‹ Monographie de la cathédrale de BourgesChapitre 76 sur 94 · PLANCHE QUATORZIÈME. — SAINT LAURENT ET SAINT VINCENT · texte numérisé non relu

PLANCHE QUATORZIÈME. — SAINT LAURENT ET SAINT VINCENT

ss-h::::

177. Je ne sais qui, ou plutôt je ne sais combien de fois, et par combien d’organes, certaine philosophie de l’art a blâmé fort magistralement les représentations de tortures dans les églises C’était d.sa,t-on s’écarter tristement des modèles qu’avait chéris le christianisme primitif, et alimenter, sous ombre de religion, des instincts sauvages, que l’on ne saurait assez comprimer. Doléances d’une philosophie bien tendre! Mais les philosophes que leur sensibilité a entraînés dans ces considérations lamentables, eussent dû songer que, comme il est un rire aux larmes, il est aussi une sorte de pathétique qui prête à rire. Est-ce que, par hasard, ils auraient ignoré que ce sont les victimes, ici, qui sont offertes a l’admiration des peuples? Quand le patient est présenté comme un objet d’horreur, et que les rigueurs du supplice sont étalées sous la forme d’une justice sévère qui vise à obtenir l’adhésion de la foule, que l’on désire alors un adoucissement dans cet appareil des vengeances publiques, de crainte que le témoin ne s’associe trop vivement aux sentiments farouches du bourreau; passe! Je n’adople cette these, ni ne la repousse; je l’écarte seulement, attendu qu’il ne s’agit pas de cela. Mais il ne faut pas être sentimental jusqu’à bannir la pensée, ou même le spectacle de l’héroïsme par égard poulies constitutions nerveuses. En outre, lorsque, se réclamant de l’antiquité chrétienne, on vient nous parler du Bon Pasteur ou de l’Orphée des catacombes, par exemple, pour nous persuader l’emploi exclusif des douces peintures et des tableaux purement gracieux, c’est cumuler une fausse assertion en fait d’histoire avec une fausse analogie en fait de raisonnement.

Quand il serait vrai que les premiers âges de l’Église se fussent interdit les représentations de tourments, et que les rudes parois des catacombes n’eussent été tapissées que d’albanes, qu’en pourraiton conclure? J’ai déjà fait entendre (1) ce qu’il y a de légèreté ou d’affectation dans ces appels à la primitive Église; mais y aurait-il vraiment lieu de recourir à ce patronage contre les peintures de martyres? Tant que la paix n’était pas venue clore l’ère sanglante des grandes persécutions, il est bien clair que le nombre des sujets aujourd’hui exploités par l’art devait être beaucoup plus restreint, puisque quantité d’illustres martyrs vivaient encore, ou même netaient pas encore nés. Ainsi, les victimes de la persécution de Dioclétien ou de Galère ne pouvaient évidemment être exposées aux regards des fidèles contemporains d’Aurélien ou de Dèce. Sur ce point on n’exigera pas de longues preuves, sans doute. Donc, premièrement, le choix des sujets étant renfermé dans un cercle bien moins étendu, et qui va toujours se resserrant à mesure que l’on remonte vers le premier martyr, saint Étienne; les lieux, d’ailleurs, où il était possible de les reproduire étant extrêmement rares, et très-peu de monuments chrétiens antiques ayant pu arriver jusqu’à nous, il serait sage de ne pas trop agrandir les conséquences auxquelles sembleraient prêter ceux qui nous restent.

Et puis, quelle différence entre ces temps et les nôtres, quant aux motifs qui pourraient inspirer l’adoption ou l’interdiction de ces spectacles! Du temps que sur les places publiques apparaissaient chaque jour, pour ainsi dire, les supplices réels, qu’avait-on besoin de rappeler aux témoins de ces affreuses tortures les rudes combats des athlètes chrétiens? L’appareil officiel des tourments dans toute leur horrible réalité, suffisait certes à montrer aux disciples de Jésus-Christ leur destinée probable; et les modèles vivants étaient assez répétés pour animer leur courage. C’est alors qu’il y aurait eu vraiment danger de rendre le chrétien farouche, si, rentrant de l’arène où il avait vu ruisseler le sang de ses frères, du tribunal où il avait respiré l’odeur des chairs brûlées, et entendu les imprécations

(1) N° 36 (p. 59—61), etc.

