DÉTAILS DES VERRIÈRES DU SAMARITAIN
120. II ne faut point s’attendre à nous voir analyser une à une toutes les particularités curieuses
des médaillons de Sens et de Bourges. La Passion,
(1) Matth. II, 3 — 6. — Joann. I, 19 — 37; XIX, 12, i5. — Matth. XXVII, 25. Cs. n»4i (p. 71, 72).
(2) Augustin., in Ps. LVIII, 12 (t. IV, 568, sq.). — Isidor., contr. Jud., libr. II, cap. 21, sq. (t. VI, io3, sq.). — Etc. Cs. n°4<> (p. 70, 7')-
(3) Cs. du Boulai , Hist. univers, paris. P. III , p. 1 76, sq.
(4) Rayrn. Martin, Pug. fid., fol. 457 ( ed. Carpzov, p. 5ji). — Eisenmenger, Entdeckt. Judenth., t. II , 823 — 828.
(5) Gen. XLIX, 1 1, 12.— Isai. LXIII, 2, 3.
Cs. Schôttgen. Jésus d. wahre Messias , p. 177 — 17g, 270, 386, sq. — Id .,Horœ hebr., t. II, p. 28, 97, sq.
(6) Eisenmenger, op.cit., t. II, 872, sqq., 878.
(7) Eisenmenger, l. cil. 884, sq. Cs. Ps. CXV, i3.
(8) Ps. XXI, 27 — 3o. — Zachar. IX, 17. — Prov. IX, 1 — 5. — Ps. CIX, 4; CXV, i2, 1 3.
Ce calice, qui se voit à Reims sous la croix ( Etude XII, fig. D; et Etude XVIII, fig. C),est une des plus anciennes formes données à l’expression du sacrifice eucharistique rapproché de celui du
l’œuvre des six jours, la mission de Moïse, ce sont
Calvaire. Nous eu avons exposé le sens (n°* 3o, 3i ; p. 46— 5o) dans le premier chapitre; mais il y aurait matière à un mémoire grave et curieux, pour celui qui voudrait suivre à diverses époques l’exposition variée de ce dogme fondamental sous la forme de l’art. On la trouverait tantôt isolée, et suggérant surtout à l'esprit le souvenir de l'Eucharistie comme sacrement; tantôt étroitement rattachée à l’idée de l’Église, et présentant davantage l’Eucharistie comme sacrifice.Un continuateur de Trombelli rencontrerait dans de semblables recherches une source de preuves théologiques qui ne manqueraient pas de frapper les esprits droits. Il faudra tenir compte de cette ancienne expression natalis calicis, qui désigna le jour du jeudi saint.
(9) Schôttgen, Horæ hebr., t. 11,619.
(10) Nous n'avons pas dit un mot de la sculpture, pour nous renfermer exactement dans 1 étude de la peinture sur verre; et même dans ces limites nous avons eu soin de ne pas dépasser l’époque de nos vitraux de Bourges. C’est assurément ménager nos successeurs.
autant de sujets dont un seul, pris à part, prêterait à de longs et utiles commentaires sur l’histoire î. 1 °U " sy'" 0 isl"e- Le but de cet article est beaucoup moins ambitieux : il ne s’agit que d expliquer, dans les scènes de nos verrières, ce qui n’offrirait pas un sens facile à saisir dès le preer coup œi , ou certaines formes de représentation dont le symbolisme risquerait d’échapper à I attention du spectateur (i). r
Le premier groupe nous montre la création des anges vis-à-vis celle des astres, soit que le peintre att suivi en ceci l’opinion d’un grand nombre de docteurs latins, qui pensent que les auges ont été omit s en même temps que les cieux; soit qu’il ait prétendu suivre le langage de l’Écriture qui les désigne plusieurs fois sous le nom de vertus des cieux.
Le peintre de Bourges a choisi pour la création d’Adam le moment où son corps, avant d’être enlibrement achevé, n’a pas encore cessé d’appartenir à la terre, et va se formant sous la main divine qui le modèle. A Chartres, le vitrail du Samaritain no retrace que l’instant où le souffle de Dieu vient animer ce corps déjà complètement organisé. C’est, en apparence, faire à l’homme plus d'honneur; mais la verrière de Bourges n’a pas négligé ce dernier point de vue. Le troisième groupe y renferme un médaillon consacré à montrer la grandeur de l’homme et l’empire qui lui avait été donné sur la terre. Là, Dieu vient de réunir les animaux autour de sa créature privilégiée, et semble lui confier une autorité absolue sur tous les êtres sans raison. Ce tableau ne parait pas être à sa véritable place, et je ne saurais dire pourtant à quel autre endroit il a pu être destiné primitivement (2); mais tout annonce qu’Adam et Eve y sont représentés avant le péché. Ainsi, l’on ne s’est pas arrêté à nous rappeler notre humble origine : se borner là, c’était permettre à l’homme de se mépriser luimême en se méconnaissant. On a eu soin de nous rappeler cet hôte invisible de nos corps qui nous fait un rang à part entre les animaux. C’est la pensée de Prudence, qui, de notre empire même sur les autres créatures, conclut notre liberté(3) et l’indignité de la prévarication.
(1) La pensée générale des deux vitraux de Bourges et de Sens a été suffisamment exposée déjà (n“ 109, no, p. 164 — 196). Il ne faut donc plus chercher ici qu'un choix de détails complémentaires. Les trois grands faits, bien distincts dans le vitrail de Sens, sont : la chute de l’homme par le péché originel, l'insuffisance de la Loi ancienne, et l'abondante rédemption que nous ouvre Jésus-Christ dans la Loi nouvelle. Voilà ce qu’il s'agit non plus d’exposer, mais d'appliquer à l'appréciation de quelques scènes seulement. En jetant un regard sur la manière dont notre parabole a été rendue, dans d’autres cathédrales, nous ne nous proposerons que de faire mieux entendre combien les peintures de sens et de Bourges méritaient d'être le thème d'une interprétation développée.
(2) Peut-être le quart de cercle opposé aurait-il été échangé contre celui-ci; et, dans ce cas, tous deux auraient été retournés. Mais nous n'avons pas songé à nous en assurer pendant notre séjour à Bourges. Un pareil renversement n'est pas sans exemple, comme on le verra tout à l'heure ( n° 121, p. 212).
(3) Prudent., Hamartigen., v. 673 , sqq. (p. 55o, 1. 1 ).
«Nescis, slulle, tuæ vim liberlalis ab ipso Formafore datant! Nescis ab origine quanta Sit concessa tibi famulo super orbe poleslas ,
Et super ingenio proprio; laxæque soluto Jure voluntatis liceat cui velle, sequique Quod placitum, nullique animum subjungere vinelo !
An quutn te dominum cunctis quæcumque crearat Præficeret, mundumque tuis servire juberet Imperiis; quumque arva, polunt, mare, flumina, ventes Dederel, arbitrium de te tibi credere avarus Nollel! ut indigno; liberlatemque negaret!
Quale erat, eleclus niagni res orbis ut esset.
Non rex ipsesui; curto lœdatus honore!
Nam quis honos domini est cujus mens libéra non est,
Una sed imposilæ servit senteulia legi?
Quæ laus porro liominis, vel quod merilum, sine certo Inter utramque viam discrimine vivere juste?
Non fit sponte bonus cui non est prompta polestas Velle aliud, fiexosque animi convertere sensus.
« Alqui nec bonus est, nec collaudabilis, ille Qui non sponte bonus; quoniam probitate coacla Gloria nulla venil , sordetque ingloria virlus.
Nec tanien est virtus, nisi détériora refutans Emicel, et meliore viam pelai indole reclam.
« Vnde, ait ipse Parens opifexque et conditor Adæ :
Vade, honio, et alllatu noslri prænobilis oris,
In subjccta potens, reru ni arbiter, arbiter idem El judex mentis propriæ; mibi subdere soli Sponte tua : quo sit subjectio et ipsa soluto Libéra judicio. Non cogo nec exigo per vim ,
Sed monco, injustum fugias justumque sequaris;
Lux cornes estjusli, cornes est mors liorrida iniqni.
Proveliat, æternum tua damnet culpa vicissim;
Præslet et altcrutram permissa licentia sortem.
« Hnc pietate vagus et tanlo munere abundans Transit proposiluin fas, et letalia prudens Eligit ntque volens; magis utile dum sibi crédit Quod prohibenle Deo persuasit callidus anguis.
