PLANCHE XXIV, LA MÈRE DE DIEU. ,JQ
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mages célébrés que les merveilles célestes ont rendues chères aux populations chrétiennes, il en est x rémement peu qui ne reproduisent point ce type. Un Français qui croirait pouvoir appliquer à toute c r tient a céiogatiou de I art et du langage qu'il trouve autour de lui, serait tenté d’en chercher une cause générale. Peut-être la modification qu’éprouva vers le milieu du xV siècle, la plus populaire es prières à Marie, Y Ave Maria (i), semblerait-elle alors pouvoir être accusée de cette déviation. Mais
prendra aisément que le motif de la Vierge a la chaise ne me soit rien ici. Il est de ces sculptures du xme siècle qui, même dans une dimension fort petite, sont rayonnantes de grandeur facile et de majesté sans apprêt; c'est une véritable splendeur qui fait courber -involontairement la tête. Et voilà ce que j'aimerais à voir reproduit par nos artistes, s’ils pouvaient en venir à bout. Toutefois, il ne faudrait pas qu'ils s'y méprissent : la tâche n’est pas aussi facile qu ils pourraient bien le croire d'abord. Cette idée d'une femme élevée au-dessus de toutes les autres grandeurs créées, mère dun enfant qui est Dieu , humble, néanmoins, autant que grande, vierge et sanctuaire tout spécial de l'Esprit divin, — en un mot, tout ce que dit le Magnificat, — c'est ce qui ne paraît pas avoir été bien compris depuis fort longtemps par nul peintre ou sculpteur. Pour s'excuser, il est assez facile d'accuser les autres, en prétextant que l’histoire ne permet pas d'allier l'enfance de Jésus- Christ et la glorification de Marie; mais le moyen âge , qui connaissait assurément l’Evangile aussi bien qu'aucun artiste moderne, ne pensa pas que ce beau semblant put déguiser suffisamment l’impuissance, et il a répondu d’avance à cette objection par d’admirables chefs-d’œuvre.
Nous aurons à faire voir en quelque endroit combien l’on a mal à propos invoqué une soi-disant critique historique contre des œuvres d’art inspirées par des pensées bien supérieures à l’histoire, ou du moins très-peu justiciables de ce que l'on érige en histoire, faute d'avoir étudié suffisamment ce dont on parle. Mais ce n'est pas seulement dans l'art que l'on se dispute avant d'avoir pris la peine de demander ce dont il s'agit ( Cs. n° 48, p. 88).
Si l’annonciation n'était pas représentée dans les panneaux de nos planches XIX et XXVIII comme un simple accessoire, la manière dont elle est peinte à Bourges pourrait donner lieu d’appliquer immédiatement quelques-unes des considérations qui vienuent d'être émises. Mais nous en avons dit un mot dans un autre travail, et nous nous proposons d'y revenir ailleurs plus amplement.
(x) A une simple formule de louanges puisée dans 1 Ecriture, on ajouta une prière; et la salutation de lange cessa d occuper la principale partie. Ce n'avait été précédemment qu’un éloge de l’auguste mère de Dieu, ce fut eu outre un recours à sa protection auprès de son fils. Pour qu'ou aperçoive dans les monuments la trace des époques où XÂve Maria marchait vi e "
actuelle, nous indiquerons l’état où cette prière se divers auteurs, à partir du xin° siècle.
Rutebeuf ( éd. cit, t. II, p. 1-6) développe cette prière, en
s'étendant, quelquefois fort au long, sur chacun des motifs qui la composent; et, quand il a paraphrasé ventris tui, il termine, sans plus, par « Disons amen. . . » C'est donc absolument le même texte que celui de la prose composée par saint Pierre Damien ( Rhythmus super Salut, angel., Opp. t. IV, c. 63).
Le Mariale de Jacques de Varazze (Litt. S, serin. 1) ne va pas plus loin; et le Spéculum s. Mariœ, qu’il ait ou non saint Bonaventure pour auteur, 11'annonce pas encore ( lect. 16, sq.) l'insertion du nom de Jésus à la fin de la première partie.
