‹ Monographie de la cathédrale de BourgesChapitre 86 sur 94 · PLANCHES XVII', XVIIP ET XIX', CLAIRE-VOIE DES ÉVÊQUES · texte numérisé non relu

PLANCHES XVII', XVIIP ET XIX', CLAIRE-VOIE DES ÉVÊQUES

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Corbeil) serait donc le dernrer que les peintres-verriers auraient eu à retraeer pour compléter cette

galer, e hag.ograph.que du siège de Bourges, telle qu'elle existai, de leur temps. Ce n'est pas seulement, je pense, parce ,u ,1 est bien réellement le dernier archevêque de Bourges qui ai, reçu les honneur^ de la canonisation. Dautres, depuis, on, été déclarés bienheureux, quoique seulement au xiV siècle.

a, s ton, semble annoncer que l'épiseopa, de saint Guillaume est l'époque même où la cathédrale <le Bourges sont, de terre, et s'éleva telle, à peu près, que nous l’avons aujourd'hui. Dans un ancien car u aire (2) du chap.tre, on aperçoit vers tt72 quelques vagues projets d’agrandir ou de rebâtir l’église métropolitaine; en 1194, l'archevêque Henri de Sully(3) donne 5oo livres pour des réparations ur-

impossible de ne pas admirer comment dans la même contrée ( la France) où Ion avait peut-être le plus écrit, et certainement le plus tranché au détriment de l’antiquité des sièges, il se trouve quon ait accueilli avec plus de faveur qu’en aucun autre lieu le reproche fait au saint-siège d avoir trop longtemps retenu les pays de missions dans une sorte d’état précaire. Pour plus d'inconséquence encore, les panégyristes les plus emphatiques de la primitive Eglise lurent en même temps les plus ardents adversaires des histoires qui aimaient «à étendre le cercle des régions évangélisées par les apôtres, ou qui faisaient remonter jusqu’aux temps apostoliques la série de nos évêques, et les plus emportés censeurs de délais tous semblables à ceux qu’ils s’étaient efforcés de constater, quand ils les rencontraient dans les temps modernes. Ainsi, les apôtres et leurs premiers successeurs s'étaient peu souciés, sans doute, du salut des infidèles; le saint-siège avait laissé tranquillement les nations suivre leur voie, jusqu'à ce qu’un hasard quelconque dirigeât vers elles un missionnaire conduit par son zèle particulier; et sous nos yeux, Rome encore continuait à ne pas s enquérir si l’existence de la religion courait de grands risques dans les pays arrachés à la foi, ou récemment conquis à son empire! Pourquoi donc se réclamer si chaleureusement de l'antiquité, ou bien pourquoi blâmer si amèrement la conduite des pontifes romains de nos jours? Tant il est vrai qu'une savante mauvaise foi couve fréquemment sous ces pompeux éloges décernés à la primitive Eglise!

Mais comme tout cela n’était, pas énoncé par des esprits sans consistance qui laissassent percer ouvertement leur venin , et comme d'ailleurs ces contradictions n’étaient pas rapprochées ainsi que je le fais, quelques-unes de ces plaintes trouvèrent accès dans des âmes droites qui crurent y reconnaître du zèle; d'autant que, détournées sur les ordres religieux, ces accusations paraissaient moins outrageuses à la sagesse des souverains pontifes et à l’assistance du saint Esprit qui gouverne les conseils de l’Eglise. Tant mieux pour ceux qui ont eu le précieux privilège d'attirer sur eux-mêmes bien des animosités dirigées plus ou moins sciemment contre la chaire apostolique. Cependant, l’intention ne sauve pas le résultat : bonne, elle en aggrave plutôt le danger. Cette fois particulièrement, les coups ont trop de portée réelle pour qu’011 ne déplore pas l’imprévoyance avec laquelle des hommes loyaux ont donné dans ce piège. Car le clergé régulier est-il si peu de chose dans l'Eglise, que l'Eglise n’ait point à répondre des fautes héréditaires qu’il aurait constamment maintenues par un esprit de système inhérent à sa propre constitution? et le ministère des ordres religieux a-t-il été si imperceptible dans la propagation de la foi, que les vicaires de Jésus-Christ ne lussent tenus d’y voir clair pour satisfaire au devoir de la sollicitude universelle?

