LA PARABOLE ET SON EXPLICATION
106. «Un homme descendait de Jérusalem a Jéricho; et il donna dans une bande de brigands qui « le dépouillèrent entièrement, et couvert de blessures le laissèrent pour mort.
«Or il arriva qu’un prêtre descendait par la même route; il vit cet homme, et continua son chemin.
«Autant en fit un lévite qui, se trouvant près de là, l’aperçut, et passa outre.
«Mais un Samaritain qu’un voyage conduisait par là, fut ému de compassion en le voyant.
«Il s approcha donc, banda ses plaies en y répandant l’huile et le vin; et, le plaçant sur sa monture, « il le conduisit à l’hôtellerie, où il prit soin de lui.
«Puis, le lendemain, présentant deux pièces d’argent à l’hôtelier, il lui dit : Prends soin de cet « homme; et tout l’excédant de la dépense, je te le rembourserai à mon retour(i). »
C’est encore ici, comme pour la parabole de l’Enfant prodigue, une de ces touchantes particularités dont nous sommes redevables à saint Luc, et qui donnent à cet évangéliste un caractère tout spécial (2) dans le Nouveau Testament. Nouvelle application de la figure symbolique qui le distingue, il semble qu’il ait reçu en partage le soin de nous montrer surtout le Fils de Dieu sous l’aspect de victime, et de nous faire pénétrer plus avant dans le secret de ce cœur divin qui, étant venu apporter le feu sur la terre , ne demandait qu'à la voir s'embraser (3).
Le sens et le but le plus apparent de cette narration, prise dans tout le contexte de l’Evangéliste (4) , est évidemment d’apprendre aux Juifs que la loi de charité va recevoir une extension bien différente de l’étroite interprétation donnée par les Pharisiens. Le Samaritain, cet objet d’antipathie profonde pour le peuple de Dieu (5), est ici montré comme vrai modèle, parce qu’il a été plus fidèle au commandement d’aimer nos frères. Le prêtre même et le lévite ont mal entendu la loi, ou n’en ont pris nul souci dans la pratique. Mais peu importe la différence de langage ou d’origine : Dieu appelle tous les hommes, et les vrais adorateurs seront désormais ceux dont le cœur sera droit et sincère (6) ; la loi d’amour, voilà
(1) Luc. X, 3o — 35. a Homo quidam descendebat ab Jérusalem in Jéricho; et incidit in latrones qui etiam despoliaverunt cum, et plagis impositis abierunt semivivo (q (AtOavfi xu-çfé.'ia-i-za) relicto.
« Accidit autem ut sacerdos quidam descendent eadem via, et viso illo præterivit. Similiter et levita, quum esset secus locum, et videret eum , pertransiit.
,< Samaritanus autem quidam iter faciens, venit secus eum; et videns eum, misericordia motus est. Et appropians, alligavit vuluera ejus, infundens oleum et vinum; et imponens ilium in jumentum suum, duxit in stabulum et curam ejus egit. Et altéra die protulit duos denarios et dédit stabulario; et ait : Curam illius habe, et quodcumque supererogaveris , ego quum rediero reddam tibi. Etc.»
(a) En examinant les principaux récits propres à 1 Evangile de saint Luc, il est difficile de ne pas y reconnaître une sorte de mission spéciale pour mettre en saillie les traits les plus touchants du divin Maître. C’est lui qui nous a conservé les détails circonstanciés du mystère de l’Incarnation et de la sainte enfance de l'Homme-Dieu (Luc I— II). On voit, dès ces premières lignes, que les vieilles traditions n’étaient pas si mal avisées en lui attribuant le portrait de la mère de Dieu.
C'est lui encore qui nous fait apercevoir plus nettement, soit dans les paroles, soit dans les actions de Jésus-Christ, la substitution prochaine des Gentils à l’ancien peuple (Y, 24 — 3o; XIII, 5 — 10; XVI, 27 — 3i; XI, 42 — 52; X, 25 — 37), et le salut plus abondamment ouvert à toute l'humanité.
Il a pris soin de recueillir les miracles les plus propres à montrer la bonté compatissante du Sauveur (VIII, 1 1 — 1 5 ; XI II, 1 1 — 16; XIV, 1 — 6; XXIII, 27 — 32), et les enseignements où sa tendresse reluit le plus (VI, 27, 28; X, 27 — 37; XIII, 1 — 4i XV, 8 — 32; XVI, 1—8; XXII, 43, sq.).
