigner invariablement à chacun de ces personnages une place qu’ils conservent partout (8). Si le secret de celte disposition est donné par un symbolisme bien constaté, il faut admettre que l’explication demeurerait incomplète en se renfermant dans le texte de l’Ecriture. Que disent les évangélistes, de celui qui offre l’amer breuvage aux lèvres du Sauveur mourant? Quelques mots seulement, qu’ils répètent tous : On porta à la bouche de Jésus une éponge pleine de vinaigre (g). Veut-on savoir ce
prophètes, emploie des expressions que l'on dirait suggérées par la lecture d'Adelmann, mais qui prêtent une nouvelle portée à ce livre que tient l'évangéliste. « Ecce unus testis hic est qui vidit et qui scripsit hæc; quamvis et multos vidisse, qui adfuerunt et videre voluerunt, dubium non est. Sed ne videar solus esse testis, inquit, adhibebo mecum alios duos testes : legalem scilicet sermonem, testem unum; et prophetieum, testem alium.
« Fada sunt enim hæc ut Scriptura impleretur : os non comminuetis ex eo. Hoc de agno paschali prœcipit Lex. Brevi ergo sed claro judicio perdocet ilium legalem paschæ agnum significativum fuisse hujus veri agni qui nunc tandem pro nobis immolatus est, sicut jain dudum bene exercitata certum habet sanctæ Ecclesiæ fides.
« Et iterum alia scriptura dicit : V idebunt in quem transjixerunt. Hoc Zachariæ propbetæ testimonium est. Igitur in ore trium testium, scilicet Legis et propbetarum atque hujus evangelistæ stabit hoc verbum : quia milites Domiui Jesu non fregerunt crura, etc. ~
(6) Elude IV, fig. C. Quoique les rameaux contournés qui occupent les lobes de l'encadrement extérieur accusent l'art du xvf siècle, le fonds du médaillon annonce sensiblement l'époque que nous étudions dans ce volume.
(7) Mattli. XXVII, 5a, 53.
(8) Cs. N” 34 (p. 54, 55). Ce dispositif parait avoir été si impérieux durant le moyen âge, que l’on peut sans crainte tenir pour renversée (en manière de contre-épreuve) toute reproduction d'un monument où l'on trouve ces situations transposées.
(9) Mattli. XXVII, 48 '• » Continuo currens unus ex eis ( illic stantibus ), acceptam spongiam implevit aceto; et imposuit arun-
0 A Magdalena monili Ad ostium inonuiiienli Duo currunl discipulï ;
Alléluia.
« Sed Joannes apostolus Cucurrit Petro cilius.
Ad sepulcrum vcnit pi'ius;
Alléluia. »
Si la bonhomie de celte poésie populaire nous avait parfois fait sourire, ne serait-ce pas faute d'en avoir compris la portée? Car entre le poète et le critique, le plus simple des deux pourrait bien n’ètre pas celui qu’on pense.
(1) Adelmann., ad Berengar. «... Quis hoc itaque non crédit, nisi qui aut Christo non crédit, aut ipsum hoc dixisse non crédit? Sed de incredulis nihil ad nos. Dixisse autem Cbristum, testes non duo tantum aut très, in quibus stat omne verbum { Mattli. XVIII, 16); sed quatuor probatissimi certissimique existunt. Duo scilicet ex circumeisione, et duo ex præputio; ut uterque populus suis ac legitimis auctoritatibus, sive ad salutem,sive ad judicium uteretur. » Cs. Gaudentii sermones, ed. Galeardi.
(2) Les deux évangélistes choisis dans la circoncision, comme parle Adelmann avec saint Paul, sont saint Matthieu et saint Jean. Saint Marc et saint Luc sont les deux autres pris parmi les nations.
(3) Joann. XIX, 26.
(4) Id., ibid. 24, 28 — 3o, 3i — 37.
(5) Id., ibid. 35.
Rupert (in Joann., libr.XIII), faisant allusion à ce témoignage de saint Jean qui rappelle en même temps celui de la Loi et des
que devient ce texte entre les mains des interprètes anciens? Cet homme, ce n’est point un soldat romain; car le cruel soulagement qu’il présente aux douleurs du Fils de Dieu caractérise trop bien l’amertume de la Synagogue envers le Messie qu’elle repousse. Il ne saurait être qu’un enfant de la nation maudite, celui qui manifeste d’une manière si fatale l’accomplissement de la plainte prophétique : Vigne chérie, dont f avais choisi les plants de ma main, comment ne m'as-tu donné que des fruits acerbes et pleins d’ aigreur (i)\ Or, ce ne sont point deux ou trois auteurs, ni cinq ou six, qui expriment ce sens; c’est, à proprement parler, le torrent des docteurs sans interruption (2). On comprend dès lors pourquoi la gauche est constamment assignée à ce trait de la Passion : c’est la Synagogue elle-même qui s’y personnifie dans une figure historique.
