‹ Monographie de la cathédrale de BourgesChapitre 53 sur 94 · V. Fortunat., opp. P. I, libr. VIII, cap. 4 (p · texte numérisé non relu

V. Fortunat., opp. P. I, libr. VIII, cap. 4 (p

« Quod Eva tristis abstulit ,

Tu reddis almo germine. »

Hymn. s. Casimir.

« Evæ crimen Nobis limen Paridisi clauserat;

Hæc, dum crédit Et obedit,

Cceli claustra reserat. »

Cs. Bernard., sup. Missus est, homil. II, 2 — 4 (El, 737, sq. ).

— Amed. Lausan., de Laud. B. M. F., homil. VII, et VIII (Bibl PP. XX, 1275, 1277). — Etc., etc. '

(1) Tout le monde a pu remarquer dans Y Ave, maris Stella, que la pieuse signification attachée à cette transformation A' B va en Hve par un renversement des lettres, a été adoptée par la liturgie de l’Eglise.

«Sumens illud Ave Gabrielis ore Fonda nos in pace Mutans nomen Evæ. »

Si cette hymne est vraiment de Fortunat, il faut convenir que cette manière d'opposer les deux Ève l’une à l’autre remonte assez haut. Mais on l’amplifie plus tard, au grand scandale des esprits séveres qui n’y veulent plus voir qu'un froid calembour lorsque cet Ave est transformé en à-vœ (ve, selon l’orthographe du moyen âge) ou sans malédiction (absqtie vœ, comme amens ). Pour ce qui est du sens réel, on voit bien que rien de nouveau n’apparaît dans ce langage : ce n’est qu’une formule abrégée de ce qu’avaient répété les plus anciens Pères de l’Église. Quant à la forme de l’expression, elle ne commence à devenir populaire, si je ne me trompe, qu'aux derniers temps du moyen âge, c’est-à-dire au xv” siècle et au xiv' (Cs. Jubinal, Mystères, t. II, 35o, 35i ; 48, 49).Rutebeuf (t. Il, p. 14, i5), dans ses IX Joies de Nostre Dame, ne parait pas signaler cette singularité d’une manière incontestable.

Bamr Dr la Ijantc citri ,

21 qui luit partent rentrance,

Suit estionj Srscritri par une general sentante,

Su en as le mont aquitei,

•En rc que lu fu; saluée,

Uonlt Bien montrer apcrtcmrut Su iej Éua la licstonicc <6 Se noij c S'culcnSement.

Le trouvère du xin” siècle n'enchérit point sur Y Ave, maris Stella. Pour lui , Marie est Ève la bistournée ( retournée, renversée). Quelques-uns de ses contemporains semblent approcher davantage de l'expression complète (Cs. Gonzalo de Bereeo, Gautier de Coincy, etc., ap. Wolf, Ueber die Lais, Sequenzen, etc. 435 437), mais sans être aussi explicites que la prose Dies iste celebretur, qui se trouve dans plusieurs missels des premières années du xvi' siècle, pour le jour de la Conception de Notre-Dame.

«Triste fuit in Eva vœ,

Sed ex Eva format are Versa vice, sed non prave. »

Ces derniers mots complètent le langage de Rutebeuf, quand il donnait à la sainte Vierge le nom d’Ève la bistournée. Car cette façon de parler s'employait communément en mauvaise part, comme équivalent de tordu ou contourné (Cs. Jubinal., Myst., II, 346).

En indiquant le xiv' siècle comme l'époque où ce langage me paraît avoir commencé à prendre faveur, je ne prétends point dire qu'il ne se fût jamais fait entendre jusque-là. Nous le rencontrons déjà bien formellement au xii° siècle (Cs. Petr. Cellens. serm. in Annunliat. 3; Bibl. PP. XXIII, 666); et, à six cents ans de là, saint Isidore ( Élymol. -, libr. VII, cap. 6, n° 5,6; t. III, 317) avait jeté le germe de cette idée dans les écoles.