Il nous ouvre le sanctuaire de ce cœur doux et humble (VI, 24— 26; XXIII, 8—12; XIV, 7—11; XVII, 9— 14; XVI, 19—26; XIV, 7— 15; IV, 17—19; XXIV, i3— 35; XXIII, 19—43) et les trésors de cette miséricorde inépuisable qui ne veut point la mort du pécheur, mais plutôt son retour a la vie par le repentir (XII, 16— 21; XVI, 9; XIX, 1— io;XVIH, 1—6,9—14; XI, 5, 6; X, 38—43).
(3) Luc. XII, 49-
(4) Luc. X, 25—37.
(5) Joann. IV, 9; VIII, 48. Etc.
(6) Joann. IV, 23, 24.
la loi nouvelle qui va être promulguée pour le monde entier, où la religion n’admettra plus de différence entre le Grec, le Juif, le Scythe et le Barbare (i).
Mais si l’on fait réflexion que cette qualification odieuse de Samaritain était donnée à Notre-Seigneur par les docteurs de Jérusalem, on verra que, parlant à un docteur qui l’épie dans ses réponses, Jésus- Christ a bien pu se proposer quelque intention formelle de faire apprécier publiquement son ministère par ce questionneur de mauvaise [foi, en l’obligeant à déclarer lui-même que le Samaritain est cette fois le meilleur maître.
107. Voilà tout ce que nos esprits difficultueux sauraient lire dans ce texte si touchant d’ailleurs. Mais comment le moyen âge introduit-il à ce propos la création du monde, le paradis terrestre, le buisson ardent, le veau d’or, le Calvaire, etc., etc.? Le vitrail de Bourges, péniblement ordonné, et chargé de développements qui s’équilibrent mal, pourrait accroître encore l’embarras du spectateur. Ni l’esprit, ni l’œil ne trouvent aisément les points de repère dans cette juxtaposition de cercles et de demi-cercles qui se touchent sans se grouper sensiblement. C’est à la cathédrale de Sens qu’il faut chercher le groupement véritable et les traits saillants de cette composition mystérieuse; car la préférence que j’ai plusieurs fois exprimée pour l’œuvre des verriers de Bourges est si peu le résultat d’un parti pris, que je ne balance pas à m’en écarter dans cette occasion. Le Samaritain de Sens ( Étude XX, fig. B) me paraît être un chef-d’œuvre entre des chefs-d’œuvre, c’est-à-dire que je le tiens pour un des plus admirables vitraux d’une cathédrale, où presque tous sont merveilleux, au moins par quelque endroit. Je ne parle pas de l’ornementation, parce qu’à Sens elle est ordinairement du plus grand style (2) qui se puisse rencontrer (j’ai presque dit imaginer); mais l’habileté du dessin dans l’exécution des figures semble y atteindre la perfection de la statuaire contemporaine, et le tracé ferme du fenêtrage y accuse nettement chacun des médaillons, tout en les assemblant par séries très-distinctes. La variété des formes y sert la pensée, tout en attachant le regard : dans chaque groupe, le carré central est affecté à la parabole qui forme ainsi la tige sensible du vitrail sans se détacher avec trop de sécheresse; et autour de ce noyau constant, les quatre cercles qui le flanquent sont réservés pour les développements où s’épanouit le mysticisme. C’est ainsi que dans notre verrière de la Nouvelle- Alliance les circonstances les plus solennelles du mystère de la Rédemption se présentaient appuyées sur les types historiques qui en avaient prophétisé la portée immense.
A Bourges, quoique l’ornementation du Samaritain ne manque pas de noblesse, et que ce soit le beau côté du vitrail, elle est loin de l’ampleur Gère et simple qui se déploie si naturellement dans la verrière de Sens. Mais les figures sont certainement l’ouvrage d’une main peu exercée. Si certains traits dans la composition des tableaux font soupçonner quelques conseils habiles ou des cartons bien conçus, l’artiste évidemment est trop faible pour l’exécution, et semble faire son apprentissage aux dépens d’une matière qui méritait d’être confiée à un maître-homme. L’agencement disgracieux et presque indécis des médaillons empêche d’en saisir les groupes réels sans quelque tâtonnement. II nous faut donc partir du vitrail de Sens pour bien entendre le nôtre.
