‹ Monographie de la cathédrale de BourgesChapitre 40 sur 94 · III. VITRAUX DE SAINT-DENIS, ETC · texte numérisé non relu

III. VITRAUX DE SAINT-DENIS, ETC

67. Dans la notice que Suger nous a laissée sur les travaux exécutés à l’abbaye de Saint-Denis par ses ordres, il ne mentionne en particulier que deux verrières (1 3), dont il a voulu nous laisser le détail

(7) Act. X, 9—45.

(8) Judic. XVI, i—3.

(9) Augustin. (?), serm. 364, de Samsone( t. V, 1444). — Gregor. M-, i'i Evangel., libr. II, homil. 21 (t. V, 23g). — Etc., etc.

(10) Irimbert., in Judic. XVI (D. Pez, t. IV, P. I, p. 366).— Etc.

(11) Judic. XIV, 1—8.

(12) Prosper. de Promissionibus Dei, P. II, cap. 21 (p. i45).

Paulin Nol., epist. 23, ad Sever. (t. I, P. I, p. i3i). — Ambros., de Spir. s., Iibr. II , Prolog, (t. II , 635). — Isidor., in Judic., cap. 8 (t. V,

sq.). — Id., Allegor. 80. (Ibid., i3o). — Etc., etc.

(1 3) Cs. Duchesne, Iiistor. Francorum scrip tores, t. IV, 348, sq.). S'agit-il précisément de deux verrières, ou seulement de deux grandes divisions d’un même fenêtrage? Le texte ne résout pas clairement ce doute. Il est évident du moins que Suger considère ces deux séries de médaillons comme ne formant qu'un seul ensemble. Voici les expressions de la notice : « . . . Una quarum (vi- Irearum ) de materialibus ad im mater ialia excitans, Paulum apostolum molam vertere, prophetas saccos ad molam apportare repræsentat. Sunt itaque ejus materiæ versus isti :

ronym. , in Osée, X, 14 (t. III, i3og, sq.). — Ambros., loc. cil. (p. 5gg). — Isidor., loc. cil. (V, 492, sq.). — Hraban., in Judic. ( t. III, 21). — Irimbert., loc. cil. (D. Pez, IV, P. 1, 228 — 248). — Psettdo-Augustin., serm. 36 (al. de Tempore 108) de Gedeone ( t. V, Append., p. 71). Ces quatre derniers auteurs imitent sensiblement o transcrivent saint Ambroise. Ne nous laissons point prévenir par l'étrangeté que ces interprétations présentent à nos esprits. Nous avons à rechercher la pensée des artistes du xin" siècle, et cette époque ressemblait extrêmement peu à la nôtre. D’ailleurs, un simple rapprochement entre deux textes de l’Ecriture était alors 2 grande autorité, et l'occupation de Gédéon, quand l'ange du Seigneur se présente à lui, conduisait assez naturellement les esprits à se rappeler le langage de saint Jean-Baptiste désignant le Fils de David comme prêt à prononcer l'arrêt de la Synagogue 12. — Luc. III, 17) : « Il tient en main le crible pour 1 de son aire; et la paille sera livrée au feu qui ne

s'éteint pas. »

(1) Ambros.,wZ,w.XXIlI,5o— 52(t.I,i534).Cs.Joann.XIX,38.

(2) Matth. XX, 1— 16.

(3) Cs.n°45(p. 81,82).

(4) Isai. LUI, 9 — 12.Gs.Herv. Dolens.,/« h. 4(D.Pez, t. III, P. I, p. 634, sq.).

(5) Matth. XXVII, 5g.

(6) Hilar. Pictav., in Matlh. (t. I, 809, sq.). — Ambros., in Luc

«Tollis, agendo molam, de fuifure Paule Tari Mosaicæ legis intima nota facis ;

Fit de lot granis verus sine lurftire panis, Perpetnusque cibus nosler et angelicu

■ Item in eadem vitres, uhi aufertur velamen de facie Mojsi •

PLANCHE PREMIÈRE, NOUVELLE ALLIANCE. ia3

bien constaté. Nous avons publié dans nos Études VI et VII tout ce qu'il en reste aujourd'hui; et quoique parmi les neul médaillons dont parle Suger, un seul(i), le Serpent d’airain, paraisse rappeler les verrières de Bourges, de Chances, de Tours et du Mans, nous n’hésiterons pas à déclarer que I idee fondamentale est la même. Avant de consulter les monuments écrits, parcourons les tableaux encore subsistants, en suivant l’ordre que leur assigne la relation des travaux de Suger.

t" L’Eglise et la Synagogue (Èl. VI, flg. D); a- l’Arche d’Alliance (Ibid., fig. F); 3" Moïse sauvé des eaux (Et. VII, fig. B); 4" le Buisson ardent (Ibid., fig. C); 5" le passage de la mer Bouge (Ibid., fig. E); 6" le Serpent d’airain (Ibid., fig., G); 7’ Moïse sur le Sinaï (Ibid., fig. I).