(2) Saint Antonin ( Summ . theolog., P. IV, tit. XV, cap. i3; t. IV, 992 — 998) consacre plusieurs pages à un développement doctrinal de ce seul mot. Mais sans tant de paraphrase, des prédicateurs du même temps exposent la même pensée avec une véritable complaisance.

VITRAUX DE BOURGES

sans chercher à ce langage une autre importance que celle qui revient à notre sujet, (lisons quil montre combien la pensée d’opposer la mère de Dieu à la séductrice d’Adam était famihère a tous les esprits, et passée, pour ainsi dire, dans la circulation (i).

114. Nous avons fait remarquer déjà que souvent la très-sainte Vierge et l'Église sont désignées par des expressions toutes semblables (2). Mais il n’est pas nécessaire de remonter à cette observation pour faire voir comment d’Ève la pensée a pu se porter sur l’Église. Saint Paul est formel sur ce point ( ), quand il montre dans le mariage, et particulièrement dans son institution primitive par la formation d’Ève, l’image de l’union entre Jésus-Christ et son Église. On peut dire que rien n’est plus constant parmi les écrivains ecclésiastiques : le sujet était trop grand et la doctrine de l’apôtre trop nettement exposée pour que la moindre divergence se manifestât en ceci dans la tradition. Aussi ne pretendrons-nous pas rappeler cet enseignement autrement que d’une façon tout à fait sommaire (4). Quant aux conséquences qui en résultent pour le cycle qui nous occupe, il est facile de les apercevoir. On en verra, du reste, plusieurs applications (n" 121) dans le développement de nos verrières.

115. II n’est besoin également que de rappeler ce qui a été dit plus haut sur l’opposition entre la croix et l’arbre au fruit défendu (5) qui perdit nos premiers parents. Les livres saints (Gen. II, 16, 17; III.— Apurai H, 7; XXII, 2, 14) s’ouvrent et se ferment par le spectacle de tartre de me. A lune de ces extrémités, son approche est interdite à l’homme, une force insurmontable l’en exclut; a I autre, il y est convié, et la jouissance lui en est assurée à jamais. Jésus-Christ est entre ces deux termes; c’est lui qui change à ce point les arrêts d’en haut et nous rouvre le Paradis : non plus celui de la

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terre, mais celui du ciel, où

Jacob, de Varag., Marial., litt. S, serm. a. » Ista salutatio {angelica ) est Virgini valde gratiosa.... quia ibi recitantur sex privilégia quæ ipsa habuit. Primum est quia fuit spéculum totius munditiæ, quod notatur quum dicitur A ve, id est sine vœ alicujus culpæ, etc. »

Bernardin. Senens., Quadragesim., serm. 5a. «In... salutatione triplex Virginis excellentia demonstratur.... Prima est excellenlia naturæ. Triplici namque modo in Ave liæc naturæ excellentia demonstratur.

« Primo Ave, id est sine vœ. Et lioc triplici quidem modo cui subjacçt totum focmineum genus : scilicet pudoris, laboris, et doloris in parturitionc. Etc., etc. »

Bonaventur. (?), Specul. B. M. V., lect. i. «Quam purissima, proptcr culpæ carentiam, fuerit Maria bene insinuatur quum dicit.ur Ave. Reete namque ei dicitur Ave, quæ ab omni væ culpæ immunissima fuit.» — Lect. a. «.... Ave utique et absque vœ... Est autem vœ culpæ actualis, vœ miseriæ originalis, et vœ pœnæ geliennalis. Etc.»