Voici quelles sont (de haut en bas) les trois sections du Samaritain de Sens. i° Le voyageur assailli par les brigands, et sur les faces latérales : Adam et Eve placés dans le paradis terrestre, leur désobéissance, leur condamnation et leur expulsion. — 2° L’insouciance du prêtre et du lévite, et dans les compartiments qui entourent celui-ci : le buisson ardent. Moïse devant Pharaon, le serpent d’airain, le veau d’or. — 3° La charité du Samaritain et la Passion de Notre-Seigneur.
108. A ces tableaux du xin" siècle, cherchons une interprétation du même âge. Voici, en substance* le commentaire que YHortus deliciarum (3) joint à la représentation de cette parabole; la pensée du
(1) Gol. 111,9— 1 5.
(2) Voyez Grisailles F, Étude XI, Mosaïques, etc. L.
(3) F. 1 09. Ce commentaire est annoncé comme emprunté au Spéculum Ecclesice , sorte de poëme (spontané, si l’on veut) à rhythme flottant, communément partagé en couplets ou en tercets, que je crois devoir faire ressortie, même à l'œil, quoique le manuscrit qui me fournit ce fragment le transcrive comme de la simple prose.
Je pense avoir ailleurs l'occasion de faire voir quelle a été l'origine, ou du moins combien grande a été l’influence de cette forme de poésie, qui fut très en faveur aux xi’ et xn0 siècles.
“ Homo quippe ab Jérusalem in Jéricho descendit
Dum prinius pareils de gaudiis paradisi ad defeclum mortis venil;
Jéricho, quod luna sonat,
Defeclum noslræ inorlalilalis signât.
o Qui in latrones incidit,
Qtiiaexulem prolinus lurba dæmonum circumdedit ;
Qui et cum despoliat’erant,
Quia non solum deliciis paradisi, sed el veste immortalitatis demidaverunt ; Semivifum reliquerunt,
Quia in anima mortuum, in corpore vero miseria circumdalum dimiserunt.
Duin patriarcharum ordo per iter mortalilalis tetendit ,
Qui vulneratum pertransiit,
Quia gencri humano opem ferre non valuit.
PLANCHE SIXIÈME, LE BON SAMARITAIN. i93
xn- siècle es, donc déposée officiellement dans le manuscrit d’Hohenbourg, de manière à rendre toute contestation impossible. Ce voyapeur.ee n’est nnint ■ v -i . ,
i i . , J ü ’ nest Pomt un individu seulement, c’est l’homme même- c’est
le genre humain s’écartant follement de sa mtri* Ae* v • ■ ’
,v , p •. i • > , P 6 des lonSme> 61 ne rencontrant hors du séjour où
Dieu lavoit abrite, qu ennemis acharnés à sa perte ou amis rm« i
sihles II fa„t „„„ n 1 1 P ne! ou amis non-seulement impuissants, mais insen-
S b CS 11 faU,,1Ue Dleu’ dont 11 "« fai »cié,é, vienne lui-, né, ne l’arracher à tant de douleurs-
dépens H T 6UéT’ °°mme “ avait CherChé à u" «P**™» la chute; et, soit à ses propres
dépens, soit par la main de ses serviteurs, le réintègre dans le bonheur perdu
Votlà, sommairement, ce que l 'Ho, tus deliciarum nous fournit très à propos, et presque sans frais. Il no laut pas toutefois nous laisser aveugler par une reconnaissance excessive envers l'abbesse Herrade qu, nous transmet ce document authentique avec un caractère tout particulier d’évidence. Les manusems, même inédits, méritent assurément beaucoup de respect; mais que de choses on trouverait sans eux avec tout autant de certitude et beaucoup moins de fatigue, si l’on prenait la peine de lire les imprimés! Car combien de fois n’arrive-t-il pas que l’on va chercher la science au loin, comme une conquête ardue et mystérieuse, faute d’avoir pris un instant pour jeter tranquillement les yeux autour de soi! en sorte qu’on produit à grand fracas et comme des dépouilles opimes, aux yeux d’un certain public ébahi et transporté d’admiration pour la grandeur de la trouvaille, ce dont tous les hommes tranquilles, mais sérieux, étaient en possession sans bruit, de temps immémorial. Ce ridicule, qui n’est pas extrêmement rare de nos jours, oit les découvertes sont presque quotidiennes, parce que les esprits appliqués son, en petit nombre, ce serait l’encourir, nous aussi, que de paraître battre des mains pour avoir rencontré ce texte près des miniatures qui retracent la narration de sain, Luc. Pour nous tenir dans le vrai, il convient de dire sans détour que cela se rencontre partout à l’époque qui nous occupe (l). Et même, dût la singularité du fait perdre beaucoup de sa magie, avouons tout
« Levita quoque idem iler carpcbut ,
Quia ordo propbctalis(?) eliam per callem morlis tendebat;
Qui saucialum prœterivil ,
Quia perdito ltoniini adjutoriuiu ferre non potuit Dum se quoque peccatis vtdneralum ingemitil.