Mais que l’on veuille donc bien nous dire si l’on peut désigner beaucoup de sièges épiscopaux qui aient été incontestablement fondés par les apôtres. Dans ce monde gréco-romain, sur ces plages baignées par la Méditerranée, où la plus haute civilisation qu’ait possédée le monde avant le christianisme, rapprochant les plus puissantes des races humaines, semblait avoir élevé l’homme à une capacité merveilleuse qui n’attendait plus qu’une direction , combien comptera-t-on de grandes cités qui puissent présenter des titres irrécusables pour revendiquer à leurs chaires épiscopales une origine immédiatement apostolique? Combien trouvons-nous d'évêques locaux clairement indiqués dans les Actes des apôtres?

Et cependant le peuple juif était là avec ces milliers de disciples entièrement prêts, que les premières effusions de l'Esprit saint venaient d'y former. En eux l’Église avait non pas de simples néophytes, mais des hommes aguerris dès le berceau à la discipline sévère d antiques institutions dictées par le Ciel, et abreuvés dès le sein maternel aux sources vraiment divines d'une foi qui venait de recevoir son complément dernier parmi des prodiges sans nombre. Néanmoins, que voyons-nous? Sous la main même de

Rome, nous avons Florence, ville dès lors influente, sans doute, qui peine a rattacher son siège aux premières années du iv' siècle. La Gaule a cru faire merveille en faisant remonter quelques-uns de ses évêques jusqu’à saint Clément; et toutefois Lyon est bien fier de pouvoir atteindre avec quelques preuves jusqu'à un disciple d'un disciple du vieux saint Jean. L'Afrique latine même, avec cette Carthage, qui devait bien pourtant avoir laissé des souvenirs dans les pensées des Romains, n’offre nulle trace d'ordre hiérarchique du vivant des princes des apôtres. L’Égypte, durant les deux premiers siècles, n’eut pas d’autre chaire que celle d’Alexandrie. Etc., etc.

A quoi songeait donc saint Pierre? et en quels soins s'épanchait la dévorante activité du Maître des nations?

Ce n'est pas, certes, qu’ils ne prêchassent et ne prissent souci de faire prêcher l’Évangile jusqu'aux confins de l'univers; mais c’est que les apôtres avaient reçu la mission non pas seulement d'aller et de faire fructifier la bonne nouvelle, mais de faire des fruits durables (Joann. XV, 16). C’est qu'un clergé capable de se reproduire sur la terre qu’il cultive n'est pas une moisson que la parole même d'un apôtre puisse faire surgir en beaucoup de lieux. Il y faut un sol profondément remué, et amendé de telle sorte par de longues sueurs, qu’il conserve généreuse la semence dont il est dépositaire, sans péril de la faire tourner en un poison qui se perpétuerait irrémédiablement. Les empereurs et les patriarches de Constantinople y procédèrent, je le sais, avec plus de hâte; mais aussi leur triste apostolat versa sur la chrétienté des nations ariennes, qu'il fallut que la Providence anéantit pour sauver l’Église.

Tout esprit grave verra que je ne serais pas embarrassé pour pousser plus loin ces aperçus. Mais je n’ai voulu que mettre sur la voie, et faire entendre, ne fût-ce qu’à demi-mot, que l’apostolat n'a point failli dans l'Église. Il ne faut point, du reste, beaucoup d'érudition pour comprendre a priori que non-seulement le zèle doit y vivre toujours, mais aussi le zèle selon la science (Rom.X, a).

(ij On n’aura pas de peine à s'apercevoir que saint Laurent, appelé par une exigence de symétrie à prendre place en face de saint Étienne, n'occupe réellement que le quatrième lieu, précisément parce qu'il est à droite ( mais au second rang de ce côté j.