La Synagogue et l’Église mises en scène à Saint-Denis tout autrement qu’à Bourges nous donnent heu de compléter presque entièrement ce que nous avons dit plus haut (a) sur ces personnifications importantes. O11 a dû remarquer déjà (3) que Suger n’a prétendu donner à la Synagogue aucun caractère de réprobation proprement dite; ce n’est même pas sa révocation qu’il veut peindre, si j’ai bien saisi sa pensée. Il est probable que, se proposant un remède à des erreurs qui menaçaient de nouveau la chrétienté après avoir longtemps passé pour éteintes, il voulait plutôt montrer contre les manichéens la sainteté de la Loi ancienne. C’est un témoin qu’il rehausse pour faire servir sa grandeur à celle de 1 Évangile. Jésus-Christ, en fondant son Église, se réclame de toute la révélation antérieure : Moïse, historien des promesses primitives, dépositaire d’institutions plus précises que celles des patriarches, et législateur inspiré du peuple qui devait donner le jour aux prophètes, Moïse est, à vrai dire, 1 objet de cette peinture. Méconnaître Moïse et toute sa loi, qui n’est guère qu’une prophétie continue, c’est méconnaître le Messie lui-même; les institutions de Moïse sont une tutelle imposée à

« Quod Moyses vêlai , Chrisli doctrina révélât ;

Dénudant legem qui spoliant Moysen.

« In eadem vitrea, super arcam feederis :

a Fœderis es area, Christi cruce sistitur ara,

Fœdere majori voit ibi vila mori.

" Item in eadein, ubi solvant librum Ieo et agnus :

« Qui Deus est mugmis librum Ieo solvit et agnus,

Agnus sive leo lit caro juncta Deo. »

Voici donc une série de quatre médaillons désignés bien nettement, non-seulement par le sujet des peintures, mais par l’inscription même qui accompagnait chacune d’elles. Ce premier groupe n’est point arrivé jusqu’à nous dans son entier : la première scène et la dernière ne nous sont plus connues que par la notice du xit'' siècle, et qui sait si les ravages du temps et des révolutions violentes doivent porter l’odieux de cette lacune? Une circonstance assez remarquable semblerait accuser d'autres auteurs. Ce sont précisément les médaillons dictés par le mysticisme le plus abstrait qui ont été interceptés dans la majestueuse traversée de leur vieille nef parmi les orages de sept siècles. Il faut bien le dire, le marteau du vandalisme brutal ne choisit pas avec un tel discernement; ce n’est guère que la barbarie savante qui porte des coups si bien ajustés. Pour moi, j’ai peine à croire qu’on ne puisse pas reconnaître ici la main délicate de quelque abbé commendataire. Quand la grande abbaye de Saint-Denis, dont la bannière avait conduit nos rois, et pour laquelle Dagobert dépouillait même les cathédrales; quand cette auguste fondation de nos Ages les plus mâles ne conserva plus les enfants de saint Benoît que comme des pensionnaires, l’esprit ancien pouvait-il désormais y subsister ou même s’y reconnaître! Les protégés de la cour recueillaient 1 héritage de Suger, qui avait, lui, protégé la couronne; et comme si c'eût été trop d’honneur encore aux restes de 1 apôtre des Gaules, son église perdit même le titre d'abbaye sous Louis XIV, pour n ôtre plus que la chapelle d'une ferme consacrée à l’entretien des demoiselles de Saint-Cyr, et desservie cependant, pour mémoire, par les anciens propriétaires du lieu.

Ainsi, les rois de France, au xvm' siècle, pensaient faire beaucoup pour saint Denis en prêtant à sa basilique l’éclat de leurs cendres; et la conservation de ce dernier honneur qu on lui laissait, devait à leur gré couvrir amplement la perte de tous les autres dont on l’avait successivement dépouillé. Est-ce merveille si Iapôtre refusa de garder ce dépôt?

Mais aux divers degrés de cette chute y aurait-il lieu d être surpris si quelque esprit diflicultueux pensa bien mériter de la basilique

en la purgeant de tout ce qui rappelait des siècles barbares (c’està-dire de ce que l’on ne comprenait plus)? On aura donc fait grâce aux scènes historiques, parce que là, du moins, on entendait quelque chose; le reste aura été défoncé sans pitié, par zèle pour la maison de Dieu.

