DENYS
Ce dont plus vous lui povez plaire C’est de bien manger et bien boire. »
(i) Le dramaturge ne s’astreint pas à faire chanter tout eu hébreu pour l'apôtre, pas plus qu'à lui faire prononcer sa prophétie en hébreu; quoi que disent les légendaires. Cs. n° 83 (p. i45).
Quant à la chanson hébraïque de la pucelle hêbrée, oserai-je recommander cette tirade à l'attention des savants qui s'occupent de restituer et d'interpréter le monument du langage punique que nous devons à Plaute? Je soupçonne qu'une seule et même hypothèse pourrait absolument faire face également bien à l'une et à l'autre donnée, et résoudre ainsi d'un seul coup deux problèmes. Ceci soit dit sans rien préjuger, mais uniquement pour éclairer la cause.
Si
VITRAUX DE BOURGES
surtout quand le chien apporte la main du cadavre. — Le roi, informé de tout, se lève de table, et se prosterne avec sa famille aux pieds de l’apôtre, qui les bénit. Sur ces entrefaites,
a Petite pause pour faire apparoistre la palme. »
Les deux époux s’endorment après avoir mangé des fruits de ce rameau. — Visite des anges.
«Aux deux jeunes gens (al. jouvenceaulx) alliez De corps, gardent virginité
Et par mariage liez, Qui est la royne des vertus,
Affin que par intégrité Etc.»
Apparition de saint Thomas, auquel les anges se réunissent. — Profession de foi calquée sur le symbole des apôtres, baptême .— Saint Thomas disparaît , et se rend auprès d’Abanès qui l’attendait pour continuer sa route.
92. Pendant que d’autres apôtres occupent les spectateurs (1), on arrive chez Gondoforus , sans nulle mention ni du mode, ni du temps employé pour cette partie du voyage; Abanès présente son architecteur au roi, qui fait subir un examen à ce maître en l'art mécanique.
Oncques n’eut maistre ne docteur;
Lui mesmes en fut inventeur,
Car oncques ne lui fut monstrée.
Le hoi Gondoforus.
Où est-il?
Thomas.
En une contrée
Bien loingtaine de cestuy règne.
Là vit en grant lyesse , ét règne Par dessus tous les filz des hommes.
Nous douze, ses apprentiz sommes,
Sans les autres qu’avons appris ,
Qui tous lui envoyons le pris De nostre gaing entièrement;
Et besongnons incessamment,
Dont bien souvent nous sommes matz (al. dont bien souvent sommes tous matz).»
Gondoforus ne veut rien épargner; et comme il doit se rendre vers les habitants de Midi, son trésorier reçoit ordre de mettre à la disposition de Thomas une grosse somme d’or. — Le roi part; et l’imprimé autorise l’entrepreneur du drame à former ici un nombreux cortège. «Nota que icy se peult faire « assemblée d’hommes, de femmes, de chameaulx et de dromadaires pour compaigner le roy en son « voyage. »> Le manuscrit ne donne point cette latitude, il se contente de dire : « Icy fault partir le « roy et ses gens, et s’en vont luy et tout son bernaige (baronnage).»
Réunion de mendiants (2), vrais gueux dans le sens que nous attachons actuellement à cette expression. Leur conversation n’annonce rien moins que des honnêtes gens, et leur conversion par le ministère de saint Thomas, si elle est solide, prouvera invinciblement le pouvoir de la grâce.
Le roy Gondoforus.
Venez ça, maistre, à quelle escolle Avez vous esté pour apprendre Cet art?
Thomas.
Pour vous le faire entendre Fauldroit grant temps et grant espace.
Le maistre qui m’a apprins , passe Tous les austres en excellence.
Agat, frère du roi.
Et qui lui apprint sa science
Qui est tant haulte et tant profonde (al. parfonde)?
Répondez moi.
Thomas.
Homme du monde
(1) L'histoire de tous les apôtres s’entre-croise pour diversifier le drame; ils alternent, d'Espagne, d'Arménie, de Palestine, de Rome, de Grèce, etc. Toute la précaution qu’on emploie pour préparer le spectateur à ces brusques passages, c’est de ménager une pause. Par ce moyen l'auditoire se met en mesure de porter ses idées et ses regards vers un autre étage du théâtre (le ciel, l'enfer, la mer, etc.). Ou bien, si la scène demeure la même, ce relâche permet à l’imagination de rompre avec les préoccupations des faits antérieurs. Aussi trouve-t-on écrit quelquefois: Pause grande ; ou pausa, par opposition à pausula.