Persuasit certe bortalu , non impuiit acri Imperio. IIoc millier rea crimiuis exprobranti Respondit Domino : suadelis se malefabris Illectam, suasisse viro; vir et ipse libenter Consensit. Licuitne hortantem spernerc recti Liberlate animi? Licuit, namque et Deus ante Suaserat ut meliora volens sequeretur; nt ille
«Nunc inter vitse dominum, mortisque magistrum Consistit médius; vocal bine Deus, inde tvrannus Ambiguum, alque suis se motibus alternautem. »
Je cite Prudence non-seulement à cause de sa mâle poésie et de son ancienneté, mais surtout parce qu’il était bien connu de tous les hommes d'étude au moyen âge, et parce que son influence sur les artistes est évidente dans un bon nombre de faits saillauts. On n’attend certainement pas de moi que j'accumule ici les preuves de cet énoncé. Je pourrai le faire plus tard; mais, pour ne pas laisser ma dernière assertion sans quelque appui facile à vérifier, je rappellerai seulement le meurtre d’Abel, que les vitraux de Tours et du Mans ( Étude IV, fig. A, B. — N° 5g, p. 1 1 3, 114) peignent frappé d’une sorte de sarcloir ou de hoyau par son frère. C'est précisément le programme tracé ( Hamartig Præf., v. 14, sqq.; p. 4g6, 1. 1) par notre poète, aussi bien pour la forme que pour le symbolisme général.
Armât deinde panicidalem manum Fraler, probntæ sanclitatis æmulus :
Germana cunvo colla frangit sauculo ;
VITRAUX DE BOURGES
12 1. Si je ne me trompe, la création d’Eve est un de ces points curieux où se manifeste une nouvelle direction dans l’art, vers le commencement du xm‘ siècle. Sans avoir autant observé qu’il le faudrait pour établir une formule précise et absolue, il me semble que jusqu’à la fin du xne siècle, la femme est généralement représentée sortant du côté gauche d’Adam. Au delà de cette époque, l’usage s’introduit et prescrit bientôt de lui donner, au contraire, le côté droit (i). Je n’ai pas à rechercher quels avaient pu être les motifs de l’ancienne manière, puisque mon sujet ne m’offre que la nouvelle; j’en constate simplement le fait, avec toutes les réserves que commande une revue beaucoup trop bornée des vieux monuments (2), et je passe immédiatement à l’exposition des motifs qui ont pu guider l’école à laquelle mon travail est consacré.
Aussi loin que mes souvenirs peuvent se reporter, je trouve que la plaie du côté de Notre- Seigneur est assez constamment représentée à droite, tant que l’art obéit à une sorte de discipline acceptée religieusement par tous. C’est sur l’épaule droite que la tête du crucifix s’incline; c’est à
Mundum reccntem cæde tingit impia,
Sero expiaudum , jam senescenlem, sacro Cruore Chrisli , quo peremptor concidit.
n Mors prima cœpit innocentis vulnere,
Cessit deinde vulnerato iunoxio :
Per crimen orla, dissolnta est crimine Abel quod ante perculit, Christum deliinc;
Finita et ipsa est, finis exsortem petens. »
On retrouvera une nouvelle preuve de l'influence qu’a exercée Prudence, dans un autre trait que nous indiquerons au n° 124.
(1) Pour vérifier cette particularité, que des recherches ultérieures pourront élever au rang de caractère spécifique dans la détermination des temps et des écoles, il faudra bien s'assurer si le panneau de vitrail que l'on étudie présente réellement au spectateur la même face que dans l’origine. Il est arrivé parfois que dans un remaniement des vitraux, quelque médaillon de figure symétrique a subi un renversement de côtés qui a substitué le sens postérieur du verre peint, au sens antérieur (l'envers, pour ainsi dire, à l'endroit); de manière à fausser l'indication pour l'observateur qui se tiendrait à distance. Ceci n’est point une simple possibilité dont nous exagérions les chances par une recherche de précaution. Nous pouvons citer notre propre expérience. A Saint-Jean de Lyon ( Etude XII, fig. A), la rose de la croisée septentrionale nous a offert un exemple de ce renversement. Le médaillon inférieur était réellement retourné quand nous l'avons dessiné (vers juin 1842); et nous nous sommes assurés que l'intention du peintre avait été de montrer Ève formée du côté droit d'Adam, comme nous l'avons fait restituer dans la gravure. Il se pourrait faire que ce changement eût été opéré avec une intention formelle, pour mettre cette peinture d'accord avec la rose de la croisée méridionale, où l’on voit Ève sortir du côté gauche du premier homme. Mais c’était confondre les temps : l'ornementation de cette dernière rose, avec ses enlacements et ses cordons perlés, accusant incontestablement le xu' siècle, ou tout au plus les premières années du xiii"; tandis que le donateur de la rose septentrionale (lî Soirns Criions ) fournissait irrécusablement pour celle-ci une date beaucoup plus rapprochée.
(2) Ce n’est pas qu'on ne puisse citer des autorités de quelque poids en faveur de l’ancienne peinture. Le grave Suarez, qui 11e laisse rien intact sur son passage, et qui conserve toute sa supériorité dans les matières les plus inattendues, n'a pas négligé celle-ci; il penche vers l’avis des artistes antérieurs au xiiic siècle. (Suar., de Incarnat., disput. XLI, sect. x), sans toutefois prétendre décider la question. Les raisons de convenance que proposent les divers auteurs pour appuyer cette hypothèse, sont de plus d’un genre : au dire des uns, le côté du cœur marquerait l'amour qui doit unir les époux; selon d’autres, la gauche indiquerait la faiblesse et l'infériorité de la femme. Cs. Gretser, de s. Cruce , libr. I, cap. 35. Mais, encore une fois, l'antériorité seule de cette opinion est ce qui nous importe; et nous la trouvons très-formellement exprimée par saint Avit (Poe/n. lib. I, de initio mundi. 1 44! sq-; ap- Galland, t. X, 763) au v* siècle. Je ri’ai garde de mesurer scrupuleusement au strict nécessaire cet emprunt aux chants d un évéque des Gaules : c'est une littérature trop grave pour n être indiquée que rapidement. L'homélie et le poème s’y con-
fondent, et cette noble alliance est loin de tourner au détriment de la poésie.
o Interea sextus noctis primordia vesper Rctlulit, alterno depellens tenipore lucem;
Dumque petuut dulcem spirantia cuncta quielem,
Solvitur et somno laxati corporis Adam.
Cui Pater omnipotens press um per corda soporem Jecit,et immenso tardavit pondéré sensus,
Vis ut ntdla queat sopitam solvere mentem
n Tum vero cunctis costarum ex ossibus uuam Subducit uevo lateri, carnemque reponit.
Erigitur pulcro genialis forma décoré, lnque novum subito procedil feemina vultuni ; Quam Deus æterna conjungens lege marito, Conjugii fructu pensât dispendia membri.
« Islius indicium somni mors ilia secuta est Sponte sua subiit sumpto quam corpore Chrislus : Qui {cui?), qmim passurus Iigno sublimis in alto Penderet nexus, culpas dum penderel orbis, ln latus extensi defixit missile lictor.
Protinus exiliens manavit vulnere lymplia
Qua vivum populis jam tum spondenle lavacrum,
Fluxit martyrium signons et sanguinis unda.
Inde quiescenti, gemina dum nocte jaceret ,
De lateris membro surgens Ecclesia nupsit.
«Priucipio rector tanti sacrale figuram Disponens viucli, neotit connubia verbo
Tum lex conjugii, loto venerabilis ævo.
Internera tu suo servabilur ordine cunctis : Frcmina persistai, de viscere sumpta virili, Conjugio servare fidem; nec separet aller Quod jungit sociatque Deus(Matth. XIX, 6)..
o Taliter, æterno conjungens fœdere vota ,
Feslivum dicebat lumen ; castoque pudori Concinit angelicum juncto modulamine carmen.
Pro thalamo paradisus erat, mundusque dabatur ln dolem, et lætis gaudebaut sidéra flammis.»
Tel était le langage d'un pontife chrétien au moment où les Francs venaient de fonder leur pouvoir dans les Gaules. Voilà comme les sociétés modernes, grâce à l’Église qui protégea leur berceau, rencontrèrent les arts mis au service du Ciel et tournés à la vraie civilisation de l’homme, par leur consécration exclusive aux pensées grandes et vraies; au lieu que dans le monde grec ils n'avaient été d'abord qu’un noble loisir, et puis bientôt après, un dissolvant rapide pour les vérités et pour les mœurs. Ce que l’évêque de Vienne proclamait au temps de Clovis, avec des accents que la Rome des derniers Césars eût enviés, d'autres le retraceront sur l'airain et la pierre, pour saisir les yeux aussi bien que l'ouïe. C'est, dans cette origine divine des choses humaines, les penchants de l'homme épurés et sanctifiés; le mariage indissoluble; l'union de l'homme et de la femme, élevée à un ordre surnaturel par la sainteté du sacrement qui l'ennoblit et le transforme; Jésus-Christ montré dès le principe, et grandissant par son reflet les faits de l'histoire primitive, etc., etc. On comprend que les pasteurs des âmes ne dérogeassent point en se faisant artistes, lorsque les arts étaient des interprètes du Ciel, et des auxiliaires, ou plutôt des formes de la prédication et du ministère apostolique.