Voici, toujours d’après la notice du xn” siècle, de quoi se composait la série suivante qui, grâce sans doute à l’histoire, est demeurée sans atteinte.

«In alia vitrea,ubi filia Pliaraonis invenit Moysen in fiscella :

« Est in fiscella Moyses puer ille, puella Regia mente pia quein fovet Ecclesia.

« In eadem vitrea, ubi Moysi Dominus apparuit in igné rubi ;

«Sicut conspicitur riibus liic ardere liée ardet,

Sic divo plenus lioc audel(?) ab igné, uec ardet.

« Item in eadem vitrea, ubi Pharao cum equitatu suo in mare demergitur :

« Quod baptisma bonis , hoc militiæ Pliaraonis Forma lucit similis, causaque dissimilis.

« Item in eadem , ubi Moyses exaltat serpentem æneum :

a Sicut serpentes serpens necal æneus omnes,

Sic exaltalus bosles necal in cruce Christus.

« lu eadem vitrea, ubi Moyses accipit legem in monte :

« Lege data Moysi , juvat illam gratia Christi;

Gratia vivificat, Littera mortificat. »

Quelle était autrefois la disposition de ces divers sujets et leur corrélation respective de situation? Problème architectural plus encore qu’iconologique. Nous les avons détachés pour nous épargner toute autre question que celle du symbolisme propre à chacun d’eux, et ne les étudier que dans leur rapport avec la Nouvelle- Alliance de Bourges.

(1) L’inscription du thau sur les fronts ( Étude VI, fig. E) n’est point indiquée dans la notice de Suger; et de fait, la touche n’annoncerait-elle pas une époque postérieure ? Nous l’avons admise comme pouvant indiquer un point de transition entre l’art de Suger et celui de Philippe-Auguste. Car il parait au moins permis de lui refuser le même âge qu’à Moïse devant le buisson ardent ( Étude VII, fig. C),ou à Moïse encore près du Serpent d’airain ( Étude Vil’ fig. G).

(2) Cs. n" 7, (p. 7—9), 3a— 4 1 (p. 51—72).

(3) Cs. n“ 35 ( p. 56 ) , 38 (p. 67).

VITRAUX DE BOURGES

l’humanité jusqu’à 1 âge de l’homme parfait, mais il ne faut pas oublier que cette servitude même était la garantie constante d’un testament qui devait avoir un jour son plein accomplissement (1).

Comme il s’agit donc de Moïse ici, et non pas des Pharisiens qui égarèrent le peuple juif en ameutant contre le Fils de Dieu, ce n’est point le crucifiement, mais l’incarnation, que Suger présente au spectateur. Aussi, n’a-t-il pas donné un bandeau à la Synagogue, mais seulement un voile que la main de Jésus-Christ soulève au moment où il vient, non pour briser la Loi, mais pour l’accomplir (2). C’est précisément ce que nous enseignent et l’Écriture et les saints Pères quand le voile du temple se déchire comme pour répondre au dernier mot du Rédempteur : Tout est consommé (3). On n’aura pas attendu que nous en fassions la remarque pour reconnaître cette pensée dans la miniature de l’Hortus deliciarum, où les angles supérieurs sont occupés par ce voile partagé en deux (4).

Les montures singulières que donne cette même miniature à l’Église et à la Synagogue (5), sont, si je ne me trompe, une invention germanique, ou du moins accréditée dans 1 Allemagne du moyen âge. On s’aperçoit aisément que l’animal aux quatre têtes et aux quatre pieds divers, fait allusion aux symboles des quatre Évangélistes. Quant à l’âne de la Synagogue, nous avons déjà laissé entrevoir le sens de cette figure (6), et nous y serons encore ramenés plus tard par le sujet du chapitre V.

Le couteau que tient la Synagogue de VHortus deliciarum explique suffisamment ce qu’on a prétendu en plaçant sur ses genoux un chevreau. D’ailleurs, dans le fac-similé de M. le comte Auguste de Bastard, comme dans l’original, le cartouche porte pour inscription cette glose empruntée à 1 Écriture (Gen. XXVIII, 16) : Et ego nesciebam. C’est la victime pascale dont Jérusalem a méconnu le sens, et qui perd désormais toute sa valeur figurative par la manifestation de la réalité (7)5 cest en même temps le type prophétique de l’unité de l’Église, hors de laquelle il n’est point d’hommages agréés par Dieu (8).

(1) Gai. IV, 1— 10.— Rom. III, 1— 4, 19 — 3i.

