‹ Monographie de la cathédrale de BourgesChapitre 88 sur 94 · PLANCHE XIX-, JÉSUS-CHRIST JUGE · texte numérisé non relu

PLANCHE XIX-, JÉSUS-CHRIST JUGE

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type que je precomse. Mais je parle du x„f siècle et de la disposition la plus fréquente dans les monuments publics.

203. J’ai écarté précédemment (i) la question générale de la gloire, et je n’en dirai un mot ici qu a raison es eux amandes que nous trouvons rapprochées dans ce fenêtrage. Quelles que soient es modifications que subit la circonscription de ce champ privilégié qui semble affecté (quoique non pas d une manière incommunicable) à la majesté divine, gloire devrait être son nom iconographique^), ce me semble. Outre que ce nom est popularisé déjà dans un sens fort rapproché de celui qu’il s’agirait de lu, attribuer pour les œuvres du moyen âge, il répond très-bien à l’emploi qu’on a fait de cette figure souple qui passe du simple disque au quatre-feuilles, à l’ellipsoïde (amande), etc., sans jamais changer de fonction. Elle est si exactement réservée (surtout sous la forme amygdaloïde) à la manifestation de la gloire divine, que le Fils de Dieu fait homme n’y paraît dans aucun des actes de sa vie mortelle. L exception souvent faite pour la transfiguration, confirme évidemment la règle. Les âmes des saints montant au ciel entrent parfois dans cette gloire ( 3); mais ce n’est qu’à cet instant de leur triomphe, comme pour traduire aux yeux les paroles de l’Apôtre (4) qui nous anime par l’espérance de la gloire des enfants de Dieu, et du riche héritage de gloire réservé ai peut aussi que dans cette circonstance on ait eu en vue cet appel du Seigneur qu remet si souvent en mémoire par sa liturgie (5) : «Serviteur fidèle,

ire réservé aux saints. Il se l’Eglise nous entre dans la joie de ton maître. »

C est pourquoi j appellerais ce moment glorification, au lieu du singulier mot d 'apothéose, qui est d’un paganisme honteux.

Seule entre toutes les créatures, la sainte Vierge s’environne de la gloire en d’autres circonstances encore qu’à l’instant de sa glorification. C’était une manière emphatique d’exprimer l’honneur tout spécial auquel l’élève la maternité divine (G); et d’ailleurs, la gloire n’est plus qu’un attribut, tout simple et parfaitement approprié au sujet, lorsque Marie est représentée comme Mère de Dieu , c’està-dire portant l’enfant Jésus, caractérisé par quelques signes de la souveraine puissance.

La désignation d’autres cas où paraît l 'amande, et la raison de son emploi dans ces circonstances, appartiendraient à un travail spécial qui ne peut trouver place ici.

204. Nous avons fait remarquer (7) qu’à l’époque où régnent les traditions dans l’art, la plaie du côté de Jésus-Christ est constamment représentée à droite. Nous retrouvons ici cette forme consacrée, et ce peut être le lieu de montrer l’accord des textes avec les monuments figurés. Parmi les écrivains des premiers siècles, je ne saurais indiquer ni un accord constant, ni même beaucoup d’affirmations bien positives. Cependant, j’ai laissé apercevoir (8) que le côté gauche avait d’anciens partisans. Vers

(2) J'ai employé à dessein le mot majesté, parce qu'il parait avoir été adopté anciennement pour désigner ces représentations de Dieu entouré de l’appareil de sa gloire. Cs. du Cange, Gloss. . . med... latinit., v. Majestas. — Theophil. Divers. art. sched., libr.III, cap. 74 (ed. cit., p. 244; et not., p. 299). — Garampi, Memorie delta B. Chiara diRimini, p. 4«, 523.— Etc. Durand de Mende (Ration., libr. I, rubr. de Picturis ) parait employer cette expression comme une de ces choses reçues dont on ne songe pas a faire remarquer la portée.

Mais l'usage fit descendre ce mot du haut rang quon lui avait donné d’abord , et il reçut une application si étendue, qu il tomba bientôt en une sorte de roture. Cs. du Cange et Garampi,/. cil. Puricelli, de SS. MM. Nazar. et Ce/s., cap. C, 1 4 (p- 494)- C’est cette mauvaise fortune de la majesté qui devrait nous faire préférer la gloire aujourd’hui. Car il semble qu'on ne peut se dispenser de choisir l’un ou l'autre

(3) Plusieurs vitraux du xiii* siècle, à Chartres, à Auxerre, à Troyes, etc., constatent cette dérogation apparente.

(4) Eph. I, 18. Cs. Rom. V, 2; — VIII, 18, 21; IX, 23.— II Cor.

IV, 1 7. - 1 Thess. II , 1 2. — II Thess. II , 1 3. - II Petr. I, 3.— Etc.

(5) Matth. XXV, 21, 23. Cs. Joann. XV, u; XVI, 24; XVII, i3. — I Joann. I, 4- — II Joann. 12.

(6) Il ne faut pas, sans doute, que nous rappelions de quelles louanges les Pères se sont plu à célébrer la grandeur de Marie, persuadés qu'ils n’eu diraient jamais trop, tant qu’ils ne l'égaleraient point à Dieu. Elle est l'arche vivante du Seigneur, toute près de Dieu, élevée au-dessus des chérubins par delà les séraphins, le trône du vrai Salomon, le siège animé du Tout-Puissant, la reine du monde, la souveraine des anges et du ciel; celle que mille noms ne sauraient dignement qualifier, qui est supérieure à toute louange, qui dispose de la toute-puissance par sa prière, qui approche de l’autel de notre réconciliation moins avec des supplications qu'avec une sorte d'autorité; que toute gloire et tout pouvoir environne, etc., etc. Reine, dit saint Pierre Damien ( S . in Ass. B. \1. B'.), qui a été portée jusqu au trône du Père, et placée sur le siège de la Trinité même. On sait combien cette dernière expression fut chère au moyen âge, qui, si longtemps et avec tant de grâce, a présenté le couronnement de la sainte Vierge aux regards des fidèles.