(a) Ces mendiants sont de véritables vagabonds dans toute, la force du terme. On les retrouve partout où il se distribue quelque aumône. Du reste, on est obligé de convenir qu'ils font leur métier avec franchise : dans la réunion que nous rencontrons
cette fois au royaume de Gondoforus, un de ces gueux déclare avoir dépensé toute l’aumône que lui a donnée le centurion Cornélius (en Judée, et dans une scène précédente).
Si le dramaturge taille en plein drap dans la carte géographique, on voit qu il économise au moins sur les personnages. Maudinefou Mauduyt), Toulifault etTrouillard, choeur de mendiants, font face à toutes les charités mentionnées çà et là durant la pièce.De même un evesque (païen) de la loi ÆYndc , qui figure dans l’histoire de saint Barthélemy, intervient également dans celle de saint Thomas. Passe pour les marins, dont la profession est précisément de se transporter dun bout du monde à l’autre. Mais encore eut-il été bon d’y sauver quelques apparences ; sinon en leur mesurant le temps pour les divers voyages qu’ils exécutent, du moins en ne leur faisant point traverser les continents à voiles et à rames.
Thomas aux poures (poures Assemblez-vous par bon accord Et vous séez, poures personnes.
Recevez pour Dieu les aulmosnes Autant à l’autre comme à l’ung;
Et croyez en Dieu qui n’est qu’ung(a(. Die Qui feist et créa ce beau monde;
Duquel la personne seconde De ceste haulte Trinité Descendit par humilité Pour nous délivrer de la peine A quoy Adam nous obligea Quand du fruict deffendu mengea, Car par sa mort paya l’amende.»
Mais deux ans se sont écoulés depuis que Gondoforus à laissé maître du terrain
et il lui prend un avant désir
«Thomas nostre ouvrier parfaict,»
« De veoir ce sumptueux ouvraige. »
On vient. -- Comment vient-on? Il n’en est rien dit. Tout ce que j’en puis savoir, c’est que, à la suite de la résolution prise d’y aller, je trouve ces paroles :
«ley regarde le roy et voit (al. s’en va le roy et ses gens veoir l’édifice; pays dict, voyant) que Thomas n’a rien faict.»
Le roy Gondoforus.
«Mon frère, a peu que je n’enraige, Tant suis de courroux occupé.
Tous deux les feray escorcher (Atumés et Thomas), Et brusler a feu de charbon.
Venez çà, gens pleins d’ignorance,
Larrons sans conscience aucune.
Qu’avez vous faict de ma pécune?
Trop me suis en vous confié.
Thomas.
Sire, j’en ai édiffié
«Pause pendant que sainct Thomas et Abanès sont mis «il meurt subitement sur quelque lict. — Doyvent les deux
Ung palais clair et glorieux Pour vous.
Agat.
Où est il?
Thomas.
Es cieulx,
De matière perpétuelle.
Edipus (valet.)
Que ne nous dict le roi : Tuez-le Pour venger cette trahison!
Gondoforus.
Mettez les tous deux en prison Qu’ilz ne voyent soleil ne lune. »
prison, et cependant Agat s’en retourne en son hostel où rgents trouver mort Agat en sa maison. »
Des anges sont envoyés vistement guerre l’âme d’Agat, pendant que l’on porte au roi Gondoforus la triste nouvelle.
« Pause grande pendant que l'ange présente lame
L’ame d’Agat parlant à Raphaël.
«Haulte sapience parfonde Très admirable en tous tes faicts,
Qu’est ce que je voy?
Raphaël.
Le palais
Que Thomas pour ton frère a faict.
L'ame d’Agat.
Dieu! que ne suis-je si parfaict Que j’en puisse être le portier!
Uriel.
Combien qu’il soit beau et entier,
’Agat en Paradis.»
Ton frère s’en est faict indigne.
Mais s’en ceste (al. si en la) maison divine Veulx demourer en lieu du roy,
Nostre Seigneur prierons pour toy Qu’il te veuille ressusciter.
Car tien sera, sans point doubter,
En rendant l’argent despendu Que le roy cuide avoir perdu,
Pour oster débat et contend.
L ame d’Agat.
Hélas ! sire , j’en suis content.
Soit faicte votre volunté. »
le roy.
VITRAUX DE BOURGES
«Pause grande. Icy apporte Uriel lame d’Agat dedans le corps. Lors se liève Agat, et s’en '
Agat ressuscité.
« Ha! frère, desliez cest homme, Car il est de Dieu vray amy.
J’ay esté ès sainctz cieulx ravy Où j’ay vu ung palais plaisant,
Le plus clair, le plus reluysant Que jamais homme sauroit veoir.