VITRAUX DE BOURGES

sauvages d’un juge qui ne se trouvait pas assez compris par la férocité des bourreaux; si, au retour de ces scènes barbares, dis-je, il eût encore retrouvé devant ses yeux ce dont son imagination était nécessairement obsédée. Sous la compression d’une si odieuse tyrannie, sans cesse présente à leurs regards, comment les fidèles eussent-ils pu résister à cette exaltation fébrile qui fait dévier les courages, en les poussant aux résolutions extrêmes? Plus les peines d’esprit et de cœur étaient poignantes, plus le despotisme était odieux, plus aussi, par là même, il convenait aux guides du troupeau de dériver les sentiments et les pensers vers les objets d’amour et de consolation; de même que l’écuyer habile sait calmer par des caresses le coursier ardent dont il voit l’œil prendre feu. De ce point de vue, qui est incontestablement le vrai, on s’explique pourquoi l’art des catacombes chérit tout particulièrement les images riantes et propres à épanouir doucement les âmes. Mais il faut se déplacer si l’on veut apercevoir un autre horizon.

Cette sainte paix, ce baume bienfaisant que les docteurs chrétiens versaient alors si volontiers dans les âmes — et il ne faut pas oublier que l’artiste religieux doit absolument tenir du docteur (i), — • c’était pour chaque fidèle un avant-goût du repos qui l’attendait au terme de sa dure carrière; et, pour l’Eglise elle-même, comme un pressentiment des temps plus calmes où elle était destinée à recueillir paisiblement le fruit de ses pénibles semailles. Plus tard, d’autres âges ont besoin d’un enseignement plus approprié à un monde qui a changé de face. Car, comme il faut une main douce pour plier et assouplir le cheval ombrageux qu’un écart peut jeter hors de la voie, il faut aussi que l’éperon pressant sollicite la lenteur de celui qui risque de s’accoutumer au repos. Si donc l’Eglise fut très-sage d’offrir surtout aux premiers chrétiens la consolation et la joie de l’espérance durant leurs cruelles épreuves, la même sagesse voulait que plus tard elle portât d’un autre côté sa sollicitude. Lorsqu’une paix extérieure, à peu près constante, menaçait d’assoupir les âmes, il convenait désormais d’aiguillonner la foi trop calme, peut-être, du chrétien, par le souvenir vivement renouvelé de ce qu’avait coûté cette foi à ses pères (2).

Ainsi, ni le petit nombre de ces austères enseignements au premier âge du christianisme, ni leur multiplicité par la suite, ne devraient nous étonner. Mais que ce soit pourtant une invention moderne, et que les siècles des Pères aient écarté ces tableaux des assemblées ecclésiastiques, c’est ce qu’on ne saurait soutenir sans recevoir les démentis bien formels que proclamerait la voix de ces grands témoins. Je laisse de côté les catacombes, m’étant imposé de ne point mêler leur langage à celui des temps qui m’occupent dans cet ouvrage; mais sitôt que les persécutions ont fait cesser le spectacle vivant du martyre, nous le trouvons rappelé par toute la puissance d’évocation que possédait l’art. Prudence, saint Astère et saint Basile nous en seront des garants (3) assez graves pour attester l’ancien

(1) Cs. nM i43, 100, 99, 98, 57, 25 (p. a38, 181, 180, 177, 110, 35), etc.

(2) C’est bien ainsi que l'entend le moine Théophile ( Divers . art. sched., Prolog., libr. III; ed. C. de l’Escalopier, p. 123), et précisément en faisant allusion aux vitraux, si je ne me trompe. »Si ... conspicatur fidelis anima. . . . quanta sancti pertulerint in suis corporibus cruciamina, quantaque vitæ æternæ perceperint præmia conspicit, vitæ melioris observantiam accipit. » Pensée tout à fait conforme à celle que rapporte Jacques de Varazze, quand il aborde l'histoire de saint Vincent : «Ut cum omnibus erroribus, amoribus et timoribus vincatur hic mundus, sanctorum martyria docent et docuerunt. »

(3) Prudent., Peristephan. IX, v. 5, sqq. (p. io5i, sqq.; t. II).

« Stratus liumi ttimulo advolvebar qucm sacer ornât Martyr dicalo Cassianus corpore.