63. Ce point éclairci, il devient facile d’apprécier le trait complémentaire que nous offre le soldat placé à droite. Qui n’a entendu parler de saint Longin (3), dont la légende rappelle l’histoire du centurion converti à l’Évangile sur le Calvaire? Que ce soit le centurion lui-même, ou l’un de ses soldats, qui ait porté le coup de lance au cœur du Fils de Dieu, nous n’avons pas à discuter ce point d’érudition : nous voyons des soldats romains devenir, près de la croix, les prémices de la gentilité (4); cela nous suffit. Les traditions, d ailleurs, ont fixé et popularisé ce qu’il nous importe de constater en ce moment : la conversion de cet homme (5), et le sens superhistorique de sa conversion qui représentait celle des Gentils, c’est-à-dire la vocation de l’Église (6).
t dabat ei bibere.» — Marc. XV, 36 : «Currens autem unus, el implens spongiam aceto circumponensque calamo, potum dabat ei.» — Joann. XIX, 9.9 : «Vas ergo erat positum aceto plénum; illi autem spongiam plenam aceto, hyssopo circumponentes, obtulerunf ori ejus. »
Saint Luc (XXIII, 36) est le seul qui attribue expressément cette action à l'un des soldats: «Illudebant autem ei et milites aecedentes , et acetum offereutes ei. » Mais on pourrait, absolument penser qu’il désigne une autre circonstance de la Passion, rapportée par saint Matthieu (XXVII 33, 34) avant le crucifiement : '< Et venerunt in locum qui dieitur Golgolha, quod est Calvariæ locus; et dederunt ei vinum bibere cum (elle mistum.» Il est d’autant plus naturel de rapprocher ces deux passages, que ce sont les seuls où il ne soit pas fait mention de l'éponge.
Quoi qu'il en soit, on peut dire que le moyeu âge est unanime a regarder les Juifs, et non les soldats, comme ministres de cette cruauté.
(1) Jérem. II , 2 1 .— Isai. V, 1— 7.— Matlli. XXI, 33— 44.— Etc.
(2) Si quclquun désire s'en convaincre par ses propres yeux, i quelques données qui pourront le mettre sur la voie de
pousser plus loin la vérification. Orac. sibyll., libr. VIII, v. 3o3, 3o4 (Galland, I, 3g5). — Cyrill. Ilierosol., Catech. XIII, 29, (p. 196, sq.).— Cyril I. Alexandr., Apolog. ( SS. Concil. ed. Coleti,t. III, 1462 ). — Ephraein, in Parascev. (P. Gr., t. III, 474). — Nonni Paraphr. in Joann. — Hieronym., in Matth. XXVII, 34, 48 (t. IV, • 37, 139). — Augustin., in Joann., tract. 1 19 (t. III, P. II, 8o3).
Ici., in Ps. LXI, 5 ( t. IV, 596). — Id., adv. Judœos, 5 ( t. VIII, 3a).
I at . ; LV. (al. 53 ), dePassione 4 (t. I, 2x0). — Zenon.
Ubr- D, tract. 28 (Galland, t. V, 148).— Isidor., contra Jud., libr. I, 39, (t. VI, 48)— Id., in Genes. XXVIII (t. V, 337). — Cæsar. Arelat., H omit. 6, de Pasch.( Bibl. PP. VIII, 824).— lied., in Luc. XXIII ( V> 4ç)8)- — Christian. Druthmar., in Matth. ( Bibl. PP. XV, 1 7 1 ). — Zacbar. Chrysopolit. , In unurn ex quatuor (Ib. XIX, 944).— Arnold. Carnot., de Ferbis Domini (Cypriani Opp. ed Baluze, Appendix, p. li).— Rupert. , de divin. offic.,M I, 10. — Id., in Joann. libr. XIII. — Etc., etc.
II suffira, avec ces indications, d’avoir rapporté le texte de deux auteurs bien connus au moyeu âge. Sedulius, Carm.pasch., libr. V v. 253 (p. 34o) :
«... Quin insuper liaustum Quun. peterct sitiens, unus de plebe nefanda Peiliculo inlusum calamo porrexit acetum.
Manuel ibus i non ) populis in détériora volutis Conveniens liquor die fuit : nam dulcia vina Sicut in horrendum dum converluntur accinm .
le vénérable Bède, comme il le fait souvent; et Bède lui-même transcrivait en cet endroit saint Augustin, son modèle favori. Cs. Augustin., in Joann. XX, loc. cil.