Le Stimulus amoris, assez généralement attribué au Docteur séraphique, semblerait indiquer (Part. III, cap. 16) quelque chose, de bien plus restreint encore. Mais l'auteur ne développant même pas toutes les paroles de l'archange, on voit qu’il ne cherchait qu'une occasion d'aspirations pieuses dans les premières expressions seulement.
Les sermons qui portent le nom de saint Bernardin de Sienne ( Quadragesimal. de chr. relig., serm. 5a) supposent déjà l'usage d'ajouter le nom de Jésus, et même de terminer par sancta Maria, mater Dei, ora pro nobis peccatoribus. Mais c’est à quoi se borne encore l’addition. D’ailleurs, comme saint Ânlonin, contemporain et compatriote de saint Bernardin, ne pousse pas son commentaire de la Salutation angélique ( Summ . theol., P. IV, tit. XV, cap. a5; ed. Baller., t. IV, p. 11 1, sqq.) au delà de ventris tui, ce pourrait être un nouveau motif de révoquer en doute l'authenti-
cité du discours c
x trace d'un premier
trouve dans
progrès si avancé. Cependant, on serait peut-être foudé à penser que l’ordre de saint Dominique, par respect pour la formule primitive qu'avait employée l'instituteur du rosaire, aura opposé quelque résistance à toute innovation, même pieuse, dans une formule dont il lui était permis de se considérer comme le gardien. Eu ce cas, le silence de saint Anlonin pourrait bien netre regardé que comme une sorte de protestation tacite contre une nouveauté qui n'aurait pas encore conquis la force de loi. Mais nous voyons du moins qu'aux yeux de graves auteurs du xv' siècle l 'Ave Maria u 'était point censé avoir fait un pas depuis le temps où Rutebeuf, Gautier de Coincy (ap. Wolf, Ueber d. Lais , p. 435), et bien d’autres poètes , constataient dans leurs cliauts sa forme populaire.
C’est encore l'état où nous retrouvons la Salutation angélique, uou-seulement dans l’un des opuscules qui passent pour être de saint Thomas d'Aquin, mais dans un ouvrage imprimé à Nuremberg, en i5o5 ( D . beschloszn. Gart des Rosenkranl? Marie, ITh., vi Bl. v“), et dont l’auteur consacre deux volumes in-folio à la dévotion du rosaire. Toutefois, on pourrait ici soupçonner égalées
VITRAUX DE BOURGES
un tort qui nous appartient à peu près en propre, ne doit pas être attribué à une cause qui subsiste partout ailleurs sans produire les mêmes effets. D’ailleurs, l’Église a fait choix précisément du titre de Mère de Dieu pour commencer la prière qu’elle ajoutait aux louanges dont cette formule était composée jusqu’alors, rejetant positivement d’autres expressions (i) qu’une piété peu éclairée avait cru devoir substituer à celle-là. Ajoutez que c’est au xvme siècle, et presque uniquement chez nous, que commencèrent à se multiplier les images qui semblent isoler la Mère' de Dieu comme une sainte quelconque, ou comme une créature beaucoup trop privilégiée si on laisse oublier la source de ses prérogatives. En même temps, se perdaient dans notre langage ces antiques expressions qui alliaient si bien la solidité à la tendresse de la dévotion.
J’ai parlé ailleurs du sens de la pomme (2) que nous voyons ici dans la main de la très-sainte Vierge, et qui nous montre en Marie la réparatrice d’Ève et V avocate des pécheurs, celle qui écrase la tête du serpent, etc., etc.
ARTICLE TROISIÈME
PLANCHES XXIIP, XXVe A XXVIIe. — APOTRES.
208. Après les apôtres de l'ancienne loi, comme Tertullien (3) désigne les prophètes, notre claire-voie de la nef centrale présente au spectateur les envoyés du Fils de Dieu; puis, viennent deux des premiers disciples, que les Grecs nomment souvent apôtres (4) aussi par extension; enfin, la série se termine par un évêque dont le nom a disparu, mais qui pourrait être l’apôtre du Berry, saint Ursin, regardé jadis à Bourges comme ne faisant qu’un avec le Nathanaël de l’Évangile (5). II est permis de penser que sa présence en cet endroit avait pour but d’établir une transition plus sensible entre la clairevoie de la haute nef et celle de la nef moyenne, où saint Ursin figurait de nouveau à la tête de ses successeurs dans l’Aquitaine.