PLANCHE SIXIÈME, LE BON SAMARITAIN. at3
droite que l’on place le soldat romain armé d’une lance (i); là aussi se retrouve le bon larron, dont on a dit qu il avait été comme baptisé dans le sang et l’eau qui jaillirent du flanc entr’ouvert de Homme-Dieu (2). Cette dernière assertion suppose ou confirme l’opinion qui regarde le coup de lance donne au corps de Jésus-Christ, comme ayant été porté du côté droit; et que des textes fort anciens (3) elevent a un liant degré de probabilité. Le calice fut placé d’abord sous les pieds du crucifix, pour montrer que le sacrifice de l’autel (la messe) était une reproduction de celui du Calvaire. L Eglise, après avoir été représentée agenouillée près de la croix, soutenant cette coupe sacrée, reçut bientôt une place plus convenable à sa qualité d’épouse de l’Homme-Dicu. Elle se dressa au niveau île ce côté doit nous coule la vie quelle doit transmettre aux élus; elle apparut comme une reine au jour de ses noces (4) : avec la gloire dont l’Époux divin la couronne, et la promesse d’une fécondité qui ne doit point défaillir. A ce degré de la marche ascendante suivie par l’art chrétien dans les efforts qu il tentait pour joindre du plus près possible la théologie, la peinture de ce dogme appelait comme développement complémentaire celle d’un enseignement parallèle. Il fallait que, conformément au langage unanime des docteurs, la formation de la première femme et la naissance de I Église pussent se retracer réciproquement, et comme se confondre en une forme presque identique; en sorte que lart traduisit à l’œil cette doctrine de l’Apôtre, qui nous montre le mariage élevé à un ordre surnaturel dans l’union de Jésus-Christ et de l’Église. Il fallait donc que, comme l’Église était sortie du côté droit de Notre-Seigneur (5), Ève sortît aussi du côté droit d’Adam; et comme cela devait être, cela fut; tous s’y rangèrent promptement, ainsi qu’on se range à l’évidence.
122. La mission de Moïse, avec son caractère provisoire et incomplet (6) , est bien représentée par les quatre médaillons placés autour du lévite et du prêtre. Nous ne développerons point les deux
(1) Cs. n” 34,6a, 63 (p. 54, 11 7, 11 8). — Élude IV, Rg. C, D. — Planches Y, XIX, etc.
(2) Augustin., de Anima, libr. I, cap. 9 (t.X, 343). «Non ineredibiliter dicitur latronem qui tune credidit, juxta Dominum crucifixum, aqua ilia quæ de vulnere lateris ejus emicuit tamqunin sacratissimo baptisme fuisse perfusum.». Cs. Gerhoh., in Ps. XXI, 18 (D. Pez, V, 38 1). — Etc.
Quant à la place ordinairement assignée au bon larron, nous avons déjà vu (nM 34, 64; p. 54, 1 19) qu'on s'accordait à lui donner la droite. Albert le Grand, dans son commentaire sur saint Luc (/. cit., p. 345), ne parait pas même songer qu'un doute puisse se présenter à l’esprit. « . . . . Unum (latronem) a dextris, qui pcenituit; et alterum a sinistris, qui in malitia perduravit. »
(3) Cs. Joann. XEX, 34, æthiopic. (ap. Waltou Polygl., p. 5o5). — Codd. græc. (ap. Thilo, Cod. apocr. N. T., t. I,p. 58y). — Evangel. infant., XXXV (Ibid., 108, 109)
Outre ces témoignages qui ne sont pas à mépriser, on conviendra, si l'on veut y réfléchir, que les stigmates de saint François d' Assise donnent un crédit nouveau à cette espèce de tradition. Cs. Bouaventur., Legend. s. Franciser', cap. i3. — Luc. Tudens. adv. Albig., libr. I, cap. 1 1 (Bibl. PP. XXV, 224, sq.). lien résulte tout au moins que le xiii" siècle était généralement prononcé pour ce parti. C’est un point que je n’ai pas le temps de développer; mais peut-être un jour trouverai-je l’occasion d'y revenir, en traitant des révélations privées dans leurs rapports avec les opinions publiques contemporaines : question complexe, où l'histoire, la théologie et l'art même, réclament chacun leur part trop impérieusement pour que quelques lignes puissent suffire à les concilier.
(4) Cs. n° 35 ( p. 56— 59); Pl. I; Études I, II, IV, VI, VIII, XII, XX. Cette idée, souvent exprimée par les Pères, était singulièrement familière aux écrivains du xm" et du xiv° siècle. Le Dante la reproduit à plusieurs reprises. Parad. XI, 3o — 33.
Peroccliè andasse ver lo suo diletto La sposa di colui ciie ad aile grida Disposa lei col sangue benedelto. «
Ib. XXXII, 128, 129.
La Relia sposa
Clie s’acquislô ( Cristo ) colla lancia e co'clavi.»
(5) Act. XX, 28. Cs. n“ 3o, 1 14 (p- 46—49, 201).— Eph. V, 21— 27. L’eau et le sang que verse le flanc de Jésus-Christ, cest le bap-
tême pour le rachat de l'Église, et l'Eucharistie pour sa dot. On retrouverait cette manière de parler dans plusieurs auteurs anciens; je me borne à un seul qui a été longtemps confondu avec saint Augustin.
Pseudo-Augustin., de Symbolo, c. 6 (t.VI, 562). «Agite, Judæi, nescientes nuptias Agni; . . . agite ut ille qui natus est de virgine, a Pontio Pilato suspendatur in cruce. Ascendat sponsus noster thalami sui lignum;... dormiat moriendo, aperiatur ejus latus, et Ecclesia prodeat virgo : ut quo modo Eva facta est ex latere Adæ dormientis, ita et Ecclesia formetur ex latere Christi in cruce pendeutis. Percussum est enim ejus latus, ut evangelium loquitur, et statim manavit sanguis et aqua : quæ sunt Ecclesiæ gemina sacramenta. Aqua, in qua est sfonsa purificata; sanguis, ex quo invenitur esse dotata. In isto sanguine sancti martyres amici sponsi stolas suas lavcrunl ( Apoc. VII, i4;XXII, i4), candidas eas fecerunt, ad nuptias Agni invitati venerunt; ab sponso calicem acceperunt, biberunt, eique propinaverunt. Sanguinem ejus Libérant, sanguinem suum pro illo fuderunt. . . . Exsulta, exsulta , sponsa Ecclesia; quia uisi ista in Cbristo facta essent, tu ab illo formata non esses. Venditus redemit te, occisus dilexit te; et quia te plurimum dilexit, mori voluit propter te. O magnum sacramentum hujus conjugii! O quam magnum mysterium hujus sponsi et hujus sponsæ! Non explicabitur digne humanis verbis. De sponso sponsa nascitur; et ut nascitur, statim illi conjungitur; et tune sponsa nubit quando sponsus moritur, et tune ille sponsæ conjungitur quando a mortalibus separatur : quando ille super ccclos exaltatur, tune ista in omni terra fcecundatur. Etc., etc. «
Le monumen ta liste intelligent s’apercevra que je touche ici toute une série de faits sur laquelle on déraisonne bien souvent avec une intrépidité d'assertion vraiment décourageante pour les esprits graves. Car si notre siècle peut se féliciter pour avoir repris en considération les monuments chrétiens du passé, il ne faut pas lui laisser croire qu'il les traite toujours avec le sérieux qu'ils méritent. Et ce n'est pas que je prétende interdire ce sujet à quiconque n'aurait point pâli sur la théologie et les Pères; je demande seulement, et rien n’est plus juste, ce semble, quon ne l'aborde pas sans s'ètre bien assuré que l'on sait son catéchisme. La connaissance des mythes orientaux de la Perse, de llude, etc., ne peut venu- qu’après ce préliminaire indispensable; et toujours sauf les droits du bon sens, dont il faut aussi tenir compte là comme ailleurs.
