‹ Monographie de la cathédrale de BourgesChapitre 7 sur 94 · COMPARTIMENT INFÉRIEUR A GAUCHE. — ISAAC MARCHANT AU SACRIFICE · texte numérisé non relu

COMPARTIMENT INFÉRIEUR A GAUCHE. — ISAAC MARCHANT AU SACRIFICE

3. Il suffira d’emprunter le récit de la Genèse (i) : «Dieu mit à l’épreuve la fidélité d’Abrabam, et

lui dit : « Prends Isaac, ton fils unique, ton fils de prédilection, et va en la terre de la vision; là

« tu me l’offriras en holocauste sur une montagne que je t’indiquerai.

« Abraham donc, se levant avant le jour, prépara son âne; puis emmenant deux jeunes serviteurs « et son fils Isaac, il coupa le bois pour l’holocauste, et se rendit vers le lieu qu’avait désigné le « Seigneur.

« Et le troisième jour, comme il portait ses regards au loin, il aperçut l’endroit.

« Et il dit à ses serviteurs : Attendez ici avec l’âne. Moi et mon fils nous hâterons le pas pour nous « rendre là; et après avoir adoré, nous reviendrons à vous.

«Alors, prenant le bois pour l’holocauste, il en chargea son fils Isaac; pour lui, il portait en ses « mains le feu et le glaive. Or, tandis qu’ils marchaient ainsi tous deux, Isaac dit à son père : Mon « père! Et celui-ci répondit : Eh bien, mon fils? Voici, dit Isaac, le feu et le bois; mais la victime, « où est-elle?

«Abraham dit : Dieu se trouvera une victime pour l’holocauste, mon fils. Et cependant ils avançaient « ensemble.»

On reconnaît aisément que les derniers traits de cette narration ont été choisis par le peintre verrier. Il saisit l’instant où, quittant les serviteurs, et chargé lui-même du bois de l’holocauste, Isaac interroge son père. Dans les émaux de Saint-Bertin, Isaac est seul; peut-être uniquement à cause du peu d’espace, car le geste qu’il fait de la droite, ainsi que le mouvement de sa tête, permettent de croire qu’on suppose Abraham présent, et que le choix du moment est le même. A moins qu’Isaac n’v soit censé montrer le Crucifix, pour reporter l’esprit du spectateur à la réalité qui n’était que figurée en lui. Ici, et à Chartres, le bois que porte Isaac forme une croix bien distincte. A Saint-Bertin, au contraire, c’était un faisceau appuyé sans effort contre la poitrine, en même temps que sur l’épaule gauche, et porté d’une seule main. L’absence de ce trait de symbolisme est d’autant plus remarquable, que là, d’après l’inscription Ysaac ligna, c’était ce point qu’on paraissait vouloir mettre en évidence.

Dans les trois représentations Isaac semble à peine adolescent, contrairement à l’opinion qui place ce fait vers la vingt-cinquième année (2) de sa vie, ou même plus tard encore.

Abraham, à Chartres comme ici, porte le glaive de la main droite, et le feu de la gauche. Du reste, les attitudes des deux personnages sont presque exactement les mêmes dans l’une et l’autre verrière. Mais à Chartres la flamme s’élève d’une espèce de patère, et ici elle paraît sortir d’une corne. Ce motif a-t-il été suggéré par quelque usage du moyen âge, ou par une interprétation bizarre de l’expression de Plaute qui loge Vulcain dans une corne { 3)? ou bien, sans tant de recherche, serait-ce pure-

(1) Gen. XXII', 1—8. « Tentavit Deus Abraham, et dixit ad eum : Abraham! Abraham! At ille respôndit : Adsum. Ail illi : Toile filium tuum unigenitum quem diligis, Isaac, et vade in terrain visionis; atque ibi obérés eum in holocaustum super unum montium quem monstravero tibi. Igitur Abraham de nocte consurgens, strnvit asinum suum; ducens secum duos juvenes, et Isaac (ilium suum. Quumque concidisset ligna in holocaustum , abiit ad locum quem præceperat ei Deus. Die autem tertio , elevatis oculis, vidit locum procul. Dixitque ad pueros suos : Expectate hic cum asino; ego et puer illuc usque properantes, postquam adoraverimus revertemur ad vos. Tulit quoque ligna holocausti, et imposuit super Isaac filium suum ; ipse vero portabat in mauibus ignem et gladium. Quumque duo pergerent simul, dixit Isaac patri suo : Pater mi. At ille respôndit : Quid vis , fili ? Ecce , inquit , ignis et ligna ; ubi est victima holocausti ? Dixit autem Abraham : Deus providebit sibi victimam holocausti , fili mi. Pergebant ergo pariter. »

