‹ Monographie de la cathédrale de BourgesChapitre 89 sur 94 · PLANCHES VINGTIÈME A VINGT-TROISIÈME. — PROPHÈTES · texte numérisé non relu

PLANCHES VINGTIÈME A VINGT-TROISIÈME. — PROPHÈTES

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Colloquia, oitr r^ristlicljc. nütilirhc îi.rhtcb,,, Docloris Mnrtiui Lutheri, Ihena , j agi.

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Î05. Que le docteur Martin Luther, après Loire, se donnât la récréation d'annoncer qu’on avait eu

esüin e lui pour connaître les noms des prophètes, ce pourrait être une jovialité assez originale s’il ne s agissait d’un réformateur; mais quelle foi bizarre ne fallait-il pas en la parole de ce symposmrque pour que ses commensaux prissent le soin de transmettre à la postérité une pareille impertinence deleur maître? Si l’on voulait la faire passer pour supportable au moins en Saxe, il y aurait à imaginer que cette partie de la chrétienté ne ressemblait guère aux autres. Car, assurément, il s’en fallait de beaucoup que la cathédrale de Bourges fut l’unique église où les noms des prophètes se trouvassent constamment sous les yeux du peuple(l) en lettres grandes comme la main. L’Allemagne, à elle seule, pouvait en donner plus d’un exemple; et je ne serais pas surpris que la Saxe même en offrît plusieurs, qui, peut-être, y subsistent encore aujourd’hui.

Mais laissons cet homme, auquel il a été donné de faire tant de mal en se jouant; tant il était peu question de raisons dans la grande rupture qui entraîna le nord de l’Allemagne au xvie siècle!

C’était un grand spectacle, et un magnifique enseignement pour le fidèle, que cette série continue formée depuis le Sinaï jusqu’à nous par les prophètes, les apôtres et la succession des évêques sur un même siège. Ailleurs, Joseph, Jacob, Isaac, Abraham, Noé, Adam, rattachaient cette chaîne à l’instant où l’homme sortit des mains de Dieu. Ainsi, une suite non interrompue de patriarches, de prophètes et de pontifes, depuis le commencement du monde, témoigne que Jésus-Christ qui est le salut aujourd’hui, l’était aussi dans le passé, et le sera à jamais (2). Le fil de la vérité ne s’est jamais rompu, et dans cette marche solennelle des temps qui s’acheminent vers le Messie, ou en descendent, toute la différence c’est que la bonne nouvelle était promesse jadis, et qu’aujourd’hui elle est histoire. C’est là ce que peignent vivement à Chartres des figures regardées, peut-être, par des hommes superficiels, comme une imagination bizarre et grotesque : les quatre grands prophètes portant sur leurs épaules les quatre évangélistes. Expression hardie, sans doute, un peu sauvage même, mais pleine d’instruction et de grandeur, pour montrer aux esprits les plus lents que l’Évangile et la prophétie diffèrent uniquement par les époques (3). L’une est le support, l’autre le couronnement; c’est par les pieds du prophète, pour ainsi dire, que l’évangeliste lait son entree dans le monde.

(1) Si l'on pouvait songer à dresser une nomenclature de tous les lieux où ces représentations se retrouvent encore, sous diverses formes, il faudrait nommer à peu près toutes les grandes basilicpies du moyen âge qui ont conservé leur ancienne ornementation. Il en est même qui les reproduisent comme à satiété, car ou ne croyait pas pouvoir trop répéter l'importante instruction que renfermait ce spectacle. Sculptures, vitraux, châsses, tout s efforçait de redire ainsi que Jésus-Christ est le centre des deux Testaments; et le moine Théophile (si c'est lui), vers le x.v’s.ecle, propose ce motif pour le ciseleur qui voudrait histoner richement

un encensoir. Cs. Theophil. Divers, art. sched., libr. III, cap. 60, de Thurib. (ed. cit., p. a 12, sq.)

On reconnaîtra aisément dans les beaux restes d’une verrière du xii' siècle à Châlons-sur-Marne, que reproduit notre douzième planche d 'étude ((ig. B), un fragment d’une série de prophètes. Isaïe seul subsiste encore; il aperçoit le Seigneur dans la nuée, et annonce la Fuite en Egypte (Isai. XIX, 1 ). « Ecce Domiuus ascendet super nubem levem, et ingredietur Ægyptum, etc. »

(2) Ilebr. XIII, 8; 1, 1,2; III, 1— 6. — Eph. II, 19—22.— Etc.