(6) Gai. III, 23—25. — Rom., III — V; VII, 6. — Hebr. VU, 19;
X, 1. — Etc.
ai4
VITRAUX DE BOURGES
scènes propres à la verrière de Sens. Le serpent d’airain a déjà fixé notre attention (i), et les merveilles opérées par Aaron et Moïse devant le roi d’Égypte n’ajoutent rien de bien important aux idées exprimées par le peintre de Bourges. C’est au buisson ardent que le législateur des Hébreux est appelé, et investi de tous ses pouvoirs; là est le point de départ de la Loi écrite (2). Là aussi les écrivains ecclésiastiques aiment à faire ressortir les circonstances qui peuvent marquer son infériorité (3) et donner à entendre qu’une mission plus haute est réservée pour l’avenir. Ce n’est ici qu’un prélude, et comme un essai de la manifestation divine qui doit se réaliser dans l’incarnation (4); Moïse luimême le reconnaît quand, refusant opiniâtrement le ministère qu’on lui impose, il conjure le Seigneur d’envoyer dès lors le Médiateur véritable (5). D'ailleurs, Dieu lui parle comme à un serviteur qui ne peut s’approcher avant d’avoir protesté de sa dépendance (6). Évidemment, il y a loin de cet homme, tout favorisé qu’il est, à celui dont le Ciel compensa plus tard les abaissements en le proclamant Fils bien-aimè en qui sont toutes les complaisances du Très-Haut (7).
123. L’adoration du veau d’or, et le courroux de Moïse qui brise les tables de la Loi à la vue de cette apostasie prématurée, ont été réunis en un seul médaillon par les peintres de Sens et de Saint- Denis. A Bourges, on s’est contenté de rapprocher ces deux scènes, en plaçant la seconde au-dessus de l’autre, comme pour rappeler que le législateur descendait de la montagne, et n’était pas encore arrivé près de l’idole, quand il fut saisi de cette violente indignation. Nous avons déjà vu que la rescission
(1) Cs. 11° 43 (p. 76, 77). Du reste, plus d'un auteur ecclésiastique réunit l’interprétation de ce fait à celle de la vision du buisson ardent. Cs. Augustin., in Ps. LXXIIl, 2 (t. IV, 771, sq.); serra. VI , 5, (t. V, 36). — Cæsar., de Pasck. homil. 4 (Bibl. PP. VIII , 82a). — Etc., etc.
(a) Exod. III , IV. Cs. Deuteron. XXXIII, 16. — Marc. XII, 26. — Luc. XX, 37. — Act. VII, 3o, 35.
(3) Gloss, in Exod., III, IV. « Erat flamma in rubo, et non eremabatur. Rubus, spinæ peccatorum Judæorum; flamma in rubo, Verbum Dei : id est lex data illi populo. Sed et flamma rubum non convburit, quia lex data peccata eorum non consumit. Etc., etc.
« Solve calceamentum . . . . Veterum consuctudo erat (Deuteron. XXV, 9. — Ruth. IV, 8. — Etc.) ut si sponsus sponsam repudiaret, in signum repudii discalciaretur. Ideo Moyses discalciari jubetur, 11e ad Ecclesiam, quæ in rubo significatur, quasi sponsus accedat calciatus; hoc enim Christo servandum, qui vécus est sponsus. Etc. »
Presque tout ce commentaire est emprunté à saint Isidore ( in Exod., cap. 7 — 9; t. V. 362 — 364) qui, dans toute la suite de ce récit, trouve divers symboles de l'infidélité des Juifs. Mais les peintres verriers paraissent avoir eu surtout en vue l'interprétation symbolique de l'injonction adressée à Moïse, quand la voix lui ordonne de se déchausser. Voyez Etudes VII et XX. A Bourges, Moïse a déjà les pieds nus.
(4) Prudent., Apolheosis, v. 48— 73, (p. 406 — 4°9, t- !)•
«Hoc Verbum est quod, vibratum Patris ore beuiguo,
Inde figura hominis, nondum sub carne, Moysi Objecta, effigiem noslri signaverat oris;
Quod quandoque Deus Verbi virtute coactum Sumpturus corpus, facicm rcfcrebat camdem.
Flamma rubum : Deus in spiuis volitabat acutis,
Vulnificasque comas innoxius ignis agebal;
Esset ut exemple Deus illupsurus in artus Spiuiferos sudibus quos texunt criinina densis,
Inculto nam stirpe frutex viliosus iniquis Luxuriant virgis inhonesto effundere succo Cœperat, et nodos per acumina crebra II Cernere erat stériles subito splendescere frondes,
Accensisque cilutn foliis magno impete late Collucere Deum, nec spinen lædere testa;
Lamltere sanguineos fructus et poma cruenta,
Stringere mortiferi vitalia germina ligni :
Quandoquidem tristes purgautur sanguine culpæ,
Quem contorta rubus densis cruciatihus edit.
Ergo 11 il 1 i 1 visum, nisi quod sub carne videndum.
Lumen, imago Dei, Verbum Deus, et Deus ignis,
Qui sentum nostri peccamen corporis implet. »
Cs. Gregor. M., Moral., libr. XXVIII, n° 8 (t. III, p. 168); in Ezechiel., libr. I, homil. 7 (t. IV, 17g, sq.). — Petr. Cbrysol., senn. 164, 170,69. — Augustin., serai. 6, et 7, (t. V, 34, sq.; 37, sq.). — Etc.
(5) Exod. IV, i3. «Obsecro, inquit, Domine, mitte quem missurus es. » Moïse vient d'opposer plusieurs difficultés à l’ordre qui lui est donné d’aller trouver Pharaon; et Dieu, comme pour le punir, charge son frère d'une partie de ce ministère. Il est probable qu'en peignant à Sens le moment où Moïse se présente avec Aaron devant le roi d’Egypte, on a voulu faire sentir ce qu’il y avait d’emprunté dans une mission où l'envoyé de Dieu était réduit à prendre un interprète. Aussi, la dignité sacerdotale et l’autorité du législateur, divisées entre les deux frères, montrent-elles qu’aucun d’eux ne possédait un plein pouvoir. La prophétie et le sacerdoce ne sont ici qu’une sorte de prêt, qu’un dépôt dont il faudra se dessaisir. Cs. Deuter. XVIII, i5 — 19. — Joann. I, 45. Le serpent d’airain, à la manière dont les Pères en interprètent la signification prophétique (Deuteron. XXVIII, 66; Cs. n° 43, p. 76, 77), ne fait que déterminer de plus en plus le sens de cette première expression.
(6) Ambros. in Luc. (III, 32), libr. III, 32, 34 (t. I, i32Ô); de Fide, libr. III, 69 — 75, cap. X (t. II, 5 10, sq.). — Isidor, in libr.Reg., cap. IX (t. V, 5o4,sq.). On peut dire que saint Ambroise et saint Isidore ne fout qu’un en ceci ; mais saint Cyprien ( Testimon. adv. Jud., libr. II, 19; p. 292, sq.) exprimait très-formellement le même symbolisme avant eux, aussi bien que celui du serpent d’airain comparé à la croix (Ibid., cap. 20; p. 292). Le moyen âge se rattache donc ici, comme d’ordinaire, aux plus anciens interprètes de l’Écriture.
Si l’on regarde Moïse comme figurant son peuple, sorte d’interprétation employée fréquemment par les docteurs de l’Église (Cs. n" 4»> P- 75), on peut y voir un type de la défection future des Juifs, et de la répudiation de la Synagogue. Cs. Origen., in Exod. Homil. XII ;inNumer. Homil. VII (t. II, 1 73, 291). — Cyrill. Alexandrin., Glaphyr. in Exod., libr. II (t. I, P. II, 297 — 3o6). — Augustin., in Ps. LXXHI , 2, 1 1 (t. IV, 771, 772, 774, sq.).— Clem. Alexandrin., Pœdagog., libr. II, cap. 8 (p. 214, sq., t. I). — Etc.
Ceux qui ont pris le buisson ardent comme type de la perpétuelle virginité de Marie (n° 70, p. 127. — Étude VIII, bordure de la lancette centrale) n’innovent pas, bien que cette interprétation ait surtout pris faveur au moyen âge; ils ne font que modifier l’idée adoptée par Prudence, entre autres, quand il y voyait une figure de l’incarnation. Cs. Brun. Astens., sup. Exod. III (Bibl. PP. XX, i337). — Hieronym. Aretin., serai, in Nativ. D. (Baluz. Miscell.,e d. Mansi, 1. 11,466). — Rupert., de Triait . in Exod., libr.I, cap. 12. — Etc.