(2) Matth. V, 17, 18. — Paulin. Nolan., epist. 33, ad Severum (t. I, P. I,p. 202):

Lex anliqua novam fimnit, veterem nova complet ;

In veteri spes est, in novitale filles.

Sed velus alque novum conjungit gi'atia Chrisli.

Cs. Chrysost., in Matth., Homil. 2(1. VII, 22). — Etc., etc.

(3) Joann.XIX, 28— 3o.

Zacliar. Chrysopolit., in iinum ex quatuor ( Bibl. PP. XIX , g/|5). «Legis sacrameuta quæ prius tegebantur, prodita sunt; atque ad

gentiles trausierunt In duas partes , videlicet iu Vêtus et

Novum Testamentum, scissum est (vélum); et a summo usque deorsum, hoc est ab initio mundi quando homo conditus est, usque ad consummationem sæculi. Etc.»

Cæsar. Arelat., Homil. VI, de Paschate ( Bibl. PP. VIII, 82.5). «Vélum templi scinditur. Vélum ornamentum tabernaculi est; coruscante igitur gratia,Ecclesia ædiGcatur, Synagoga destruitur. Veli (velP) templum honore nudatur, remoto per adventum Christi velamine litteræ, ut cum Paulo revelata facie Legis interiora pandautur. »

Cs. Humbert., Contra Grœcor. calumn. (Bibl. PP. XVIII, 3 99 ). — Flor. Diac., de Aclione missarum. (Ibid., XV,62,sq.; It. ap. Gerbert, Monum. vet. liturg. 11,294). — Leon. M. serm. LXI (al. 5g), de Passione 10 (t. 1, 236, sq.). — Augustin., senti. CCC (t. V, 1219, sq.). — Id., Contra Faust., libr. XII, cap. 11 (t. VIII, 232.). — Ilieronym., in Matth. XXVIlI(t. IV, i3g). — Hilar. Pictav., in Matth., cap. XXXII (t. 1, 8o5). — Etc., etc.

On pourra remarquer dans plusieurs de ces commentateurs qu'ils réunissent le symbolisme de ce fait évangélique à celui du voile qui dérobait aux yeux des Juifs l'éclat du visage de Moïse (H Cor. III, 14). Cs. n“ 38, 3g (p. 67 — 69).

(4) Dans l'original et dans le fac-similé publié par M. le comte Auguste de Bastard, la peinture de l 'Horlus deliciarum est chargée de gloses manuscrites qui ne permettent pas de méconnaître l'intention de l'artiste. On lit , par exemple, au-dessus du voile lacéré : Vélum templi scissum est medium ; près des personnages, ou même sur leurs vêtements : Maria mater Domini, mulier, ecce fdius tuus, — Ecclesia, — Longinus miles. A gauche : Johannes evangelista, ecce mater tua, — Synagoga excœcata — Slephaton Judœus.

D'autres gloses de cette même page donneraient lieu de croire que l'artiste dessinait sous l'influence d’Honorius d'Autun (in Cau-

tion, Bibl. PP. XX, 1211), dont les ouvrages sont fréquemment cités dans ce manuscrit. Mais nous n’avons point à écrire des recherches sur les sources de 1 ' H or tus deliciarum.

(5) Les gloses de la miniature désignent ainsi ces deux animaux : Quatuor faciès uni, quatuor evangelislœ animal Ecclesiœ, — Animal Synagogœ asinus slullus et laxus.

Molanus ( de Historia ss. imaginum, lib. IV, cap, 8; p. 447) s'~ gnale une sculpture toute semblable au portail de la cathédrale de Worms, et notre Etude XII retrace ces mêmes motifs d'après un vitrail de Fribourg en Brisgau. Fribourg, Holicnbourg, Worms, ces trois points des rives rhénanes, indiqueraient peut-être qu’il faut chercher sur les bords du Rhin l’école qui a réalisé ce maximum de symbolisme dans les personnifications de l'Eglise et de la Synagogue.

Le minimum, pour ainsi parler, se voit dans une des figures ciselées sur le chapiteau du pied de croix de Saint-Bertin. Là c’est un prêtre ou un clerc portant un livre et montrant de la main le crucifix. Les deux termes extrêmes de cette série semblent rappelés dans le mystère de la Passion (publié par Jubinal, op. c., t. II, p. 261 ) : l’Eglise propose à la Synagogue d'appeler un clerc pour se faire lire les prophéties, et la Synagogue convaincue dit à l’Église quelle peut chevaucher et régner partout désormais.

(6) Cs. n“ 20, 2 1 (p. 27—29), 27 ( p. 4 1).

