PLANCHE ONZIÈME, SAINTE MADELEINE
à gauche du panneau supérieur, le Fils de Dieu
venge la sainte des reproches de ses critiques. Il
proclame la gloire et les louanges à venir qui doivent remplacer partout ce blâme chagrin; et, si l’on y songe bien, le trône exprime à merveille la prophétie du Verbe éternel : puisqu’après la Mère de Dieu il nest peut-être point de femme qui ait été l’objet d’autant d’honneurs que Madeleine (1).
1 I explication la plus plausible qui se présente à mon esprit pour rendre raison du troisième panneau, sciait dy voir sainte Marthe et sa servante sainte Marcelle. Plusieurs anciens interprètes de 1 Ecriture ont pensé que c’était ou sainté Marthe ou sainte Marcelle qui s’était écriée du milieu de la foule pressée autour de Jésus-Christ : «Heureuses les entrailles qui vous ont porté! Heureux le sein qui aous a allaité (2) ! » Selon moi, le médaillon extrême à droite représenterait sainte Marthe instruisant sa servante; et cette dernière s’adresse ensuite à Notre-Seigneur. Les inscriptions ne m’occupent que médiocrement, parce qu’il est pour le moins un cas dans ce vitrail où il est impossible de s’y fier. Du reste, si mon interprétation ne satisfaisait pas tout le monde, je vais en proposer bientôt une autre que l’on pourra substituer à cette première hypothèse.
Désormais un simple coup d’œil jeté sur l’Évangile suffira pour expliquer tout le reste de la verrière. Le panneau que nous rencontrons immédiatement après celui qui vient de nous occuper, n’est que la traduction de quelques versets de saint Luc (3). Marthe reçoit le Fils de Dieu dans sa maison, et s’évertue à lui préparer un repas, tandis que Madeleine, assise aux pieds de Jésus-Christ (4) , ne songe qu à écouter les paroles du divin maître. A droite, Marthe se plaint d’être laissée seule aux soins du ménage; et la contenance calme de Jésus-Christ répondant à ces réclamations est bien d’accord avec ses paroles, qui placent la contemplation fervente fort au-dessus de l’activité inquiète (5).
Si 1 on voulait ne voir qu’un seul groupe dans les deux panneaux que nous venons d’étudier, on pourrait expliquer deux médaillons de la troisième ligne par la réception empressée que sainte Marthe fait à Notre-Seigneur (6). Mais alors je n’ai plus d’interprétation satisfaisante pour la scène où deux saintes s’entretiennent. De deux ou trois suppositions que je pourrais absolument hasarder à ce sujet, il 11’en est pas une qui me paraisse convaincante.
i54- La seconde partie de notre verrière est consacrée à Lazare, frère de Marthe et de Marie. On y suit pas à pas la narration de saint Jean (7), comme dans les médaillons de Lyon; et la comparaison de ces deux vitraux donnerait lieu de penser que le peintre lyonnais s’est renfermé dans l’exposition des faits qui, à Bourges, forment une moitié seulement de l’ensemble. Énumérons rapidement les divers tableaux, qu’il sera facile de reconnaître en consultant le texte de l’Évangile.
Tandis que Lazare est malade, ses sœurs font avertir Jésus-Christ, qui tranquillise l’envoyé sur les résultats de cette maladie (8); cependant, Lazare succombe, et son corps est déposé dans le tombeau. — Deux jours après, Jésus-Christ quitte la Galilée pour se rendre à Béthanie, malgré les craintes que les apôtres s’efforcent de lui inspirer. Marthe vient à sa rencontre (9), tandis que Madeleine assise dans la maison est entourée de Juifs qui tâchent d’apaiser sa douleur (10). Mais aussitôt qu’on lui
tifs que fit Madeleine pour l'embaumement du corps de Jésus- Christ dans le tombeau.
(r) Si je ne m’étais imposé de passer rapidement sur les verrières à sujets historiques, j’aurais une belle tâche à tracer un aperçu du culte de sainte Madeleine dans la chrétienté, et à choisir quelques-unes des touchantes poésies que lui a consacrées le moyen âge. Je laisse ce soin à d’autres; celui qui pourrait y consacrer des études suivies n'aurait pas à s’en repentir.