(7) Luc III, 22; II, 1 ., i3, 14.— Matth. III, 17; XVII, 5.— Joann. V, 45— 47.— II Petr. I, 17, 18.— Hebr. HI, 3, sqq.
Cs. Origen., in Exod., 1. cit.
de ce premier contrat entre Dieu et l’ancien peuple est souvent considérée comme une prophétie de ce qui devait arriver un jour à cette nation malheureuse (1), lorsqu’elle perdrait l’héritage des patriarches en reniant celui qui avait été leur espérance et l’ohjet de tous leurs désirs, et encourrait l’inc ignaiion du Ciel, au moment de recueillir le fruit de ses longues et glorieuses promesses.
Mais ce qui n’est rien moins qu’un hors-d’œuvre, c’est la part que prend Aaron à l’infidélité d’Israël. Les deux ministres de la délivrance prophétisent chacun à leur manière la défection future de ce peuple, qu ils viennent d arracher à la terre d’esclavage, et semblent prendre ainsi à tâche tous les deux de faire entendre qu’il faut aspirer vers un autre affranchissement plus réel. Moïse s’est défendu de tout son pouvoir quand Dieu lui imposait le soin de sauver une nation si indocile (2); et le voici maintenant qui reconnaît que 1 inconstance rebelle de ses frères passe toutes ses appréhensions. Après avoir lutté tout à l’heure en faveur de ces ingrats contre la colère céleste (3), il semble maudire sa commisération et ses prières; il annule, autant qu’il est en lui, les traités du Seigneur avec cette foule sacrilège, et en détruit immédiatement les titres. Loi impuissante, alliance éphémère, qui ne mènent à rien de complet (4)! Le rôle du pontife est bien plus triste encore, et bien plus significatif. Ce chef du sacerdoce lévitique met au service d’une multitude idolâtre les prémices de sa dignité. Choisi avec Moïse pour être le Dieu de Pharaon (5) et le thaumaturge de l’émancipation d’Israël, il prête les mains à l’inauguration des dieux de l’Égypte dans le camp du Seigneur. Ainsi un ministère de propitiation se change dès l’origine en une source de malédictions, d’apostasie et de mort. Il nous fallait un pontife qui apportât une espérance meilleure, qui n’eût point à offrir le sacrifice pour ses propres iniquités, qui ne fût point confondu avec les pécheurs, et qui méritât par lui-même d’avoir un crédit sans bornes auprès de Dieu (6). La fragilité et l’insuffisance se trahissent tout d’abord dans cet ordre d' Aaron; un autre avait été montré dès les jours anciens comme type d’un sacerdoce pris hors de la tribu de Lévi, dont les ministres pourraient être choisis parmi les nations, et qui ne devait point être révoqué (7). Mais ici que voyons-nous, sinon ce prêtre et ce lévite de la parabole, qui aperçoivent le blessé et passent outre sans rien faire pour le retirer de sa langueur?
124. La manière dont le peuple est représenté dans ce tableau n’est pas une circonstance oiseuse. On le voit apportant au grand prêtre (8) les boucles d’oreilles qui doivent fournir la matière nécessaire pour la fonte du veau d’or. Prudence nous apprendra quel est le sens super-historique que le peintre s’est proposé dans cette scène; il résume en trois vers (9) le symbolisme adopté par plusieurs docteurs
'(1) NM 9, 68 (p. i3, 126). — Études IV, fig.E,F; VII, fig. I.
Gloss, in Exod. XXXII, 19. «Iratus Moyses, tabulas testimonii digito Dei scriptas fregisse videtur. Magno tuuc myslerio figurata est iteratio Testamenti, quia vêtus fuerat abolendum.» Cs. Commodian., Instr. 38 (Galland, III, 634). — Augustin., Quæst. in Exod. x 44 , 166 (t. III, P. I, 464» 47G sq.). — Isidor., in Exod., cap. 40 (t. V, 388). — Ambros., in Ps. XXXIX, ioft.I, 86).— Pseudo-Ambros., in II Cor. II, 3 (t. II, Append., p. 176). — Pseudo- Athanas., Quæst. ad Antioch. 61 (t. II, 229). — Pseudo- Augustin., serm. XXVII, 4 (t- V, Append., p. 56). — Etc., etc.
II est à remarquer que l'éclat du visage de Moïse ne parait pas avoir été sensible, ou du moins éblouissant pour le peuple, avant les nouvelles tables de la Loi qui furent substituées aux premières, comme si Dieu avait voulu montrer en un nouveau type l'aveuglement qui devait s’emparer des Juifs à l'instant où s'accompliraient les promesses. Cs. II Cor. III, i3 — 16. — Matth. XIII, x 4 > i5. — Isai. VI, 9, 10. — Joann. XII, 39 — 41 • — Act. XXVII, 25 — 28. — Rom. XI, 7 — xo. — Etc.
(2) Exod. III, u, 1 3 ; IV, 1, 10; V, 20—22; VI, 12.— Act.VII, 23—36.
(3) Exod. XXXII, 7— 14-
(4) Hebr. VII, 19.
(5) Exod. VII, x, 2.
(6) Hebr. VII, 19, 22, 25—28; etc.
(7) Hebr. VII, 18. Cs.Ps.CIX, 4.— Hebr. V, 6— 10, 20; VH— IX. — Genes. XIV, 18. — Etc.
Gloss., in h. t. « Etsi omnes patriarchæ et prophetæ figura
Christi fuerunt, Melchisedech specialius; qui non de genere Judæorum pi'ocessit, in typum sacei'dotii Christi. — Secundum ordmem Melchisedech, multis modis : quia solus rex et sacerdos fuit, et ante circumcisionem functus sacerdotio; ut non gentcs a
Judæis, sed Judæi a gentibus sacerdotium accipercnt. Etc., etc.
« Translato enim sacerdotio. . . . Quod abus surgat subsequeuter, pxobatur et per tribum et per ritum. . . . Manifestum est enim quod ex Juda ortus sit Dominus noster. De tribu ad tribum translatum est sacerdotium. Etc., etc. »
Cs. Rupert., in Genes., libr. IX, cap. 40. — Cassiodor., in Ps. C V, 19, 20 (t. II, 362). — Augustin., in tit. Pj.XXXIII (t. IV. 210, sqq.). — Justin. M., Dialog. c. Tryph., 19 (Galland, I, 478). — Etc., etc.
(8) J’ai déjà fait observer que la mitre d' Aaron n'a rien d'extraordinaire pour l'époque de ces peintures. Jusqu’au xvc siècle, le mot évesque désigne assez constamment un pontife quelconque; qu'il soit chrétien, juif ou païen, il nïmporte. Les mystères en fourniraient maint exemple; mais il est beaucoup plus simple de dii’e que c’est l’expression ordinaire.
(9) Prudent., Apotlieos., v. 32 1 (p. 432, 1. 1).
alliée si judaicos sic inlellecta rigassent Auditus, stnpidas ut possent tangere fibras,
Audissent Dominum virtutum
Fluxbiut ontfvrus; caput et jam coctile Baal Finxerat, auiuculasque suo spoliahat honohe. »
Pour l’intelligence de ce texte, il faut se rappeler que, selon la manière de parler employée par un bon nombre d'auteurs anciens, l'idole d’ Aaron semblerait n'avoir été qu’une tête de veau. Cs. Hieronym., in Isai. XLVIII, 8 ( t. III, 347). — Augustin., tn Ps. LXI, 5 ( t. IV, 596). — Etc., etc. Lediteur italien de Sulpice Sévère (t. II, 485 — 488) s’étend assez sur ce point, pour me dispenser d’entrer dans le détail d’une question d’ailleurs trop étrangère a mon sujet.
Quant à l’interprétation symbolique adoptée par Prudence, il s’en faut beaucoup quelle soit de son invention. Tertullien
VITRAUX DE BOURGES
sur ce fait. L’oreille, comme organe de l’ouïe, suggérait tout naturellement à l’esprit l’idée d’attention, et d’acquiescement de l’intelligence ou de la volonté; c’est-à-dire A' application, de foi, A' obéissance , etc. La langue latine, pour ne point appeler de bien loin un exemple qui puisse sentir la recherche, rattache à une même famille de mots les notions A' audition, de compréhension et de docilité { i); tant la parenté de ces trois faits est saillante, malgré les divers ordres auxquels ils appartiennent. Que si l’art et l’exégèse viennent à s’emparer de cette observation vulgaire, pour en transporter dans leur sphère les résultats, on usera d’une sévérité bien partiale en refusant de leur main ce que l’on accepte tous les jours dans la philosophie populaire d’un idiome qui n’a jamais encouru la qualification d’inintelligible ou de bizarre. Or, cette conception du grave esprit romain n’est pas autre chose que celle des artistes ou des écrivains ecclésiastiques, quand ils ont pris l’organe de l’ouïe comme emblème de la docilité et de la foi. Il ne faut donc pas s’étonner s’ils ont jugé qu’un ornement de l’oreille pût éveiller dans l’esprit la pensée des préceptes divins qui, requérant l’adhésion de l’intelligence et la soumission de la volonté, offrent à l’homme le plus noble emploi possible de sa faculté de percevoir les sons et l’enseignement qu’ils transmettent (2). C’est encore par suite de cette conception trèsancienne, comme on voit, et très-naturelle, que l’action de saint Pierre coupant l’oreille droite de Malchus, a été regardée souvent comme une figure de la droite intelligence des livres saints enlevée à la Synagogue (3).