(3) Pseudo-Evangel. Nicodemi (Fabric., Codex apocryph. N. T., t. I, 259). Menolog. Græcor. , 16 octobr. — Assemani, Kalendar. Ecoles, univ., t. V, 3o3.— AA. SS. Mardi, t. II, 375 — 38g. — Tillemont, Hisl. eccUs.— Sandini, Historiafam.il. sacr., cap. XIV, qu. 3. — Etc.
(4) Matth. XXVII, 54— Marc. XV, 3g.— Luc. XXIII, 47.
Saint Jean ne. parle point des soldats ouvrant les yeux à la
lumière, il se contente de dire que ce fut un soldat qui perça le cœur de Jésus (XIX, 34). La tradition a complété son récit par celui des autres évangélistes.
(5) Cs. Ju binai, Mystères inédits du XV* siècle, t. II, p. 2 54
9.58. — L’Ordène de chevalerie, v. 277, sv.— Théâtre français au moyen âge (xi — xive siècles), publié d’après les manuscrits de la bibliothèque du roi, par MM. L.-J.-N. Monmerqué et Francisque Michel, p. 14 — 16. Il est étrange que, pour éclaircir l’origine et le véritable sens de cette légende, les éditeurs de ce dernier ouvrage n’aient rien trouvé de mieux à nous citer que X Apologie pour Hérodote, par Henri Étienne. Qu'avions-nous besoin des Bollandistes, si la critique hagiographique devait en rester à de semblables renseignements!
Quant à l'existence de cette tradition au moyen âge, on peut dire quelle est constatée cent fois. Cs. Arevalo, Isidori Opp., t. 1 , 522 , sq. Pseudo-Isidor., de Numéris (Opp. VII , 4o5 ) : « Longinus lancea latus Salvatoris aperuit,et non tautum veniam invenit,sed episcopatus honorera et martyrii gloriam et coronam lxabere meruit.» Le P. Gretser (de Cruce, libr. I, cap. 34), Suarez (de Incarnat,one,\\ II), Arevalo (Op. cit., 1. 1), et autres, ont suffisamment indique la source probable du récit qui fait recouvrer la vue â Long! 11, par la vertu du sang de Jésus-Christ. Ne pourrait-on pas aussi en trouver un motif plausible dans ce texte de saint Augustin, adopté par une compilation qui porte le nom de Bède (m lom. XI; t. VI, 265) : «Totus orbis cæcus jacebat; sed venit ille
ut qui non vident videant , et qui vident cæci fiant De
sanguine suo collyrium fecit cæcis, etc.
Le P. Arevalo semble dire qu’on ne retrouve nulle part la trace de 1 épiscopat de saint Longin; mais ce fait est formellement exprime dans un passage de saint Grégoire de Nysse, publié par Zacagui, Collectanea, p. 3gi. 1
(6) Bei, Luc. XXIII (t, V, Sot). -Non solus centurie glori-
M,a.tth.“S *Cr,b,t' ™° le™ nom et hk qu» Sellant timuemn valde icentea : Vm Del MS* . erat ùlc. Quanta ergo c»dtas Judæorum qm, tot per Domina, „ tdrtutibu. faeti.. tanti, i„ morte eju, appareutibu, sigui», credere reepueruot; et, iuseuaibi- °T Ge“,,l,US' D“'" «‘“rifieare vd Uude mémo K, F1D1S
64. La miniature de I ffortus deliciarum (1) ne fait-elle que reproduire encore cette même idée sous une nouvelle forme, quand elle ajoute les deux larrons à toutes les figures de l’Église et de la Synagogue que nous avons reconnues jusqu’à présent? On ne balancera pas à répondre affirmativement, si I on prend 1 avis du moyen âge. Et il n’est pas même nécessaire de recourir à ce xne siècle, dont le symbolisme exubérant paraît avoir nécessité l’invention d’un verbe latin nouveau ( mysticare , au lieu de mystice significare ) , afin de réduire en un seul mot une locution dont l’emploi devenait sans doute trop fréquent. Les anciens docteurs avaient exposé fréquemment cette interprétation, et leurs successeurs n eurent qu’à répéter une exégèse qui avait prescrit. La droite assignée au bon larron, et I Eglise (ou les nations converties) personnifiée en lui, ce sont des enseignements qui remontent pour le moins au ivc siècle (2), et régnent ensuite dans l’art comme dans les livres.