(7) N" 34, 121 (p. 54, 212, sv.).

(8) N° 121 (p. 212). L'opinion de Prudence, qui n'est pas ex-

VITRAUX DE BOURGES

l’époque de nos vitraux, ce n’était plus cela(i); et l’on peut dire que tout le monde est d’accord, jusqu’au moment où les artistes ne croient plus avoir rien à apprendre au sortir de l’atelier (et quels ateliers encore!). D’habiles gens ont déjà rassemblé plusieurs passages qui attestent cette préférence adoptée par le moyen âge (2); je dois donc m’imposer d’ajouter quelque chose à leurs recherches plutôt que de les transcrire, ce qui serait trop commode et n’avancerait en rien la question.

Quelques usages liturgiques passaient pour avoir cette origine (3), et l’on interprète encore ainsi le cérémonial prescrit pour la communion solennelle du pape sur son trône (4). Nombre d’allusions mystiques dans l’explication de l’Écriture étaient également appliquées à cette blessure du côté droit (5); et l’on hésite si peu dans toutes ces allusions, que la conviction commune devait nécessairement justifier d’avance leur emploi. Ailleurs, sans avoir nul besoin de recourir à cette particularité, les écrivains ecclésiastiques l’expriment comme s’il n’eût pas été possible de parler autrement; ou bien, la considérant comme hors de doute, ils y puisent des motifs de considérations pieuses (6) dont ils pouvaient très-aisément se passer. Us eussent sacrifié sans doute quelques paroles édifiantes qui n’étaient point nécessaires à leur sujet, s’il leur était venu en pensée que le fondement de ces paroles ne fût pas bien établi dans l’esprit de leurs auditeurs.

primée aussi nettemeut qu’on aurait pu le désirer, a été pesée avec une grande maturité par Arevalo (p. 346, sq., 1. 1). Il semble qu'on y pourrait trouver un moyen de concilier tous les avis.

Du reste, je prétends montrer bien moins ce qui avait réellement eu lieu, que ce qui a fait loi dans la représentation au temps qu'embrassent mes études actuelles. Ce n’est pas qu'à cette époque même on ne puisse trouver quelques variations, mais elles ont généralement peu de valeur. Durand de Mende, dont il ne faut pas exagérer l’autorité en liturgie, car c’est comme canoniste qu'il s'est fait une grande réputation, se contredit sur ce point aussi bien qu'en plusieurs autres. Dans un même livre de son Rational, il nous dit à ce sujet le oui et le non avec une égale assurance ; et quand il se prononce pour le côté droit, on reconnaît aisément les expressions mêmes d'innocent III, dont il transcrit parfois des phrases entières sans avertir son lecteur. Cs. Rational., libr. IV, P. I, rubr. de Aq. bened. ... ; et Ibid. P. II, rubr. de Oblat.

Luc de Tuy ( Adv . Albig. err., libr. II, passim; Bibl. PP. , t. XX V, p. 225,227, etc.), qui est toujours extrêmement entier dans ses affirmations, et partisan rigide de tout ce qu’il a trouvé établi , ne veut pas entendre parler d'un crucifix qui aurait le côté gauche percé au lieu du côté droit.

(1) Déjà du temps de la Glose, on se prononçait bien formellement pour la droite; et l’auteur de cet ancien commentaire si

accrédité fait profession de recueillir les assertions de ses devanciers, plutôt que d’écouter ses propres inventions. Cs. Tornielli, Ann. sacr., A. 4084, XXXI (t. IV, 434—436).

(2) Cs. Coll., de Sang. Chr., libr. IV. cap. 2 (p. 643 — 648). — Suarez, de Incarn., disput. XLI, sect. 1. — Consalv. Durant., no/, ad Révélai, s. Birgitt., libr. VII, cap. i5. — Etc., etc.

(3) Il ne s’agit pas seulement de l’ancienne manière de placer la patène près du calice (Cs. Innocent III, de Offic. miss., libr. II, cap. 53, al. 5q), et qui n'était pas usitée partout (Cs. Sial, synod. . . . ap. Martène, Thesaur., t. IV, p. 710); d’autres prescriptions sont interprétées de même par plus d'un grave auteur. Cs. Bed (?), Collectan. (t. III, p. 666). — Microlog. de Eccl. observ., cap. 10, 9, 17 (Bibl. PP.,t. XVIII, p. 474, 476). — Etc.

(4) Cs. Cancellieri, Descr. des c/iap. pap., frontisp. — Rocca, opp., t. I, 9 (et ap. lloccabert., Bibl. pontif., t. IV, p. 3, 12). — Magri, Hierolex., v. Communio. — Etc.

(5) Cs. Isidor., contr. Jud., libr. I, cap. 48. — (t. VI, 53). — Angelom., Strom. in 111 Reg. VI (Bibl. PP., t. XV, 367). — Rupert., in h. I. — Petr. Blés., serm. 65 (Bibl. PP. XXIV, 1 147).— Etc.

(6) Cs. Goffrid. Vindocin., serm. 5, de Resurr. (Sirmond. opp., t. III, 622). — Bernard., in Ps. XC, 7 (t. I, 844)- — Gerholi., in Ps. XXI, 17, i5. (ap. D. Pez, Thesaur., t. V, 38a — 385, 379, 373). — Etc.

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