Quant au médaillon de notre vitrail, nous en avons dit assez pour faire voir qu’on y a voulu peindre le peuple hébreu oubliant, dès le Sinaï(4), les merveilles et les commandements de Dieu; et fermant l’oreille aux enseignements de son législateur.
125. Je ne pense pas que l’on rencontre une seule verrière ancienne du Bon Samaritain , où le cheval qui transporte à l’bôtellerie le voyageur blessé, soit d’une autre couleur qu’à Bourges. D’où pourrait provenir cette unanimité des peintres en un point dont nous avons peine à soupçonner l’importance? Pour rencontrer le motif qui aura réglé ce fait en apparence si indifférent, il sera bon de remonter la question jusqu’à son point de départ. La fonction symbolique du cheval dans l’art chrétien à l’époque que nous étudions, ne saurait être précisée en quelques mots. Elle varie, selon que l’artiste emprunte ses données à l’idéal ou aux faits bibliques (5); éléments divers dont il faut tenir compte, pour ne pas prêter aux monuments une pensée fort étrangère à leurs auteurs.
La force impétueuse du cheval (6) et ses emportements fougueux auxquels l’Écriture compare plus d’une fois l’homme entraîné par ses passions brutales (7), voilà sans doute ce qui l’aura fait adopter comme expression symbolique de 1 homme animal, ainsi que s’expriment les auteurs sacrés. De là ces centaures qui figurent surtout dans les vieilles frises historiées par l’art roman. C’est la fougue des sens, la présomption de la force, l’impétuosité des vils penchants, l’orgueil du siècle, l’obstination de la révolte, la violence aveugle et l’enivrement des désirs mauvais (8). Car on peut dire qu’entre les
( Scorpiac III) l’exposait: moins énigmatiquement, quoique en fort peu de paroles. «Urgetur Aaron, et jubet inaures fœminarum suarum in ignem conferri. Amissuri enim erant, in judicium sibi, ornamenta aurium : Dei voces.» Cs. Cyrill. Alexandrin., Glaphyr. in Exod., libr. III. (t. I, P. II, p. 336). — Rupert., in Exod., libr. IV, 24. — Etc. Bien que les commentateurs de l’Écriture ne mentionnent point tous cette explication singulière à l’occasion du veau d’or, il est certain qu’un très -grand nombre d’entre eux emploient le même langage lorsqu'ils exposent les divers passages de l'Ancien Testament où se rencontre le mot inaures. Je n’en signalerai quelques-uns que par manière d'échantillon, si je puis parler ainsi. Cs. Origen. , in Exod., homil. XIII (t. II, 178). — Ambros., de Abraham, libr. I, cap. IX, 89 (t.I, 3i 1 ). — Hieronym., in Isai. III, 20 (t. III, 41). — Hraban., in Genes., libr. III, cap. 6. (l. II, 5o, 5i). — Rupert., de Divin, offic., libr. VII, cap. 2. — Etc., etc.
(1) Auris, audio, ausculto, obaudio; ôxojm, ü-ax-ori , ou; (oua;).
(2) Rom. X, 17, 10 — 18.
(3) Isidor., Allegor., 242 (t. V, p. i5o). «Servus principis sacerdotum cujus dextera amputatur auricula (Matth. XXVI, 5 1 — Etc.), israeliticus est populus propter incredulitatem servus effectus. Hic dexteram aurem amittit, dum ad sinistram per intellectum litteræ transit; cui Domiuus, in bis qui credunt, audilum restaurât. fidei, et obedientiam evangelici facit mandali. » Cs. Origen., in Matth., Tractat. XXXV, 101 (t. 111,907). — Hilar., in h. I. (t. 1, 8o4)-
— Ambros., in Luc. (XX, 5o), libr. X, 69 (t. I, 1519). — Hierou., in Matth. XXVI , 5i (t. IV, P. I,p. i3i). — Cyrill. Alexandrin., in Joann. (XVIII, 10), libr. XI (t. IV, 1018). — Pseudo-Augustin., serm. CLI , de Pass. D. 2 ( t. V, Append., 266). — Angelom., Strom. in libr. I Reg. II (Bibl. PP. XV, 3 1 5). — Brun. Astens., in Exod. XXIX , 20 (Ibid. XX, 1377). — Gerhoh., in Ps- XXXIX, 7 (D. Pez, V, 802). — Etc.
(4) Isai. XL VIII, 8.— Ps. CV, 1 3—22. — Etc.
(5) Non pas que le souvenir de l’Écriture fût absolument étranger aux idées abstraites qu’on rattachait à ce symbole. Je prétends seulement faire observer que souvent le cheval est une simple allusion à des tableaux tracés dans l'Ancien ou le Nouveau Testament, mais surtout dans l’Apocalypse; tandis qu'ailleurs il représente non plus un fait, mais une notion abstraite. Dans ce dernier cas, on peut l’appeler emblème, si l’on veut; dans l'autre, ce n’est plus l'expression concrète d'une idée, mais la reproduction plus ou moins abrégée d'une image exposée par un prophète. Du reste, on comprend aisément que je ne puis entrer à ce sujet dans tout le détail d’une exposition complète; il ne s'agit que de mettre le lecteur sur la voie.
(6) Job XXXIX, 19, sqq. — Ps. CXLVI, 10. — Etc.
(7) Tob. VI, 17. — Ps. XXXI, 9. — Jerem. V, 8. — Etc., etc.
(8) Petr. Damian., Epist., libr. VI, 22, ad Damian. nep. -Per Zachariam (XIV, 20) dicitur : In die ilia erit , quod super f renum equi est, sanctum Domino vocabitur. Frenum equi sanctum est
acceptions prêtées à ce. emblème, la mauvaise part est, sans contredit, tont à fai. prépondérante.
Cependant, comme cette force menaçante peut subir le frein, et se soumettre aux manifestations dune volonté intelligente, on conçoit que des qualités moins funestes aient pu être exprimées Symbol,quement sous la même forme. Mais alors, pour déterminer l’acception particulière de cette exprèsston, ,1 était à peu près convenu que la couleur blanche lui serait affectée comme moyen de distinction (i); et cette ressource bien simple multipliait sans confusion les fonctions d’on même signe (2). Transformé en quelque façon par cet artifice, le symbolisme du cheval passe dans un ordre tout nouveau : c’est la force docile (3), la soumission généreuse, l’héroïsme du dévouement, l’impétuosité du zèle. Aussi, verrez-vous communément parmi plusieurs cavaliers réunis en un même groupe, celui du cheval blanc être le seul à ne point chausser l’éperon. Si j’allais dire que ce cavalier est le Verbe de Dieu, ne se rencontrerait-il personne qui se récriât sur le mysticisme de cette allégation? Or, ni moi, ni le moyen âge ne sommes responsables de cette singularité : c’est la parole même de saint Jean (4) interprétant sa vision. Il n'est donc pas besoin de recourir au symbolisme mystérieux de saint Denis l’Aréopagite (5); c’est simplement le symbolisme de tous ceux qui ont lu l’Écriture. On n’a pu se partager que quand il s’est agi de savoir ce que pouvait représenter le coursier guidé par cette main puissante et souple à cette grande voix. Les uns veulent que ce soit l’Église; selon d’autres, ce serait l’humanité même que le Fils de Dieu s’est unie dans l’incarnation (6) ; et, pour ramener de suite le discours à notre sujet principal, ce dernier avis est certainement celui des peintres et des interprètes du Bon Samaritain (7). Un bon nombre d’entre eux s’en expliquent si formellement, qu’ils ne nous laissent pas le moindre mérite à le deviner.
