‹ Monographie de la cathédrale de BourgesChapitre 93 sur 94 · PLANCHES VINGT-SEPTIÈME A TRENTE-TROISIÈME. — MÉLANGES · texte numérisé non relu

PLANCHES VINGT-SEPTIÈME A TRENTE-TROISIÈME. — MÉLANGES

209. Tout ce qui pourrait prêter encore à d’utiles développements dans les vitraux et les fragments de nos cinq dernières planches, ne présente plus un ensemble suffisant sous le rapport du symbolisme (1), et le symbolisme est surtout ce qui nous occupe dans ce volume. Quelques scènes isolées de sujets à légendes s expliquent suffisamment à l’aide de nos chapitres précédents (2), ou réclament une place à part dans des recherches iconographiques.

Resterait l’ornementation, que nous avons respectée au point d’en recueillir avec amour les plus minces fragments (3). Elle méritait, du reste, ce soin, et le développement que nous lui avons donné, soit dans nos planches XXIXe à XXXIIIe, soit dans les sept feuilles de grisailles qui accompagnent nos Etudes (4), soit dans les mosaïques, fleurons, bordures, etc., qui occupent treize pages, parfois bien pressées, révèle une fécondité dont plusieurs ne soupçonnaient point peut-être l’existence dans ces âges où il semble qu’on en devait être encore à s’essayer. Nous terminerons donc par une revue de ce que nous avons pu réunir en ce genre, sans préjudice pour les travaux d’ensemble qui formeront un jour des collections plus nombreuses, plus variées, et propres à caractériser les diverses phases de la peinture sur verre au moyen âge (5).

Les cinq roses (pl. XXIV, XXIX, XXX) qui, dans la claire-voie de la haute nef, couronnent les lancettes géminées du rond-point, nous paraissent composées avec une élégante simplicité de formes et une harmonie de couleurs dignes d’être proposées pour modèle à l’art renaissant de la peinture sur verre. Elles doivent, à notre avis, prendre place dans l’élite des produits de la décoration polychrome à la plus belle époque de l’architecture ogivale. Le système de fenêtrage où elles se découpent est en parfait rapport avec celui des verrières, et annonce un art parvenu à cette heureuse maturité qui associe à la grâce la fermeté des lignes, et sait assouplir sous les lois d’une raison sévère les caprices d’une imagination féconde, en mariant la richesse des détails à la simplicité de l’ordonnance générale. Ainsi,

(x) Dans les médaillons historiés des planches XXXI et XXXIII, par exemple, ces joueurs d'instruments qui portent des couronnes, paraissent être l'ébauche ou le reste d’une de ces grandes compositions où le xii' siècle et le xiii” aiment à déployer le triomphe de Jésus-Christ et de la très-sainte Vierge.

Dans la planche d’j Etude XVII (abside d’Auxerre), deux roses qui réunissent les arts et les sciences, les vertus et les vices, exigeraient un complément où il faudrait admettre la sculpture. Ce sera l'objet d’un autre travail.

Les mystères de la vie de Notre-Seigneur ( Études VIII, XII, XIII a XVI, XX) ne sont encore qu’à l’état de collection commencée. On ne saurait assembler trop.de matériaux avant d’aborder une tâche si grave.

(a) Madeleine aux pieds de Jésus-Christ chez le Pharisien pl. XXVII, L) reproduit, dans un style un peu plus archaïque, une scène que nous avons expliquée précédemment (pl. XI, A; n° 1 52, p. 246). Ce pourrait être un reste des vitraux qui ornaient l’ancienne cathédrale de Bourges. Ou ne courrait guère risque de se tromper en appliquant la même conjecture au fi’agment R de la meme planche XXVII, qui représente très-probablement le tombeau de saint Nicolas à Myre ou à Bari. Peut-être y avait-on voulu peindre l’enlèvement des reliques du saint évêque, lorsque des marchands italiens les transportèrent furtivement dans la Pouille. Du reste, la réputation nouvelle du pèlerinage de Bari n’avait pas entièrement effacé celle de l'ancien sépulcre; car une confrérie d’Amiens, par exemple, setait imposé la loi de choisir ordinairement son chef parmi ceux de ses membres qui auraient fait le pèlerinage de Myre (Cs. Dusevel, Hat. d'Amiens, 1. 1, 466. — Millin , Antiquités nationales, n° 5i, p. 6; t. V). La cuve de pierre , placée sous la châsse, indique celte espèce de baume qui, s écoulant de la tombe de saint Nicolas, l'a fait classer parmi les saints myroblytes.

(3) Le fragment A de la planche XXVII est emprunté à une dra-

perie dans un sujet très-mutilé, dont le style annonce le xne siècle; C est le spécimen du ruban qui surmonte la scène de la bonnemort au pied de la verrière du jugement (Pl. III); F est la décoration du trône de David vers le sommet du vitrail de la Nouvelle- Alliance (Pl. I); et des morceaux épars d’anciennes verrières ont fourni les détails D, G, I, qui paraissent avoir appartenu à des draperies du xn6 siècle.

(4) Quatre autres grisailles font partie de; l'Étude XI.

