ET LES PORTES MARQUÉES DE SON SANG
5. «Le Seigneur dit à Moïse et à son frère, dans l’Égypte :... Avertissez tous les enfants d’Israël, et
• dites-leur : «Qu’au dixième jour de ce mois, tout chef de famille prenne un agneau pour ceux de
‘ sa maison L’agneau sera sans tache et au quatorzième jour de ce mois, tout ce qu’il y a
■ d’Israélites l’immolera vers l’entrée de la nuit. On prendra de son sang, et l’on en marquera les deux
" poteaux et le haut des portes dans chaque maison où il doit être mangé.... Or, durant cette nuit « je passerai par la terre d’Égypte, et j’y frapperai tous les premiers-nés, depuis l’homme jusqu’à " l’animalï et tout ce que l’Égypte honore, j’en ferai justice, moi le Seieneur. Mais 1p «a™
j’en ferai justice, moi le Seigneur. Mais le sang vous fera
d’Isaac en ce moment, Cs. Sü Augustini OPP., t. V, slppendix ,
(3) Les plombs qui encadrent le feuillage de l'arbrisseau et b tête du bélier rapprochent ces deux objets dans la peinture, plu: que la copie ne semblerait l'indiquer.
(4) Exod. XII, 1 — 14. „ Dixitque Dominus ad Moysen ex Aaron m terra Ægypl.i.... Loquimiui ad uuiversum cœtum filiom," Israël, et dlcite ei. : Décima die men.i, huju. tollat tmusquisque agnum per familia. et domos suas.... lit servahiti. eum usque ad quarlamdecunam diem menais hujus; immolai, ilnue eum umversa multitude fdiorun, Israël ad «esperam. Et rumen? de saugume ejus, ac poueut super ulrumque postem, et in superliminanbus doururutn iu quitus comedeut ilium. Et edent carnes nocte ,11a.... Stc autem eumedet.s ilium : reues ve.tro, »ccinBetis e calceamenta habebms iu pedibus, teueutc, baculos iu manibus et comedet,, festmauter; es, euim Phase (id est, transitas) Domini. Et transibo per terram Ægypti „„cte ilia, percutiamqu, omuc pnmogenitum m terra Ægypti ,b ho, aine usque ad pecus e, iu
ÆeyP“ f""m ' ’ ■*° ■— mine !” “u°™ “* T‘ibus critis. Et videbo san-
PLANCHE PREMIÈRE
« distinguer dans les maisons que vous habiterez. En le voyant, je vous laisserai sur mon passage, et .< le coup de la mort ne vous atteindra point quand je frapperai l’Egypte. Pour vous, consacrez le soute venir de ce jour, et faites-en à jamais pour la postérité une solennité du Seigneur. »
A Chartres, les situations respectives de ce tableau et du précédent, ainsi que leur composition, sont à peu près les mêmes qu’ici. La scène de l’agneau pascal y réunit également deux faits : l’agneau immolé, et la porte marquée de son sang. La croix de Saint-Bertin y ajoute une troisième circonstance : celle des Israélites dans l’attitude d’un départ. Ils sont là, debout et le bâton à la main, se préparant à manger la pâque, comme des voyageurs qui se hâtent, selon l’ordre intimé à Moïse (1). Et pour faire ressortir ces trois représentations, chacune d’elles est distinguée par une inscription. Audessus de l’agneau égorgé : Mactatio agni; près des Hébreux, sur une ligne verticale à la manière byzantine : Hoc est phaze; au-dessus de la maison : Signtjm tau (sic).
Ici l’unique inscription porte : Scribe thau; paroles empruntées à un autre endroit de l’Ecriture sainte, où Ezéchiel nous montre un envoyé de Dieu marquant de la lettre thau le front des vrais fidèles que veut épargner le Seigneur dans l’accomplissement de ses vengeances (2). Rien, ni dans l’Ecriture, ni dans la tradition, n’établit clairement que la marque tracée sur les portes des Hébreux, avant le passage de l’ange exterminateur, dût avoir la forme d’un T. Toutefois, si l’on voulait que ce fût un thau, on trouverait à peu près celui de l’alphabet hébreu proprement dit(n), en supposant que les deux montants de la porte et la traverse supérieure aient dû être frottés du sang de l’agneau dans toute leur longueur. Mais ici, quoi qu’il en soit du fondement de cette opinion, il faut supposer l’emploi de l’alphabet samaritain, où le thau correspond beaucoup plus à la forme de croix telle qu’on la retrouve dans le T des Grecs et des Latins (3).