(2) Ce recueil , nommé pancarte dans les anciens actes , est aujourd'hui entre les mains de M. Vermeil, qui en a fait l’acquisition au moment où il allait être perdu pour le Berry, par suite d’un malheureux marché qui venait de livrer le reste des archives capitulaires à des spéculateurs de bas aloi. Si bien des pièces importantes ont été dispersées dans cette triste circonstance, il est heureux que ce volume, entre autres, ait été recueilli par un homme plein de zèle pour l’histoire de sa province, et de complaisance pour ceux qui l’étudient.

(3) Henri de Sully, prédécesseur immédiat de saint Guillaume sur le siège de Bourges, était frère dEudes, évêque de Paris; et

VITRAUX DE BOURGES

gentes, ce semble; après quoi l’on perd toute trace jusqu’au milieu du xmc siècle. Mais les historiens de saint Guillaume viennent jeter quelques lueurs dans cet espace mystérieux. La maladie qui l’emporta rapidement fut déterminée surtout par une de ses prédications dans la cathédrale : malgré la fièvre qui pouvait bien excuser son silence, et son absence même, il ne voulut point laisser passer la fête de l’Epiphanie sans adresser la parole à son peuple. Or le lieu où il 'prêchait à la multitude rassemblée dans l’église de Saint-Etienne était ouvert à tous les vents (1). Ceci conduirait à supposer qu’une partie, au moins, de l’ancienne église était déjà renversée, et qu’une partie de la nouvelle était déjà reconstruite, sans être encore garnie de ses verrières. Or, c’était en janvier 1209.

Ce qui n’est pas douteux, c’est que l’église inférieure (sous le chevet) existait déjà, puisque le corps du saint archevêque y fut déposé (2). Or, le style de cette chapelle sous oeuvre ne s’écarte en rien de celui qui règne dans la portion la plus ancienne de l’église supérieure. Mais nous savons, du reste, qu’en 1218, époque de la canonisation de saint Guillaume (3), le chœur était bien certainement achevé, puisque les restes du nouveau patron de Bourges furent alors placés dans une châsse derrière le grand autel (4).

Pour compléter ces premières données qui ont leur poids, malgré la singulière discrétion des auteurs contemporains, ajoutons que la nef était si bien terminée au milieu de ce siècle, qu’en 1260

ce fut à ce dernier (au mois de novembre 1200) que le chapitre déféra l’élection d'un successeur pour son frère, embarrassé que l'on était pour opter entre divers sujets dont les mérites semblaient se balancer complètement. Il peut être utile de faire observer cette intervention toute spéciale d’Eudes de Sully, qui poussait alors avec activité l’achèvement de Notre-Dame de Paris. L'examen des divers^ styles qui ont présidé aux travaux de Paris et de Bourges fait assez voir, d'ailleurs, que le chœur de Saint- Etienne n'est pas antérieur à la nef de Notre-Dame. Rien de roman, ne s’y montre plus, l’époque de Philippe- Auguste y apparaît avec son art bien caractérisé : moins somptueux de détails que la période romane, et moins gracieux de lignes que l'âge de saint Louis; mais plus élancé que ses devanciers, et plus majestueux que ses successeurs; la plus fière chose, en un mot, et la plus spontanée, peut-être, qu'ait jamais réalisée l'homme en cherchant le beau par l’architecture.

( 1 ) Anonyrn. , a p. S ur ., Vita s. Guilielmi, n° 28 . Cs. AA. SS.januar., t. I, p. 633. Les divers actes écrivent Willermus, Guillermus, etc.