(3) J'ai déjà fait remarquer ( n" 48, 1 35, etc. ; p. 87, 229, etc. ) à

VITRAUX DE BOURGES

A Bourges, comme en bien d’autres églises, on a cru faire assez en offrant aux regards du fidèle cette nuée de témoins (i) qui attestent la divinité de la foi. Mais ailleurs, donnant une voix à ces graves figures, on a voulu souvent distinguer plus spécialement chacune d’elles, et animer la peinture en caractérisant les divers prophètes par quelqu’une des promesses que Dieu leur dicta. Pour ne pas nous

quelle puissance d’expression les arts du dessin avaient été élevés par le moyen âge; mais il est impossible de s’en former une juste idée, si l’on n’a pas pénétré dans une foule de détails que de longues éludes peuvent seules faire entrevoir. Jamais, assurément, les formes de la matière n'ont été poussées jusqu’à un degré si voisin de la parole; jamais tautde pensées, et de pensées si hautes, n’avaient été transmises à l’àme par la voie du regard, si ce n'est à l’aide de l'écriture. Mais ici, c'était à la fois pour l'intelligence, la portée abstraite et presque illimitée du langage écrit; et pour l'imagination, la puissance magique du spectacle. Ajoutez, chose plus admirable encore, que ce majestueux système d'expressions était consacré constamment, non-seulement au vrai, mais aux vérités les plus utiles et les plus grandes qu'ait jamais possédées l'homme. Enfin , pour y joindre un dernier trait bien caractéristique, tout cela était au service du simple peuple, et compris par les petits enfants du pauvre. Magnifique épanchement de l'incarnation qui a rendu le Verbe diviu accessible aux sens(I Joann. I, i — 3)5 et qui a donné comme caractère de la mission du Fils de Dieu, la vérité céleste distribuée au pauvre peuple (Matlh. XI, 5. — Luc. IV 18. — Etc.). Aussi, quoi qu’on en puisse dire, et bien que ce ne semblât pas être une conséquence nécessaire de l'Evangile, il se trouvera toujours que la société la plus chrétienne aura fait au pauvre peuple la plus large part dans ce que la vie a de meilleur : le Bon, le Vrai et le Beau. Car d'où l’on bannit Jésus- Christ, l'on bannit nécessairement le pauvre; et si c’était le lieu de développer ces aperçus, je n’en demanderais point d’autres preuves que l’art.

Quant aux quatre grandes figures de Chartres, qui nous ont conduit à ces réflexions, j'ignore si quelque artiste antérieur leur avait servi de modèle; cependant, la priorité ne pourrait être réclamée par le peintre-verrier de Chartres que relativement à la forme dont il se sert pour rapprocher des quatre évangélistes les quatre grands prophètes. Le fond de l'idée avait été exposé bien avant lui, et je la rencontre plus d’une fois dans YHortus deliciarum. Lorsqu'on y peint le palais de l’Église (fol. 219 v°), chacun des angles de la façade réuuit deux médaillons, dont l’un (le plus voisin de la marge ) renferme toujours le buste (sans nimbe) d’un prophète, tandis que l'autre (plus rapproché de l'édifice) est consacré au buste nimbé d’un des animaux évangéliques.

Voici quelle est leur disposition :

Au sommet,

à droite du palais (à gauche duspectateur), ysaias, mattueus. à gauche du palais (droite du speetat.), iohannes.iheremias.

Vers la base,

à droite du palais (gauche du spectateur), ezechiel, marcus. à gauche du palais (droite du spectateur), lucas, Daniel.

Vis-à-vis de ces peintures, dans une page de texte (fol. 110 r°) destinée à les expliquer, on lit les six vers que j’ai transcrits déjà ( n° 44, P- 78) note 7), et que précèdent ces paroles : «Quod prophetæ de Christo et Ecclesia Domini prædixerunt, hoc evangelistæ. . . . evangehum scribentes pleniter exposuerunt. » Ailleurs (fol. ii)3 r°), un extrait du Spéculum Ecclesiœ insiste sur ce rapprochement des quatre grands prophètes et des quatre évangélistes :

« Patriarchæ, de quorum sanguine Christus propagatur,

In figuris Christum et Ecclesiam præsigoaverunl.

«Adam namque de munda terra procreatur.

De cujus latcre fœmina Ibnualur.

Fignram Christ i gerit , qui de casla virgine generatur;

De cujus latere Ecclesia œdificatur.

» Alu præcipui patriarchæ bisseui,

Forma sunt senatus apostolorum duodeni.

Per hos eniru (scilicet Sel/i , Enoch, Noe, Melchiscdech , Abraham, Ysaac,

Jacob, Joseph, Mopsen, Job, Samuelem , David) qui nominalim esprimuntur,

Quasi firtnis columnis fideles ante legem in justifia fidciuntur.

«Post hos sunt proplietæ qui futura Christ! mysteria, quasi præsenlia, pronunfiaverunt

Et Christum pro mundo passurum suis passionibus glorificaverunt.

Ex quibus Ilelias vel Heliseus Christum prænolat;

Quorum aller mortuus, aller vivus, cœlum pénétrât.

« Quatuor præcipui (videlicet Isaias, Jeremias, Èzechicl, Daniel) figuram quatuor evangelislarum habuerunt,

Qui quadruplum mundum copiosis scripturis replevcrunt.

Porro[alii?] duodecim [Oseas,Johel, Amos,Âbdias, Jonas, Micheas,Nuum, Abacuc , Sophonias , Aggeus, Zacharias, Malachias), duodecim apostolos expresserunt

Qui populum lidelem stib lege, scriptis et exemplis instruxerunt.