(5) On comprend aisément que pour apprécier, comme il le faudrait, le développement de l'art, il serait nécessaire de comparer ces détails d’ornementation aux formes qui les ont précédés et suivis entre le xn° siècle et le xvi°. Le moyen âge, depuis les premiers établissements germaniques dans l'empire romain, jusqu a 1 époque de l’intervention espagnole dans les affaires d’Allemagne, conserve certaines qualités constantes qui, durant ce long espace, y font toujours reconnaître un même âge; et pourtant divers caractères qui prennent successivement le dessus, y marquent plusieurs périodes bien tranchées qu'on ne saurait méconnaître, à moins de confondre la parenté .avec l’identité. Il convient de ne point considérer isolément des lambeaux qui trahiront toujours deux extrêmes de transition, dont les compléments antérieur et postérieur réclameraient une mention inévitable. Nous devons donc, pour les vues générales sur le symbolisme comme pour les aperçus historiques sur la liturgie, l'art, les usages civils, etc., attendre que notre monographie de la cathédrale de Bourges ait atteint, son terme. Alors cinq ou six siècles nous offriraient des matériaux réunis, dont nous ne pouvons prévenir le résultat par des assertions incomplètes ou dénuées de l'appui que les pièces de conviction doivent leur prêter. Aussi, n’accordons-nous ici quelques pages à l ornementation, qu à raison des nombreux spécimens qui permettent de ne pas laisser sans application certaines vues générales. Cependant 1 art des vieux peintres-verriers demanderait bien d autres détails , s il s agissait de l'étudier comme il le mérite.

PLANCHES XXVir A XXXIII’, MÉLANGES. 3or

la rose et les deux lancettes s’ouvrent dans de larges pleins; mais, pour que la gravité ne dégénère point en pesanteur, la construction est allégie à l’œil par les biseaux, les colonnettes et les nervures < es archivoltes et de la rose; en sorte que la variété charme le regard, sans que l’intelligence s’inquiète pour la solidité. Un autre système prévalut vers le milieu du xm° siècle, mais nous ne saurions partagei 1 opinion de ceux qui le préfèrent. Alors, comme à toutes les époques qui succèdent à celles du génie, on chercha dans la richesse le secret d’enchérir sur la beauté; et, pour augmenter le nombre des jouis en multipliant les meneaux effilés, on perça les murailles de ces haies pressées qui semblent prendre à tâche de supprimer entièrement les pleins. Les absides de Troyes ( Étude XIII), de Reims (Études XVIII, XIX) et de Sens (Études XV et XVI), la Sainte-Chapelle de Paris et la cathédrale de Cologne sont des produits assurément très-gracieux de cette nouvelle manière; mais il ne nous est pas démontré que ce soit le résultat d’un art supérieur à celui de Bourges. Cependant, comme l’entraînement naturel poussait vers cette voie d’innovation, nous en apercevons déjà les premiers essais dans la claire-voie du bas de notre nef centrale. La planche XXXI nous y montre les lancettes plus aiguës, tendant évidemment à réduire en meneaux le tympan ou sont percées les roses, et déjà les lobes de celles-ci sont évidés à jour. Qu’en résulte-t-il comme effet d’architecture? C’est que la convergence des rayons qui pénètrent à travers des vides plus rapprochés, diminue encore à l’œil l’épaisseur de la partie opaque déjà fort amincie par le ciseau; tandis qu’une des principales causes du charme qui vous séduit à l’aspect des roses de l’abside, consiste dans la parfaite netteté du contour de leurs lobes, et dans l’opposition tranchée des larges ombres qui cernent leurs harmonieuses couleurs.

Hors de cette sage distribution, la peinture sur verre allait être engagée sur une pente de décadence d’autant plus inévitable que, rétrécie dans des champs où la hauteur démesurée perdait de plus en plus tout rapport de proportion avec la largeur, elle n’avait plus l’espace nécessaire pour qu’il lui fût permis de songer à développer de savantes combinaisons. Il devait lui arriver ce qui arriva en effet : qu’elle devint stérile et monotone, jusqu’à l’époque plus rapprochée de nous, où elle prétendit rivaliser avec la peinture sur toile. Mais alors, après avoir été la sœur de 1 architecture, puis sa servante, elle se mit à vouloir être sa maîtresse. C’était méconnaître les rôles, et l’architecte ne put se plier à ces exigences qu’en sacrifiant le génie de l’ensemble. Aussi, ne paraît-il plus occupé dès lors qu’à préparer du travail au sculpteur et au peintre : se mettant au service de ceux qu’il aurait dû diriger, et cédant aux fantaisies de ceux qui devaient prendre ses ordres.

210. Les planches accessoires intitulées Mosaïques, bordures, etc., donnent, dans les feuilles a, b, c,d, les détails des grandes lancettes de la basse-nef (autour du chœur et derrière l’abside). Là, comme dans les roses, on remarquera sans peine une véritable entente de l’effet général, et une habileté remarquable pour varier les moyens sans sortir d’une noble simplicité qui n’exclut point la richesse.

Les planches XXXn, XXXI, XXXIII, et les feuilles de Grisailles a, b, c, produisent sur diverses échelles les grisailles de Saint-Étienne (i). D’après ce qui nous reste aujourd’hui des anciens vitraux de celte cathédrale, on serait porté à conclure que le plan primitif réserva les peintures à personnages pour la partie

supérieure de l’Église (en commençant . f ,

moitié de l’édifice auraient bien pu n’être destinées qu’à recevoir des ornements en grisaille, saut le

médaillon central des roses. i r , •

ne prendre que les verrières du xm' siècle (et quelques-unes, peut-être, du xtt), h, distr,-

butiou des divers sujets. A gauche, en entrant, dans la première travée de la claire-voie du chœur (a),

la naissance du chœur); et les fenêtres de la première

Voici, à )

i divers sujets. A gaucuc, ^ i ri-

commence la série des prophètes qui vous conduit par sain, Jean-Baptiste au Sauveur enfant, place ZTbras de sa mère, A votre droite, après le patron du diocèse, '- apôtres Ion, ^ace aux pro-

, . t ; Hans la nef moyenne, se lèvent les saints évêques qui ont continué durant la suit,

phetes. Au-desso centre encore, siège Jésus-Christ, représenté cette fois dans les deux

des siècles le prenner apos ^ pauvre du salut : l’incarnation et le jugement. Enfin, dans la

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