(2) La Thaumassière, liv. IV, ch. 78 (p. 3io). Romelot (p. 268 — 270) fait gratuitement une querelle sur ce sujet à la Thaumassière. Plusieurs chapelles dans l'église inférieure de Chartres ne sont pas d'une autre architecture, ni d'une autre époque que la chapelle centrale inférieure à Bourges; et Romelot s'est engagé là dans une question de critique beaucoup trop eu dehors de sa compétence. Il est assurément permis de récuser l’expertise d'un monumentaliste qui voit dans l'ogive un cachet incontestable de l'âge carlovingien (p. 10, 11), et adjuge au xiii° siècle la reprise du plein cintre, ou même les voûtes surbaissées (p. 270). Ces axiomes avaient, il est vrai, l’avantage d’appuyer encore en 1824 ( et même plus tard ) l'origine carlovingienne de la cathédrale de Bourges (Cs. Labouvrie, l. ait., p. 235 — 237, 128, 279); mais aujourd’hui ils auraient le malheur de n’être que divertissants. Nous avons fait trop de ruines depuis cinquante années pour que la science des monuments n’ait pas gagné quelque chose à tant d "autopsies. Car si la chimie et la physiologie sont bonnes, rien cependant n'est plus précieux que les raffinements et la multiplicité de l'homicide, pour hâter les progrès de la médecine légale. Aussi avons-nous fait des pas immenses en un demi-siècle; et Dieu veuille que le progrès atteigne un jour son terme!

Quoi qu’il en soit, tout ce que je connais d'un peu historique sur les travaux exécutés du temps de saint Guillaume se réduit au nom de caves de Saint-Guillaume, qui désigne à Bourges des voûtes souterraines du palais archiépiscopal. Près de là également taie petite tour d’escalier, dite de Saint-Guillaume , ne dément point paï son style l'époque que ce nom populaire assignerait à sa construction. Elle est couronnée d’une flèche octogone pleine de hardiesse, et la sveltesse, de son .élan aussi bien que la noble simplicité de tout l'ensemble annoncent un goût exquis dans son architecte. C'est bien là le cachet des premières années du xni* siècle.

(3) Ce délai si bref, relativement aux procédures actuelles, avait

semblé pourtant bien long à l’enthousiasme qu’excitaient en France les vertus et les miracles du saint archevêque. Le Cartulaire dont j'ai parlé contient des brefs d’innocent III, qui montrent que deux fois (un an d'abord, et puis trois ans après la mort de Guillaume) ce grand pape avait cru devoir mettre un frein à l’ardeur des Berrichons. Comme tout ce qui émane de cet illustre pontife mérite d’être conservé , je transcris ces lettres d'àprès la copie ( un peu négligée ) de la Pancarte.

De cxs/icctnlione facienda in canonizatione d Guitlermi.

« Ex tenore litteraruin vestrarum accepimus quod misericordia Redemptoris quæ serves suos in regno glorifical felicitalis æternæ , ac interdum clarificat in præsenti, diebus islis in quibns abundat iniquités refrigescente caritate multorum, ad devotionem christiani populi excitandam eL lidei augmeutum per sanclæ meinorin' Willelnium prædecessorem tuum, Ira ter arcliiepiscope, in parlibus veslris crebra miracula operatur. Ad cujus tumulum, per inspiralionem illius qui corda fidelium illuminât et accendit, de diversis regni Francorum parlibus nullo monente vel prædicante maxima mullitudo concurrit; ubi multi languentes restitunntur pristinæ sanitati. tlnde quum tanta lucerna quæ vite merito et opinionis odore, duni frueretur luee præsenti , apud omnes eflutsil , non sil pouenda sub rnodio , sed super cande/abrurn potius statuenda; dileclum (ilium magistrum P. ecclesiæ vestræ cancellariurn ad sedem apostolicam destinastis, cum eo et per eum nobis bumiliter supplicantes ut ilium laceremus adscribi sanctorum catalogo venerandum.

«Nos igitur ex hoc referentes laudern et gloriam Creatori qui, in sua majestale mirabilis, laciens signa et mirabilia magna in terris per servos suos, ad imitandum pin- conversationis exemplum non desinit operari,per illoruin gloriam sempiternarn opem nobis conferens salutarem; quia judicium istud divinum est potius quant humanum, ad præsens in eo non duximus procedendum, æstimanles eonsultius exspectare ut Dens magis ac magis clarificet quem jam clarificare inchoavil; quatenus in tempore opportuuo ad tam arduum judicium exsequendum , ipso præstante, securius procedamus.