L’agneau est égorgé près de la porte, dans les trois monuments que nous avons comparés jusqu’ici. Cette idée semble avoir été dictée aux artistes par les expressions qu’emploie Moïse, en répétant aux Hébreux les ordres du Seigneur (4). On pourrait penser aussi avec quelque droit qu’ils traçaient leurs cartons sous l’influence des écrits de saint Augustin, lequel développe les paroles de Moïse (5). Toutefois, saint Augustin offrait deux manières d’imaginer le fait; mais les artistes de Bourges et de Chartres ont supposé que l’écrivain et celui qui immolait la victime étaient deux personnages différents. Le premier, dans les deux verrières, paraît avoir été désigné à dessein comme un homme vénérable; barbu, revêtu d’une robe plus longue et plus ornée, la tête couverte : on peut le prendre, sinon pour un docteur de la loi, du moins pour le père de famille. Dans la croix de Saint-Bertin, l’agneau, déjà égorgé, est abattu sur le seuil en dedans de la porte, et celui qui trace le thau peut être supposé celui-là même qui vient de le frapper. Il est imberbe, et en costume de voyage comme les autres : là, d’après la lithographie publiée par M. du Sommerard, il semble écrire avec une plume; mais ici, nous
(1) Exod. t. c., v. ii.« Voici comme vous le mangerez {l'agneau pascal ) : vous ceindrez vos reins , vous aurez les pieds chaussés ; et, le bâton en main, vous hâterez votre repas, car c’est la Paque {Phase, pesahh, phaskha), c'est-à-dire, le passage du Seigneur. »
(2) Ezechiel, IX, v. 3, 4- » Et voeavit ( Dominus ) virum qui iudutus erat lineis, et atramentarium scriptoris habebat in lumbis suis. Et dixit Dominus ad eum : Transi permediam civitatem in medio Jérusalem ; et signa thau super frontes virorum gementiurn et dolentium super cunctis abominationibus quæ fiunt in medio ejus. »
Ce passage d’Ezéchiel est l'objet de l’un des émaux qui ornent la croix de Saint-Bertin. A Bourges, on s’est contenté d’y faire allusion par l’emprunt des deux mots qui forment la légende; et à Chartres, où ce fait pourrait bien avoir été représenté, on n'en voit plus aucun vestige.
On excusera sans doute les longueurs où nous entraîne le soin de constater les sources de ces tableaux, et les idées de symbolisme qu’y attachait le moyen âge, quand on pensera qu’un homme du mérite de M. Alexandre Lenoir a cru reconnaître la consécration d'uu évêque dans une représentation de cette vision d'Ezéchiel. Cs. Monuments des arts en France , ou bien, Atlas de X Histoire des arts en France , pl. 3q.
(3) On en trouvera d’absolument cruciformes , dans les ouvrages qui traitent de la paléographie phénicienne ou samaritaine. Cs.
Velasquez, Ensayo sobre los alphahetos de las letras desconocidas, etc. Madrid, 1752, pl. 3, 4 ■ — Gesenius, Monum. Phœnicia, pl. 1 — 3, 5, 1 3 , 20, etc. Le savant Paquot, avec son érudition ordinaire, a réuni plusieurs témoignages à ce sujet dans ses notes sur Molanus, de Historia ss. imaginum, lib. IV, c. 5. Nous donnons diverses variétés de ce type dans la première planche d'étude.