Evangelium; quod utique carnalis desiderii, infrenis equi cohibet appetitum.» Cs. Clem. Alexandrin. , Pœdagog. , libr. II, cap. 10; Stromal libr. IV (p. 223, 568, sq.; 1. 1 ). —Basil. M., in Ps. XXXII , 16, 17 (t. I, p. 141). — Pseudo-Basil., in Isai. XIV, ii (Ib., 5g4). — Origen., in Exod., homil. 6 (t. II, 147)- — Hieronym., in Amos VI, 4 — 14 \in Zachar. X, 5 (t. III, 1428, i43o; 1767). — Théodore!., in Amos , 1. c. (t. II, 783, sq.). — Augustin., in Ps. LXXV, 7, 8, 1 1 ; XXXI, 9; CXLVI , 10; XXXII, 17, (t. IV, 799—801, i83, 1649, 206). — Gregor. M., Moral. XXXI, 24 (t. III, 285). — Isidor., in Genes., cap. XXXI , n° 40 et 41 (t- V, 353). — Etc., etc., etc.
(1) Ne traitant ceci que par occasion, et comme en passant, je n'aurais pas le temps de m’arrêter pour des chicanes. Qu'on ne me cite donc poiut des peintures où le cheval blanc représenterait évidemment des passions mauvaises. Je sais fort bien qu'il s’en rencontre, puisque l'Enfant prodigue de Bourges me l'apprendrait sans que j’eusse à sortir de la cathédrale qui m'occupe. Je laisse donc des textes du moyen âge qui montreraient qu'on y reconnaissait cette variété; que mon lecteur commence, avant de me quereller, par accorder Virgile et Horace lorsqu'ils disent, l’un (Georg. III, 82):
0 color delcrrimus albis.»
et l'autre (S. libr. I, sat. VH, 8) :
« Equis præcurreret albis.»
(2) Ces divers sens réunis sous une seule expression ne surprendront nullement ceux qui ont remarqué dans Platon (Phœdr ed. Bipont., t. X, 319, sqq.) ce char de lame emporté par deux coursiers de nature si différente. Ne nous hâtons point de froncer le sourcil quand le moyen âge nous parait suivre des voies singulières; souvent pour être beaucoup moins étonnés, il ne nous faudrait qu’être un peu plus instruits. C’est ce qui ma fait prendre le parti de donner aux citations des auteurs anciens un développement bien supérieur à celui de mon texte, et de confier à des extraits plusieurs détails à peine soulevés par mes paroles. L homme d’étude vérifiera volontiers les pièces justificatives, et celui qu effaroucheraient des langues étrangères à la conversation uaura communément pas ce qu’il faut pour apprécier avec maturité une civilisation qui le dépayse.
(3) Encore une fois, je ne me propose point de tout fixer d’une manière si ferme et si complète que nulle espèce de cas n’échappe à cet aperçu tracé en quelques lignes. Il n est personne qui ne puisse deviner, par exemple , que dans un groupe formé
de plusieurs cavaliers, le sens du principal personnage pourra déterminer celui des autres. D'ailleurs, lorsqu'il s’agit de peindre un fait, il est évident que les prescriptions symboliques cèdent le pas aux données de l'histoire.
(4) Apoc.XIX, 11— 14 ; VI, 2.
(5) Dionys., de cœl. Hierarch., XV (t.I, 200).
(6) Origen., m Cant., libr. II (t. III, 60). «Sed opus est gratia Dei quæ horum(Apoc. XIX, 11 — i4)nobis aperiat intellectum, quo possimus advertere quid istæ indicent visioues : (pii sit equus albus, et qui sit qui sedet super eum, cujus nomen est Verbum Dei. Et forte, quidem dicet aliquis album esse equum corpus quod assumpsit Dominus, et quo ille qui in principio erat apud Deum (Joann. I, 12) Deus Verbum, vel veslitus vel vectus est. Abus autem animam dicet quam assumpsit Prirnogenilus omnis creaturœ (Col. I, i5), et de qua diceliat (Joann. X, 18) : Poleslatem habeo ponendi eam, et polestatem habeo iterum sumendi eam. Abus vero utrumque simul, corpus atque animam, quasi ubi peccatum non fuerit, equum dici album putabit. Abus adhuc quarto loco Ecclesiam dicet, quæ et corpus ejus nomiuatur, album videri equum quasi non habentem maculant aut rugam, quam sibi. ipse sanctificavit lavacro aquœ{ Epli. V, 26, 27). Etc., etc.»
Cs. Hieronym.,m Isai., LXVI, 20; in Habac. III, 8; in Zachar. 1,8, sqq.(t. III, 5 10, 1627,1710,1711). — Ambros., de Benedict. palriarch. (Gen. XLIX, 17), cap. 7(1. 1, 523). — Augustin., de Civil. /J., XVIII, 32 ( t. VII, 5 1 4 )- — Gregor. M ., Moral. XXXI, 1 4 , 24 (t. III, 279, 286) — Hraban., de Universo, XX, 35 (t. I, 25o); c'est saint Isidore ( Elpnologiar ., XVIII, 4') revu et augmenté. — Ambros. Autpert., in Apocal., libr. EX(Bibl. PP. XIII, 6i3). — Berengaud., in Apoc., vis. 5 (Ambros. Opp., t. II, Append ., 569). — Rupert., in Apoc., libr. IV (ed. cit., t. III, P. IV, p. 62, sq.). — Etc., etc.
(7) Rupert., I. cit. »... .Ilaque equum album et eum qui sedebat super eum (Apoc. XIX), uuum iutelligimus Christum; et hune equum illud esse jumenturu de quo in ilia parabola (Luc. X,34) dehomiue qui iuciderat in Iatroues, sic dictum est : Et appropinns , videbcet Samaritanus, alligavit vulnera ejus, infundens oleum et vinum ; et irnponens ilium in jumentum suum, duxit in stabulum. Samaritanum ilium sedentem super jumentum suum, unurn iutelligimus Deum et liomiuem Christum. Qui profecto vulueratum homiuem super jumentum suum imposuit, qui peccata generis humani ipse in corpore suo pertubt. Et recte hic equus albus dicitur quia, quod certum tenet fides catbobca , lue homo de Spiritu sancto couceptus, sine peccato de virginc est natus. Solus iste est qui non in iniquitatibus conceptus est, quem non iu peccatis mater sua concepit : in peccatis videbcet prævaricationis Adæ in quo
VITRAUX DE BOURGES
126. S’il en fallait d’autres preuves, il n’y aurait qu’à jeter les yeux sur les médaillons latéraux de ce groupe, qui transportent dans le langage de l’art ces expressions de saint Pierre (1) parlant de Notre-Seigneur : «Il a chargé nos iniquités en son corps sur le bois : afin que, morts au péché, nous « vivions à la justice; c’est à ses meurtrissures que vous devez d’être guéris.» L’innocence est flagellée pour nous épargner les coups de la colère céleste; le saint et l’immortel se soumet à la mort, afin de nous faire acquérir des droits à l’éternelle vie; et, pour rendre ce contraste plus sensible, le peintre de Bourges a donné à la croix tout l’aspect d’un arbre encore debout sur ses racines, quoique les tronçons seuls des branches aient été conservés. Il n’est pas possible de méconnaître l’intention d’opposer V arbre du Calvaire à l’arbre du paradis terrestre, conformément au grave langage consacré par un usage antique et solennel dans l’Église (2).
La sainte Vierge paraît ici abattue par la douleur; et, pour l’exprimer plus vivement, on s’est écarté du texte de l’Évangile, qui nous la montre debout près de la croix. Cette dérogation, qui prit faveur au siècle de Giotto, ne s’était pas encore introduite dans l’art de l’époque que nous exposons. Mais on a voulu, sans doute, peindre les angoisses du nouvel Adam et de la nouvelle Ève auprès des tableaux où nous avions vu la prévarication et les trompeuses espérances de nos premiers parents.
127. C’en est assez sur nos vitraux, bien qu’on y puisse trouver le sujet de beaucoup d’autres recherches encore. Riais il importe, pour mieux apprécier les verriers qui nous ont laissé ces œuvres, de voir comment d’autres ont traité la même matière. A la cathédrale de Rouen, dans un fenêtrage subdivisé avec une monotonie froide en trente-sept petits médaillons, dont le champ étroit ne permettait de rien développer, on n’a pas su faire autre chose que de disséminer à profusion des lambeaux décousus du récit de saint Luc. Condamné à une abondance stérile, par le tracé même dont il avait fait choix pour former le réseau de sa verrière, le peintre n’a pu aboutir qu’à fragmenter son sujet en parcelles sans lien; et, bien loin de réaliser quelque chose de semblable aux groupes d'idées et de formes qui donnent un aspect si large au Samaritain de Sens et de Bourges, il n’a pas même réussi à exposer nettement le fond de la parabole. Ses panneaux, réduits à une dimension qui
omnes peccaverunt ut Apostolus ait (Rom. V); sed non iste quem, ut jam dictum est, de Spiritu sancto Virgo concepit. »
Alcim. Avit., Poe/n. III, 3go, sqq. (Galland, X 772).