Si vous ne le voulez avoir,
Vostre argent aurez dès ceste heure A ceste fin qu’il me demeure;
Car autre bien ne veuil acquerre.
Le roy Gondoforus.
Pour Dieu, mon frère, allez le querre Et le faictes venir ici.
Car je luy veuil crier mercy
Des grans griefz que je luy ay faitz.»
«Agat vient à la prison, et apporte une robe de pourpre pour vestir Thomas, laquelle Thomas refuse.... Le roy se «mettant à genoux, sainct Thomas le liève, etc.»
Agat.
« J’ay veu le palais précieux Que lui avez faict apprester;
Je suis venu pour l’achepter Car il me plaist sur toute rien.
Le roy.
Certes le palais sera mien;
Priez l’apostre débonnaire Qu’ung autre vous en veuille faire,
Ou prenez part avecques moy.
Thomas.
Au règne du souverain roy Y a des palais infinis Préparez pour ses bons amys Dès le commencement du monde, Qui par vraye foy pure et munde S’acquièrent, et non autrement.
Etc.»
Septiesme livre des Actes. — Saint Thomas qui se trouve en Perse (sic), reçoit du ciel l’ordre d’aller prêcher en bicle La majour; et il arrive devant l’hostel Caricïus.
«Icy presche sainct Thomas; et à ce sermon sont deux légatz Dinde la majour, Migdoyne et sa damoyselle. » Migdoyne, femme de Carisius, se rend à la prédication de l’apôtre, et embrasse la foi de Jésus-Christ.
La Damoyselle de Migdoyne.
«Comment, madame, que dira Caricius vostre mary?
De l’ouyr il serra marry;
Sçavoir povez quant le sçaura,
Le corps deffaire vous fera Et au prescheur.
Migdoyne.
Ma belle amye,
La follie au corps n’ayme mye Tant que le salut de mon âme,
Et ayme mieulx au corps le blasme Qu’à l’esperit dampnation.
La Damoyselle.
Je le vois sans dilation Dire à mon seigneur seurement.
Ha! vous en mourrez à tourment, Maistre sermonneur. Etc. »
Carisius, informé de cette conversion, va s’en plaindre au roi Migdeus, tandis que Migdoyne reçoit le baptême. L’apôtre est mandé sur-le-champ, et jeté dans une prison profonde. Migdoyne persiste à confesser la foi (1), et Carisius propose de faire torturer saint Thomas.
Caricius.
«Par les dieux èsquels je me fie.
Je conseilleroye à vous, sire,
Affin de plus acoup l’occire,
Que le feissions sans nul truffer Cheminer sur barreaulx de fer
Pour abréger la discussion, l’auteur du drame
Ardans, de la forge venuz,
Et aller dessus les pieds nudz.
Affin que par celluy tourment 11 meure plus diligemment.
Le roy (Migdeus).
Or m’y laissez un peu penser.»
/ait eu soin que le forgeron fût requis d’avance.
(i)Le Mystère n’accorde aucune importance à l’entremise de la femme du roi Migdeus que les légendaires font convertir par
Migdonia. Cs. n° 85 (p. 148).
PLANCHE SECONDE, SAINT THOMAS. i65
Aussi ne se fait-il point attendre. Des ordres lui sont donnés pour qu’il apporte au point du jour
« De fer ardant six grosses barres Qui ayent poignantes les quarres.»
Le mareschal arrive en son temps, avec les barres rouges comme feu; si bien qu’après un dialogue de soixante-quatre vers, qui s’engage en attendant, le bourreau s’écrie (i) pendant les préparatifs :
«Ha! Jupin, je me suis bruslé!»
C’est après le soixante-quinzième vers seulement, que l’apôtre pose le pied sur cet engin.
* Icy doit cheminer par dessus sainct Thomas , et en doit avoir d’autres (2) mises par dessoubz terre ( al. dessous «la trappe) ainsi qu’il sera divisé (devisé?). Et doit avoir force d’eaue qui doit faire fumée.»
Le Roy.
« Qu’esse cy, dont vient en ce lieu Ceste eaue?
Carisius.
Ha! dea tout en est plein.
Daru (le bourreau).
Elle sourd icy tout à plein.
Le roy, par le conseil de Carisius, commande
Comme une fontaine feroit.
Thomas.
Roy, ces miracles ne se font
Pas (3)pour moy seul, c’est un chastoy («>« instruction)
Que Dieu demonstre.., etc.»
qu’on jette Thomas dans une fournaise.
«Icy doy vent jecter boys, paille et feu en ung fourneau, etpeult tout tomber en bas, et estre la fournaise de choses «qui se puissent consommer.-^ Icy mettent sainct Thomas dedans le fourneau.»