(4) Exod./. c. , v. 21 —23. « Voeavit autem Moyses omnes senioces filiorum Israël , et dixit ad eos : Ite tolleutes animal per familias vestras,et immolate Phase. Fasciculumque hyssopi tingite in sanguine qui est in limine , et aspergite ex eo superliminare et utrumque postem.... Transibit enim Dominus percutiens Ægyptios : quumque viderit sanguinem in superliminari et in utroque poste, transcendet ostium domus; et non sinet percussorem ingredi domos vestras et lædere. »
(5) Augustin. Quœst. in Exod., lib. II, qu. 4b- Opp. ed. BB. , t. III, P. I, p. 434- ,c Quid est quod ait : Accipietis autem fasciculum hyssopi, et tingentes ex sanguine qui est juxta ostium, linietis super lirnen et super ambos postes? Quæritur enim quem sanguinem dicat juxta ostium, quum illius agni utique velit intelligi sanguinem , cujus immolation e fit Paseha. An eo modo consequenter præcipit, quamvis hoc tacuerit, ut idem agnus juxta ostium occidatur? An , quod est credibilius, ideo dixit : Exsanguine qui est juxta ostium, quia scilicet ille qui liniturus est super limen et postes , vas ipsum in quo sanguinem excepit juxta ostium posit unis est , ut ad manum habeat quando tingit. »
VITRAUX DE BOURGES
ne saurions dire s’il tient précisément une plume, ou quelque chose qui rappelle le bouquet dhysope dont parle Moïse. Du reste, les trois représentations s’accordent à placer dans la main gauche de 1 ecri vain un petit vase à peu près hémisphérique, tandis que le sang de 1 agneau coule dans une coupe placée à terre.
A GAUCHE DE LA SCÈNE PRÉCÉDENTE. — ÉLIE ET LA VEUVE DE SAREPTA (i).
6. «Le Seigneur se fît entendre à Élie, et lui dit : Quitte ce lieu, et va dans le pays de Sidon, à « Sarepta. Tu t’y arrêteras, car là est une veuve que j’ai chargée de te nourrir.
« Il se mit en marche vers Sarepta. Et comme il allait entrer dans la ville, une veuve se trouva là « qui ramassait du bois. Il l’appela et lui dit : Donnez-moi un peu d’eau dans un vase pour me désaltérer.
«Et pendant qu’elle allait en chercher, il lui cria en la rappelant : Apportez-moi aussi, je vous prie, « une bouchée de pain dans votre main.
«Elle répondit : Votre Dieu m’est témoin que je n’ai point de pain; mais seulement dans un vase « autant de farine que peut en contenir le creux de la main, et quelque peu d’huile dans une am- « poule... Vous le voyez, je ramassais deux morceaux de bois, pensant, à mon retour, préparer à man- « ger pour moi et mon fils, et puis mourir.
«Élie lui répondit : Soyez sans crainte, etc.»
Élie, facilement reconnaissable d’ailleurs, est encore distingué par l’inscription Magnus Eltas, qu’il porte sur une banderole. Parallèlement au cordon qui circonscrit immédiatement le médaillon, la désignation du trait biblique se complète à gauche par ces autres mots : Mulier legens ligna. De même qu’Isaac portait le bois de l’holocauste en forme de croix, les deux morceaux de bois dont il est question dans la réponse de la veuve, figurent également une croix sur les trois monuments que nous comparons (2); mais le vitrage de Bourges est le seul où ce soit une croix à angles droits. Celui de Chartres et l’émail de Saint-Bertin adoptent une croix où les deux parties se rencontrent et se coupent
obliquement en croix de Saint-André. Chartres adopte pour toute légende : Helias propheta Duo ligna.
L’émail de Saint-Bertin, malgré la petitesse de l’espace, admet plus de paroles. C’est, à deux angles opposés du parallélogramme qui renferme la scène : Helias— Duo ligna; puis, dans un cartouche que tient le prophète : Affer. michi. bucellam. panis(3).
