SAINTE MARIE L’ÉGYPTIENNE
156. Du simple nom de V Égyptienne, comme s’exprime notre verrière (3), nos ancêtres avaient fait celui de Gipecienne (4) , qui était enfin devenu la Jussienne, en vertu de ce pouvoir absolu qu’exercent les peuples sur tout mot admis à la grande naturalisation (5).
Au moyen d’un ralliement laborieux qui nous a fait reconnaître dans diverses parties de la cathédrale (et jusque dans des roses) plusieurs fragments dispersés de ce vitrail, nous sommes parvenus à le publier plus complet qu’il ne l’est à Bourges dans la lancette qui lui avait été assignée par le xiiic siècle. L’encombrement d’une partie de la baie par une maçonnerie étrangère au plan primitif, a occasionné pour quelques médaillons une triste mise en disponibilité, et les a fait destiner à combler, n’importe en quel endroit, les lacunes qui réclamaient du verre de couleur. Ainsi égarés sans nul rapport à leur destination première, ils ne se sont retrouvés que par suite de l’examen attentif qui fit passer sous nos yeux tous les panneaux de vitres que renferme la basilique de Saint-Étienne. A l’aide de cette revue générale, il est devenu possible de recomposer presque entièrement la grande page consacrée à sainte Marie l 'Égyptienne par les peintres verriers. Car, sauf les donateurs, tout se retrouve presque à coup sûr, même pour les brèches du panneau incomplet.
157. La toilette recherchée de Y Egyptienne dans le médaillon inférieur, et son attitude qui annonce plus que de la prévenance, mettent sur la voie du sujet qui occupait probablement toute la ligne. Livrée à la dissipation, et même à une vie de débauche dans la grande ville d’Alexandrie, elle a remarqué que l’on s’embarque en foule pour un voyage où l’affluence des passagers lui fait espérer une occasion merveilleuse de faire valoir tous ses moyens de séduction (6). C’était à Jérusalem que
(1) Ibid. , v. 28 — 34. »... Abiit ( Martha ) et vocavit Mariant sororem suant silentio, dicens : Magister adest et vocat te.
«Ilia ut audivit, surgit cito et venit ad eum Maria ergo
quum venisset ubi erat Jésus, videns eumcecidit ad pedes ejus,etc.»
(2) Ibid., 38 — 44- « • • • Tulerunt ergo lapident. Jésus autenr — voce magna clamavit : Lazare, veni foras. Et statim prodiit qui fuerat mortuus, ligatus pedes et manus institis, et faciès ejus sudario erat ligata. Dixit eis Jésus : Solvite eum et sinite abire. -
(3) Je doute qu’il soit nécessaire d’avertir que dans cette planche onzième, la lancette A correspond à l'article premier, et la lancette B à l'article second. Ce sera ordinairement le partage que nous adopterons pour les planches à sujet multiple. Mais le
plus souvent, comme ici, les inscriptions de quelques scènes pourront servir de guide.
(4) Ce mot, qui pourrait sembler bizarre, se retrouve encore dans l’anglais gipsy. On sait que les Zingari , appelés Bohémiens par le peuple, étaient considérés comme Egyptiens au xv° siècle.
(5) La rue de la Jussienne à Paris conserve encore le nom de la sainte, qui avait jadis une chapelle en ce lieu.
(6) Je n'ai pas besoin d'invoquer fréquemment le témoignage des anciens auteurs. La verrière suit ponctuellement les récits qui se trouvent partout. Cs. Rutebeuf, t. II, p. 106— i5o. — Legend. aur. — Sophron., ap. Rosweid., Vit. PP., libr. I, p. 381—392. — AA. SS., A pril. , 1. 1, p. 67 — 90; et Append. ait., p. 1, xiii — xxi. Etc.