‹ Monographie de la cathédrale de BourgesChapitre 70 sur 94 · SAINT DENIS · texte numérisé non relu

SAINT DENIS

162. Les paroles de l’abbé Hilduin, placées en tête de cet article, montrent que, dès le ixe siècle, on avait contesté l’aréopagitisme de saint Denis de Paris, et que les expressions acerbes n’étaient pas épargnées dans cette discussion. Pour moi, je prends le fait comme il est présenté par l’artiste de Bourges, qui embrassait évidemment le parti de l’aréopagitisme. Il avait l’immense majorité de ses contemporains, et des hommes fort distingués ont pensé comme lui à des époques où certainement l’on entendait quelque chose aux études historiques. Mais notre parti pris de ne point insister longuement sur les légendes, doit faire deviner d’avance que nous nous en tiendrons au rôle d’interprète.

Pour commencer par le pied du vitrail tel que nous l’offre la planche lithographique, j’éprouve quelque embarras à prononcer sur le sens de ces deux médaillons, où un évêque congédié par un autre, semble se mettre en voyage avec une suite simple et peu nombreuse. Si quelque chose pouvait m’assurer qu’il fût là question de saint Denis, je n’hésiterais guère à dire qu’on a voulu peindre l’instant où, se rendant à Rome (4), il vient de se donner un successeur sur le siège d’Athènes. Mais peut-être aussi cette scène a-t-elle été primitivement comprise dans la lancette A; et elle pourrait alors s’expliquer par l’expulsion de saint Brice, que les habitants de Tours chassèrent de leur ville, en lui substituant un certain Justinien (5). Du reste, je ne m’oppose point à ce qu’on y voie saint Denis détachant quelqu’un de ses compagnons pour fonder d’autres chaires épiscopales, comme saint Rieul, saint Saintin, saint Lucien, etc. (6).

Après avoir signalé à tout hasard ces peintures, dont la signification et la destination premières ont quelque chose de fort douteux, nous ferons la revue des autres, en suivant l’ordre des faits tel que l’expose la légende.

(1) Sulpic. Sev., Dialog. II, cap. 4(p- >06).

(■2) Il ne faut pas s’étonner de l’affection avec laquelle le peintre a traité ces derniers tableaux. Sulpice Sévère en donnait l’exemple (ep. ad Bassul., p. 57, sq.) dans ces paroles que le bréviaire lui a empruntées en partie : . Martino divinis plauditur psalmis,

Martinus hymnis cœlestibus lionoratur. . . Mar t inus, hic pauper et raodicus, cœlum dives ingreditur. Etc. »

(3) On n’en saurait citer de plus illustre exemple que l’autel d'or de Wolvinius à Milan. M. du Sommerard a reproduit ce beau monument dans son Album des arts au moyen âge, 90 série, pl. XVIII.

(4) Pass. ss. Dionysii, ap. Sur., n° 17.

(5) La légende de saint Brice, successeur de saint Martin dans l’épiscopat, sert ordinairement d'appendice complémentaire à l’histoire de saint Martin lui-méme; et le peintre verrier de Bourges avait certainement adopté cette addition , comme le montre un médaillon conservé jusqu’aujourd’hui, mais actuellemeut perdu dans une rose, et qui représentait le sacre ou l'intronisation de saint Brice. L'inscription s. Briccius n’y permet aucun

Brice avait fait partie du clergé de saint Martin, et Jacques de Varazze semble le confondre avec l'archidiacre dont nous avons

eu occasion de connaître la rudesse (Cs. n" 161, p. a53). Violent et frondeur, il avait souvent témoigné du mépris pour le thaumaturge, et plusieurs fois on avait conseillé à saint Martin d’éloigner ce caractère difficile. Pour lui, se refusant toujours à sévir contre Brice, il prédit que cet homme deviendrait son successeur, et que Dieu prendrait soin alors de lui faire expier ses brusqueries. C’est ce qui arriva, en effet; après plusieurs années d'épiscopat, une calomnie ameuta le peuple de Tours, qui choisit un nouvel évêque, et força Brice de prendre la fuite. Celui-ci quitta la ville, en reconnaissant que Dieu punissait sa conduite envers son saint prédécesseur, et il ne put rentrer en possession de son siège qu’après sept ans d'exil. Cs. Sulpic. Sever., Dial. III, cap. i5 (p. 144, sq.). — Gregor. Turon., Hist. Francor., libr. II, cap. 1; et libr. X, cap. 3i (p. 41—44, 5i8, sq.). — Etc.

On voit que l’histoire de saint Brice complétait tout naturellement l’histoire de saint Martin; elle était une preuve de l’esprit de charité et de prophétie qui avait animé ce grand homme. Aussi, dans une des roses de la Pl. XXVIII, nous trouvons saint Martin et saint Brice réunis en un même panneau, comme s’entretenant ensemble.

(6) Hincmar,, epist. de s. Dionys., ap. Sur., I. cil., n" 4. — AA. SS .,octobr. t. IV, p. 771—774, 792, 793. — Cs. Halloix, Vit. s.

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