Ainsi, cette peinture du xiiu siècle se réduit presque entièrement à une expression multiple du trait qui fait le centre de notre verrière, et résume sa pensée fondamentale. Nous pourrions dès maintenant en compléter l’exposition, si elle ne devait se représenter plus naturellement avec des objets analogues qu’il nous faudra développer plus tard. Le sépulcre d’Adam placé sous la croix dans cette miniature, comme dans les médaillons de Beauvais et de Chartres, trouvera son explication au chapitre VL; la forme germanique que revêtent ici les deux personnifications de l’Eglise et de la Synagogue sera traitée plus à propos en même temps que les vitraux de Suger à Saint-Denis. Il en sera de même pour le voile du temple déchiré. D’autres détails doivent attendre les éclaircissements qu’il nous faut réserver au vitrail de la Passion (Chapitre Ve). Exigera-t-on de nous que nous rendions raison du côté droit donné aux morts qui ressuscitent lorsque le Fils de Dieu rend l’esprit? Il suffirait absolument de faire remarquer que comme ce sont des justes, selon le témoignage de l’évangéliste (3), la droite devait leur être assignée sans contestation. Mais ce point même, si peu important qu’il paraisse, le moyen âge nous prêterait aisément des témoignages pour le réduire encore au sens général de la composition. Contentons-nous du B. Arnédée de Lausanne (4) décrivant les douleurs de Marie au pied de la croix, et l’ingratitude des ennemis de Jésus-Christ. Pour lui, comme pour saint Jérôme, cette terre qui s’ébranle, ces pierres qui se brisent, ces sépulcres qui rendent leur proie, c’est un cri de la nature insensible qui s’élève contre l’endurcissement du peuple déicide; c’est en même temps un symbole du brisement des cœurs, qui prosternera devant la croix les nations jusqu’alors asservies à la matière, et insensibles aux bienfaits divins.
Nous n’avons point à revenir sur le pied de croix émaillé de Saint-Bertin (5). Pour l’expliquer nous
vélo mysteriorum cœlestium per mortetn Domini reserato, eontinuo Jesuin et vere justum horoinem et vere Dei Filium, Synagoga tacente, confirmât. Etc.»
Ce texte, abrégé quelque peu, se retrouve dans le commentaire sur saint Matthieu qui porte le nom de Bède (Ib. 1 15), et dans la Glose (in Luc.); puis, au xn* siècle, dans les Réflexions de Zacharie sur les quatre Évangiles ( B i b 1 . PI*. XIX, 9U), et plus tard dans saint Bonavcnture, in Luc. XXII I.
(1) Élude IV, fig. D.
(a) Hilar. Pictav., in Matth., cap. XXXIII. « In ligno vitæ, cunctorum salus et vita suspenditur; cui duo latrones lævæ ac dexteræ affiguntur, oranem humain generis universitatem voeari ac sacramentum Passionis Domini ostendentes. Sedquia per diversilaleni fidelium atque infidelium fit omnium, secundum dexleram sinistramque, divisio; unus ex duobus ad dexterani situs, fidei justification e salvatur.»
Ilieronym., in Matth. XXVII, 44 ( t- IV, i38). «In duobus latronibus uterque populus, et Ge’btüium et Judæorum, primum Dominum blasphemavit ; postea signorum magnitudiue aller exterritus egit pœnitentiam, et usque hodie Judæos increpat blasphémantes. »
Ambros., in Luc. XXIII, 33. «Mystice duo latrones duos populos peceatores significant per baptismum crucifigendos esse curn Christo, quorum dissensio diversitatem pariter credentium signât. Denique unus a dextris et alter a sinistris, quia sic erit in die judicii.»
Isidor., Allegor. , 247 ( t. V, i5i). « Duo latrones populum exprimunt Judæorum et Gentium; quorum unus incredülus blasphémât Christum in eruce pendentem, alter fidelis Judæos increpat blasphémantes. »
Glossa, in Joann. XIX, 18. «Latro qui permansit in perfidia, significat Judæos; qui confitetur, gentes significat. »
Cs. Bed., in Marc. XV (t. V, 162). — llraban., in Matth. XXVII, 38 (t. V, 1 54 )- — Goffrid. Vindocin., de Latrone (Sirmondi Opp., Venel., t. III, p. 640). — Pseudo-Cyprian., de mont. Sina et Sion (Opp. appeud. , p. xxviij). — Etc., etc.
(3) Matth., XXVII, 52.