Responsum PP. Inn. super canonizatione B. Gui/f.

“ Litteras quas pro sanctorum catalogo adscribendo piæ recordationis Warchiepiscopo vestro, nostro apostolatui destinastis, palerna benignitate recepimus : devotiouem veslram in Domino commendantes qua ad hoc negotium promovendum cum tanto desiderio aspiratis. Verum quia sacrosancta romana Ecclesia in hoc negotio, utpote vaide arduo et ad divinum potius quam humanum judicium pertinente, cum multa consuevil inaturilate procedcre; ad præsens in eo non duximus procedendum, sed adhuc decrevimus exspectandum : ut is qui eum, prout credilis, clariûcavit in cœlis, amplius clariiicet ipsum in terris ad sui nominis gloriam et honorem; ita quod securius procedere valeàmus ad præfalum nesotium exsequendum,

Honorius III parle aussi d’instances multipliées ( multotiens ), dans la bulle de canonisation (1218). Cétte pièce, publiée par Fontanini d'après les archives romaines (CW. constitut..., p. 49),«’offre que de légères variantes dans le Cartulaire de Bourges.

(4) Romelot, p. 271.— La Thaumassière, p. 3io, sv.

PLANCHES XVir, XVIII1 * 3 ET XIX1, CLAIRE-VOIE DES ÉVÊQUES. a85 ; llsT dV0Uïer,Un inCOndie(,)' Cet «"**““ P”* n'avoir guère endommagé

que les combles, ma, s ,1 occasmnua plus tard la reconstruction partielle des voûtes oui accusent encore dans leurs arêtes transversales la manière flasque et tourmentée du règne de Philippe le Bel fa) Or comme tou, le style de la nef (sauf ces voûtes restaurées) annonce un , sensibleZ los^ a celm du chœur, e, b.en antérieur, toutefois, à la Sainte-Chapelle de Paris, ce ne serai, pas se hàsaZ

iQ6mp3r “ a"neeS '23° 11 Ia/'° comme te™e ovtrême des grands travaux de notre basilique.

196. Pourquoi faut-,1 dérober si péniblement des lambeaux presque imperceptibles de ce, étrange mystere qu, n a pu s accomplir que par des populations nombreuses, et à la face du soleil durant quinze ou vingt ans. Comment s’expliquer un secret si bien gardé sur des faits aussi publics aussi g oneux, et qu, avaient dû entraîner tan, de sacrifices? Dans quelle tête d’architecte avait été Conçu ce p an grandiose. Dans quelles bourses s'alimentèrent les profusions incalculables que nécessitait ce grand œuvre? Quel administrateur organisa ce, immense service dans une société qui nous parai, si peu organisée. Quel jour, du moins, ou quelle année cet énorme dessein fut-il arrêté ou communiqué à tant de volontés, et quel jour ou quelle année se trouva-t-il accompli? De tout cela, pas un mot, si ce ,,’cst qu’il échappe à quelque chroniqueur ou greffier une révélation indirecte dont il ne soupçonnait pas la portée (3). Comment aussi songer à s’en faire accroire pour une cathédrale, à une époque où il s’en élançait de toutes pans, comme si une cause universelle de soulèvement eût travaillé la terre? Et puis, il s’agissait bien de parler ou d’écrire pour se vanter, dans un temps où il ne se faisait rien que de gigantesque! La chrétienté, emportée à plusieurs reprises au-devant du mahométisme dans les saims lieux, la France entraînant ses princes contre l’hérésie qui l’entamait par le Languedoc(4), l’organisation presque universelle des institutions municipales, l’empire latin de Constantinople, les littératures populaires produisant alors leurs œuvres capitales, les rapports des grands feudataires avec le suzerain presque partout régularisés par des garanties éclatantes, de puissants ordres religieux naissant et se multipliant comme par miracle, les grandes universités déterminant leurs constitutions et accroissant chaque jour leur influence, etc., tant de faits auxquels prenait part la chrétienté tout entière, permettaient-ils que l’on se crût distingué des autres pour avoir produit quelque chose parmi tant de choses majeures?