L’enfant de la veuve n’a. trouvé place dans cette scène qu’à Bourges (4). Et c’est avec une singularité qui montre de plus en plus combien notre artiste veillait à la valeur de ses moindres expressions, en même temps qu’il embrassait dans sa fière composition un ensemble vaste et majestueux. Cet enfant, pour rappeler d’avance que le prophète lui donna plus tard une nouvelle vie (5), est représenté avec deux têtes. En outre, sa robe est verticalement mi-partie de deux couleurs. Une de ces teintes
(1) ILI Reg. XVII, 8— 13. « Factus est ergo sermo Domini ad eum (E liant), dicens : Surge et vade in Sarephta Sidoniorum, et manebis ibi ; præcepi enini ibi mulieri viduæ ut pascat te. Surrexit et abiit iu Sarephta. Quumque venisset ad portant civitatis, apparuit ei mulier vidua colligens ligna; et vocavit eam, dixitque ei : Da milii paululum aquæ in vase ut bibam. Quumque ilia pergeret ut afferret, clamavit post terguni ejus, dicens : Affer milii obsecro , et buccellam panis in manu tua. Quæ respondit : Vivit Dominus Deus tuus , quia non habeo panem , nisi quantum pugillus capere potest farinæ iu hydria , et paululum olei in lecy tho. En colligo duo ligna , ut ingrediar et faciam ilium mihi et filio meo, ut comedamus et moriamur. Ad quant Elias dixit : Noli timere, sed vade.... »
(2) On entrevoit sans peine dès maintenant, à ce trait de symbolisme ainsi répété avec une sorte d'affectation, que la croix de Jésus-Christ est le lien commun de ces divers tableaux. Je suis bien aise que le lecteur me prévienne dans cette remarque; et il me permettra d'en prendre acte, pour autoriser plus tard à ses yeux des interprétations qui ne seront ni plus ni moins étranges,
dont il pourrait être tenté de se défier.
Qu il soit possible de qualifier d'une manière plus ou moins désobligeante ou dédaigneuse cette façon d'interpréter la Bible
cest ce qui est clair. Que ce .oit plausible, ceci pourrait être l objet d une discussion. Mais évidemment il ne s’agit point ici de. loi, absolue, de l'exégèse biblique. Ko», avons à expliquer des monuments eeclé.iastique. du moyeu Age ; et c'est sans coutred.t aux idée», aux doctrines d'alors, qu'il appartient de non, en donner 1 intelligence. L'appréciation de la marche qu'on » .u.v.1, peut trouver plaeeaprè, le soin de découvrir cette marche elle-menie et de la constater. Mais c'est une question secondaire ,
lient ’ qU' ‘ ^ k *“ ‘ P-ur 1=
(3) Je ne transcris pas avec un soin diplomatique, n'ayant pa. tu 1 original .ou, les yeux. J'ignore par conséquent si je 'ponrnis
Tu dt" 1 7 ~ ‘dhographie exécutée elle-mtt d'après
un dessin , loin du monument original
1 trois monuments dontf faiTid'la S em^rasseut uniquement
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PLANCHE PREMIÈRE. 7
est celle des vêtements de sa mère; l’autre, celle de droite (à gauche du spectateur), est celle de la robe d’Élie(i).
§ IL ZONE CENTRALE. PETIT MÉDAILLON AU MILIEU DU GRAND AXE DE LA VERRIÈRE. JÉSUS -CHRIST MORT SUR LA CROIX.
7. Plusieurs remarques qui se présenteraient ici, trouveront place plus à propos dans le détail d’un vitrage qui doit nous occuper postérieurement. Contentons-nous de noter cette fois les deux figures allégoriques qui se tiennent debout près de la croix. Elles n’ont pu manquer d’être reconnues sur-lechamp par ceux qui ont fait une étude un peu sérieuse des monuments du moyen âge. C’est la Synagogue et l’Église; ou, pour parler comme nos pères : la vieille Lôy el la Loi / nouvelle. Ces personnifications, plusieurs fois adoptées par la sculpture, ont été surtout un thème de prédilection pour les miniateurs. Et il est tel manuscrit de la bibliothèque royale qui les prodigue avec une profusion infatigable (2), mais aussi quelque peu fatigante.
Çe n’est pas que l’imagination n’eût une certaine liberté dans le développement de ce type. Le fonds généralement adopté était de donner à la vieille Loij l'aspect d’une reine dépossédée, et privée de l’usage des yeux. Au contraire, on personnifiait la Loy nouvelle, ou l’Église, sous la figure d’une souveraine glorieuse et triomphante. De là certains éléments constants comme forme ■primitive, sous toutes les modifications des variétés diverses. Ainsi, la Synagogue paraît presque toujours les yeux couverts d’un bandeau, et penchant la tête d’où sa couronne se détache et tombe. Communément elle n’a point de manteau; et il est assez ordinaire de lui mettre en main (à droite, ce me semble) une bannière (ou guidon) brisée en deux ou trois endroits de la hampe (3). Parfois cette lance brisée n’a point de bannière; mais je ne me souviens pas d’avoir jamais vu cette bannière sans pointe (4)- Il me semble qu’elle en a le plus souvent deux, mais ici, c’est trois. L’espèce de tablette qui porte son nom : Sinagoga. (sic) , n’est pas seulement un cartouche parlant, mais le texte de la Loi divine qu’elle laisse échapper dans son aveuglement. Cette intention est rendue plus sensible, quand on reconnaît ailleurs les deux tables de la loi qui tombent de ses mains, ainsi que le montrent nos planches d'étude.