(4) Amed. Lausan., de Laudibus B. Virginis, Homil. V. (Bibl. PP. XX, 1271). — «Obstupuit cœlum super hoc, et indutum est tenebris. . . Sol et luua retraxerunt spleudorem suum; et, liabitu mœroris circumdati, visi sunt flere faetorem suum. . . Terra tremuit et commota est; saxa scissa sunt, monumenta aperta sunt, et ab inferis mortui surrexerunt. Infernus ipsc, seelus exhorruit; et infcri furiæ conturbatæ sunt. Judæus vero terra inseusibilior, saxis durior, inferuo crudelior, dæmonibus iufidelior, ueque sensit Dominum, neque scidit animum, nec seelus exhorruit, nec fiderri adhibuit. Et quid faciès, popule nequara, gens scelerata, domus effundens sanguinem Crucifixi, quuni venerit in nubibus cum potestate magna et majestate; .... et quum venerit, signum erucis apparebit in eœlo, et ostendet dilectus cicatrices vulrierum et loca clavorum quibus a te in domo tua confixus est? Etc.»
Ilieronym., in Matth., XXVII, 52 (t. IV, 140). « Nulli dubiuin est quin (quid?) significet juxta litteram magnitudo signorum: ut crucifixum Dominum suum et cœlum et terra et omnia demonstrarent. Sed milii videtur terræ motus et reliqua typum ferre credentium; quod pristinis errorum vitiis derelictis, et emollita duritia, qui prius similes erant tumulis mortuorum, postea agnoveriut creatorem. »
Cs. Christian. Drutbmar, in Matth. (Bibl. PP. XV, 171). — Etc.
(5) Étude I, fig. D.
Co
n’avons eu qu’à suivre le vitrail de Bourges dans ses détails. Le chapiteau ciselé qui le couronne présenterait seul encore quelque difficulté. Mais il ne faut point enlever davance ce reste dintétêt au texte destiné à décrire le monument dans l’ouvrage qui l’a fait connaître le premier. En reproduisant le dessin avec l’autorisation de M. du Sommerard, nous n’avons pu nous proposer d’en faire usage que pour ce qui avait un rapport immédiat avec notre sujet.
G5. Quant au vitrail de Chartres, qui semblait être encore bien loin de sa publication lorsque nous en avons dessiné le croquis (i), nous n’avons garde non plus de prétendre en compléter l’exposé par une interprétation anticipée. Quoique la vue et l’étude des monuments publics appartienne sans contredit à quiconque sait voir et penser, leur publication est une tâche assez pesante pour quon respecte ce dépôt entre les mains de celui qui s’en rend responsable. Mais aujourd hui surtout que le gouvernement vient de donner un commencement d’exécution à son magnifique projet dune monographie splendide sur la cathédrale de Chartres, nous nous imposons nous-mêmes, comme un devoir d’honneur, de ne rien enlever à l’éclat et à l’intérêt de ce grand travail. Tout au plus nous permettronsnous quelques glanures parmi les restes que négligerait la manière nécessairement un peu large d une publication si grandiose. Ce sentiment nous guidait déjà lorsque le projet du ministère pouvait encore être classé parmi les éventualités plus ou moins contingentes. Une verrière mutilée n’était pas un emprunt qui pût accuser de grandes prétentions; encore ne l’avions-nous choisie que pour faire servir précisément ses brèches à l’appui de nos aperçus. Il nous avait semblé curieux de montrer dans notre explication de la verrière de Bourges un moyen de restituer celle de Chartres. Notre prétention s’est trouvée bientôt réduite à fort peu de chose par la connaissance que nous avons acquise d’un manuscrit du Chapitre, où les médaillons avaient été signalés un à un (2) longtemps avant l’accident qui a défiguré le vitrail. Il ne nous reste donc plus guère qu’à compléter l’ensemble par les indications du manuscrit, en les rectifiant çà et là; et à montrer rapidement l’accord de ces parties avec l’exposition que nous avons faite des peintures de Bourges. Commençons par l’énumération des sujets actuellement supprimés. J’emploierai des italiques quand je rapporterai les expressions du manuscrit de Chartres.
N° 1. Jésus-Christ ‘portant sa croix. On voit que les panneaux 1, 3, 4? formaient une seule scène, celle de Simon le Cyrénéen. Le manuscrit ne dit rien de ce personnage, mais il ne l’exclut pas non plus; et tout annonce qu’on ne s’y proposait point une description minutieuse.
N° 2. Dieu le Père dans la nue. C’est le sommet de toute la composition.
N° 5. Caleb et Josué portant la grappe de la terre promise (3).
N° 8. Notre-Seigneur en croix.