D’ailleurs, un pieux motif poussait les travailleurs à s’effacer, et à dissimuler leur chef-d’œuvre comme on déguiserait un méfait. On craignait de porter atteinte à la majesté vénérable des vieux souvenirs, et d’altérer, par l’aveu d’une dérogation, cette gloire d’une origine apostolique que revendiquait le siège de Bourges. La cathédrale, comme on l’avait déjà pratiqué plus d’une fois, ne changeait qu’en demeurant toujours l'église du ■premier martyr saint Étienne; et ce nom, continué à des édifices qui se remplaçaient successivement, permettait de penser qu’on possédait toujours la basilique

(1) Dans le cartulaire de Bourges, parmi plusieurs listes ainsi énoncées: «Nomina canonicorum (fui juraverunt rcsidentiarn quæ incipit in festo si Michaelis anni. . . et terminatur in vigilia ejusdem festi anni. . . ., ad percipiendos grossos fructus», je trouve au xhi” siècle l'indication suivante : « Sciendum est quod canonici qui inceperunt residentiam in anno L° nono et perfecerunt in anno sexagesimo, concesserunt foraneas præbendas ad opus fabricæ ratione incendii; et fuerunt illo anno septem præbendæ foraneæ et dimidia. »

(5.) Les artistes chargés de cette restauration n’ont pas douté qu’ils n’eussent quelque chose de mieux à substituer aux nervures du xiii" siècle, si amples et si vigoureusement fouillées. Ils ont donc brusquement tronqué sans nulle honte les profils fermes de l’architecture antérieure, pour étaler sur cette base la pauvreté prétentieuse de leurs réformes. Au lieu de ces gorges profondes, qui traçaient une ombre épaisse entre les trois tores de l’arête primitive, pour mieux détacher leur ressaut, im cavet disgracieusement épaté exagère, dans l’œuvre nouvelle, la maigreur et la sécheresse de la moulure centrale. En sorte qu'on imaginerait difficilement quelque chose de plus complètement antipathique à ce qu’il s’agissait de continuer.

(3) Je sais bien que plusieurs incendies, pillages, etc., ont fait disparaître la plus grande partie des anciens documents de Bourges. Mais la singulière discrétion des pièces qui nous restent est un fait assez grave, vraiment, pour mériter qu’on le remarque. Quelqu’un voulait louer devant Catinat la simplicité si grande qui

l'avait fait passer immédiatement d’une victoire à une partie de quilles. Cet homme remarquable interrompit le complimenteur, en disant : J’estimerais bien davantage le général qui en ferait autant après une défaite. A ce compte, que dirons-nous des peuples entiers qui vont s’asseoir distraits et calmes au foyer domestique, en revenant de faire et de souffrir les grandes choses que vit le monde aux temps de saint Bernard, d’Alexandre III, d'innocent III et de Grégoire IX? On a écrit que la vie de ces gens-là était monotone. Plaisante monotonie! sur laquelle j'aurais aimé à connaître l’avis de Catinat et de Turenne. Mais notre siècle a ses raisons pour confondre la force avec la turbulence et l’inquiétude. La santé est calme (et même très-monotone, si l’on tient à ce mot); c’est le malaise, qui se remue et qui est accidenté. Seulement, lorsqu’il s’agira de soulever une masse puissante, l'homme robuste n’aura qu'à se lever et à se rasseoir, après quoi il ne s'en souviendra même plus; tandis que le valétudinaire, s'il pousse le courage jusqu'à étendre la main vers l'obstacle, n’en triomphera qu'en jetant les hauts cris, et encore voudra-t-il que tout le monde sache sa prouesse : tant la chose lui semble incroyable! Voilà en quoi l’effort diffère de la force.