L’Église, voilée et couronnée, n’a ici d’autre distinction que la coupe ou le calice dont elle se sert pour recueillir le sang de J. C. Au portail sud de Strasbourg, comme dans beaucoup d’autres reproductions de ce type, elle tient en main le calice de l’autel que surmonte une hostie. Mais c’est tou-
( 1 ) Que la gauche représente assez communément la vie présente, dans le système de symbolisme adopté par le moyen âge, tandis que la droite indique la vie future, ce pourrait être l’objet d’un développement curieux; mais, encore une fois, cette classe d’observations , entre autres , sera réservée pour la fin.
(2) M. Paulin Paris l’a déjà fait observer pour la Bible moralisée , dont la notice se trouve dans son deuxième volume des Manuscrits français de la bibliothèque du roi, p. 1 8 et suiv. Mais la multiplicité de ces reproductions n’est point suffisamment rachetée dans le manuscrit par la variété du symbolisme. En sorte que , malgré la perfection de la miniature, il résulte bientôt de cette répétition une espèce de satiété.
On peut, du reste, sans recourir à la bibliothèque royale, prendre quelque idée du faire de ce manuscrit dans la gravure du dessin qui lui sert de frontispice. Elle a été publiée parmi les Notices et extraits des manuscrits... , t. VI, p. 1 24. Et parmi les statuettes qui sont censées couronner le cabinet de Saint-Jérôme, on trouve déjà une figurine représentant la vieille Loy. Comme elle domine précisément l’arcade sous laquelle est placé le saint docteur, il est probable quelle y fait allusion aux études hébraïques de saint Jérôme , et à ses ouvrages sur l’Ancien Testament. Rien n’indique qu’on ait songé à y représenter l’Eglise, qu’il est ordinaire de placer én regard : peut-être aussi qu’on l’aura crue suffisamment figurée par le grand interprète de l’Ecriture sainte, qui prit aux Juifs le texte de la loi, pour en faire connaître le vrai sens , dont ils étaient déshérités. Les planches d 'étude, que nous joignons à notre ouvrage, reproduisent d’autres détails de ce même manuscrit.
(3) On sait que la bannière ( bandum , vexillum , bannum, banderia , bandiera , bandora , baneria , etc., etc.), ou bannièrelance , était un signe de haute distinction parmi les chevaliers. Le banneret (banneretus , vexilùfer , vexillarius, bannarius, banderarius , bannevelius ) était censé posséder au moins quarante arpents de terre, et pouvoir conduire à la guerre cinquante hommes d’armes pris parmi ses vassaux. Cs. du Cange, Glossarium ( ed. Carpentier ) , passim.
(4) Cette pointe ( point , queue ) retranchée au pennon , conférait au banneret arrivé à ce degré le droit de prendre rang immédiatement après les barons, d’après le texte cité par de Laurière ( apud du Cange , verbo Bannereti ). Cela s’appelait : faire de pennon , bannière. Cependant il faudrait constater l’époque de cette coutume; et la distinction quelle établissait ne- me parait pas avoir été admise par les vitraux dont nous avons à nous occuper dans ce volume, ni par des monuments à peu près contemporains. Dans les miniatures du poème de Motibus siculis (Bâle, 1746), la bannière que lève le duc Roger se termine par une longue queue flottante en forme de flamme (pl. 2); et l’étendard porté devant l’Empereur, lorsqu'il entre à Rome (pl. 5), est bifurqué comme une oriflamme.