N° 9. Annonciation, dit le manuscrit; j’ose croire qu’il se trompe. Du reste, il infirme lui-même son autorité, et nous avertit de ne pas suivre aveuglément son témoignage, quand il traduit de la manière suivante des médaillons encore visibles : n° 11, Idolâtrie chassée sous la figure du diable; i3, Notre- Seigneur gui ordonne la Pâque; 21, Èlisèe qui parle à la Sunamite; 23, Notre-Seigneur qui a la main surdeux enfants qui sont à ses côtés (4). Quant à cette annonciation prétendue, je pense qu’elle pourrait
bien n’avoir été que l’apparition de l’ange à Gédéon, et le miracle de la toison; si ce n’était même
Moïse au buisson ardent.
N° 12. Une figure tenant un calice au-dessous de la croix, pour recevoir le sang de Notre-Seigneur (5).
(1) Etude I, fig. A, B.
(2) Ce manuscrit, aujourd'hui déposé à la bibliothèque de la ville de Chartres, a été rédigé, dit-011, lorsque Montfaueon rassemblait des documents pour ses Monuments de la monarchie française. S il en était ainsi, le savant bénédictin n'aurait pas été lort heureux dans le choix de son correspondant; mais la faute pourrait bien appartenir au temps encore plus qu’à l'homme. Le lait est que les légendes y sont interprétées souvent comme s'il eut été question des aventures de quelque héros de l'Inde. Les faits bibliques même ne sont pas toujours mieux traités, ainsi quon pourra le voir dans la verrière que nous étudions ici. Cela n empêche pas que , tel qu'il est , ce manuscrit ne soit extrêmement utile; et il serait fort heureux que tous les Chapitres d’autrefois nous eussent laissé des renseignements semblables.
(3) Voyez les émaux de Saint-Bertin, Élude I, fig. D, n" 1.
(4) On voit que l’expert chargé de cette statistique des vitraux de Chartres, manquait des premiers éléments de l'iconographie. Il 11e parait pas avoir soupçonné que le moyen âge eût un moyen de distinguer les représentations des personnes divines par des signes caractéristiques. Mais il ne prend même pas la peine de vérifier 1 analogie des figures avec le sujet qu’il leur assigne à première
Au n° 27, le manuscrit ne désigne la peinture que par ces mots : Fourneau du maréchal. Une telle manière d'expliquer ce panneau supposerait une inspection bien rapide; il ne parait pas possible d'y méconnaître des charrons ou des forgerons versant de l’eau sur une roue, sans doute pour refroidir le cercle de fer qu’ils viennent de forger et d’appliquer sur les jantes. C'est le complément de la signature qui présente à droite le travail et l'enclume.
(5) Voyez le médaillon de Beauvais, Étude IV, fig. C.
N- 1 6. Une figure qui semble être sortie et s’enfuir d'une ville. Je pense que c'est Jonas fuyant de Tharsisfl) pour se dérober aux ordres de Dieu, qui l'envoyait à Ninive
Atnsr, deux sujets seulement parmi ceux de Bourges (le Rocher du désert et les Lions) manquaient a la vernere de Chartres, qui ne retraçai, pas non plus la Mort d'Abel et le Jugement, adoptés Mans et a Tours. Mars eetle omission est compensée par dix autres scènes, toutes étrangères à trois Mtraux. onttons en peu de mots que ces nouveaux emprunts faits à l’histoire sainte rentrent dans le plan que nous a montré l’article précédent. Le symbole de la grappe a trouvé place déja(2 dans nos explications, et le tombeau d’Adam reparaîtra au chapitre VI. Notre tâche sera d'autant plus facile au sujet du reste, que, pour ne point empiéter sur le travail confié aux auteurs de la Monographie de Chartres, nous bornerons nos preuves au strict nécessaire.
06. Le Couronnement d'épines et la Flagellation pourraient être suffisamment expliqués dans notre sens par le «impie contexte du cinquantième chapitre d’Isaïe. Dieu s’adressant aux Juifs par la bouche du prophète, leur reproche d’avoir rompu l’alliance contractée autrefois par lui avec leurs pères. Le bienfait de 1 Incarnation les a trouvés insensibles; la douceur et la patience de l’Homme-Dieu sous leurs coups ne leur a point fait ouvrir les yeux. Ils ne peuvent pas accuser la sévérité du Seigneur qu. va répudier la Synagogue; eux-mêmes sont les artisans de leur perte (3). D’autres prendront le rang que désertent ceux-ci, et le Sauveur se formera un peuple nombreux en leur place; si la famille qu’il s’était choisie l’oublie et le repousse, les nations se feront une gloire de réclamer une part à son héritage (4). Sur le Couronnement d’épines en particulier on trouve un accord étonnant des écrivains eccléstasttques (la plupart d’après saint Jérôme et saint Hilaire) à lire dans cette circonstance de la Passion la réprobation des Juifs et la vocation des Gentils(5).