Quia homo seduclus, per Christum sanalur.
Samaria est civilas. . . . quorum consorlia Judæi in tantum exborruerunl , Quod illos parlicipio eorum addixerunt Quibus maledicere voluerunt;
Undeel Dominum uialedicendo, Samaritanum vocaverunt.
Dum de cœlis in hune mundum venit;
Viatorem vidit p/agalum ,
Quia hominem conspexit peccatis et miseriis circnindalum;
Quia omnes dolores pro eo experitur.
« El appropians , vidnem ejus alligavil :
Dum , vitam æternam nuncians , a peccatis cessare prædicavit ;
Vimun et oleum infudit a pcenitentiam et veniam docuit.
l’er vinum quippe putredo purgatur,
u In jamentum posuit ,
Dum peccata nostra in corpore suo super lignum crucis perlulil(l Petr. 11,14 )<
Dum cum supernie Ecclesiæ conjunxiL Stabuliim, in quo animalia in nocte congregantur,
Est Ecclesia præsens in qua jusli in caligine liujus mundi stabulantur; Donec aspiret dies æternilatis Et inclinentur timbra mortalitalis (Cantic. II, 17).
O À liera die prolulit duos denarios :
Una dies erat mortis, altéra vitæ.
Dies mortis cral ab Adam, in quo omnes moriunlur;
Dies vitæ inchoavit a Christo, in quo omnes justificabuntur.
Ante Christi resurreclionem , omnes ad mortem tendebant;
Per suant resurreclionem omnes fideles ad vilain surgebant.
0 d liera ergo die duos denarios prolulit,
Dum, posl resurreclionem suam, duo testamenta per duo pnecepta cbaritalis impleri docuit.
Stabulario duos denarios dédit ,
Dum ordini doctorum leges vitæ docendas commisit.
« Si quid ipsi supererogaverinl , il/e reddet quuni redicril : Quia si bona quæ populis prædicant,
Operibus exemplificant ;
Quum verus Samaritanus ad judicium rcdienl ,
El olim saucium ,
:e palatium indexent; erua pecuuia recompensabit.
J avoue que, malgré le titre donné à ce morceau dans XHortiis deliciarum, j’ai peine à y reconnaître la manière du Spéculum Ecclesiæ, où la coupe par tercets est ordinairement fort prononcée et très-constante. D’autres indices encore me feraient soupçonner une main différente; mais ce qui importe actuellement, c’est que ce texte nous donne, avec notre parabole , l’opinion irrécusable du xn' siècle sur son application à l’histoire de l'humanité. C’est caractériser par un seul trait l’atmosphère qu’avaient respirée nos artistes de Sens, de Bourges, de Chartres, de Rouen, de Lyon, etc.
(1) Voici une instruction pastorale d’un évêque de Parme au xi* siècle. Nous y retrouvons, dans l’exposition de la fête de Pâques, ce mysticisme ample et aisé joint à une forme poétique harmonieuse et pleine dé pompe : majestueux accord de grandes vues et d’un langage lyrique sans apprêt, qui justifie singulièrement le beau nom de vales, donné souvent encore aux évêques par cette époque trop peu étudiée, même au point de vue littéraire. J’étends à dessein ma citation, pour que l’on comprenne combien ç’a été une fâcheuse pensée de vouloir remettre à neuf dans la liturgie ce que l’on tenait de ces âges solennels, si merveilleusement inspirés en tout ce qui tenait au service divin. Quant à la coupe de cette espèce de vers, que j’ai voulu rendre sensible dans la disposition du texte, si quelqu’un trouve qu’on pourrait, à ce compte, marquer des vers dans une quantité de pièces où l’on n’a cherché rien de pareil jusqu'à présent, je ne le nierai pas; j’accorderais même, au besoin, que les auteurs peuvent n'y avoir point songé. Mais je ne me croirai pas délogé pour cela, seulement j'ai autre chose à faire ici que de défendre cette position : je me contente de m’y établir. Cependant, pour ne point paraître trop hasardé dans mon assertion , j'invoquerai l’appui d'Hervé de Déols (xn” siècle), parlant de la Cène attribuée à saint Cyprien. Voici comme il qualifie le genre de cette singulière composition, dans le prologue de son commentaire : «TetigiL (Cyprianus) brevibus versiculis, non metricis, gesta singulorum; sociando fere semper duas sententias simUes." Or, je pense pouvoir affirmer que
VITRAUX DE BOURGES
simplement que cette application, en apparence si neuve, est à peu près du même âge que les plus anciens interprètes de l’Évangile (r) , sans en excepter même les Pères de l’Église grecque (2).