«Inter quos, major inter nalos mu/ierum (Luc. VII, 28), Johannes Baptisla maximus Cuisit;

Qui, velul lucifer verum soient præveniens, nuncius ælernæ diei mundo illuxil.

Hic Patris agnum,

Crimina mundi ablaturum ,

Digito ostendere, unda tingere meruit;

Qnem prophelarum chorus longe ante præcinuit.

«Post prophetas, novæ graliæ Dei prædicatorcs,

Vilæ æternæ præcones,

Mundi judices (Matlh. XIX, a8),

Ecclesiarum principes

Apostoli et evangelistæ exstiterunt;

Qui Verbum Patri coæternum,

Pro nobis occisum

Oculis videre, manibus contrectare ( 1 Joann. I,i — 3),

Sécréta Patris ab ore ipsius ediscere ,

Ipsum demum ad patrium thronum conscendere videre,

Et omnium linguarum généra per Spirilum sanctum percipere meruerunt.

« Qui sponsam Christi ,' Ecclesiam , . . , etc. »

J'ai cité précédemment cette dernière strophe (n°68,p. 125, note 2). On peut jeter de nouveau les yeux sur l’article qui avait amené cette citation (n°68, p. 126), pour se rappeler sous quelles formes originales Suger avait exprimé l'accord des deux Testaments. Ces bizarreries de Saint -Denis et de Chartres avaient cela d’excellent et d’apostolique, que, par la singularité même de l'expression, elles forçaient le peuple à remarquer et à retenir une leçon importante.

Si l’assertion de Luther, dans ses Propos de table, méritait une réfutation, je pourrais faire remarquer les noms des prophètes énumérés un à un par l'auteur du Spéculum Ecclesiœ; mais signaler chez un écrivain ce qui se retrouve à peu près partout, ce serait me donner un ridicule un peu trop fort. Je me borne donc à montrer dans des textes antérieurs au xiue siècle, le fond de la pensée que les vitraux de Chartres formulent avec une rudesse si saillante.

L'admirable ponctualité des récits de l’avenir que l’Esprit saint avait dictés à Isaïe, l'ont fait souvent appeler l'Evangéliste de l’ancienne Loi. Cs. Hieronym., Ep. 1 17 ( Prœf. in. lsai. , t. I, 473, sq.). — Augustin., de Civ. D., libr. XVIII, cap. 29(1. VII, 5io.) — Isidor., Allegor. 107 (t. V, i33). — Aie. Avit., Epist. 3, ad Gundobald. (Bibl. PP. IX, 567). — Cassiodor. , de Inst, divinar. lect., cap. 3 (t. II, p. 54i ). — Rupert., de divin. Offic., libr. III, cap. 1 1 . — Etc. Ce premier pas une fois fait, le nombre des grands prophètes égal à celui des évangélistes devait bientôt conduire à compléter la similitude, dans un temps où les cœurs et les esprits étaient avides de mysticisme.

On a vu dans le texte d'Honorius d'Autun, comme dans la claire-voie de Bourges, saint. Jean-Baptiste couronnant la série des prophètes. La parole du Fils de Dieu explique suffisamment cette place donnée au Précurseur; il ne faut donc pas s’étonner d’en retrouver la trace fréquemment chez les auteurs ecclésiastiques. Cs. Sedul. (?), in Eph. III, 1 (Bibl. PP. VI, 563). — Claud. Taurin., in Gai. I, 1 (Ibid. XIV, 142)- — Rupert., de div. Offic., libr. I, cap. 3a. — Etc.

(1) Hebr. XII, 1.

LANCHE XXIVe, LA MÈRE DE DIEU.

d’études (r) le dessL d’une idmitnlT P“rlantes’ nous a™ns fait entrer dans nos planches

X arbre de Jessé. C’est, néanmoins & 6 Colo8ne> où ,es prophètes se rangent autour de

trop distinct du système arlnmA ! ^ n°US accorderons ici à un genre de représentation

hauteur (plus de trente-nuatre 7 \ Pcllltre-Yemer de Bourges. Ce dernier, profitant de l’énorme n’a recherché qu’un effet d'ensemble^ ^ Par“e de ' ornementation devait aller prendre place, peu déguisée que l’on rer ■ • ’ MS accordor nulle ‘“portance aux détails. Son intention est si

variété des couleurs fait l’uZITdif^0"* d““ plusieurs %“res entre lesquelles la

paraisons qui s’accorde • ‘‘ence. ous sortirions donc du sujet si nous admettions des com-

présentait cette simnle T ’ ^ slmPIlcité de “otre claire-voie (2). Du reste, l’instruction que

par aucun accesso’ 1 r'™8 6 “ pr°phètes était assez Brave pour qu’il fût permis de ne la rehausser

planaient nas ' • ** fa“dS ,émoins de Jésus-Christ dans les temps qui ont précédé sa venue, ne

toujours r, 777 aU'<eSSUS des fidèles assemblés. Leur image rappelait des paroles que l’Église a toujours redites (3) des l’origine, en montrant l’Écriture comme son titre de nolLc.

ARTICLE SECOND

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