La toison de Gédéon(O), seule baignée par la rosée d’abord, pendant que tout reste sec autour d die, P'ns seule demeurant sèche, tandis que la rosée couvre toute la surface de Paire, c’est une figure souvent reproduite à l’honneur de la sainte Vierge (7), mais qui s’applique également au symbolisme du vitrail de Bourges. La Judée, seule favorisée de secours spéciaux entre tous les peuples anciens, voit toutes les nations bénies dans le Messie qu’elle seule persiste à méconnaître (8).
(1) Jon. I, 3. Voici Gerîioh de Reichersperg ( in Ps. XXVII, 2; ap. D. Pez, t. V, 574) qui semble adapter son symbolisme précisément à cette forme. «Jure igitur ego injuriose a te, o mors , morsus, et quasi alter Jonas hue in ventrem tuum glutitus, ero mors tua. Licet enim te mordente factum sit ut et corpus meum sepultum jaceat in ventre terræ tribus diebus et tribus noctibus, atque anima mea sit in ventre inferi tamquam in ventre ceti; tamen, o mors, ero mors tua : quia sic ero revomendus a te ut, sauciatis et mortificatis tuis vitalibus, per meam doctriuam couvertatur Ninive, id est mundus, ad quem convertendum prius ire volui ( holui ?) quum dicerem discipulis meis (Matth. X, 5) : In viam gentium ne abieritis. Item (Matth. XV, 24) : Non su/n missus n/si ad oves quœ perierunt domus Israël. Talia dicendo, velut alter Jonas fugiebam de via civitatis Ninive. Sed in ipsa fuga, tempes* tate Judaicæ persecutionis propt.er me sæviente, gravi sopore mortis obdormivi secundum corpus; et secundum animant descendi in infernum tamquam in ventrem ceti. Tertia ergo die resuscitatus a morluis. . . . dicam apostolis meis (Matth. XXVIII, 18, 19 : Data est mihi omnis polcstas in cœlo et in terra ; euntes in mundum uniuersum prœdicate Evangelium omni creaturœ. Illi autem profecti prædicabunt ubique in tota Ninive me coopérante , et sermonem confirmante sequentibus signis (Marc. XVI, 20); atque ita ego qui in propria persona mea recusavi prædicare in Ninive, imo in omnibus civitatibus gentium, ego ipse in apostolis meis loquens et operans prædicabo in toto mundo pœnitentiam. »
Considéré de cette façon, Jonas ne rappelle plus précisément la résurrection de Jésus-Christ, du moins comme idée principale. Il représente le désir qu’avait Notre-Seigneur de sauver le peuple juif, et le décret du Père éternel qui transfère aux Gentils le don méconnu et rejeté par Jérusalem. C’est la pensée qu’exprime saint Cyrille d'Alexandrie à une autre occasion (Cs. n° 17, p. 24); et l’on voit par là pourquoi le prophète serait placé près du Calvaire dans la verrière de Chartres, au lieu de figurer à côté du tombeau.
(2) Cs. N° 3 1 ( p. 49, 5o).
(3) Isai. L, LI. — Cs. Herv. Dol.> h.l. (D. Pez, t. III, P. 1, 598— 610).
(4) Isai. LUI, LIV.— Cs. Herv., in h. I. (Ibid. 63o— 655).
(5) Clem. Alexandr., Pœdagog., libr. II, cap. 8 (ed. Venet. 1757, 1. 1, p. 214, 2i5).— Lactant., Divinar. institut., libr. IV, 26 (t. 1, 342). — Hilar., in Matth., cap. XXXIII (t. I, 807). — Hieronym., in Matth. XXVII (t. IV, 1 36, 137). — Bed., Hraban., Gloss., Paschas. Radbert., Zaehar. Clirysopolit., etc.
(6) Judic. VI, j 1 — 16, 36 — 40.
(7) Voyez l’abside de Lyon, Étude VIII et n” 70 (p. 127).
(8) Durand., national., libr. IV, P. I, Rubric. de Mutatione sacerdotis. «Cullus Dei primo fuit in populo Judæorum, et Judæa tune erat a dextra. Deinde Judæis non credentibus et verbum Dei, tamquam indigni, respuentibus, cultus Dei transivit ad Gentes ad quas apostoli transierunt; et tune Judæa fuit a sinistra parte. Et circa finem revertitur iterum ad Judæos ad prædicationem Enoch et Heliæ. . . . Quia ergo prædicatio pervenit etiam ad illos qui in sinistra parte fueruut,miM siccato Gedeonis velleke ros areasi jrrigavit, merito in parte sinistra legitur evangelium.»