109. Jéricho est la ville maudite (3); Jérusalem, au contraire, la cité sainte, est la vraie patrie de l’homme fidèle (4) : il apostasie et s’exile quand il l’abandonne. Le peintre de Sens la place au sommet du vitrail, comme un couronnement solennel, avec ce nom glorieux qui doit tenir le premier rang dans les pensées du véritable enfant de Dieu (5). A Bourges, nous n’apercevons plus l’intérieur de son enceinte sacrée : le voyageur ( peregrinus , homo ) vient de se résoudre à la course aventureuse qui séduit son imprudente curiosité; il a chargé sur ses épaules tout ce qu’il prétend garder des biens de la patrie; déjà il a franchi le seuil, et, dès ce premier pas, on s’aperçoit que son pied mal assuré menace de perdre terre au bord d’un précipice. La porte qu’il vient de dépasser ne se rouvrira plus
la coupe quasi-rhythmique (pourquoi ne dirait-on pas : rhjrthmoïde?) est bien autrement accusée dans les pièces où je signale ce partage.
Henric. Parmens., Serm. de Pasch. Domini ( ap. Mai, Nov. collect. . . . Vatic., t. VII, p. 271, sq.).
« ...Licel cæterarum festivitatum dies ad nostrum sint instituti gaudium el profectum, Hic tamen , qui rcsurrcctionis est nostræ mysterium ,
Salulis et exultationis privilegio obtinet principatum.
« Sed ut soleranitatis hujus vobis amodn mysteria revelemus ,
Testameuti veteris quodammodo portas subeamus ;
Et unde hæc prius solemnitas inoleverit agnoscamus :
« Quo bene coguitam et plus amemus,
Et venerabilius observemus ;
Quidquid etiam bine spiritualiler patuerit assumendum ,
Utilitatis vestræ per 110s erit usibus exponendum.
« Quuin de servitute ægyptiaca portentis insignibus plebs israelitica liberatur, Phase Domino anniversaliter celebrare pracipitur;
Ne tôt taiilorumque virtutem miraculorum processu temporis posteritas ignoraret ; Ignotamque nulla honoris reverentia celebrarct.
« Ubi etiam agnus, qui illorum pascha fuerat, immolari jubntur ;
Sicut ei per Moysen a Domino demonstralur(Exod. XII, 1 1 ).
«Sed quod illiin occidente Logis littera,
Hoc nos vivificantis Spiritus custodire debemus in gratin.
Quid ergo per Ægyptum, nisi tenebras, accipimus?
Et quid Phase, nisi transilum, nominamus?
« Phase igitur, pro quo Pascha ( sit licel linguæ alterius) accipimus,
Recte celebramus.
Quum de veteris Legis tenebris ad novæ gratis lucem venimus ,
Et infernalia claustra cœlcsti sede commutamus.
« Quod bene etiam demonstratur Quum per Lucam evangelistam dicitur :
Horno quidam descendais in Hiericho incidit in latrones ;
Qui exspolialus atque vulneratus,
Tandem relinquitur semivivus;
Sed a Samaritano misericorditer susceptus,
Vilæ et salutis gratiam est adeptus.
«Homo bcic protoplastus, imo bumanum gcnus, accipitur;
Hiericho ilefecli» exprimitur (irPI1. lITYt m1),
Hierusalem pacis visio nominatur (DlStt? , nttli oSuMT). l.atrones nialigni spiritus intelliguntur.
«Tune révéra homo hic ab Hierusalem descendit,
Quando, in Paradiso, Domini sui præcepta contempsit.
Qui, quum Hiericho pergit,
Merito spiritus malignos offendit;
Quia, quum relictis æternis, solum defectivis intendit,
Quod sibi pernicies pararetur nullatenus intellexit.
Merito multarum miseriarum, quibus heic involvitur,
Plagis aflicilur;
Merito, postremo , semivivus in hujus sæculi via proteritur;
Ut amodo quivis œ tenta discal appetere,
Et transeuntia omni studeat cautela declinare.