(2) Cs. Cornel. v. d. st., in Luc. XI, 27.— Dionys. Carthus., in h. L— Lyran., ibid. — Jacob, de Varag., Leg. aur., de S. Mar. Magdal. — Etc. La principale raison d’attribuer cette exclamation à sainte Marthe ou à sa servante, parait être que, dans ce récit de saint Luc, le chapitre précédent (Luc. X, 38 — 42) se termine par le séjour de Notre-Seigneur à Béthanie : mais il s agit bien moins d'apprécier la solidité de ce motif, que de constater 1 existence de cette assertion et la faveur dont elle jouissait.
(3) Luc. X, 38—42.
(4) Luc. X, 3g. «. . .Maria. . . sedens secus pedes Domim, audiebat verbum illius.» Le texte désigne trop bien le médaillon de gauche pour que je m'arrête à l’inscription, qu’il serait impossible de justifier si l'on ne lit Maria Magdnlena, au lieu de Maria Martlia. (Marthæ) ? La différence des attitudes {sedens et steüt) que
signale saint Luc, dirigeait certainement l’artiste dans les deux scènes qui occupent chaque extrémité du panneau.
(5) Luc. X, 40 — 42. «Martha autem.... stetit et ait : Domine, non est tibi curæ quod soror xnea reliquit me solam ministrare? Die ergo illi ut me adjuvet.
«Et respondens dixit illi Domiuus : Martlia, Martha , sollicita es et turbaris erga plurima; porro unum est necessarium. Maria optimam partem elegit, quæ non auferetur ab ea.»
(6) Luc. X, 38.
(7) Joann. XI, 1 — 45.
(8) Joann. XI , 1 — 6. « Erat autem. . . languens Lazaros a
Bethania Miseront ergo sorores ejus ad eum ( Dominum ),
dicentes : Domine, ecce quem amas infirmatur.
«Aud.iens autem Jésus dixit eis : Infirmitas liæc non est ad mortem,sed pro gloria Dei, ut glorificetur Filius Dei peream.Etc.
« Ut ergo audivit quia iufirmabalur, tune quidem mansit iu eodem loco duobus diebus.»
(9) Joann. XI, 7 — 27. « . . . . Martha ergo, ut audivit quia Jésus venit, occurrit illi. Etc.» Cs. v. 3o.
(10) Joann., I. cit., 18 — 20. « . Multi autem ex Judæis vénérant ad Martham et Mariatn ut consolarentur eas de fratre suo
Maria autem dorni sedebat. » Cs. v. 3i.
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VITRAUX DE BOURGES
annonce la présence de Jésus, elle va se jeter à ses pieds (i); et, sur sa demande, elle le conduit au tombeau de son frère. — La parole du Fils de Dieu se fait entendre dans ce sépulcre, et l’on s’empresse d’enlever les bandelettes (2) qui gênent seules désormais les mouvements de ce cadavre rendu à la vie.
i55. Le peu qui reste de la verrière de Lyon est bien propre à faire regretter les scènes que nous n’avons plus. La vérité naïve des attitudes, le mouvement et la variété bien entendue des divers groupes, attachent le regard et fixent l’esprit avec un certain charme. Ce qui n’est qu’indiqué un peu sèchement dans les peintures de Bourges, est véritablement représenté dans les autres. Ces consolations que les amis de Madeleine s’empressent de lui prodiguer à l’envi, cette nouvelle que Marthe lui apporte avec une sorte de mystère, ces hommages désolés qu’elle rend à Notre-Seigneur tandis que l’œil est attiré par le sépulcre de Lazare, cette compassion que lui témoigne Jésus-Christ tout en faisant renaître quelque espérance dans son cœur, cette admiration et cette reconnaissance qui accompagnent le prodige, ce sont autant de petits sujets rendus avec bonheur, je dirai même avec habileté. La forme que revêt à Lyon la résurrection de Lazare est une réminiscence des monuments chrétiens de l’âge des catacombes. Cette petite momie, debout sous une porte, sera reconnue sur-le-champ par ceux qui ont étudié les sculptures de Borne souterraine; et il ne parait pas douteux que le modèle en ait été emprunté par le peintre à quelque sarcophage lyonnais des premiers siècles de l’Eglise.
ARTICLE SECOND