Cs. Irimbert. , in Judic. (D. Pez, t. IV, P. I, p. *5q).— Gerhôh., in Ps. LXXI, 6 (Ibid., V, i463). — Bed.(?), Homil. quadragesimal. (t. VII, 352). — Isidor., in libr. Judic. ( t. V, 493, sq.). — Ambros., de Spir. s., proœm. (ed. cil., t. II, 601).— Origeu., in Judic., homil. 8 (t. II, 475). — Etc.
Comme il n’est parlé d’une apparition sensible de Dieu ou de l’ange à Gédéon qu’au premier moment de la vocation de ce chef on pourrait croire que le miracle de la toison n’a dû être représenté qu’avec un signe tant soit peu vague de l’intervention divine. C'est ainsi qu’à Saint-Jean de Lyon le peintre s’est contenté de montrer la main de Dieu. A la cathédrale de Troyes, dans un vitrail consacré à la vie de la sainte Vierge, Dieu se montre à Gédéon; mais il s’agit là du premier prodige qui garantit la protection céleste au futur libérateur d’Israël, lorsque ses offrandes sont consumées subitement par un feu surnaturel (Judic. VI, 16 — 23). Si la verrière de Chartres représentait cette circonstance, le symbolisme changerait à peine; l’occasion seule serait différente, et nous pourrions citer presque tous les mêmes auteurs pour garants. C’est l’idolâtrie renversée et le culte du vrai Dieu triomphant. Cs. Hie-
VITRAUX DE BOURGES
S’il s’agissait de Moïse devant le buisson ardent, nous renverrions aux détails qui suivront sur les médaillons de Suger à Saint-Denis (n° 68, p. 125).
La descente de croix pourrait avoir été placée ici sous l’influence d’une pensée exprimée par saint Ambroise, quand il commente l’Évangile de saint Luc à cet endroit. Joseph d’Arimathie, qui vient réclamer de Pilate le corps du Crucifié, avait été disciple de Jésus-Christ jusque-là, mais sans oser se déclarer publiquement; c’est alors, quand tout semblerait excuser la timidité, qu’il cesse de dissimuler son dévouement. Saint Ambroise (i) compare cette profession tardive mais éclatante, à ces ouvriers de la parabole qui, arrivés à la dernière heure du jour, sont égalés aux premiers venus. Or, le contexte même de l’Évangile, lorsque Notre- Seigneur expose cette parabole (2), et l’explication ordinaire des commentateurs, y font voir une figure des nations longtemps infidèles, mais favorisées ensuite au point d’exciter la jalousie des Juifs.
La sépulture de Jésus-Christ nous est montrée comme le type du baptême, dans l’Écriture et par les Pères (3). D’ailleurs, Isaïe avait prophétisé longtemps d’avance que l’humiliation du Fils de l’homme dans le tombeau serait suivie d’une compensation éclatante (4)- Aussi, dans ce linceul où le corps de Jésus-Christ est enseveli (5), saint Hilaire et saint Ambroise (6) voient une allusion à la vision de saint Pierre (7), lorsque la vocation des Gentils lui est désignée par le Ciel sous un mystérieux symbole.
Samson chargeant sur ses épaules les portes de Gaza (8), tandis qu’on se flattait de le tenir prisonnier, c’est Notre-Seigneur confondant par sa résurrection toutes les précautions dont la Synagogue avait entouré son tombeau (o). Mais l’amour de Samson pour une femme étrangère à son peuple était précisément ce qui l’avait livré aux mains de ses ennemis; et les écrivains ecclésiastiques ne manquent pas de faire ressortir cette circonstance. Ils y trouvent un type de la préférence qu’obtiennent les nations dans les résultats du sacrifice de Jésus-Christ (10). C’est surtout au sujet du lion mis en pièces qu’ils insistent communément sur cette figure prophétique de la vocation des Gentils. Cette bête altérée de sang qui vient à la rencontre de Samson, lorsqu’il se rendait dans le pays des Philistins pour épouser une de leurs filles (n), c’est la Synagogue qu’irrite le salut promis à d’autres qu’aux enfants d’Abraham. Elle jure la perte du Sauveur, et, dans sa fureur jalouse, elle irrite la colère de celui qui brise les empires au jour de son courroux. Sur les débris de cet ennemi cruel, le Rédempteur recueille ce qu’il y avait de plus doux pour son cœur, le salut d’innombrables infidèles si longtemps éloignés du royaume de Dieu (12).