C’est à peine si la moitié des personnages a reçu à Bourges quelques-uns de ces attributs (6) que le xiv° siècle et le xv° adoptent si volontiers, pour caractériser les saints par le souvenir d’une circonstance choisie dans leur histoire. Ici, comme pour le sujet de la planche V, on avance beaucoup plus l’étude en lui préparant des matériaux par la réunion des monuments, que par un texte détaillé dont le lecteur aurait peine à saisir l’application. Cette collection de pièces iconographiques sur les apôtres, nous n’avons pu que la commencer en reproduisant l’abside de Reims (7). Nous essayerons de la pousser
ment la main austère de quelque Dominicain, rigide partisan de la forme primitive.
Quoi qu'il en soit, le xv° siècle laisse déjà percer bien des exemples de l'addition Jésus Christus , que nous n’avons pas meme conservée entière. En revanche, la seconde partie de cette prière, qui se rencontre çà et là dans les manuscrits de cette époque, manque presque toujours du mot peccatoribus et des paroles suivantes que tout le monde y fait entrer actuellement.
Dès lors , on aperçoit souvent cette prière complétée avec quelque variété, mais généralement telle, à peu de chose près, que nous la récitons aujourd'hui. Seulement, on indique d'ordinaire ce complément comme proposé à la piété des fidèles, et laissé à leur libre choix. Car la sanction de l’autorité ecclésiastique n'est venue la consacrer qu’assez avant dans le xvi" siècle.
Si donc quelque esprit un peu faible se sentait pris d’une sorte de scandale en voyant dépouiller cette formule d'une patine de vétusté qu'il lui prêtait pieusement, qu’il sache remplacer cette illusion par un caractère non moins cher à la foi. C’est que, dans l’état où l’Église nous donne l 'Ave Maria aujourd'hui, nous avons une protestation éclatante de la piété catholique contre la témérité des derniers hérésiarques qui osèrent condamner le culte de la Mère de Dieu. Au reste, je suis loin de mériter ni le blâme, ni l'honneur de cette découverte. Elle a déjà été exposée fort en détail par des hommes aussi pieux que doctes; et c’est ce qui m’a fait franchir rapidement les données que j'avais commencé à rassembler. Cs. Tromhelli , Mariœ ss. Fila, P. II , Diss. IV (t. V, p. 229 — 266). — M. Gerbert, Fet. liturg. alemann., disq. VIII, cap. II, 8
(p. 819 — 822). — Binterim , Die vorzugl. Denkwürd. d. christ- kathol. Kirche, VII B., I Th., 1 1 8— 1 29. — Etc.
(1) Tromhelli, l. cit., p. a65.
(2) Cs. n“ 1 13 — 1 16 (p. 200 — 204). — Étude XII, fig. C. — Grisailles G.
(3) Tertidl., adv. Marcion., lihr. IV, 34 , et passim.
(4) Theophylact., in I Cor. XV, 7 (opp. ed. Venet., t. II, 217). — Menol. græc., d. 3i jul. (t. III, 186).
(5) Une ancienne prose de Bourges pour le jour de saint Ursin constatait cette persuasion :
« Hic ille Nathanaël Quein vidons Emmanuel ,
Ad ejus indicium ( indicia ?)
Verba dédit talia :
« Eece verus Et sincerus Israelita ,
In quo dolus
L'évangile de la messe (Joann. I, 45, sqq. ) était évidemment choisi dans la même intention.
(6) Je ne ferai remarquer que la tonsure de saint Pierre (Pl.XXUI et XIII) et la croix horizontale de saint André (PI. XXVII, E). Ce dernier sera facilement reconnu à l’aide du même signe, dans une rose de la pl. XXVIII, malgré l’inscription qu’il était extrêmement difficile de distinguer sur le vitrail. Peut-être le verrier avait-il écrit en français andhievs.
(7) Études XVIII et XIX.