(7) Cette explication me semble plus naturelle que celle qui verrait ici le bouc émissaire ( Levit. XVI, 7— ro; 20—22) ou toute autre victime du sacerdoce lévitique. (Ibid., IV, 22 — 28. — IX, 4, 18. — Etc.); a moins qu'il ne s'agisse de celui des deux boucs qui était immolé, tandis que l'autre était chassé dans le désert. Cette dernière interprétation rappellerait un beau passage de Rupert (in Matth., libr. XI, sub. fin.), qui mériterait d’être rapporté dans son entier s’il n’était trop étendu.

A Fribourg en Brisgau, comme dans un bas-relief publié par Gori (Thesaur. diptych., t. III), la Synagogue ne lient que la tète de la victime. Dans ce même bas-relief, l'Église, prosternée près de la croix, tient la clef de saint Pierre (outre le calice et l'étendard).

(8) Hieronym ., ad Damas. (t.IV, P. II, p. 19).— Pseudo-Augustin., de Symbolo (t. VI, append., p. 282 ). — Gregor. M., Moral., hbr. XXXV, cap. 7 (t. III, 4t5). «lu una namque domo agnus comeditur, quia in una catholica Ecclesia vera hostia Redemptoris immolalur. »

Cs. Cæsar. Arelat., Homil. VI, de Paschate (Bibl. PP. VIII, 824 ). — Etc.

PLANCHE PREMIÈRE, NOUVELLE ALLIANCE. i2î

Les “P‘ C0l0mbes 1ui « voient » Saint-Denis autour de la poitrine de Jésus-Christ et sur son

cccur ne nous occuperont point en ce moment; les vitraux de Bourges nous prêteront une occasion plus opportune d’en développer le sens.

68. Larché d alliance n apparaît dans la composition de Suger que comme une promesse ancienne de la véritable réconciliation que nous assure la croix de Jésus-Christ; ou plutôt, sous la figure de I arche d’alliance, c’est l’Église qui nous est présentée à la manière du Carroccio des républiques italiennes, portant l’étendard du salut, et comme traînée par les animaux symboliques des évangélistes (i). La réprobation de la Synagogue est exprimée surtout par les paroles inscrites au bas du médaillon. Le char d’ Aminadab soudainement cité sans aucun éclaircissement dans le Cantique des cantiques comme l’objet d’une jalousie mystérieuse, présente à un grand nombre de graves interprètes (2) le sens que nous lui assignons. C’est la rapide propagation de l’Évangile parmi les nations, excitant l’envie de la Synagogue. L’accord des écrivains à ce sujet est tel que leurs expressions diffèrent à peine; et connue Saint-Denis n’est point l’objet principal de notre travail, nous ne nous étendrons point sur ce type.

La Tille de Pharaon qui trouve Moïse parmi les roseaux du Nil, c’est l’Église (les nations) rencontrant Jésus-Christ dans les eaux du baptême. Les auteurs ecclésiastiques semblent n’avoir qu’une voix en faisant l’application symbolique de ce fait (3).

Moïse quittant sa chaussure pour approcher du buisson d’où le Seigneur l’appelle ( Exod . III, 5), cest la Synagogue protestant de son infériorité, dans la personne de son propre législateur, et prophétisant elle-même sa répudiation future (4). Mais nous aurons à traiter plus tard ce môme objet (chap. VI), une indication doit suffire en ce moment.

La mer Rouge qui ouvre un libre passage aux Israélites et les délivre de leurs ennemis submergés, nous a déjà été montrée comme figure prophétique du baptême (5). C’est le sacrement de la régénération, qui nest fatal quà 1 enfer, et sans lequel il n’est point d’entrée dans la terre promise de l’Église et du royaume des cieux. C’est donc toujours l’Église sous le voile de l’histoire sainte

(1) Petr. Damian., serm. de Inventionc s. crucis. — Ambros. Ansbert.,f« Apocalyps., libr. V(Bibl. PP. XIII, 536). — C.yrill. Alexandr., de Adorât, in spiritu, libr. V (t. I, P. i, p. i56 — 1 58 ). — Etc.