(4) Lorsque saint Guillaume mourut, il se disposait à partir pour la croisade contre les Albigeois; ce qui n'empêchait pas qu'il ne fût merveilleusement débonnaire, et cher à tous pour sa rare bonté. Son successeur sur le siège de Bourges hérita de son zèle pour la foi, et fit sa quarantaine à l’armée de Simon deMontfort. Cs. Gai/, christ., t. II, 62, 64.

VITRAUX DE BOURGES

fondée par saint Ursin (i), aussi bien que la doctrine et la succession des pasteurs établie par lui dans la métropole des Aquitaines.

197. La petite figure agenouillée sous les pieds de saint Guillaume représente Mathilde (ou Mahaut) de Courtenai, comtesse de Nevers (2), arrière-petite-nièce du saint archevêque, et qui avait signalé de bonne heure son respect pour la mémoire de l’homme de Dieu en faisant élever un autel sur son tombeau (3). Cette signature est surtout remarquable en ce que, parmi tous les vitraux de cette époque qui restent à Bourges, elle est la seule qui annonce l’intervention de la noblesse, et qui ait un caractère d’individualité. Je sais qu’à Chartres il en est autrement, quoique du reste les signatures populaires y forment la très-grande majorité, et y occupent en général les lieux les plus apparents. Mais ici c’est chose digne d’observation que, dans le seul cas oü un illustre personnage laïque a trouvé place, il lui ait fallu, en quelque sorte, une excuse dans sa parenté avec le saint de la verrière. Ainsi, l’on serait fondé à dire que la comtesse Mahaut ne figure dans notre lancette que grâce à la fonction historique de son portrait, qui indiquait la famille de saint Guillaume, en manière d’écu blasonné. Si nous n’avions réservé à un autre temps tout ce qui appartient à la comparaison du xm' siècle avec les époques postérieures, ce serait l’occasion de faire voir que la vraie considération pour le peuple et sa part d’action véritable dans le monde ont toujours été baissant à mesure que les âges de foi se sont effacés. Hors de là, on le musèle ou on l’ameute, mais toujours on l’exploite pour le compte d’autres que lui (4). A ceux qui n’auraient pas leur parti pris de croire le contraire, on pourrait donner sur ce sujet de curieux éclaircissements, et je n’imagine pas ce que trouveraient à y répondre les hommes les plus prévenus.

La signature de la lancette occupée par saint Ursin a quelque chose d’énigmatique que je ne réussis pas à percer. Je pense que ce peut être une désignation des tabletiers(5). Dire si le coq perché près des joueurs est autre chose qu’un rébus , c’est ce que je laisse à de plus habiles.

(1) Tillemont ( L cit., t. IV, p. 479) trouvait encore cette confiance paisiblement enracinée dans le Berry au xvn“ siècle. «La cathédrale de Bourges, dit-il, porte encore aujourd'hui le nom de saint Etienne, et ou prétend que c'est toujours la même que celle qui avait été bâtie d’abord par Léocade (mais renouvelée, sans doute, plus d’une fois). » Cs. Labouvrie, l. cit., p. 128.

(2) Mathilde de Nevers ne doit pas être confondue avec Mahaut de Mehun, femme de Robert de Courtenai , laquelle, dans une charte de 1223 pour une fondation en l'honneur de saint Guillaume, ne parait qu'à raison du domaine de Mehun, sur lequel était assignée la rente. Voici ce document tel que l'a transcrit le cartulaire de Bourges déjà cité :

Symon [«fe Soliaco], Dei gralia bitur. archiepiscopus, Aquitain® primas, unlvorsis præscnles lillcra» inspecta ris, salntcm in Domino.

oNoveritis universi quod Rfobertus] de Cortenaio dominas de Magduno dédit in eleemosynam , pro reniedio anim;e suæ et antccessorum suorum, duodecim libras parisicnses pcrcipiendas annuatim in redditibus suis de Magduno ad opus cnjusdam cerei qui debet ardere tam de nocte quam de die aille venerabile corpus pin: recordatiouis B1 W1 avunculi sui in ecclesia bitur. quiescentis. Hauc aulem donalionein laudavit et concessit Matbildis uxor ejusdem R., de cujus capite movetredditus memoralus; fide data in manu nostra proinitleus quod per se vel per alium contra ipsam de cætero aliquatenus non veniret.