(i) Je me suis borné à quelques indications; mais on n'aura pas de peine à reconnaître que les auteurs ecclésiastiques reproduisent cette pensée à profusion. Cs. Bernard., serm. infr. octav. Assum.pt., de XII prærogativis B. V. M. (t. I, 1006). — Berengos., op. cit., (Bibl. PP. XII, 368). — Petr. Cellens., serm. de Adv. 6; de Annuntiat. 4 et 5 (ibid. XXIII, 645, 668). — P. Damian., serm. 45 et 46 {in Nativ. B. V. M. a et 3).— Theodulf., carm. libr. V, v. 4o4, sqq. (Bibl. PP. XIV, 4oa). — Pseudo-Augustin. , serm. 110 et 194 (t. Y, Append. 319, sq., et 3aa). — Hildefous. (?), serm. ia (PP. Tolet., 1. 1, 384, sq.). — Augustin., serm- CXC (al- de Divers- 6l)> in Nat. D. 7 (t. V, 89a). — Pseudo-Tertull., Carm. adv. Marcion., libr. II (p. 63a, sq.). — Etc.., etc.

(a) N" 60 (p. 1 15). Cs. Augustin., serm. CLXXXVIII (al. de Tempore a5), in Nat. D. 5,n°4; serm. CXCII (al. de Temp. 16), in Nat. D. 9, n” a ; serm. CXC V (al. de Temp. 1 a) , in Nat. D. 1 a, n° a (t. V , 88q, sq.; 896, qoi.) — Hermann., de Incarn. D., VIII — XI (Galland, XIV, 389— 393).

Il est aisé de se convaincre que dans l’explication du Cantique des cantiques, de X Apocalypse, et d’une foule de faits bibliques, les uns voient la mère de Dieu là où d’autres reconnaissent l’Eglise; et réciproquement. Plus d’une fois même un seul interprète adopte tour à tour l’un et l’autre parti.

(3) Eph. V, 3a, a3 — iy, 39 — 3i. Cs. n° 35 (p. 58).

(4) Pseudo-Tertullian., Carm. adv. Marcion., loc. cit.

Cujus in exeinplum, sopilo corpore somno, Sumilur ex lalere millier, quæ Costa marili;

Quain carnem de carne sua , deque ossibus ossa , Evigilans dixit, præsaga mente locutus (Gen. II, »3).

«Mira fides! merito Paulus, certissimus auctor, Christum de cœlis Adam docct esse secundum ; Veritas ipsa suis exemplis usa refulget.

Hæc Paulus docuit magnns mysteria docla :

Scilicet in Chrislo esse decus tuum, Ecclesia, cernens.

Hujus de latere, ligno pendentis in alto

Fœmina sanguis erat, nquæ erant nova dona lavacri;

Hæc populi vera est viventis Ecclesia mater (Gen. III, 20),

De Chrisli nova carne caro, deque ossibus ossum.»

Cs. Method., Conviv. Virgin., orat. 3 (Galland, III, 683 — 689).

— Cyrill, Hierosolym. , Catech. III, 10 (p. 44) ’ — Ambros., ni Ps. XXXVI, 19 (I, 794)- — Augustin., in Ps. XL, 9 ( t. IV, 35 1).

— Chrysost., in Maxim. 3 (t. III, ai5). — Aie. Avit., de Pass. D. (Gallaud X, y55.) — Theodulf., de Baptism., c. i3 (Bibl. PP. XIV, n). — Angelom., in Genes. (D. Pcz, t. I,P. I,p. 83, sq.). — Statut. Cadurcens., c. 3 (Martène, Thesaur. IV, 677). — Etc., etc.

(5) N°‘ 37 (p. 4o — 4a), et 56 (p. 106, 107 ). Commodian., Inslr. XXXV (Galland III, 633).

« Adam protolapsus ut üei præcepta vitarct ,

Belias lentalor fuit de invidia palmæ;

Contulit et nobis seu boni seu mali quod egit Dux nativitatis, morimur indeque per ilium.

Gustato pomi ligko mors intravit in orbem,

Hoc ligno mortis generamur vitæ futuræ.

ln ligko pendet vita, ferens poma, præcepta;

Capite nunc \ligni\ vitalia poma, credeules.

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