Honorius d' Au tu n, l’un des plus importants organes du symbolisme au xn” siècle, et dont on ne trouve qu'un pâle reflet dans le Rational du bizarre Durand, nous expose à sa manière cette marche triomphale du Carroccio chrétien. Accumulant des allégories dont l'incohérence ne le retient pas, il nous montre l’Eglise, épouse de Jésus-Christ, parée pour la fête de ses noces par les apôtres, amenée par eux encore à son époux sur le vaisseau de la croix, puis portée en pompe solennelle sur toute la terre par le char des évangélistes. J'emprunte ce fragment à une citation du Spéculum. Ecclesiœ , insérée dans YHortus deliciarum (fol. 193 r°). «Qui ( apostoli ) sponsam Christi Ecclesiam signis et scriptis velut gemmarum monilibus ornaverunt, et proprio sanguine laverunt; atque impositam naviculæ sanctæ crucis, strenui nautæ, de salo hujus sæculi ad portum vitæ evexeruut. Quam quatuor evangelistæ, velut quadrigæ Dei, doctrina sua de quatuor angulis orbis in cœleste palatium perduxerunt. »

Cette expression de quadrige de Dieu, pour désigner les quatre évangélistes, se rencontre fréquemment chez les écrivains du moyen âge, par allusion au char d’Ezécbiel (Ezech. I, X. — Apoc. IV, etc.). Cs. Durand, Rational., libr. VII, Ruhr, de Evangelistis. — Petr. Blesens., serm. LI (Bibl. PP. XXIV, 1 128). — Honor. Augustodun., in Cantic., tract. III (Ibid., XX, 1202). — Pseudo- Cassiodor., in Cantic. VI, 11 (t. 11,527). — Etc., etc.

(2) Gregor. M., in Cantic. VI, 11 (t.XIV, 52). — Pseudo-Cas-

siodor., loc. cil. — Honor. Augustod., loc. cit. — Etc., etc. Il suffit de citer les paroles de saint Pierre Damien(serm. XIV, des. Marco 1). « Hæc est sane quadriga ilia Domini et verum Chérubin quo inuixusomnia circuit, ubique discurrit Hæc est, inquarn, qua-

driga de qua in Canticis (VI, 11) dicitur : Ncscivi, anima mea conturbavit me propler quadrigas Aminadab. Vox est Synagogæ quæ, videns tantam sanctæ Eeclesiæ gratiam esse collatam, dolet se tardius récépissé fidem, eo quod Evangelii non agnoverit veritatcm. Aminadab autem abnepos Judæ fuisse cognoscitur, qui in o-enealoo’ia Domini (Matth. 1,4) cum Patribus numeratur. Iuterpretatur Aminadab populi mei spontaneus, ideoque non incongrue signiflcat Christum qui populi sui spontaneus fuit; quia, quum

Deus esset, sponte factus est homo. Qui euim non necessitate sed sola boni ta te nos condidit, propria nihilominus voluntate rede-

"ût Spontaneus ergo factus est populi sui; quia quem a se

humana pravitas repulit, sola voluntas divinæ gratiæ redonavit. Quadriga vero Aminadab, Christi est Evangelium concordissima quatuor evangelistarum diversitate compactum. Quam sane quadrigam Christus auriga disponit, et quadrifidam mundi machinant agillima prædicationis celeritate percurrit, etc.

«Videns ergo Synagoga repente gratiam evangelicæ prædicationis erumpere, cunctasque mundi provincias agiliter pervolare, subito turbata conqueritur quod sola in sua perfidia, eonversis ad

fidem Gentibus, deseratur liane quadrifariæ prædicationis

gratiam Dominus figuravit quum Moysi de portanda a sacerdoti-

bus area præcepit (Exod. XXV) Quid per arcam nisi sa ne ta

designatur Ecclesia ? Etc. »

Cs. Honor. Augustodun., Sigillum B. M,. cap. 6. (Bibl. PP. XX, 1223). — Rupert., in Cantic., 1. cit. — Etc., etc.

(3) Berengos., de Inventione. . . s. crucis, libr. I, cap. 12 (Bibl. PP. XII, 353). «... Sicut Moyses ad ripam fluminis, vel Christus inventus est ad aquam baptismatis; sic Termuth filia Pbaraonis, id est Ecclesia gentium, lignum dominicum invenire meruit in salutem credentium. Sciendum est autem quod sicut ad considerandum inibi eventum rei, quasi cum Maria sorore Moysi procul videbantur adstare Judæi; sic omnes qui antiquæ legis adhuc amicti sunt toga, a mysterio crucis longe videntur stare cum Synagoga.»

Cs. Ambros. Ansbert., in Apoc., libr. V (Bibl. PP. XIII, 5 12). — Isidor., Allegor. 58 (t. V, 126). — Id., in Exod., cap. V.(Ibid., 36i). — • Prosper., de Promissionibus , P. I, cap. 33 (p. 114)-- — -Cyrill. Alexandr., Gtaphjr. in Exod., libr. I (p. 25j) Etc., etc.

(4) Gloss, ordin., in h. I. — Isidor., in Exod., cap. VII (t. V, 362).

— Ambros., in Luc., III, 32 (t. I, i325, sq.). — Etc.