« Et quia sacerdos et levita, Veteris Teslamcnti patres, eisdem addicli plagis succumbebant,
Nulluin vulnerato remedium exliibere valebant.
Neque enim aliorum solutioni idoneus est habendus Quicumque suis est vinculis irretitus.
« Quid ergo? Estne in illatis vulneribus Et immineDtis mortis discrimine relinquendus?
Absit : adest enim Samaritanus
Custos interprétants (’D*IO Vf, "Oit).
Dominus videlicet Jésus Christus ,
Nullius peccali tenebris, secundum Petruni apostolum, obfuscalus.
« Qui ejus calamitalibus adeo propitiatus indoluit Quod de tenebris eum , raoriens, et timbra mortis eripuil ;
Et, resurgens, vitæ et luci perpétua.- sociavit.
Etc.
Cs. Hildegard. Respons. ad epist. y 5 ( ap. Martène, Ampliss. collect. , t. II, 112 — 1 1 14.) — Hieronym. Aretin. serm. (ap. Mansi, Baluzii Miscellan. , t. II, 517 — 51g). — Rupert., de div. Offic., libr. VI, cap. 36; libr. XII, cap. 1 3. — Gerhoh., in Ps. XVI, i ; XXI , 17; LXVIII , 3; LXXVI, 2; CXLVI, 2 (ap.D. Pez., Thesaur., V, 207, 383, >370, 1572, 2125). — Brun. Astens. H omit. (Bibl. PP. VI, 780, sq.). — Gloss, in Luc X. — Hraban. Maur., de Universo, libr. IV (t. I, p. 80). Mais, pour être vrai, il faut convenir que ce livre est une pure transcription des Allégories de saint Isidore. — Id., ibid., libr. IX, cap. 10 (Ibid., p. 148). — Bed., in h. I. (t. V, 346 — 348). — Elig. Noviom. ( J), Homil . 9 (Bibl. PP. XII, 3i2). — Isidor., Allegor. 204 — 206 (t. V, i45). — Etc. , etc.
(1) Augustin., Quœst. evangelior., libr. II, qu. 19 (t. III, P. II, p. 255, sq.); in Joann., tr. 43 (Ibid., 583); inPs. LXVIII, 27; CXXV, in fin.; CXXXVI, 3 (t. IV, 707, 1427, i5i7). — Id serm. 171 (al. 37 de Verbis Dé), in Philipp., IV (t. V, 824, sq.). — Ambros., in Luc. X(t. 1,1427 — 1429).
Cs. Pseudo-Augustin., Hypognost., libr. III, cap. 8 (t.~X.,Append., p. 17 — 19). — Paulin Nolan., Epist. 23, ad Sever. (t. I, P. I, p. 129, sq.). — Zenon. Veron., libr. II, tract. i3 (Galland, V, 140). — Etc.
(2) Pseudo-Athanas., Quœst. ad Antioch. 3o — 32 (ed. Patav. , t. II, 256). Êptà-r. (Luc.X, 3o — 35). . . Ttç ô avOptituoç, xett Ttç fi Iiripouoalr.iL, y.a't t Cç ri Iiptyù, v.aX -rivsç ot XïiiTTaî;
k-ô'/.ci. Âvflpentoç pli, 0 ÀSâu.. Upo-j'S'j.'/dp. Si, O «apâSswoç' îep'.j'io St, outoç ô xôap .OÇ- liai Xigrîai, oi Saîjzoveç.
Épécr — Ti fii to xaxà e-uyttuptav, xai v.q ô tspeùç , tîç 0 Xeuit<iç, Jtai fis ô 2xjiapit'm; ;
ÀiîÔKp. Ti p.èv xavà uuyjtuptav, SviXoî to b. Ôeia; obwvofMaç. Ispe-jç Sé étmv i vôjxo; ' Xeucrr^ Sî , ot à“i T7jç îsueruo^ ç tspcittrivTi? StSâtrzaXot . 2a(iotpstTï|; Si, ô Xpttrri;.
Il est bon de faire observer que le compilateur de ces Questions (Ibid., p. 259)adopte uniquement le sens moral, quand il s’agit d'interpréter la parabole de l'Enfant prodigue. Ce n’était donc point le penchant au mysticisme qui l’entrainait lorsqu'il exposait celle du bon Samaritain.