Dum lacrymans mecum reputo mea vulnera, et omnes Vitæ labores,ac dolorum acumiua;

Erexi ad ccehlm faciem , stelit obvia contra

Fucis colorum picta imago martyris :

Plagas mille gerens, lotos iacerala per arlus,

Ruplani mmutis prafevens pmiclis cutem.

Innumeri circum pucri, niiserabile visu!

Confossa parvis rnembra figebant stilis.

Ædituus consullus ait : Quod prospicis, bospes,

Non est inanis aut anilis Tabula.

Historiam pictura relert, etc., etc.»

Id., Per/stepk.yX I (de pass.s.Hippolyt.),v. 123, sqq. (p. 1175, sq.).

« Excmplar sceleris panes liabet il lu us, in quo Multicolor fucus digerit omne nefas :

Picta super tumuluin species liquidis vigel umbris,

Rorantes saxorum apices vidi, oplime Papa,

Purpureasque notas vepribus imposilas.

Docta manus virides imitando edingere durons,

Cernere erat, ruptis compagibus, ordine nullo Membra per incerlos sparsa jacere situs.

Etc.»

Voilà, ce semble, d'horribles supplices peints dans toute leur crudité, longtemps avant le Ménologe de l'empereur Basile. Cs. Arevalo, Not. in Peristeph. hjmn. II, p. g32, 936,937.

Basil. M., Homil. 17, in Barlaam (t. II, 141) : ÂvâtrnjTs jzot v&v, m Xa|ercpol. . . Çoqpœooi. . . ÈyypaçÉcOtü tm tovojm zal b... àywvoôéTiiç Xpttrrie. Je sais que Combefis a prétendu n'apercevoir ici qu'une figure de rhétorique et un simple appel aux orateurs. Il m'est impossible de trouver cela convaincant, et de n'y voir tout au moins une allusion irrécusable à l’usage de peindre les combats des martyrs. Ce qui peut rassurer dans cette diversité d’opinion, c'est que le septième concile général (IIe de Nicée, A. 787) a cité ces paroles de saint Basile, entre autres, comme formant une preuve imposante en faveur des saintes images. Cs.Concil. Nie. Il, «et. 4 (Coleti, t. VIII, p. 919).

Cs. Aster. Amas., de s. Euphemia (ap. Coleti, ibid., p. 855—859; et ap. Ruinart, AA...MM.sincera, ed. Amstel., 1713, p. 490, sq.). — Greg. Nyssen., de s. Theodoro (ap.Ruinart, ed.cit., p. 482).— Etc.

(1) Gregor. M. Responsorial. (ed. Paris., t. III, 812 — 8x4). — Leon. M. serin. LXXXY (al. 83) in Nat. s. Laur. (t. I, 338, sq.). — Maxim. Taurin., ho mil. LXXIV — LXXVI(p. iZ-j — î44)- — Petr. Chrysol., serm. C XXXV. — -Ambros., de Ofjic. ministr. , libr. I, cap. 4i ( t- II, 54 — 56); et alib. passim. — Etc. Il importe donc assez peu, quant au fond des choses, que nous ne possédions plus les actes primitifs de saint Laurent, puisque saint Ambroise, par exemple, les avait eus sous les yeux. Si je n’indique pas Prudence, c’est qu’il 11’est presque pas permis d'ignorer quels chants il a consacrés à la gloire de saint Laurent.

(2) Un petit poëme français (Bibl. du l\.,/onds S.-Germain, i856, fol. 2 v°) du moyen âge suppose que le pape réunit les principaux dignitaires de l'Eglise romaine pour prendre congé d'eux avant que le tyran l'eut fait saisir. Il n’y a là rien que d’extrêmement probable; la teneur des édits publiés par Valérien devait faire comprendre au saint pontife que la persécution allait frapper surtout les pasteurs. Mais le peintre-verrier de Bourges pourrait bien s’être borné à reproduire les adieux de saint Laurent au pape, tandis que ce dernier était conduit au supplice ou à la prison. Cependant, le bréviaire, qui devait tout naturellement guider l'artiste du xm" siècle, montre saint Laurent comme ayant déjà distribué les richesses confiées à ses soins, lorsqu’il court audevant de saint Sixte pour obtenir de partager avec lui la couronne. « Noli me dcrelinquere, pater sancte, quia thesauros luos jam expendi.» Il était tout simple de conclure que le saint diacre avait été chargé de ce soin avant l'instant où il déclare s’en être entièrement acquitté.