Cs. n» 43 (p. 75)

(5) N“23(p. 32,33), 38 ( p. 67). Cs. Gloss, ordin., in Exod. XIV,

— Augustin. , in Ps. LXXX, 6 ( t. IV, 861 .)— Origen., in Exod., Ilomil. V (t. II, 144, sq.). — Ephræm., Quœst., (P. Græc. Iat., t. III, p. 47b)- — Etc. Tel est le symbolisme de l'Eglise dans l'hymne de vêpres au temps de Pâques, puisqu'on y place la cèue pascale après le passage de la mer rouge (l’Eucharistie après le baptême).

VITRAUX DE BOURGES

Nous savons ce que représente le Serpent d’airain; Bourges, le Mans, Tours et la croix de Saint- Bertin, nous ont donné occasion de développer ce symbole historique (i).

Moïse descendant du Sinaï se représentera de nouveau (2) parmi les sujets du chapitre VIe, il est plus à propos de le réserver pour cet endroit. Mais d’avance on entrevoit la portée de cette scene. Malgré les mutilations actuelles de la peinture exécutée sous les ordres de Suger, il n’est personne qui ne reconnaisse la pensée primitive. Dans un mouvement d’indignation, le prophète brise dun revers les tables de la loi qu’il rapportait à son peuple. Il vient de s’apercevoir que les bruits lointains qui s’élèvent de la vallée accusent le délire d’une fête idolâtre. Saisi d’un saint courroux, il reconnaît que son peuple est indigne du message divin, et précipite contre terre ses lettres de créance. Cest le premier Testament, rescindé pour cause d’indignité de la part d’Israël, et qui doit faire place à une seconde alliance (3). Si je 11e me trompe, l’Église est indiquée par les quatre ouvertures qui s’aperçoivent dans le rocher du Sinaï. C’est ainsi du moins que j’interpréterais les quatre cavités (marquées par la couleur rouge) qui s’ouvrent aux flancs de la montagne sous les pieds de Moïse et de Josué. Nous avons déjà vu les quatre évangélistes comparés aux quatre fleuves du Paradis terrestre (4)-

Puisque la notice de Suger nous apprend quels étaient les deux médaillons qui complétaient tout cet ensemble, il convient de leur consacrer quelques lignes pour faire voir qu’ils se rattachaient sensiblement au même symbolisme. Le lion et l’agneau ouvrant le livre (5) aux sept sceaux, c’est Jésus- Christ clef de toutes les Écritures. Saint Paul au blutoir, tamisant la farine que lui apportent les prophètes, pour en séparer la fleur, c’est, sous une forme étrange pour nos esprits, l’Ancien Testament se résolvant dans le Nouveau qui l'épure et le transforme (6). Si l’on a choisi saint Paul pour figurer ici ce discernement et cette fusion à la fois, c’est que ses écrits, plus que nul autre livre de l’Écriture sainte, développent merveilleusement l’unité des deux parties de la Bible (7). Apôtre des nations, et dévoré cependant de zèle pour les Israélites ses frères (8), il lui convenait, en effet, plus qu’à tout autre, de montrer, avec la sainteté de l’ancienne Loi, sa consommation effectuée par l’Alliance nouvelle.

69. Ainsi, la verrière de Bourges nous éclaire dès maintenant sur la signification de huit ou neuf monuments (g) publiés dans nos études. Ce résultat pourra servir d’excuse à la prolixité de nos commentaires; car ce ne serait point en exagérer la portée que de considérer leur application comme s’étendant à un grand nombre de groupes dont l’ensemble ne peut être bien saisi à tout autre point de vue (10). Souvent, sans atteindre une extension aussi complète, nous aurons éclairé du moins, par quelqu’une de nos interprétations, bien des fragments de ce grand cycle de la Nouvelle Alliance détachés çà et là : soit que les ravages du temps les aient isolés d’une vaste composition dont ils auraient

(1) Cs. n“ 43 (p. 76, 77). Une seule chose propre au médaillon de Saint-Denis peut réclamer quelque remarque spéciale. Suger dans son inscription attribue au serpent d’airain non-seulement la vertu de guérir les blessés qui tournaient leurs regards vers lui, mais aussi celle de donner la mort aux serpents qui désolaient le peuple. C’est pour cela que l’on aura peint les petits dragons qui expirent au pied de la colonne, et d’autres qui semblent se cacher pour éviter l’influence du serpent mystérieux.

(2) Planche VI, et Élude XX, fig. B.

(3) Cs. n“ 9 (p. i3), Étude IV, fig. EF, et n" 40 (p. 70).