Cs. Euthym. Zigab., in Luc., cap. 36 (Bibl. PP. XIX, 636).— Tit. Bostrens. (?) , in Luc. X (Ibid. IV, 426). — Theophylact., in h. I.- Tbeophan. Tauromen. , Homil. XVII ( p. 101). — Greg. Nazian/.., O rat. 29 (theolog. 3), n" 20 (ed. Louvard, 1. 1,538). — Pseudo-Basil., Homil. in aliquot Scr. locos ( t. II, 5g5). — Orin-en., in Luc., homil. 34 (t. III, 972); in Malth. XX, 29, 3o (Ibid., 728). — Aster. Amasen. Homil. in Luc. X (ap. Phot., cod. 27 1 ; et Bibl. PP. V, 840).— Etc.
(3) Jos. VI, 26; VIII, 2. —III Reg. XVI, 34.
(4) III Reg., XI, i3; VIII, 29. — I Par. XXIII, 25.— II Par. XXXIII, 4,7.- Ps.XLVII, 3; LXXXIII,8; C.XXXI, i3; CXLV, 10.— Is. XX VI, 1.— Hebr.X 11,22.— Apoc. XIV, 1; III, 12; XXI, 2, 10. — Etc., etc.
(5) Ps. CXXXVI, 4—6; CXXl; 6—9; LXXXVI, 2. — Etc.
do,„,„e cette enttee, c’est assez dite qu’une venu divine viendra eu aide à 1S réinté^aZ et qZ mechateur surhumatn prendra sur lui les peines et les douleurs du retour. ’ ’
eeoud pas de cet exil \olontaire, des malfaiteurs se précipitent sur le présomptueux, pour se p tager ses dépouilles (.); pu, s, non contents de lui avoir tout enlevé, ils le maltraitent avec fureur
Autour de ces deux dernières scènes, qui à Sens n’en font qu’une, on voit le séjour de délices où
f,0“ 7* 77“ premiers Paren,S’ APrès le” «voir préparé ce monde ainsi qu’un palais, il les forme lui-même de sa main, et non pins seulement par une simple parole comme les astres et ton, e .este des créatures; ma, s ,1 leur donne des lois pour sanctifier leur bonheur par l’obéissance L’ennem, des hommes trouble cette paix : il suggère au plus faible ce désir inquiet d’un progrès vague qu, a tant de pr.se sur les esprits sans consistance; et là où l’esprit es, plus ferme, il pénètre par la condescendance du coeur. C’est, en même temps, et la source et l’histoire de toutes nos misères : séduct.ons de 1 orgue, I pour les esprits étroits, pièges d’une perfide tendresse pour les intelligences éclairées et en apparence plus fortes. Chacun méconnaît sa force véritable, et se laisse entamer par l’endroit fa, Me qu’.l laisse à découvert; chacun prend pour conseil le penchant qu’il devait précisément dominer, et méconnaît l’importance des qualités propres qui lui ont été données pour guide. La première iemme ferme l’oredle à cette droiture de sentiment qui supplée dans la conscience délicate à la supériorité de raison; le premier homme ne consulte point cette assurance mâle d’une obéissance bien fondée, cette appréciation juste et ferme des motifs de soumission. En un mot, Eve fait l’esprit fort, Adam oublie sa noblesse, et cède à la crainte de mécontenter celle dont il devait redresser et soutenir la faiblesse; par ce renversement des rôles, la victoire est à Satan. A ce premier moment, comme presque toujours depuis, la révolte est un désordre où tout ne se consomme que par la désertion fatale de celui qui préfère son intérêt du moment à l’intérêt de l’ordre qu’il avait charge de maintenir; calcul qui ne manque guère de perdre tout, à commencer même par cet intérêt personnel à quoi on prétendait sacriGer 1 autre. Aussi, dès cette entrée du mal sur la terre, voici renversée sur-le-champ cette bonne intelligence qu’Adam prétendait sauver aux dépens du service de Dieu. Cette tendresse qu’on avait mise au-dessus des décrets divins, ne tient pas contre un reproche même indirect du Seigneur; on n y voit plus qu’une séduction perGde dont on fait justice pour se laver, et cet aveugle amour se tourne en amertume (2).
Mais la faute amène la honte et la douleur : plus d’innocence, plus d’empire sur la nature, plus de séjour de délices (3). C’était là ce qu’avait prétendu l’ennemi des hommes : c’est ainsi que de la vision de Dieu il l’attirait vers la région où tout n’est plus qu’en déclin; il a dépouillé l’humanité des glorieuses prérogatives quelle avait reçues dans le principe, et que de blessures n’ajoutera-t-il pas à cette première plaie, livrés que nous sommes à sa discrétion par notre chute volontaire!