Je n'ai pas besoin de dire que le moyen âge attribue communément cette persécution à l'empereur Dèce. Les inscriptions de notre verrière sont d’accord en cela avec la Légende dorée. On 11’attend sûrement pas de moi une dissertation cbronologico-diplomatique sur l’origine de ce malentendu (Cs. AA. ss., August., t. II, p. i35, ,33, i4o.— Etc.). Cependant, il convient de remarquer que Jacques de Varazze, après avoir raconté le martyre de saint Laurent, consacre un assez long article de critique à l’exposition des motifs qui peuvent faire écarter le nom de Dèce.

(3) Toujours dans la persuasion qu’il s’agissait de Dèce, la Légende dorée (d'après les auteurs accrédités au xm* siècle) veut que ces richesses soustraites aux perquisitions des païens, fussent le trésor de l'empereur Philippe. On ne doutait point alors que ce

prince n’eût été chrétien. Plus tard, on n’a pas été moins affirmatif sur cette question, mais ç'a été en sens contraire; et je ne sais vraiment d'après quelle bonnes preuves. Ce qui est certain , c’est que Prudence ( Peristeph ., hymn. II, v. 45 — 108; p. 893, sqq., t. II ) ne parait pas prêter au préfet de Rome le soupçon d'un dépôt impérial. Mais il ne serait pas absolument impossible que le texte même de Prudence eût occasionné la conjecture de ce testament. Quand le poète fait dire (v. gg — 102) au gouverneur :

« Ni fallor, haud ullam tuus

Signât Deus pecuniam;

Secum philippos detulil , »

ces philippes ( à la manière des louis et des napoléons de notre temps), que certains manuscrits' remplacent par Philippus, auront bien pu donner le change à quelque commentateur aussi hardi que léger; chose qui n’est pas si rare que l’on ne puisse en tenir compte parmi les diverses éventualités.

(4) Le poëme dont j’ai parlé le nomme

fc tresorer arrtjitiiarrr.

(5) Cs. Jacob, de Varag., Legend. aur. — Ambros., Prudent., etc., ap. J. Pin., AA. ss., 1. cit., p. 493, sqq. — Breviar., ad Malut., responsor. 1. “ . . . per siguutn crucis cæcos illuminavit, et thesauros Ecclesiæ dédit pauperibus. » On pourrait penser que cette guérison des aveugles fait allusion à Lucillus qui recouvra la vue en recevant le baptême de la main du saint dans la prison. Mais Jacques de Varazze cite un autre miracle de ce genre qui précéda l’incarcération de notre martyr.

(6) Le trouvère, traduisant le fragment des Actes que le bré- - viaire a consacré, fait parler ainsi saint Laurent sur le passage

de saint Sixte.

Suint forcit; oient, si l’atcnt;

Dit lui : «0el père , que ferai?

îoj les trésors îirspcnïus ni,

2ls poores Heu les ai Donc;, pi-re, sen; mci où en ale;?

©liant (ne?) solics faire sacrifiée ©ne ne fusse ù oostre seroise. »

VITRAUX DE BOURGES

— Au temps marqué, il produit, pour toutes richesses, les pauvres, vrais trésors de la sainte Église (i). — L’empereur, irrité, veut le forcer de sacrifier aux idoles; — sur son refus, il le fait dépouiller, et ordonne qu’on étale à ses yeux les instruments de torture : fouets armés de pointes, scies, etc. C’est exactement le récit suivi par la Légende dorée. — Dèce, renouvelant avec fureur l’injonction de sacrifier aux dieux, le fait battre de fouets plombés. On aperçoit près du trône un bourreau tenant un peigne de fer. — Bientôt le tourment est renouvelé d’une manière à peu près semblable, — et enfin un autre genre de flagellation est employé pour ébranler cette invincible constance.

Ici, le peintre s’écarte un peu du texte, quoique sans grandes conséquences : il donne aux bourreaux des verges au lieu de scorpions, et je ne sais pas où il a pris cette espèce de traquenard qui assujettit le pied du martyr, tandis qu’on le fouette à la colonne. Mais le véritable objet de ce médaillon est la conversion de saint Romain, dont l’histoire continue dans les deux scènes supérieures. Romain était l’un des gardes qui assistaient au supplice de ce magnanime disciple du Christ; et comme il contemplait avec admiration les effets d’un si grand courage, il s’aperçut qu’un jeune homme ravissant de beauté essuyait les membres déchirés du martyr. C’est ce premier moment de surprise que l’artiste a voulu rendre en donnant un air de saisissement à ce spectateur. Plus haut, nous voyons le baptême de ce nouveau converti; il est venu se jeter aux pieds du saint dès qu’il l’a vu ramené en prison, et le précède bientôt au ciel. — Car dès que l’empereur apprend cette nouvelle victoire de Laurent, l’ordre est donné de décapiter le téméraire qui s’est fait son disciple à une heure si funeste.