(4) 43 ( p. 76 ). Cs. Hieronym., Prolog, comment, in Matth. (t. IV, 2). — Cyprian., Epist. 73, ad Jubaian. (p. i32). — Bed., in Gènes. (t. IV, 18). — Durand., op. cit., De evangelistis. — Etc., etc.

(5) Apoc. V, 1-14—Cs. n“44 (p. 78).

(6) Cs. n° 28 (p. 42 — 45)- — L’idée de recourir à l’allégorie d’un moulin, pour exprimer cette exégèse de saint Paul, ne semble pas être propre à Suger. Saint Hilaire (in Matth., cap. 26, t. I , p. 792) pouvait mettre sur la voie quand il disait : « Mola opus legis est. Scd quia pars Judæorum ut per apostolos credidit, ita per Eliam est creditura et justificanda per (idem; ideo una per eamdem fidem boni operis apprehendetur, alia vero in inlrucluoso Legis opéré relinquetur : molens in cassum, et non factura ccclestis cibi panem. » Saiut Eucher, expliquant la même parabole ( Formai . spiril., cap. 8, Bibl. PP. VI, 835), se rapproche beaucoup plu s encore du symbolisme de Saint-Denis. <1 Farina , opus bonum vel scieutia : in Evangelio (Luc. XIII, 21.— Matth. XIII, 33) abscondit mulier fermentum in farinæ sata tria. Item, in malara parlera, vanas cogitationes; ut propbeta (Isai. XLVII, 2) : Toile molam et mole farinant. Mola, vitæ conversatio; in Evangelio (Matlh. XXIV , 41) :

Duce molentes in mola. possunt et duo testamenta lapides molæ significare; per quos, labore disserentium , triticum VETER1S INSTRUMENT! IN FARINAM EVANGELII CONVERTATUR. »

Cs. Cæsar. Arelat., Homil. VII, de Pasch.(Bibl. PP. VIII, 826). — Euseb. Emes.(?), Homil., in h. 1. (Ibid. VI, 790). — Petr. de Riga, Aurora (ap. Fabric., Bibl. med. . . latin., ed. Mansi,t. V, 277). — Etc.

(7) Cs. Rom. III— XI.— I Cor. X.— II Cor. HL— Gai. II, 16— 21 ; III — V; VI, i5.— Eph. II, III. — Philipp. III.— Hebr. I— XII.

(8) Gai. I, i3 — 16 — Coloss. I, 24 — 29. — II Tim. I, 11. — Etc.

Cs. Gai. Il, 7 — g. — Rom. IX, 3. — Etc.

(9) Études I, IV, VI, VII, XII, etc.

(10) A Strasbourg, par exemple, la rose ceutrale du second fenêtrage de gauche (aujourd’hui très-mutilée) représente, autour de Jésus-Christ crucifié, les principales scènes de Bourges: la Synagogue et l’Église, Éphraïm et Manassé, la Veuve de Sarepta, le Pélican, et l’Inscription du thau. Parmi les sculptures extérieures de celle même cathédrale (sur une corniche de la tour septentrionale) on reconnaît dans une série de sujets symboliques les traits suivants : Sacrifice d Abraham, Serpent d’airain, Samsou (peut-être) assailli par le liou et le mettant en pièces, Jonas rejeté sur la plage par le monstre marin, le Pélican, et près de lui le Phénix, les Lionceaux bondissant à la voix du lion, la Licorne posant sa tête sur les genoux d une femme, l’Aigle présentant ses aiglons au soleil et fixant ses regards sur cet astre. Ces deux derniers symboles seront expliqués incessamment, en même temps que la verrière de Lyon. Mais nous ne saurions reconnaître dans les sculptures de Strasbourg un autre fait biblique indiqué à cet endroit par les anciennes descriptions de Jos. Schweighæuser et de Grandidier. Ce qui leur parait être les enfants maudits par Eli-

fait partie primitivement, soit que l’artiste eût prétendu dès l’origine se borner à une expression abrégée. Tels sont, par exemple, les lionceaux et le pélican à Fribourg en Brisgau {Étude XII); à Châlonssur-Marne, l’agneau pascal {Étude XII); le calice tout seul au pied de la croix, à Reims ( Étude XII), pour n en citer qu un exemple; ou bien l’Église et la Synagogue, sans aucune représentation de faits prophétiques. Un peu d expérience des monuments suffira pour faire comprendre que nous pourrions aisément en citer bien d’autres. Ainsi, dans l’abside de la cathédrale de Rouen, un vitrail entremêle la Nouvelle Alliance et la Passion, offre des détails pleins d’intérêt sous le rapport de notre symbolisme.

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