Puis, le jour suivant, Mygdeus ordonne que l’on retire
« Dehors la fournaise la cendre De Thomas, pour au vent la mettre. »
« Icy Daru doit ouvrir le four, et trouver Thomas assis nud (a/, en sa chemise) comme il avoit esté mis Icy sort
«sainct Thomas hors delà fournaise.»
Le Roy. Je suis demy enragé devenu.
„ Mettre l’ay veu dedans ce four tout nud
Ha, tous nos dieux! de rage je soupire. Où le pensoys en cendre parvenu.»
Sur un nouvel avis qu’ouvre Carisius, on conduit Thomas au temple du soleil. Mais, par une imagination inexplicable, c’est en hébreu que se chante l’hymne de l’idole pendant la marche solennelle qui s’exécute au son d’un tabourïn 'plat; puis, quand Thomas parle en hébreu à l’idole, l’évesque du temple trouve son langage inintelligible.
(1) Ce bourreau est également dévoué à tout ce qui s'exécute en fait de hautes œuvres en un lieu quelconque du inonde dans l'histoire des apôtres ; et l'empressement qu'exige de lui cette tâche universelle lui fait parcourir d’énormes distances dès qu’il s’agit d'un supplice.
(a) Dans l'état du théâtre d’alors, la trappe, était une partie importante pour soustraire brusquement à la vue des spectateurs quantité de choses réelles qu'il fallait remplacer par des fainctes. Car on décapitait, on écorchait, on brûlait les gens sur la scene, on leur ouvrait le ventre, etc., etc.
(3) On voit que les enjambements ne sont pas une invention toute récente. Cependant il ne faudrait pas, en supposant la grande naturalisation de cette licence chez nos pères, donner trop d'entrainement à l’exemple.
M. Alfred Michiels , décrivant dernièrement, dans la Revue indépendante, les magnificences de Hampton-Court, s'est trop empressé d’y voir un modèle des plus hardis enjambements. Ilsagissait d’une peinture représentant Hercule sur le bûcher , et 1 on nous cite ce quatrain qui l’accompagne :
« Dianira, pour li oster de œuvre immonde, la Chemise lui transmit par Licas Qu’il mist à mort; et le plus preux du monde lina Ses jours par ce malheureux cas.»
R serait absolument possible que cette coupe des lignes eût été adoptée par le pinceau qui traça ce quatrain sur le lambris ; mais il ne parait pas douteux que le versificateur ait eu en vue un tout autre partage, celui-ci par exemple, où les accents sont mal distribués , mais oû tout enjambement disparait.
n Dianira , pour li oster de œuvre immonde (ou pour l’oster d’œuvre immonde)
La chemise lui transmit par Licas
Qu’il mist à mort ; et le plus preux du monde
Fina ses jours par ce malheureux cas. »
S’il est un élément de la poésie dont nos vieux poètes eussent le sentiment plus particulièrement développé, c’est sans contredit le rhythme. Ou en pourrait donner des exemples fort remarquables dans le Mystère des actes des apostres ; mais ce n’est point de quoi j'ai à m'occuper.
VITRAUX DE BOURGES
Thomas, à genoulx.
o J’aore, non pas ton ydolle Mais Jesuchrist qui te demande, Et à toy dyable je commande
Par les parolles que te sonne Que partes sans blesser personne Et ce symulachre desrompz,
Et ce métal brise et corrompz Présentement sans plus attendre. »
«Icy doit fondre Pydolle et tout en pouldre, et le temple cheoir; et l’evesque et autres urler comme loups et «chiens.— L’evesque de Inde la majour prent ung glaive fainct....— Icy le fiert au travers du corps et tue sainct Thomas.»
Appendice. 93. Je ne puis m’étendre sur le drame des frères Gréban autant qu’il le mériterait (1);
(1) Je dois déclarer que les passages empruntés par moi au mystère des Grébans ne sauraient donner une idée bien juste de la poésie qui s'y montre en plusieurs endroits. Si j’avais songé à faire un choix des morceaux les plus remarquables, on reconnaîtrait qu’il s’y trouve des pensées ou même des expressions que ne désavoueraient point nos plus grands poètes. L’idée de ce spécimen m’est venue trop tard , et je me contente de quelques extraits pris à la hâte.
Premier livre , feuill. i — viii. La prière des apôtres rassemblés pour recevoir le Saint-Esprit mériterait d’ètre transcrite en entier.
Feuill. iv, r°. Les démons, gourmandés par Lucifer, lui adressent de rudes récriminations.