Tout le groupe du sommet est consacré aux derniers moments de saint Laurent. Le mouvement du martyr qui relève la tête vers l’empereur, rappelle évidemment ces deux énergiques paroles, réduites avec une simplicité si fière par le texte que le bréviaire adopte (2) : C’est cuit; tourne maintenant, et mange.

180. Pour deviner le motif qui a fait placer les verrières de saint Vincent et de saint Laurent visà-vis l’une de l’autre, il n’est pas besoin de recourir à la narration de Jean Beleth(3), qui les faisait frères, tant sont anciennes les généreuses prétentions de l’Espagne à s’attribuer ces grands cœurs! La pensée des vieux artistes de Bourges s’explique d’une manière plus simple, quand sur les lieux on voit le vitrail du fond de cette chapelle donné à saint Étienne (4). C’était, autour du patron principal, l’élite de son ordre pour lui former cortège.

La partie inférieure du premier groupe peignait, sans doute, non-seulement les premières tortures de saint Vincent, mais aussi sa comparution devant le tribunal du féroce Dacien (5), avec l’évêque Valerius. Le courageux diacre attira sur lui-même alors toute la fureur de ce barbare préfet, parce que son évêque ayant naturellement la langue embarrassée, Vincent s’offrit à répondre en sa place, et protesta hautement de son mépris pour l’idolâtrie. Dacien, qui avait eu soin de les disposer tous deux à moins de hardiesse, en leur faisant d’abord endurer la faim dans la prison, se débarrassa sur-le-

( 1 ) Pour l’intelligence des vers que je vais citer, il faut se rappeler que, dans l'hypothèse qui attribuait à Dèce cette persécution, Valérien était censé y figurer cependant comme préfet de Rome.

Saut ont aie qu’il sunt ornu XI siège où Daléricit fu.

Daléricit dit bunc al saint ©ne il les trésors lui ensaint.

Saint Corcii) î>it : « ©r me trône)

Srois jors îre tenue, s’es oerre).»

Daléricit îrit : «©trié

<£t saint foren; îr’iloc s’en trait) par la cité fait asembler 2o) les poorcs qu’il puct trôner,

©ù les trésors ont îicspenîiu.

31 l’nnt ja mangé et bru,

©t muté les en ta maisun IJpolite son eompaignun.

A cet endroit, le trouvère fait paraître l’empereur lui-même, contrairement au récit de Prudence, mais toujours d’accord avec la Légende dorée.

Bécius César, al tiers jor,

Se sist al sic l’empcrcor;

Ci baron bel scnc i sunt,

Sicitrnl plaît, et jugement funt.

©riant Coren) i a amené fa poore gent qu’out ascinblc ,

Cl bit, oiant tresto), en Igaut :

allés ci le trésor qui ne faut)

Ocsrrcitre ne purt , ains crcistra ) îirr est, ja n’amenuisera.»

©t Dalérien en est brsuc).

Etc.

(a) Ad Sec. vesp., ad Magnif. « Assatum est; jàm versa , et manduca. » Prudence, dont le talent atteint plus aisément la force que la mesure, n’a pas si bien réussi à rendre la mâle noblesse de cet adieu au tyran. Le nombre des mots éteint l’idée dans les deux strophes qu’il donne à sa version (v. 397 — 408; p. 920).

(3) Ap. Jacob, de Varag., de s. Laurentio.

(4) PI. XVI, lanc. A. Cette disposition peut être vérifiée sur le plan général de la cathédrale de Bourges, que nous joignons à ce volume pour faciliter l’étude de l’ensemble.

(5) Dacien, quoique simple gouverneur de province, est constamment représenté ici avec une couronne. L’absence de ce signe dans la verrière de saint Laurent, quand il ne s'agit que du préfet de Rome, avait peut-etre pour but de faire ressortir davantage la dignité de l'empereur.

Page 1