Dans XHortus deliciarum , on voit des pennons sans queue (de véritables bannières), d'autres à deux et à cinq queues, mais tous aussi roides que celui du vitrail de Bourges; tandis que dans les miniatures du poème cité tout à l'heure, la draperie annonce une certaine flexibilité, et flotte assez librement.
proclament que le sang du Fils de Dieu est à la fois la source des grandeurs de l’Église et le motif des malheurs de la Synagogue. L’expression du second vers prend une autre forme à Chartres, où la Synagogue, détournant la tête comme ici, reçoit en même temps aux yeux un trait que lui décoche un archer de Satan.
Ajoutons, sans prétendre épuiser la matière, que l’Église porte communément dans sa main droite une longue croix pastorale ( croix de procession, comme on dit). A Chartres, cette croix, ordinairement caractéristique de l’épiscopat, porte le voile ( vélum, , sudariwn, orarium, pallium ) suspendu à la partie supérieure de la hampe. Nouvelle preuve, entre autres, du peu de fond qu on doit faire sur les monuments pour obtenir par cette voie, dans l’iconographie, une vraie distinction entre les prélats séculiers et les réguliers (2). A Chartres encore, la main gauche de la figure qui représente la nouvelle Loi soutient, au lieu de calice, une petite église (ou modèle d’église), forme adoptée souvent par d’autres artistes dans la reproduction de ce type. Parfois, au contraire, c’est la figure qui se trouve placée dans une espèce d’église, sous une édicule ogivale que supportent des colonnettes, en manière de chapelle percée à jour.
L’Église apparaît avec des attributs bien plus nombreux, et même avec un cortège, dans quelques monuments écrits, sans que la Synagogue y acquière rien de nouveau. Une contestation entre les deux Lois (3) nous les dépeint ainsi l’une et l’autre.
3'ai .1. songe songié mrrvctlUr à bfvtse. ilolc;=vous que mon songe nous eselere et bcvisc ?
3e solfiai que .11. hautes ont rontenron emprise : iT une est la ôinagoguc et l’autre ert sainte IJglise.
5Uncois que îles .11. tînmes plus parole façon , bous btrai îre rljaseune la forme et la façon :
Sainte IJglisc est vermeille, blanclje comme .1. glaçon;
«toutes autres figures vers la seue rffnçon.
<Quc fatsoit sainte IJglise , seignor, or écouté; :
.1. cljalirc tenoit, «Je ce point ne boute;
©ù It sans 3l;esucrist oermaur ert bégoutte;
Du côté où li glaive li fut mis et boute;.
D’autre part tint . 1 . glaive (4) et une blanclje enseigne.
.m. do; agu; y ot, mon songe le m'enseigne,
©t une croi; vermeille plus que plaie qui saingne :
(Ên mémoire be celc est brois que l’en se scigne.
(1) Grandidier, Essais ... sur l’église cathédrale de Strasbourg, liv. IL, chap. 3.
(a) Si quelqu’un trouvait que c’est rompre bien brusquement après ce seul mot, sur un fait curieux du costume ecclésiastique. je le prierai d’observer que les vitraux de Chartres ne font point le sujet de ce travail. Je ne leur emprunte que ce qui peut contribuer à développer mon sujet, ou autoriser mes interprétations. Tout autre détail serait au moins inopportun, puisque le gouvernement a publié sa détermination de faire décrire dans une monographie modèle, cet admirable monument.
(3) De la desputoison de la Synagogue et de Sainte Église, petit poème français extrait d’un manuscrit de la bibliothèque du roi, par M. Achille Jubinal. Cs. Mystères inédits du quinzième siècle, t. II, p. 404.
J avais déjà terminé ces divers détails, lorsqu’il m’est venu eu pemée que je pourrais bien rfétre pas compris par quelques lecteurs. J avais supposé, trop gratuitement peut-être, que le catéchisme, base préliminaire Je tonte recherche sur les monuments chrétiens, était généralement connu. Aujourd'hui je soupçonne que bien des gens pourront ignorer ce que veut dire cette réunion de 1 Eglise et de la Synagogue au pied de 1, crois. Je ne reviendra, cependant point sur mes pas à présent; d'autant que ce sujet sera suffisamment développé, ce me semble, dans ce que aurons a dire plus tard an snipt rl«c , ,