(1) Josèphe (. Antiquitat . Judaïc., lib.I, cap. 1 3 , ed. Oberthur, t. I, p. 74) lui donne vingt-cinq ans , sans exprimer le moindre

doute. D'autres docteurs juifs prétendent qu'il ne dépassait pas sa douzième année, ou tout au plus la quinzième, comme le rapportent Deüys le Chartreux, Pererius et Van den Steen. Mais ce dernier a mal choisi son moyen de réfutation , quand il dit qu’un jeune homme de quinze ans 11’aurait pu transporter durant trois jours tout le bois nécessaire à un semblable holocauste. La plus légère attention au texte suffisait pour montrer qu Isaac eut à pemplir cet office uniquement pendant une partie quelconque du troisième jour.

La seule chose que nous prétendions dans cette polémique est de faire observer que les monuments dont nous parlons se prononcent pour l'enfance d’Isaac à cette époque. O11 voit que leurs auteurs supposaient un tout autre calcul que ceux de Josèphe et des Tables ( Chronicon ) d'Alexandrie. Cs. Chronicon paschale, Paris, 1688, p. 54— Simson, Chronicon calkolicum, ed.Wesseling, Leyde, 1729, p. 98. ■— Tornielli, Annales sacri, Lucques, 1756., t. I, p. 386.

(3) Plaut. Amphitruoji. I, 1, v. 1 85.

« Q110 ambulas tu qui Vulcamim in cornu conclusum geris?»

ment et simj Pater Abraham.

VITRAUX DE BOURGES

plement l'extrémité d'une torche? C’est ce que je ne saurais affirmer. L’inscription

VIS-A-VIS LA SCÈNE PRÉCÉDENTE. — ISAAC SUR L’AUTEL (i).

4. «Ils arrivèrent au lieu que Dieu avait montré : là, Abraham éleva un autel et dressa le « puis ayant lié son fils Isaac, il le plaça sur le bois qui recouvrait 1 autel.

«Et étendant la main, il saisit le glaive pour immoler son fils.

«Alors l’ange du Seigneur criant du ciel, dit : Abraham! Abraham! Et il répondit . Me voici.

« L’ange dit : Ne lève point la main sur Isaac, et ne lui fais aucun mal; j’ai reconnu que tu crains « Dieu, puisque pour moi tu n’as point épargné ton fils unique.

« Abraham éleva les yeux et aperçut derrière lui un bélier arrêté par ses cornes entre les brous- « sailles ; et le prenant, il l’offrit en holocauste à la place de son fils. »

A Bourges, où plusieurs détails, qui ne manquent pas de finesse, annoncent une conception attentive et délicate dans les accessoires, en même temps que sobre et sévère dans le plan; ça été une touchante pensée que de représenter le jeune Isaac renversé en arrière, les yeux sans bandeau, et rencontrant par conséquent les regards de son père. Tandis qu’à Chartres, ce me semble, 1 enfant est comme prosterné la face contre l’autel. C’est ainsi que dans le tableau représenté au-dessus de celuici, l’agneau égorgé semble lécher le visage de celui qui le perce. Certes, le sentiment que respire une pareille mise en scène dans le sacrifice d’Isaac, en dit plus que les discours prêtés aux deux personnages par Josèphe (2) en cette circonstance.

Le glaive du père est levé, et l’intervention de Dieu suspend le coup. Derrière le patriarche, se voit le bélier, dont les cornes s’appuient contre les branches d’un arbuste (3). Sous ses pieds se lisent les mots Abraham et Ysa(ac).

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