Sed lamulis lu redde luis quod perdidit Adam ;
Quodque lulil primum vilialæ slirpis origo,
Ortu restituât melior jam vila secundo.
Seminecem quondam miserons qui forte reperlum Projeclumque via, quem suivi coule lntrones
Invenis allisum,nec præteris; insuper a^rum Jumekto cahnis rnopniÆ sub tecta reportas.
Etc., etc. »
Augustin., serin. CCLXIY, 5 (t. V, 1078). "... Dispensatio carnis Cln-isti. . . fidelibus necessaria est, per quam tendant ad Domi-
num Ecce quod dico, fratres, crédité Jestim Christum natum
de Maxia Virgine, crucifixum resurrexisse Putate ergo
caritatem galliuæ illius (Mattli. XXIII, 37) quæ pi'otegit infirmitatem nostram; putate esse jumentutu misericordis illius transeuntis, iu quod levavit languidum qui vul liera tus eiat. Levavit enim ilium, quo? In jumentum suum. Jumentum Domisi caro est. Etc. » Cs. Hraban., de Universo, VII, 8 (t. I, ia3); c'est une amplification de saint Isidoi’e ( Etymol . XII, 1). — Bed., in Luc. X, 34 (t. V, 347).— Etc.
Ces preuves suffiront, sans doute; d’autant que dans les interprètes indiqués précédemment (n° 108, p. 192 — 194)5 ou en trouvera la confirmation plus d’une fois.
(1) I Petr. 11,24. Cs.IJoann. III, 5. — Isai.LIIl,4 — 6, 12.— Etc.
Pseudo-Augustin., scrni. CLIII (al. de Temp. 1 1 4), de Passione 4 (t. V, Appcud., p. 268). 0 Hodie Dominus noster in stateia crucis pretium nostræ salutis appendit; et una morte universum mun-
dum, sicut omnium conditoi', ita omnium i-eparator absolvit
Qui ergo non babebat peecata propria, digne delevit aliéna : solus hic, pia victima, pro omnibus cecidit ut omnes levaxet; et quia debitum solus non habuit , recte fœnus misericordiæ pro debitoribus ei’ogavit In bac itaque die ûdes prophcticæ annun-
tiationis impleta est, ita dicentis (Isai. L, 6) : Corpus meum dedi percutienlibus, et gênas meas vellentibus, etc. Suscepit mala nostra, ut tribueret bona sua.
» . ... Agnosce, homo , quantum valeas, et quantum debeas. Etc., etc.» Cs. Ambros.,fn Luc. (XXIII, 24, s5), libr.X, xo5 (t. I, i52Ô). — Epiphan. (?) , in Sepulcr. Chr. (t. II, 274). — Ephi'aem, Païen. 74 (P- Syr., t. III, 545 ). — Etc.
(2) Cs. n“ 1 15 (p. 202, 2o3), etc. Alcim. Avit., Poem. III, 20 — 23 (Galland, X, 769) .
« Et lumen adveiiiet tempos quuiii crimina ligni Per lignum sauet purgelque novissimus Adam,
Maleriumque ipsam facial mcdicamina vilæ Qoa mors iovaluit; leto delebere lelum.
Etc. »
Il y aurait lieu à d’intéressantes et graves considérations si l’on voulait analyser et apprécier les formes du cycle de la croix, soit dans la Iittératui'e , soit dans les monuments figurés de l’art chrétien. Mais, encore une fois, il s'en faut beaucoup que j’aie la folle pi'étention d'épuiser la matière. Quand j'omets des apei'çus vastes et féconds, il ùe faudra pas s’émerveiller si je garde le silence sur des faits dont l'explication ne demande qu’une trèslégère connaissance du moyen âge. Ainsi, lorsque le prctre et le lévite de l'Ancien Testament sont représentés par un prêtre et un diacre chrétiens, il n'est personne qui n’en saisisse le sens et même le motif. On sait bien que levita était l'équivalent de diaconus dans le latin de celte époque.
A Sens, comme sur les portes de bronze d’Hildesheim , on a consacré un panneau à la sentence de Pilate; et dans ces deux compositions on a fait intervenir près du juge un petit monstre qui parait diriger ses pensées et ses paroles. Mais je ne puis entrer dans tous ces détails pour une verrière qui ne trouve place près de celle de Bourges qu'afin d'en faciliter l'explication. Quant à la visite des trois Marie au tombeau, ce que nous avons dit sur la rose de Lyon (n° 116, p. ao5 ) peut assurément suffire; c’était un sujet cher au moyen âge {Études XVI, B; et XX , lancette 4), et dont la reproduction souvent répétée annonce qu’on y rattachait des pensées importantes.
n’admettait que de petites scènes étriquées, reçoivent à peine chacun deux personnages; en sorte que, dans ce tissu lâche et sans consistance, l’esprit suit avec quelque embarras le fil flottant de l’histoire (1).
A Chartres, les mouvements de l’ossature ont plus d’ampleur et de variété; ils sont les mêmes que dans l’Enfant prodigue de Bourges, et permettaient, par conséquent, de réunir des traits de symbolisme autour des faits saillants de la parabole. Le verrier a préféré peindre d’abord la parabole toute seule, et la faire suivre de son application à l’histoire de l’humanité. Mais, dans cette dernière partie, il laisse le développement incomplet, soit qu’il ait cru avoir fait assez en mettant sur la voie de l’interprétation; soit que, ne sachant pas se borner dans l'exposition des faits qu’il avait à produire, il ait atteint 1 extrémité de son espace avant d’avoir pu franchir les premières données de sa matière; soit aussi, peut-être, que, trop inférieur à sa tâche, il l’ait tronquée en faisant de son mieux. Après trois médaillons accordés à la signature des cordonniers, il représente l’entretien de Notre- Seigneur avec le Pharisien, et divise en huit scènes les aventures du voyageur (peregrimis). Cette diffusion continue dans les diverses circonstances de la création, du péché et du châtiment, qui sont partagées entre onze tableaux (2). Arrivé à ce point, il ne restait plus qu’un seul médaillon disponible; on y franchit tout d un coup [histoire du peuple de Dieu et de la rédemption. Sans doute, dans cette nécessité, c’était trancher le nœud avec assez de bonheur que de couronner toute la composition par le trône de Jésus-Christ pacificateur; mais il n est personne, ce semble, qui ne donne la préférence aux conceptions des habiles maîtres dont nous avons expliqué et publié les œuvres dans de chapitre.
(1) Il ne faut donc pas s’étonner si ces démembrements multipliés sans intelligence, et que l'on croirait adoptés à dessein pour désorienter le spectateur, ont réellement dépaysé des hommes qui n'étaient pas toutefois dépourvus d’expérience. C'est ce qui est arrivé à E. H. Langlois du Pont-de-1' Arche, antiquaire trop peu au fait, il est vrai, des sources écrites qui dirigeaient le moyen âge, mais dont le zèle et les connaissances n'ont pas contribué peu à réhabiliter l’art de nos pères et particulièrement les vitraux
peints. Dans son Essai sur la peinture sur verre { Rouen,
i832, p. 3i), décrivant les vitraux de la cathédrale de Rouen, il est arrêté par celui-ci, sans pouvoir donner d'autre explication que les paroles suivantes : « Fenêtre sans meneaux, offrant la vie d’un saint , peint dans presque tous les sujets en fort pauvre
équipage, nu de la tète à la ceinture, et monté à cheval.» Pour soupçonner qu’il ne s’agissait pas d'un saint, il aurait pu suffire de remarquer l’absence du nimbe, puisqu'on n'en voit pas dans cette verrière, si ce n’est lorsque Notre-Seigneur s'entretient avec le Pharisien, ou siège sur son trône entouré par les anges; mais il est évident que tout le tort n’est pas pour l’interprète; le peintre y a sa part, sans contredit.
(2) La pénitence et les malheurs d'Adam et d’Ève, avec le crime de Caïn, sont assurément des sujets importants et. pleins d’instructions sérieuses; mais la suppression de tout ce qui pourrait rappeler l'ancienne Loi et le Calvaire, laisse ces peintures bien loin de celles que nous avons trouvées à Sens, à Lyon et à Bourges. Cs. n° 107, 11 5, 116, iao — 1 26 (p. 1 92 , 2o3 — 206,210 — 218); etc.