« Quam donationem nos, de cujus feodo movet ipse redditus et caslrum Magdunum, ratant habemus;ct, ad petilionem dictorum R. et M. uxoris, in test 1 mon mm capitulo bitur. præsentes sigilli nostri patrocinio Hueras mtinilas dedimus.

On voit que Robert de Courtenai se réclame seul de la parenté de saint Guillaume. Mais comme il n'était sieur de Mehun que du chef de sa femme, celle-ci intervient pour valider une obligation qui devait grever sa terre; de même que Simon de Sully prend part à cet acte, parce que la châtellenie de Mehun relevait des archevêques de Bourges.

Mahaut (ou Mahauld), unique héritière de la maison de Mehun, avait porté les droits de sa famille à Robert, son second mari, frère cadet de Pierre, empereur de Constantinople, et petitneveu de saint Guillaume. Quant à la comtesse Mahaut, héritière de Nevers par sa mère Agnès, première femme de Pierre de Courtenai, elle était elle-même arrière-petite-nièce du saint, et épousa d'abord (vers 1 199) Hervé de Don/.y (précédemment seigneur de Gien), puis (en 1226) Gui, comte de Forez.

Ces détails mont paru nécessaires, à cause de la multiplicité

des Mahaut (Mahauld, Mahauz, Mathilde ) dans les titres historiques de cette époque, et spécialement dans les alliances ou la parenté des Courtenai. Celle de notre vitrail est une des plus célèbres, parce que deux fois veuve (1222 — 1226, et 1241 ou 12.42), et d'ailleurs seule dès 1289, époque du départ de Gui pour la croisade d’Orient (où il mourut), elle gouverna immédiatement durant plusieurs années ses comtés de Nevers, Auxerre et Tonnerre. Aussi parait-elle dans un grand nombre de chartes. Elle mourut en 1257, et appartient à la généalogie des Bourbons par Agnès, sa fille du premier lit, mariée à Gui de Clvâtillon, comte de Saint-Pol. A ce litre, sa signature pourrait mériter une place dans un musée historique.

On cite également (Cs. Guy Coquille, ap. La Thaumassière, /. cit., p. 3 10) un acte du mois de juillet 1223, par lequel Mahaut de Nevers aurait, elle aussi, donné à l'église de Bourges 12 livres parisis de rente pour l’entretien d’un cierge ardant devant le sépulcre (ou le corps) de saint Guillaume. Je ne conteste point l’authenticité ui la réalité de ce document, mais je rapporte celui que j’ai rencontré, et qui assurerait du moins la priorité à Robert de Courtenai sur sa nièce; en sorte que, d'une façon ou de l’autre, on peut regarder le second fait comme un calque du premier. C'est par le vitrail que la comtesse de Nevers semble avoir pris sa revanche.

(3) La Thaumassière, l. cit.

(4) Quant aux temps qui font le sujet de notre ouvrage, je prie qu'on me dise s’il est vrai que le peuple y lut au néant ou bien en tutelle. Lorsque l'on administre sa fortune comme nous voyons qu'il le faisait, il est clair, i“que l'on existe, 2° que l'on a un patrimoine, 3” que l’on est majeur, et 4° que l'on sait l'être. Notre siècle s'est beaucoup vanté, et il ne faut pas songer à lui interdire cette jouissance; mais il doit être permis de lui demander une petite part dans ses réflexions pour les aïeux qui lui ont fait (du moins en deçà des Alpes) à peu près tout ce qu'il a de beau et de fort.

(5) On a oublié de reproduire, dans la lithographie, trois dés qui sont jetés sur le tablier. Même dans la verrière on ne les aperçoit pas sans une attention un peu minutieuse; mais une lunette y fait reconnaître les points amenés par le joueur, qui sont 4, 1 et 5. Je suis fort peu expert en fait de jeux, même modernes, et je puis bien m'excuser ici d’une digression sur ce point, puisque

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