Dans cet état de dénûment et de souffrances, quelle ressource l’homme invoquera-t-il? Les conseils ne lui sont rien, c’est la force qui lui manque; et nul ne lui porte cet unique secours dont il ait besoin, bien que le Prêtre et le Lévite ne lui épargnent point les rudes avis et les remontrances poignantes.
Aussi bien, que peuvent-ils, ces ministres de la Loi, eux qui n’ont pas su trouver pour eux-mêmes dans leur enseignement la force d’être constamment Gdèles! Ce peuple, dépositaire des commandements divins, et donné comme modèle au monde, n’a-t-il pas poussé à bout la bonté de son propre législateur? et embrassé l’idolâtrie des nations, lui qui devait enseigner aux autres hommes le culte du vrai
(1) Le faux saint Basile le Grand ( l. cil. ) insiste, on ne sait pourquoi, et malgré tous les textes grecs de l’Evangile, sur l’antériorité des blessures. Mais, sans remonter si loin, il parait plus simple et plus conforme aux peintures elles-mêmes, d’interpréter à Bourges la priorité des blessures par un changement de panneaux dû aux rhabilleurs modernes de la verrière. L’accoutrement du pauvre voyageur, quand il est chargé de coups par les brigands, montre à n’en point douter, que la scène de la spoliation devait précéder celle-là dans l’exécution et dans la pose primitive.
(2) Bernard., in fest. o/nn. ss. serm. 1 (t. 1, 1028) a . . . Adæ
crudebtatem hæc sententia tangit, qui videbatur prius uxoris
amore peccasse O perversitas ! Pœnam pro ea suscipere
refugis, et culpam admittere non recusasti ! Quo modo, proh dolor! omnia confudisti, perniciose misericors ubi severus esse debueras,et perniciosius crudelis ubi misericordiain impendere oportebat! Nam delinquere propter illam nullo modo, satisfacere vero pro ea libenti animo debuisti. Etc. » A Bourges on reconnaît ce trait dans l’un des médaillons supérieurs du troisième groupe.
(3) Voyez dans la verrière de Bourges les deux médaillons inférieurs du troisième groupe.
Dieu! Que dis-je? C’est même son premier pontife qui a donné les mains au sacrilège; institué par le Seigneur, et revêtu par lui de l’éphod, Aaron fournit à Israël, près du Sinaï, de quoi rivaliser avec l’aveugle superstition de l’Égyptien (1).
Enfin, c’est celui dont le secours était le moins attendu, qui vient remédier à cette détresse (2). Ce Samaritain, ce maudit, celui-là même qui était l’offensé, et que nul n’appelait à son aide, c est lui qui seul s’est montré vraiment attendri, et qui à la compassion a joint la puissance. Il a relevé cet homme que rien n’avait soulevé complètement depuis sa chute; il a payé de son propre sang la guérison de ces profondes blessures qui semblaient défier tous les remèdes; il veut récompenser les soins qui auront été donnés à ce malade, comme si lui-même, le Fils de Dieu, en avait été l’objet.
no. On a pu reconnaître dans cette analyse de nos peintures quel était le partage du vitrail de Bourges. Cinq bandes, marquées par les barres lattières qui coupent les demi-cercles latéraux, forment autant de sections composées communément d’un cercle central (consacré à la parabole), et de quatre quarts de cercle (occupés par les applications mystiques) qui le flanquent.
En bas, où la distribution habituelle se modifie, comme pour faire ressortir le dénoûment, 1 on a élargi le cercle central, afin d’en donner une partie à la signature des tisserands ou drapiers.
Je n’oserais pas me prononcer sur la fonction de cette espèce d’autruche chevauchée par un enfant, qui occupe chacun des deux angles inférieurs de la bordure. Serait-ce le symbole adopté par un métier (par exemple, par des paonniers ou chapeliers plumassiers ), qui auraient partagé la dépense de cette verrière? Je ne puis rien alléguer qui me convainque; et si mon lecteur est moins exigeant que moi, il me répugne de mettre sa confiance à profit pour faire passer une affirmation que je n admettrais point dans l’ouvrage d’un autre.
Avant de m’étendre sur chacun des médaillons, je crois devoir exposer le symbolisme de plusieurs monuments, dont la pensée, tout à fait analogue à celle du Bon Samaritain, prêtera du jour à notre vitrail ou s’éclairera de son interprétation.
ARTICLE SECOND